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renu, le premier comme Tice-président, les deux autres comme secrétaires.
Le mois de présidence de Couvrolles fut agité par la querelle de rassemblée avec le maire de La Rochelle, querelle qui diitait de loin, mais qui s'envenimait de jour en jour, et qui menaçait d'éclater en une rupture ouverte, l'assemblée refusant d'avouer des prises faites pyr quelque? corsaires rochcllois, qui n'étaient pas munis de lettres de marque délivrées par elle. L'irritation du conseil municipal se manifesta par le mainîien de Favas dans son poste de lieutenant du maire, bien que l'assemi)lée l'eût déposé de tous ses emplois, après l'avoir déjîj suspendu piir un décret du 19 mni. Celte fOcheuse dissension n'était pas apaisée lorsque Couvrelles quitta le fauteuil de la présidence.
Jean-Casimir Docok épousa Jeanne de La Rochefoucauld, fille de Pierre, seigneur du Parc d'Arcliiac, et de Marie de Harri. Il en eut un lils nommé Jean, et une il lie qui reçut le nom de Scî-anne. Nos renseignements ne s'étendent pas plus loin.
DOLi: (Jean), en latin Dolœus, né à Geissmar, en î 651 , d'une famille noble réfugiée dans la Hesse, mort, en 4707, à Cassel.
Après avoir terminé ses études à Heidelberg, Dolé visita la France, l'Angleterre et la Hollande, complénaent jugé nécessaire, à cette époque, de toute éducation scientifique. De retour à Heidelberg, en \ 673, il se fit recevoir docteur en médecine et fut nommé médecin de la ville de Limburg-sur-la- Lahne. Au bout de deux ans de pratique, il accepta la place de médecin de la cour de Nassau-Dietz ; mais il no la remplit que peu de temps, et alla s'étaiilir à Hanau. En 1682, le landgrave de Hesse-Cassel l'appela auprès de sa personne en qualité de premier médecin, et l'Académie des Curieux de la Daliire l'admit dans son sein. Dolé se lit une immense réputation par une liqueur aiitisypbililique ûu'il inventa atee son ami le docteur "Waldscbmidt.
Il se vantait aussi de guérir en douze jours par les sueurs, sans salivation, le scorbut le plus dangereux au moyen du mercure doux qu'il savait volatiliser.
Ses ouvrages témoignent en faveur de ses connaissances médicales.
I. Theatrum theriacœ cœlestis, Hanov., 1680, in-12.— Il fait connaître l'origine des substances quientroiU dans la composition de la thériaque, ainsi que les propriétés de ce médicament et la manière de l'employer.
II. Encycloixedia wedkiiiœ thenrico-pmcticfp, P^rancof., 1 6H i et 1 69 1 , in-i"; AmsL, 1086 et 1688, in-i\— Il expose les opinions des médecins tant anciens que modernes sur la nature et les causes des principales ma ladies, les compare, les critique et se déclare pour celle qui lui semble la meilleure, c'est-à-dire, presque toujours pour celle qui s'accorde avec les explications cartésiennes.
m. Encyclopadia chirurgica ra- Honalis, Francof., 1680, in-i\ — Outre les maladies chirurgicales, il traite de l'hydrorachis, des maladies des poils, des maladies cutanées, de la salivation,* du coryza, de l'épistaxis, des scrofules, etc.
IV. De furiô- podagrœ lacté victàel raitigatâ, Amst., 1705 et 1708, in- 12: trad. en angl., Lond., 1732, in-8\ — Il place le siège de la goutte dans les glandes de Havers et conseille le lait pour toute nourriture et pour unique boisson.
Outre ces ouvrages, le bibliographe allemand Jocher indique Coraïiurcium litterariuYd et Centuria ohcrDationurn medlcarurn, restés inconnus aux biographes français. Les œuvres complètes de Dolé ont été publiées plusieurs fois. L'édition la plus estimée est celle de Francfort-sur-le-Mein , 1703, 2 vol. in-fol. Il a inséré aussi un grand nombre d'observations dans les Ephémérides des Curieux de la nature, et lorsqu'il mourut, il avait presque terminé une Encyclopadia 2)harmaceutico~chymica. N'omettons pas d'ajouter qu'il a mis une Préface
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aux Opéra nicdica de Waldschniidl , dont il a soigné rimprcssion.
Il est assez probable que notre médecin apparlenaithune famille de la Picardie qui a fourni son contingent au Refuge dan? le Brandebourg. Pierre Dolé de fiellegnrd, colonel au service de Télecleur, mourut à Berlin en 1692, et Daniel Dole, capitaine dans l'armée prussiiMine, mourut en HIS, dgé de 71 ans. MM. Erraan et Réclam pensent qu'ils pouvaient cire piirents du major Isaac de Xorville de Dole, beau-frère du pasteur Forneret.
DOLCT (Estiinne) , érudit, une des lumières de la Renaissance et une des gloires de la typographie, naquit h Orléans en 1509 (I), et péril à Paris, le 3 août l;5i6, victime du fanatisme religieux.
Aujourd'hui que, dans une récente publication, M. Taillandier a fait connaître les pièces du procès de Dolel, on sait, à n'en pouvoir plus douter, que ce n'est pas pour athéisme, comme on l'admettait généralement , que ce savant typographe a été condamné au bûcher. Mais il reste une question intéressante qui n'a point encore été examinée et qui nous louche doublement, c'est celle de savoir quelles étaient les opinions religieuses de Dolet. Devonsnous voir en lui un partisan, secret ou déclaré, des doctrines de la Réforme, ou ne devons-nous admettre son nom dans notre livre que comme une i»rolestation enfaveurde la liberté de conscience? Si, d'un côté, Dolet a trouvé place dans l'Histoire abrégée des martyrs ; de l'autre, Calvin l'a flétri, dans son traité de Scandalis, comme le dernier des hommes. Dans ce condit d'opinions, où est la vérité ? De quelque part qu'elles viennent, des affirmations sans preuves ne sont jamais que des présomptions. Le fait seul parle en justice, et l'histoire ne doit (Hre que l'é-
(I) Celte (laie nous csl fournie par Holel lui-raènie dnns la di'dicact* de ses Commentaires; mais si l'on adoptait l'âffc de 30 <» 37 ans «jui lui est donné dan«i les Lettres de remission de Krainois !•% à la date de jiiiuloV3, on devrait reculer sa naissance dt 2 ou 3 aus.
cho du prétoire. Or, la vérité n'est et ne peut être que dans les écrits mr-mes de Di)let : c'est Ih que uous l'avons cherchée.
Nous ferons d'abord observer que Dolel, caractère entier, passionné en tout, dans l'amitié comme dans la haine, esprit présomptueux que quelques succès précoces avaient enivré, ?'était attiré, dès ses premiers pas dans la carrière des lettres, une foule d'ennemis, qui, quoi qu'il en ait dit, n'ét'ciient pas tous ses envieux. C'était pour son repos autant de dangers. Dans un temps de fermentation , les inimitiés, quelle qu'en soii la source, déîrénèrent facilement en h;unes de partis, une dispute de mois Unit toujours par une guerre de principes. Dolet en fll l'expérience. Ayant mal parlé de Toulouse dans une harangue qu'il prononça devant les étudiants de sa ualicHlk l'université de cette ville, la :iatio/i{\^ Gascons s'en éiuut et on souleva contre lui une accusation de luthéranisme.
Celte accusation banale répondait à tout. Il suffisait, nous dit Dolet, de jeter quelque éclat dans les lettres pour étre*suspect. L'étude seule du grec, et Dieu sait de l'hébreu, était plus qu'une I»résoiuption d'hérésie :
Gr:erum si prolileri audtMl, heus niisLT, Vulgi judioio proximus liiiTcsi
DiceMur, \el ini(juior.
Lu!;enda lieu nimiiim leinpora tenipora, Jam jani impunè (inibus non lied a>se<iai Arteis, aul operam impciidere lileris
Insianii absqut! pcriculo.
On sait toutes les persécutions que Rabelais eut h souffrir dans son couvent pour ses chers livres grecs, l'ne accusation d'hérésie était un danger dont il n'eût pas été sage de se jouer. Que lit Dolel? Accepta-t-il le combat sur ce terrain scabreux? Non, dès la première passe, il rompit la mesure. Je ne hais rien tant, s'écrie-t-il, que les erreurs nouvelles, personne ne leur est plus contraire que moi. » Sic vobis de me persuadete nihil me minus quàm iniquam et impiam ha^relicorum pertinaciam sequi, nihil me acerbiiis ac pejù» isto quorumdam novarum discipli-
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narura studio cupiditalequeodisse, niliil apud nie omni ex parte damnatius. »
Quels étaient donc ses principes? Il ne reconnaissait d'autre relijîion que la religiim chréliemie, telle que les siècles d'i^Miorance Tavaient faite, avec toute sa rouille. «iNempè ità egu sum,continue-t-ih ut muUis j^m seculis induclr.m, eî quasi per nianus nobis a sanclissimis religiosissimisque persuusionis noslrae heroibus traditam, alque jure nioret^ue majorum ad hune usquè dieni usurpatam et receplarn sacroruni institutioneni : eani unam, praîtercà nullani, obsorvem etcolani. » Quoi de plus précis? Kt ce n'est pas la crainte qui le faisait parler ainsi, car il se trou- "vait alors en sûreté dans le voisinage de Lyon. Il est bien vrai que par une sorte d'inconséquence, il fait un crime au parlement de Toulouse du zèle qu'il apporte à maintenir la pureté de la foi. Il lui reproche, dans les Ici mes les plus injurieux, d'avoir persécuté Jean Boissoné, le plus intè^'re des hommes, de l'aveu général, Mathieu Pacus etPierre Bunel qui durent chercher leur salut dans la fuite, Jean de Pins, le plus considérable de tous par sa vertu et sa sagesse. Je n'en Unirais pas, s'écrie l'orateur, si je voulais rapporter tous les exemples de cruauté donnés publiquement à Toulouse. Puis il accuse le parlement d'avoir fiiit périr un malheureux sur le bûcher pour cause de religion. « Je conviens, dit-il, qu'il avait confessé des hérésies, mais n'y avaitil plus d'espoir de le ramener? devaiton lui fermer le chemin du repentir ? »» Au point de vue du catholicisme — du mauvais catholicisme, voulons-nous dire, — Dolet, à cette époque, ne pouvait doncétre coupable que deprofesser la tolérance et la charité chrétienne.
Modiîia-t-il ses idées par la suite?
Nous n'en trouvons pas la preuve dans ses écrits. Quelques années plus tard, dans son traité contre Erasme, il s'élève encore avec la même force contre l'œuvre des Uélormateurs. H est vrai que quelques unes de ses raisons sont si misérables, qu'on pourrait supposer
dessous quelque arrière-pensée. Mais Dolet est un de ces écrivains qu'il ne faut pas trop presser ; les mots, dans ses périodes cicéroniennes, jouent toujours le principal rôle, il faut que sa phrase s'arrondisse coûte que coûte.
Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas de citer ce morceau en entier; en voici le sommaire : « Quel bien, dit-il, ont apporté à la chrétienté, par tous leurs commentaires sur la Bible, Luther. Zwingle,Œcolampade, Duccr,Evi\smQ,}lé\ànd\ihon, Lambert, Farelj et toute cette tourbe de théologiens plus modernes? Ils voulaient détruire la superstition et faire revivre la religion dans sa primitive pureté ? Mais l'événement n'a pas tout-h-fait répondu ï leurs espérances. En scrutant au fond des mystères, plusieurs eu sont venus à rejeter des choses qu'ils révéraient auparavant, h mépriser Tinslilution du Christ, à nier que Dieu s'occupe des adaires de ce monde, àaftirmer que tout tinit avec celte vie. Telle est la peste qui ravage notre siècle et qu'a suscitée la damnable curiosité des Luthériens. » Dolet écrivait ces paroles en \'ô'S'ô. Trois ans après, pour répondre à de nouvelles attaques, il publia son Cato Christianus, qui encourut, il est vrai, la censure ecclésiastique.
Mais sur le terrain neutre qu'il avait choisi, le Décaloguc, le Symbole des Apôtres et la Prière dominicale, il ne courait pas grand risque de se compro mettre ; les Protestants et les Catholi qucs peuvent s'y rencontrer sans se heurter. Cependant la Sorboniiei éleva dans son livre plusieurs hérésies dont l'une, entre autres, tendait à le rapprocher des Réformés, c'était l'admission dans le Décalogue du iî' précepte : Tu ne ti'.ferasjwi/U d" image taillce, confondant ainsi, porte la censure , les conseils avec les préceptes. Dolet était donc chrétien: seulement, il conuiiençait à porter impatiemment le jouj; de f autorité romaine. Mais il ne s'était pas rallié à la Kéforme; sa révolte se bornait à favoriser le schisme, en prêtant ses presses à la publication d'ouvrages
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mal sentant de la foi. Esprit sceptique nvant tout, et, dans Tiotérôt de ses études, grand ami de son repos, il ne s'obstinait pas dans ses prétendues hérésies, il se soumettait sans résistance h toutes les rétractations que Ton exigeait de lui ; il n'avait ni la constance ni la foi d'un martyr. A plusieurs reprises (lo42 et 1544), il se déclara "fils d'obédience, voulant vivre et mourir comme ung vray chrestien et catholique devoit faire, suyvant la loy et la foy de ses prédécesseurs, sans adhérer à aulcune secte nouvelle, ny contrevenir aux sainctz décretz et institutions de l'Eglise. » Après une telle soumission, on se demande quelle vengeance, quelle soif de sang le parlement avait à assouvir pour s'acharner sur ce malheureux? On concevrait encore cette soif dans un inquisiteur, mais dan? les membres d'une cour souveraine où siégeaient les chefs des premières familles de robe du royaume ! De quel grand crime était donc chargé cet homme, pour n'être plus digne de pitié? Etaitil athée, comme ses ennemis l'ont prétendu pour se soustraire à l'infamie de sa condamnation? Non, il célèbre Dieu dans ses écrits, comme tout homme qui a sa raison le célèbre. Rejetait-il l'immortalité de l'âme, comme on l'en a accusé? Non , il la proclame dans maints endroits : Innohis calestis ori- ^0, s'écrie-t-il :
— Suni nebis redilus ad ifsna paierna HcKiiaDei: gcnus undeaniiniduxeirpercnnes.
Etait-il un homme vicieux, adonné aux débauches et à une vie matérielle?
Non, nul plus que lui n'était tempérant, nul n'était plus laborieux; la gloire était sa seule passion ; il dit de lui , et avec raison : Omnium quos tulit antea natura, vel quos nunc etiam ferl, vixit, vivilque, plané nemo me vel cibi , vel potus, vel somni abslinenlior: nemo laboris el vigiliarunj patientior : nemo rei susceplîe persequenlior. Un petit pt)ëme qu'il composa pour servir de direction à son fils dans la vie contient la plus pure morale dn christianisme; il est bien vrai, comme le remarque
Maittaire, qu'il n'y parle pas des mérites de J. Ch., mais ce n'était pas l'instruction d'un catéchiste, c'était l'œuvre d'un poëte écrivant dans la langue d'Horace, et nous ferons observer que son traducteur, probablement son ami Cottereau , répara cette omission. Il était bon époux, bon père : c'est sa tendresse pour sa famille qui lui fil quitter la retraite où il était en sûreté après s'être enfui des prisons de Lyon, et qui pour son malheur le fit retomber aux mains de la justice. Il était dévoué à ses amis jusqu'à la passion , et au nombre de ses amis il comptait les hom mes les plus considérables de la république des lettres. Quel était donc son crime? Son crime ! ses juges l'ont tué parce que, selon eux, il avait mal traduit une phrase de Platon . et il est positif que sa traduction était exacte et fidèle (1).
On ne sait rien sur la famille, non plus que sur la première éducation de Dolet. En 4 525, il fit à Paris un cour* de rhétorique sous Nie. Dérauïd, son compatriote, et l'année suivante, il alla achever ses études à l'université de Padoue. Il se disposait à rentrer en France, après trois ans d'absence, lorsque le célèbre Jean Du Bellay qui se trouvait en mission extraordinaire à Venise, en 1528, le retint auprès de lui en qualité de secrétaire. La mission du prélat terminée, Dolet le quitta, el, cédant à ses conseils, il se rendit à Toulouse, vers 1530, pour y suivre un cours de droit. On dit même que les libéralités du généreux prélat le soutinrent dans ses études. Dolet ne tania pas à se faire parmi ses condisciples une grande réputation d'éloquence.
Lui-môme nous apprend que son nom s'étendait au long et au large , longe latègue. Selon l'usage du temps, les étudiants de l'université s'étaient constitués eu nations ; les français, les gascons, les bretons, les italiens, formaient, chacun, une nation à pari.
Chaque nation se choisissait un prési-
(I) Voir cp qu'il en est dit sons le >'• XVI! de notre Noiirc bibl:Ooia|»l;ii;M' .
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dent, des questeurs et un orateur chargé de porter la parole dans les occasions solennelles. On comprend que les collisions entre les différentes nations deyaienl cire fré([uentes. A la fin, les désordres devinrent tels (jue lo l^rlement rendit un arrêt pour défeudre ces associations. Mais la nation française ne tint compte de cette défense. Dolet, qui était son orateur, adressa une harangue à ses camarades pour les engager à ne se laisser intimider ni par les sentences des juges Di par les menaces de qui que ce fût. Telle est la thèse qu'il développa avec une intempérance de langage qui nonseulement le constitua en révolte ouverte contre le parlement , mais qui souleva contre lui toute la ville de Toulouse. « Quis \\xc vinolentorum somma, non siccorum edicta, s'écriait-il .
quis furiosorum intemperias, non sajttentium promulgaliones. non arhilretur?»> Un nommé Pierre Pinachius, de la nation des irascons, releva le gant, et, en répondant aux inve<lives d^ I>olet, il ne manqua pas de raccnscr d'irréligion. Dolet, prévenu de sédition, fut jeté en prison, le i-') mars 4533; mais grâce à la protection du président même du parlement, Jacques de Minut, et à Tintervention de Jean de Pins, évèque de Uieux , il en lut qui(l(i pour un arrêt de hannissement. Dole^ se retira h Lyon où il s'occupa d'abord du soin de sa vengeance, en mettant la dernière main à ses harangues con tre la ville de Toulouse; jiuis, aprt.-s avoir fait quelque séjour à la campagne pour rétablir sa santé , il se rendit à Paris, où il arriva le 15 oct. 153i.
L'année suivante, ayant obtenu un privilège pour ses Commentaires, qu'il faisait imprimer à Lyon , il retourna dans cette ville atin d'en surveiller Tinipression. Ce grand et bel ouvrage, qu'il dédia à François I"% lui valut sans doute la faveur toute spéei;ile d'un privilège du roi, daté de Moulins 6 mars 4537, qui raulorisail à imprimer ou à faire imprimer « touts livres par luy composés et traduicts : et touts au lires
œuvres dos aulhours modernes, et .m tiques, qui par luy seroienl dutîment reveuz, amendés, illustrés ou annotés, soi' par forme d'interprétation, scholies, ou aultre déclaration : tant en lettres latines, grecques, italiennes que francoyses.M A la faveur de ce privilège, (.
avec l'aide de ses amis, Dolet parviiii. ; monter une imprimerie. Mais un évém ment malheureux, qui est encore entouré do mvslère, faillit l'arrêter dès 1début de sa carri«'re. Ses confrères, le maîtres imprimeurs et libraires d»* Lyoi:. ne lui voulaient pas de Idcn. Suii jijîousie de leur part « voyant qu'il coniraenceoil 5 honnestement pn>fli(er o!
que, par succession de temps, il pouvoii grandement s'augmenter, >» soit par représailles de ce qu'il avait pris fait «•' cause pour leurs compagnons « bande:
ensemble pour les contraindre de leu* fournir plus gros gages et nourrilun* plus opulente, »» soit pour toute autrt cause, ils avaient coneu contre lui un haine mortelle qu'ils cherchaient à s;» tisfaire par tous les moyens. Peut-èl; -.' est-ce ^ r{-< rivalités de commerce q^ l'on doit rattacher l'agression d'un pein tre nommé Ilonri Guillot, dit Compaing, agression qui lui coûta la vie. Une accusation capitale fut portée coi:tre Dolet, mais il prévini. son arrestation en accourant h Paris solliciter l.i protection de ses amis. François P' lui fit grâce et lui ordonna de retournei sans crainte. Tou^ ses amis fèlèrefil dans un l);inquet cet heureux dénouement. Le héros de la fêle nous en donne la description.
Continuo a«i rd'iiani ventuin est, ([uain ilorta
païaia' Dorta roliur»- :i.i:iiliii.M. Ac» iinibiirit (s;ia lu ni-
Quos iiv'rîli» np|)'-Uant)n«(lii.'U'inia\iïnu.'^ m, m; Docliiii:»' laiidc : iii^ciiio pr;«'sianic Bcrjililiis, El ft'lici elDiiuio li.lix : Dana^^ius ailo Outlilw'f illusUis : V'/ro Thusiniis lionoro nibliûl'i(;fa !()<i:i :i^ (l;.;u-> : >|jniniN, Ai'*i|l'. C 'ù lied iUui.'Ui' •-(•:; iikvei>rj.>s:v(M su t(Li()<iin'(li \<'s linrbo!i:us ; Dimpelius : Vuilriiis !ion |tii\an; Im» se sjKMn pru'bfns doriis: Maio -allirus ill.' Illt* Maiolus, lialict divjsqui iii ciimiiio vires: Franriscus Uab{'i.i.'"iU> hono«; cl lî'oria reria Arlis Pa'onia' : qui vel «Ir limiiic I)ilis ETilInrios revocare potesl el redtlcre laci.
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Le lendemain, Dolel reprit le chemin (le Lyon; mais dès son arrivée, il fui incarcéré, cl ce n'est qu'après plusieurs requ.Hcs qu'il adressa au cardinal de Touruon, régent du royaume pondant la présence du roi h ses armées, ({u'il fui n'uiis eu liberté. Son mariage date de colle époque. Il lui naquit un lils qui fut appelé Claude du nom de son parrain, le jurisconsulte Claude Cotlereau. La fortune lui souriait de plus en plus; son imprimerie prospérait, sa réputation allait chaque jour en grandissant. Mais il avait des ennemis nombreux que ses succès mêmes exaspéraient. Ses liaisons intimes avec des hérétiques reconnus, son scepticisme qu'il ne dissimulait pas, et surtout les publications, tout au moins suspectes, auxquelles il employait ses presses et consacrait son privilège, leur fournirent bientôt les moyens de le perdre.
On lui reprochait, en outre, d'avoir mangé du gras en temps de carême , de s'être promené durant roflice, et ce qui était encore un plus grand crime, d'aller plus souvent au sermon qu'îi la messe. \ la fin, l'orage qui s'amassait depuisquelqno temps sur sa tête éclata.
A la requête et poursuite du procureur et promoteur des causes de Tinquisiliiui de la foi, Dolet fut arrêté et jeté en prison. Son procès ne fut pas long. Matthieu Orry, inquisiteur général, assisté d'Etienne Faye, officiai et vicaire du primat de France, le déclara, par sentence rendue le 2 oct. loi2, «mauvais, scandaleux, schismatique, hérétique, fauteur et défenseur des hérétiques. » Dolet qui avait été transféré à Paris, appela de celte sentence comme d'abus. Sur ces entrefaites, ses amis intercédèrent pour lui auprès de François P', et Pierre Du Chaste!, alors évêque de Tulles, lui obtint sa grâee. Les lettres de rémission du roi sont datées du mois de juin 1543. Mais le parlement ne se rendit pas de suite, il lui en coûtait de li\cher sa proie. Il souleva des dilTicullés, prétendan; que les lettres de gr;\ce que Dolet avait obtenues antérieurement au sujet du meurtre du
nommé Compaing, n'avaient pas été entérinées. Lettres ampliatives du roi, à la date du i" août 1543, ordonnant à la cour de passer outre et de remettre le prévenu en liberté, « car ainsi nous plaist estre faict. » Le parlement ne se pressa pas d'obéir, et ce n'est qu'après une nouvelle sommation, à la date du 21 sept., que le prisonnier fut élargi, le 13 oct. seulement, après une détention de quinze mois. On se contenta pour cette fois de brûler ses livres; nous en donnons les titres dans noire notice bibliographique. L'eitrême animosité avec laquelle on l'avait poursuivi et les rigueurs qu'il avait subies, auraient dû rendre Doict plus circonspect h Tavenir.ll n'en fut rien. A peine était-il de retour h Lyon auprès de sa famille, que de nouveaux démêlés avec la justice vinrent troubler son repos.
Deux ballots de livres, pour la plupart de Genève, qu'on soupçonnait avoirété expédiés par sa maison, furent saisis aux portes de Paris. Dolet nia et prétendit ou«> c'était une fourbe inventée par ses ennemis pour le perdre. Quoi qu'il en soit, des ordres venus de Paris le tirent de nouveau jeter en prison, au commencement de janvier 154i. Connaissant par expérience ce que c'est que la justice des hommes, il n'eut qu'une pensée, celle de s'y soustraire; ctgnlce aune ruse qui lui réussit à souhait, il parvint à s'évader le troisième jour de son emprisonnement. Il s'entuit dans le Piémont et de L\ il adressa une supplique au roi, où il lui exposait toute son affaire. Mais il eut l'imprudence de ne pas attendre le résultat de ses démarches. « Retournant dernièremeul du Piedmont avec les bendes vieilles, (lit-il au roi dans la dédicace de ses Dialoguesde Platon, pour avec ycelles me conduire au camp «{ue vous dressez enChampaigne, l'affection et amour paternelle ne permist que passant près de Lyon, je ne misse tout hazard et danger en oubly pour alK-r veoir mon petit lilz et visiter ma famille. >» Ce fut sa perte. II fut reconnu et arrêté. Transféré à Paris, lu Sorbounc et lo parie-
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ment se jetèrent de nouveau sur leur proie. Cette fois, François 1", gouverné par le cardinal de Tournon, no se laissa pas fléchir, et lo 2 août 1546, après une détention de près de deux ans, le parlement rendit un arrêt qui condamna Dolet pour blasphème, sédition et exposition de livres prohibés et dampnés, et autres cas par lui faits et commis depuis la rémission, abolition et ampliation à luy données par le roy, à estre mené et conduit par Texéculeur delà haulte justice en ung tombereau JQsques h la place Haubert , où sera dressée et plantée, en lieu plus commode et convenable, une potence, à Tcntour de laquelle sera fait un grand feu, auquel après avoir esté soublevé en ladicte potence, son corps sera jecté et broslé avec ses livres et son corps mué et converti en cendres , et a déclairé et déclaire tous et chacuns des biens dudict prisonnier acquis et confisqués au roy, et ordonne ladicte court que auparavant l'exécution de mort dudict Dolet, il sera mis en torture et question extraordinaire pour enseigner ses compaignons. Le lendemain, la sentence fut exécutée (4). Ainsi périt une des premières gloires littéraires de cette époque sous le règne d'un prince qui a été surnommé le père des lettres! Florent Jmsius, dans uno lettre du â3 août 4546, raconte tenir d*uno personne qni assistait d'office h l'exécution, que Dolet ne se pressant pas de se recommander à Dieu et aux Saints selon l'or-
(1) Théod. de Bèzc célébra la mort de Dolet dans anc petite piècn de vers qu'il fit parattredans la première édition de ses Juveni* lit (1548), mais qu'il supprima dans les éditions suivantes, après qu'il eut embrassé le protestantisme. Il y disait, dans le langa(;e précieux du temps, que les nenr Sœurs avaient itSRentî une telle douleur du supplice de leur ani, qu'elles avaient essayé d'éteindre les flammes avec leurs larmes, et avec les eaux et la fontaine Hippocrènc; mais qu'au monent où elles y étaient presque parvenues, le Souverain des Dieux les en reprit sévèrement^ en leur disant de ne pas envier au Ciel ce ooovel h6te :
At cessate, ait, et novum colonum Ne diutiiis invide'io Cœlo; Cœlum sir meus Hercules polivit.
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dre qui lui en était intimé : « Il faut, lui avait dit le bourreau , que vous invoquiez la sainte Vierge et saint Etienne, votre patron, duquel on célèbre aujourd'hui la fête, et si vous ne le faites, je sais bien ce que j'aurai à faire. « Sur cette menace, Dolet aurait récité une prière conforme au formulaire du bourreau et renié ses erreurs. Si ce fait est vrai, en voici l'explication. Un retentum de l'arrêt de condamnation portait que si Icdict Dolet faisoit aucun/scandale ou disoit aucun blasphème, la langue luy seroit couppée et qu'il seroit bruslé tout vif. Du reste, ses doctrines étaient à peine incriminées; il était victime d'un procès de tendance, et, en reniant ses erreurs, il no reniait proprement rien du tout. Dix ans avant celte infâme sentence, Dolet, qui avait toujours eu comme un pressentiment do sa malheureuse lin, écrivait ces mémorables paroles : « Superi , rerum omnium prîepotentes Superi, banc mihi unam, hanc unam largimini felicitalem, ut mea nunquam cxistimatio, mea nunquam salus, mea nunquam vita (fortunae bona, ut caduca et inania, curis vestris digna non censeo, nequo vos pro iis prece ullâ velim obtundere) ex judicum pendeat sentcntiis. »
Notice bibliographique.
I. Stephani Doleti Orationes duœ in Tholosam. Ejusdem Epistolanim librilI.Ejusd. carminum lihri If.
Ad eundem Epistolarum amicorum liber. Absque anni \\ 533] loci [Lyon] et lypogr. [Seb. Gryph.] nota., pet.
in-8% pp. 246 sans les pièces prélim.; caract. ital.; ad calcem, Doletus, avec sa devise : Durior est spectata virtntis^ guàm ijicognitœ conditio. Ouvrage publié par Symon Finetius, qui nous apprend dans son épltre dédicatoire que son ami étant tombé gravement malade après sa sortie de Toulouse, n'avait pu donner ses soins à la publicalion de ses harangues, mais que, ne voulant pas, en raison de son amitié pour lui, qu'il restât plus longtemps sous le coup des accusations dont on
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l'avait chargé, il lui avait soustrait cet écrit qu'il faisait paraître à son insu. Diatribes violentes contre la ville et le parlement de Toulouse. Style trop oratoire , imitation servile de la phrase redondante, sonore et un peu creuse de Cicéron dans ses Oraisons. A l'exemple du grand orateur romain, Dolet ne publia pas ses harangues telles qu'il les avait prononcées ; il convient, dans une de ses lettres, qu'il les polit et les augmenta. Les lettres de ce recueil sont toutes relatives à son affaire de Toulouse. Pour ce qui est de ses poésies, on y sent l'imitation d'Horace.
Les idées n'y abondent pas ; mais elles sont écrites avec facilité. Dans la meilleure de ses odes, De laudibus Virginis Maria, le poëte môle les louanges des Dieux de l'Olympe à celles de la sainte Vierge. Ce sont sans doute ces licences poétiques, qui lui sont familières, qui ont fait dire à un critique allemand : « Paganitas est quae Doletum perdidit. » Quelques vers, que Dolet adresse aux mânes d'un ami, nous fourniront un exemple de ces grandes impiétés que lui reprocha la Sorbonne, et qui, en donnant prise aux calomnies de ses ennemis, finirent par conduire la victime sur le bûcher.
TranqailIaetibisintnocteSySomnasquequictus, Perpetuoquc sile, pcrpetaoquc vale,
Et si umbris quicqaam est sensas, ne sperne
[rogantem Dilige, perpetuo cai qaoque charus eris.
C'était sans doute dans la prévision de son malheureux sort , qu'U prenait souvent pour devise : Préserve-moy , 0 Seigneur, de la calumnie des hommes.
n. Dialogus de imitatione ciceronianâ adversùs Desiderium Erasmnm Roterodanum pro Christopkoro Longolio, Lugd., Seb. Gryphius, 4 535, in-4% pp. 192, sans quelques pièces finales ; dédié à Jean Du Bellay, évêque de Limoges. Dans une lettre à Guill. de Scève, sous la date de Paris quinto Idus nov. 1534, Dolet lui recommande de surveiller l'impression do ce dialogue. Cette lettre est surtout
intéressante pour les détails qn^il doûM à son ami sur les troubles religievt qui agitaient Paris, probablement k It suite de l'affaire des Placards. «Il n'est bruit dans le public, lui marque-t-il, que des offenses faites au Christ par les Luthériens.... C'est pourquoi un grand nombre de citoyens, non-seolementde la lie du peuple, mais du corps resyeo* table des marchands , soupçonnés de partager l'erreur luthérienne, entêté jetés en prison. J'assiste à ces drames comme simple spectateur, tantôt dépio* rant le malheur des uns et tantôt riam de la folie des autres, lorsque je iei vois braver la mort par une ridicule persévérance et une intolérable obsti* nation. » Dolet suppose un dialogn entre Simon de Villeneuve (Villanoti»
nus) et Thomas Morus ; les raisons fm fait valoir ce dernier, sont prises, et général, du dialogue qu'Erasme afait publié contre Longueil. Œuvre d^a jeune homme, qui s'attaque à ses maîtres, pensant se grandir. Ce dialogve en faveur des Cicéroniens attira à Dolet un implacable ennemi. JtUes ScûH^ ger ressentit comme un outrage qpe Dolet eût repris en sous-cbuvre un sujet qu'il avait traité lui-même; aiitt donna-t-il libre carrière à son ressentiment dans sa Poétique, où Q le traite de chancre des MuseSy et va jostinl l'accuser d'athéisme.
111. Commentariorwn Hngiue l^ tina tomus primuSy Stephano ïkUh to Gallo Aurelio autore, Lugd., Seb.
Gryphius, 1536, in-fol.; caract. ital., à deux colonnes au nombre de 1708, sans les pièces prélim. — Tonm$ secundus, 1 538, conten. 1716 colonnei, sans les pièces prélim.; très-belle édit., remarq. surtout par la correction du texte. Privil. daté du 21 mars 1 535. Ouvr. dédié à François de Valois et à Guill, Budé. — Immense compilation où lesle* xicographes, venus à la suite, n'ont ea qu'à puiser. On devrait croire qu'une vie entière de labeur avait pu seule suffire à un pareil travail, et cependant Dolet étaità peine dans sa vingt-sixième année. Son ami Des Périers lui Tint
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êù aide en mettant au net tout son premier volume. Le but de Dolct dans cet ovrrage est de déterminer, par des ciwnples tirés des meilleurs auteurs, et Mrtout de Cicéron, son écrivain favori, les diverses acceptions des mots de la Imgne latine. C'était, sans contredit, un foimense service rendu aux lettres.
Itals la gloire de Tauteurfut troublée par de nombreuses accusations de plagiat, ient il s'émut plus qu'il ne devait, car il est clair qu'en faisant un travail de cette sorte, il était obligé de parler de fliatières plus ou moins étrangères à eee études, et pour lesquelles il ne poBvait s'éclairer que p,ar les écrits de ceui qui en avaient traité ex professe. ïel était par exemple Part nautique.
Charles Estienne Taccusa d'avoir dérobé à Lazare de Baïf tout ce qu'il disait sur cette matière. Dans un troisième tome, qui n'a jamais paru , Dolet se proposait de traiter de la syntaxe , du nombre oratoire, de la métrique. Dans les développements, souvent très-étendns, où il entre pour établir la signification des mots, il lui arrive parfois de faire le récit d'événements contemporains, ou il lui échappe des personnalités ou des réminiscences, qui contri- Iment à donner à son livre un intérêt de plus. Dolet était avant tout un écrivain polémique ; sa nature agressive et batailleuse reprend toujours le dessus. Un des admirateurs de Dolet, que le pseudonyme de Jonas Philomusus n'a pas trahi, désirant mettre cet utile ouvrage à la portée des étudiants, eb donna à Bâle, en 1 537 et 39, 2 vol. in-ê*, un abrégé dans lequel il apporta ^elques modifications au plan de l'original, l'ordre philosophique des matières que Dolet avait suivi, ne se prêtant pas facilement aux recherches. Il edt vrai que des Index, par ordre alphabétique, remédiaient en partie à ce dernier inconvénient. Quoiqu'il en soit, Dolet revendiquait tout l'honneur de l'invention : « cujus quidem inventionis gloriam et laudem lotjm nobis sine controversia vendicaro possumus. » David Clément est porté à admettre, avec l'au-
teur du Catalogue de la Bibl. harléienne, que Dolet a tiré la plupart do ses matériaux du Trésor de la langue latine de Robert E$t%enne ; il lui accorde seulement de les avoir disposés dans un meilleur ordre. Mais ce reproche est exagéré. Quels qu'aient été les emprunts de Dolet, il lui reste encore en propre une assez belle partie de son livre pour que sa gloire n'en soit point amoindrie.
IV. De re navali adLazarwm Bayfium, Lugd., Seb.Gryphius, 4537, in- 4% pp. 489, sans les pièces prélim. — Fragment détaché des Commentaires, avec les réponses aux accusations de Charles Estienne ; opuscule adressé à son ami Lazare de Baïf, sous la date de Lyon, mai 4 537. Ce lexique a été réimprimé dans le Trésor des antiquités grecques de Gronovius, à la suite du traité de Baïf. Ces deux écrits n'ont de commun que le titre.
V . Carminum lihri quatuor, Lugd . , 4538, in-4% pp. 475, sans les pièces finales. — Le premier livre est dédié ï Claude Cottereau. Dans sa dédicace, Dolet dit à son ami qu'avant d'entreprendre la publication du 3* tome de ses Commentaires (pour lequel il réserve tout ce qu'il possède de connaissances et de lumières en fait d'éloquence), il lui a paru bon de se distraire dans la société de Muses moins sévères, non pas tant pour son amusement que pour répondre à ses détracteurs. Dans une pièce adressée à Philippe Mélanchthon, nous relèverons une de ces malheu reuses boulades qui lui attirèrent la haine des théologiens et le firent accuser d'impiété par l'un et l'autre parti :
Sed Dil prorsttt
Magis libel ridere qaam noDButtorani Amentiam,qai, reu Oeorumcogaati, lovisqne cœli participes, Ag Diis semper Sermonein habent: et qaa ad Polam efferri
[possis, Qaà deprimaris in nigri tenebras Regni, Docent. Ineptum bomiuum gcnus et intole-
[randum.
Le 2' livre est dédié au cardinal de Toumon. Plusieurs des pièces de ce livre sont relatives au meurtre du pein-
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tre Compaing. Dans une ode à Clément Marol, parlant de Lyon, on trouve un bel élan de la vive affection de Dolet pour ce poëte. Le 3* livre, qui est adressé à Jean Boissoné, contient surtout les poésies que lui inspira son affaire do Toulouse. Le 4* livre, dédié à son ami Sébastien Grypbius, est consacré à des épitaphes. Dolet a réimprimé dans ce recueil les poésies qui avaient paru à la suite de ses harangues contre Toulouse. Parmi les célébrités auxquelles il adresse ses vers, nous citerons François Rabelais, Clément Marot, ScUmon Mcxriv., Maurice de Scève,Mellin de Saint-Gelais, Nicolas Bourbon , Pierre Danès , Nicolas Bérauld^ Hugues Salel, etc., qui tous étaient ses amis.
VI. Cato Christianus, id est : Decalogi exposition accessio ad 'prœcepta legis ex Christidoctrinâ ; Symholum Christianœ et apostolicœ persuasionis, cum ejus exjwsitione.
Pracatio Dominica et eJus interpretatio. Odœde laudihus Virginis Mariœ, Lugd., Stepb. Doletus, 4 538, in-8'; 38 pages. — Dolet attachait une grande importance à ce petit écrit. Il Pavait composé pour répondre aux accusations d'irréligion qu'on ne cessait de répandre contre lui. Dans une lettre mise en tête de son chant génethliaque , il prie son ami Claude Cottereau de lui faire savoir quel accueil les courtisans (aulici) ont fait à ce livre. « De la part de ceux qui sont de nos amis, je ne doute pas , lui dit-il , qu'il n'ait été extrêmement bien reçu, vehementer gratum. Quant à ceux qui nous jalousent, je tiens pour certain qu'il leur a tout à fait déplu. » La Sorbonne , qui n'était pas , elle , de ses amis, releva dans son livre plusieurs hérésies et plusieurs omissions condamnables.
Ses Odes en l'honneur do la sainte Vierge ne purent le préserver du feu.
VIL Genethliacum ClaudiiDolcti, Stephani Doleti fdii. Liher vitœ communi inprimis utilis et necessarius, autore pâtre, Lugd., apud eund. Doletum, 4 539, in-4'. Petit
poëmc didactique de 23S hexamètres, sans un prologue de 24 vers adressé aux Muses et une ode finale. — Jamais naissance ne fut plus célébrée par les poètes que celle du fils de Dolet. Mais, hélas ! les brillantes destinées promises au jeune enfant vinrent échouer sur le bûcher du père. Le po(ime de Dolet fat traduit « en langue françoysc [vers de dix syllabes] par ung sien amy » soiis le titre : L' Avant-naissance de Claude Dolet, etc. Œuvre très utile et nécessaire à la vie commune : contenant comme l'homme se doibt gouverner en ce monde, Lyon, Est. Dolet, 1 539, in-4*; trad. libre dans plusieurs passages.
VIII. Formula latinarum locutùh num illustriorum , in très partes dir visa y Lugd., Stoph. Doletus, 4539, pet., in-fol. — Des trois parties promises par l'auteur, la première seule a paru; elle concerne les noms et les verbes. Jean Sturm en donna à Strasbourg, en 4 576, in-8% sous le titre Phrases et Fonnulœ lingius latine elegantiores , une édition augra. du Connubium adverbiorum Ciceronianorum Huberti Sussanaei.
IX. Francisci Valesii Gallonm Régis fat a. Ubiremomnemcelebriorem à Gallis gestam nos^ces, ah an».
Christi 4 513 usque ad ann, inenn^ tem 4 539, Lugd., Doletus, 4 539, 4% pp. 74, plus 5 pages de poésies à la louange de l'auteur. Ce petit poème , en vers hexamètres, a été traduit en prose par Dolet lui-môme et publié sous le titre : Les Gestes de François de Valois , roy de France, Dedans lequel œuvre on peult congnoistrs tout ce gui a esté faictpar UsFran^ çoys depuis Van mil cinq cents treize^ jusques en Van mil cinq cents trente^ neuf. Premièrement composé en latin par Est. Dolet : et après par luffmesmes translaté en langue franeofse, Lyon, Est. Dolet, 1540, in-4% pp. 78. Dédié, sous la date de Lyon \ t août 1539, h Françoys ï" et à Castcllanus [Pierre Du Chastcl], évêque de Tulle. On lit dans répitro dédicatoire à ce dernier : « Pour ce que tu es
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de scavoir tel que lu pculx faire certaiin et bon jugement de mon œuvre, je veulx que l'art t'en soit dédié : et nu roy la matière : affin que luy puisses donnera entendre que c'est... Car combien que les roys portent bonne alfection aux gens de lettre : toutes fois, leurs œuvres et labeuis sont repcous pireulx en telle opinion, que ceulx, ansqnelz ilz ont foy quant au scavoir, leur persuadent des scavanlz. » Le vénérable Du Chaslel eut bicnlOl roccotion de rendre à son protégé un service bien autrement important que celui ([D'il sollicitait de lui. Quant au roi, sa reconnaissance ne tint pas longtemps contre les insinuations malveillantes des ennemis de Dolet. Dans un Cantique joint à sa dédicace, notre poetp lui disait que le meilleur moyon pour passer à la postérité , c'était « d'eslargir du sien aux gens scavantz. » Or le Dûcber fut en délinitivo tout ce que ce prince ami des lettres lui eslargit. Lo livre de Dolet qui n'est qu'un Sommaire très-abrégé des événements du règne de François I»' , n'a qu'une faible valeur bistorique; mais si on le juge comme œuvre d'art, on doit y voir ce que notre auteur a produit de mieux soit comme poëte latin, soit comme prosateur français. Nous sommes surpris que M. Aimé Martin ne l'ait pas compris dans le cboix des œuvres de Dolet qu'il a joint à sa réimpression du Second Enfer. Le poëme de Dolet ne trouva pas grâce devant les rigueurs de la Sorbonne. Dans ces temps malheureux où Rome régnait en souveraine, les simples poètes n'étaient pas traités avec moins de sévérité que les théologiens de profession. Les soupirs d*Apollon étaient jugés hérétiques , schismatiques et scandaleux, tout aussi bien que des traités de dogmatique.
L'implacable Faculté accusa Dolet de prendre le mot fatum dans l'acception païenne et en conséquence elle condamna son livre au feu. Voici du reste la définition que l'auteur en donnait lui-môme dans son poOme. « Destinée est une fille de Dieu omnipotent:
laquelle suivant le vouloir et conmiandemenl de son père nous cause et pourchasse tout ce que nous appelons bien ot mal. Et ce? deux choses les Humains recoipvent par ung infaillible vouloir de Di(îu : lequel droiclement s'appelle Destinée : car Destinée n'est rien aultre, qu'un g ordre éternel des choses. Et combien qu'h icelle se puisse joindre quelque prudence, ou vertu humaine , loulesfois, c'est elle qui règne, et ha tout pouvoir en noz actes.»
Dans un avis au lecteur rejeté à la fin de l'ouvrage, Dolet promettait de poursuivre cette publication «jusques au temps qu'il plairoit à Dieu faire son commandement de lui et l'osier du monde où il l'avoit mvs. »
X. Ohservationes in Terentii Andriam et Eunuchum ^ Lugd., Dolet, ■loiO, in-8* ; plus, fois réimpr. Dans une lettre h Guill . Du Bellay, Dolet nous apprend que son intention était d'abord de commenter toutes les comédies de Térence; mais qu'après avoir travaillé sur les deux premières, il n'avait plus rien trouvé de remarquable, tant le style de cet écrivain est uniforme.
XI. Liber de imilatione ciceronianâ adversMS Floridum Sabinum , Lugd., Dolet. , 4 510 , in-4'. pp. 55, Titre courant Confutatio inalcdictorum. Dédié h Guill. Bigot, sous la date de Lyon, cal. d'oct. 1540. — Violente diatribe, A l'accusation d'impiété lancée contre lui par Floridus , Dolet répondait avec beaucoup de modération : « At quis meus inter omneis sermo, nisi pius, nisi castus, nisi Dei honore plenus ?.., El vita quam degimus, non plané christiaua? » Mais celte modération n'était pas la règle habituelle à laquelle Dolet asservissait ses discours. Après un bon mouvement, il retombe bien vile dans son premier péché : « Dii tibi maleficiant, scélérate nebulo ! » s'écrie-l-il avec fureur.
Quelques épigrammes latines terminent ce factum. Nous en citerons une qui a trouvé des imitateurs :
Faril mcorum scripiorum subliiniîas
Ut Floridus non credatta cssc prorsùs mea :
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Sed Kloridi inscitia, et infantia facit
lit qu» scribit Florîdus, Floridi esse putcm.
Floriilus l'avait accusé de plagiat.
XII. La manière de bien traduire d'une langue en une aultre ; d'advantage. De la ponctuation de la langue françoyse; plus. Des accents d*ycelle, Lyon, Dolet, 1642, ia-4% pp. 39. Dédié à mon seigneur de Lange [Du Bellay], sous la date de Lyon, dernierj'our de mail 540(ce qui a faitsupposer une édit. antérieure), comme un témoignage de « rccongooissance de sa libéralité envers luy.» « Je n'ignore pas, lui dit Dolet, que plusieurs ne s'esbaïssent grandement de veoir sortir de moy ce présent œuvre : attendu que par le passé j'ay faict et fais encore maintenant profession totalle de la langue latine. » £t la raison qui l'incite à cela, c'est son affection envers l'honneur de son païs qu'il veut trouver tout moyen d'illustrer. Et si ce mien labeur, ajoute -t-il, « ne reforme totallement nostre langue, pour le moins pense que c'est commencement qui pourra parvenir à fin telle, que les estraugiers ne nous appelleront plus Barbares.» Dans une adresse au Peuple françoys, qui suit cette dédicace, Dolet nous apprend que depuis six ans il avait composé une œuvre intit. L* Orateur françoys, qui comprenait les traités suivants : La Grammaire; L'Ortographe; Les Accents; La Ponctuation; L'Origine d'aulcunes dictions ; La Manière de bien traduire d'une langue en aultre; L'Art oratoire; L'Art poétique; mais, vu sa grande importance, il en différait encore la publication. Les trois petits traités qu'il faisait paraître étaient détachés de ce grand ouvrage. Si Dolet eût vécu, il est évident pour nous qu'il eût fait faire d'immenses progrès à la langue. Mais on a lieu de s étonner que, dans les ouvrages sortis de son imprimerie , il ne se soit pas toujours conformé aux règles qu'il établit pour la ponctuation et les accents.
XIII. Liher unus de officia legati, <j%iem vulgo ambassiatorem vocatû Qjp. iO], Et item aller De immuni-
tate legatorum [p. 20-30]. Et item alius De legationibus Joannis Langiachi, episcopi Lemovicensis [en ven hexam, p. 31 -4 i], Lugd., Steph. Dolet., 1541, in-4».— Dédié à Jean Do Bellay.
XIV. Les Epistres familiaires de Marc Tulle Cicero, père de VEUhquence latine, nouvellem, trad%ict$$ de latin en françoys ; avec lewt sommaires et arguments, pour plm grande intelligence d'ycellet, Lyon, Est. Dolet, 1542, in-8^ ; plus, fois réimp. Dans une épltre au lecteur, sous la date de Lyon, 1 mars 1542, Dolet nous dit que si jusqu'à ce temps il i principalement travaillé pour acquérir los et bruict en la langue latine, il ne se veut pas moins efforcer à se faire renommer en sa langue maternelle. Puis il nous apprend que, dans ce but, il se propose de publier prochainement un Grand Dictionnaire vulgaire. Ce grand ouvrage a péri avec luL Les réponses des amis de Cicéron, et quelques lettres de ce dernier, de pure civilité, étaient omises dans la traduction de Dolet; dans la huitième édition (Lyon, 1569, in-12), et dans les suivantes, on a réparé cette omission au moyen delà version de Franc. deBelle- Forest. Le succès qu'a obtenu cette traduction est, sans doute, un témoin gnage incontestable de son mérite, mais ne prouve rien néanmoins quant à son élégance. La lecture en est on ne peoi plus fatigante. Il manquait à Doiet, pour vaincre les difficultés d'une pareille version, la plume de son ami De$ Périers. Rien de moins familier que son style. Il a mieux réussi dans l'ouvrage suivant :
XY. Les Questions Tusculanes d^ Marc Tîdle Ciceron; nouvelleweni traduictes de latin en françoys,?^ii% Jehan Ruelle, 1544, in-16'; Guill. Le Bret, 1545, in-16, ff. 137.— Onsuppose une édit. antérieure.
XVI. Le second Enfer d^Estiennê Dolet, natif d'Orléans. Qms^Ht certaines compositions faicies par Imff mesmcs, sur la justificaHon de $o^
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ucond emprisonnement, Lyon, 1 544, très-pet. in-S*., non pag. Dans une épistre à ses amis,escripte en ce monde, ce premier jour de may 1544, Dolet les « advise que le tiltre de ce second [Enfer] est pour le respect du premier : lequel courroit desja par le monde, sans la fascherie qui lui est dernièrement advenue. Hais avec le temps il anra sa publication . » — L'Enfer de Dolet n'a de commun que le titre avec l'Enfer i d0 Harot; il n'en a ni le tour, ni Tes- - jiit, ni la portée ; c'est un recueil de , huit suppliques en vers, dont trois avec enToi, adressées à François I*', au duc d'Orléans, au cardinal de Lorraine, à la duchesse d'Etampes (qu'il prie de bien ▼ooloir faire sonner une heure propice puisqu'elle gouverne l'horloge), à la cour du Parlement de Paris, aux chefs de la justice de Lyon, à la reine de Navarre, la seule Minerve de France, au cardinal de Tournon, au sujet des nou- Telles poursuites dirigées contre lui, et suivies d'une épttre à ses amis. Dans la première de ces suppliques, Dolet eipose au Boi la fourbe que ses enneois ont imaginée
Foar donner ombre k lenr faict eanteleax, Et Tearoller aa renc des scandaleux.
Des pertinax, obstinez et mauldicts, Qni Tont semant des livres interdicts.
Puis il lui raconte comment il parvint à s'échapper des prisons de Lyon, en tentant le concierge par l'offre d'un fort bon muscat qu'il avait en sa maison et dont il lui proposa d'aller boire avec lui « à plein fonds. » Cette aventure est assez bien narrée. Le ton léger de l'auteur prouve qu'il ne prévoyait pas toute rétendue du danger auquel il venait d'échapper. Mais si l'on considère la requête de Jacq. de Vaulx, messager ordinaire de Lyon qui réclama une somme de mille écus pour les grands dépens que lui avait causés « la fuite industrieuse dudict Dolet, duquel il avoit la charge pour le amener prisonnier eu la conciergerie du palais et aussi pour l'avoir repris et ainené à grands frais prisonnier eu ladicte conciergerie, »
requête à laquelle il fut fait droit par le
parlement, il paraîtrait positif que les choses ne se sont pas tout à fait passées de la manière que raconte lepoëte.
J'ay dlct ir.on grief: venir fault au remède ; Il n'est nul mal qui le remède excède. Si non la mort.
Le remède qu'il propose au roi, c'est qu'il retienne à lui sa cause, et qu'après avoir mis en uug bloc tout ce, qu'on dict, qu'il a faict et commys touchant la foy, il lui en accorde rémission à condition qu'il n'y revienne plus.
Quant au surplus, je m*en déporierav, Et ton vouloir en tout je parferay.
XVII. Deulx dialogues de Platon, philosophe divin et supematurel, Scavoir est, Vung, intit. Axiochus.
Qui est des misères de la vie humaine: et de Vimmortalité de Vame, et par conséquence du mespris de la mort.
Item, Ung aultre, intit, Hipparchus, Qui est de la convoytise de l'homme, touchant lalucratifve. Le toutnouvellem. traduicten langue francoyse, par Estienne Dolet, natif d Orléans, 4544; publ. à la suite du précéd., môme format. Ces deux dialogues sont suivis de 3 pages de Dicts et sentences notables de Platon, Le premier de ces dialogues était attribué à tort au chef de l'Académie, on l'a restitué à Xénocrate et d'autres à Eschine. Dans sa dédicace à François I", Dolet lui disait Qu'il avait entrepris la traduction complète des œuvres du philosophe grec dans laquelle il était « jà bien avant. » Ce fut dans cette traduction que la Sorbonne alla rechercher le crime d'hérésie sur lequel seul le parlement put se fonder pour envoyer Dolet au supplice, puisqu'il avait obtenu rémission pour toutes les hérésies dont il avait été accusé antérieurement. Dolet avait dit d'après son auteur : aprls la mort, tu ne seras plus rien du tout, cù yàp oùx lêio, porte l'original; la Sorbonne jugea cette proposition hérétique, et prétendit que le traducteur avait mal interprété son auteur, « auquel il n'y a, ni en grec, ni eu latin, ces mots : rien du tout, » Mais il est
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évident que l'idée du philosophe grec emporte l'idée de néant. On ne peut être et n'être pas, tout à la fois; n'être pas, c'est n'Atre rien du tout, et Dolet avait pleinement raison.
XVIII. Cantique d'Estienne Dolet prisonnier en la conciergerie de Paris, ran 4546, sur sa désolation et sur sa consolation. Imprimé pour la première fois dans la Vie de Dolet par Née de La Rochelle. Quoi de plus touchant que cette plainte du malheureux qui gémissait depuis si longtemps en prison :,
Grand doulear sent nn vertueux courage (Et feast-ce bien du monde le plus sage) Oaand il se veoid forcloz du doux usage De sa famille.
Dans son angoisse, il appelle \ lui l'esprit de toute consolation :
Sus done esprit laissez la chair à part. Et devers Dieu, qui tout bien nous départ, Retirez-vous comme a vostre rempart, Vosirefortresse.
La Sorbonne a encore attribué ^ Dolet plusieurs ouvrages, auxquels il est tout à fait étranger, mais qui sont sortis de son imprimerie, et dont plusieurs sont accompagnés d'épistres liminaires qu'il y a mises, excitatives à la lecture d'iceux. En voici les titres : i ,) Les épistres et évangiles des cinquante et deux dimenchcs de l'an, avec briefves et très-utiles expositions d'ycelles, Lyon, Est. Dolet, 1542, in-16. Cetou- Yrage est de Le Fèvre d'Etaples. Dolet y mit une épltre au Lecteur chrestlcn, sous la date de Lyon, 3 mai i 542, où il promet « de rendre parfaicte la Bible en petite forme dedans troys ou quatre moys, et en grand'forme dedans huict. Et désormais, ajoute-t-il, ne tiendra qu'en toy, si tu n'as continuellement la parolle de Dieu devant les yeulx. Laquelle tu doibs recepvoir en toute révérence, comme la vraye nourriture de ton ame. >» — t.) Exhortation à la lecture des Sainctes Lettres. Avec suffisante probation des docteurs de l'Eglise, qu'il est licite et nécessaire, ycelles estre translatées en langue vulgaire : et mesmement en la françoyse.
Lyon, Est. Dolet, 4 542, in-16. Dans une épltre au Lecteur chrestien , Dolet dit ne pas ignorer les plaintes que font contre lui « aulcuns vitieux et abuseurs de peuple, » parce qu'il met en lumière des ouvrages de la « Saincte Escripture composez ou traduictz en langue françoyse, » et que c'est pour leur remontrer leur tort qu'il leur a bien voulu « produyre ce petit opuscule. »
— 3.) Exposition sur la première Epistro de St-Jean, divisée par sermons, i
— 4.) Brief discours de la République françoyse, désirant la lecture des livres • de la Saincte Escripture luy eslrc loisible en sa langue vulgaire. Ledict Discours est en rime. Avec un petit Traicté en prose, monstrant comme on se doibt apprcster à la lecture des Escriptures Sainctes, et ce qu'on
y doibt chercher, Lyon, Est. Dolet, 1544, in-16. — 5.) Cautica canticorum, en françois. — 6.) Le Nouveau- Testament. — Les lettres de rémission de François I" mentionnent en outre, au nombre des livres pernicieux et hérétiques auxquels Dolet doit avoir mis des préfaces : La Fontaine de vye; Les Heures de la Gompaignye des Pénitens ; Le Chevalier Chrestien ; et La Manière de se confesser de Erasme.
On sait que ces deux derniers ouvrages ont été attribués à Louis de Ber^ quin,
DOLLOND (Jean), opticien célèbre , né à Spitalficlds en \ 706 , mort en 1761.
Dollond descendait de réfugiés français ; h cet égard, il ne peut exister le moindre doute, puisque son fils fut nommé directeur de l'hôpital des Réfugiés en 1794 ; mais ce n'est pas une raison suffisante pour affirmer qu'il fût de la même famille que Dolon ou Dollon de La Goupillière, qui, après avoir été enfermé, tant au couvent St-Magloire qu'à la Bastille, de 1685 à 1 688 , finit par lasser la patience de ses persécuteurs et fut expulsé du royaume. Ses trois filles eurent le môme courage et la même constance.
Mises par lettre de cachet aux Nou-
DOM
▼elles Catholiques de Paris, en 1689, elles se montrèrent si opiniâtres (c'était le terme consacré ) , qu'on les chassa à leur tour de France en 1 691 . Leur mère, au contraire, Catherine- Charlotte de Dolon abjura sa religion , et en récompense de son apostasie, elle obtint en don les biens ^Elisabeth Voisin de Bretigny, qui était allée demander aussi à l'étranger la liberté de conscience {Archiv, g en, E. 3374). Il est probable que Pierre- Antoine de Dolon, qui épousa, eu 4742, Rachel de Casamajor dans l'église française de Hungerford, et Louis-Benjamin Dolon qui futnoromé, en 4794, directeur de l'hôpital des Réfugiés, descendaient aussi de Dolon de La Goupillière.
Jean DoUond fut mis en apprentissage chez un ouvrier en soie; mais, au bout de quelques années, pris d'un dégoût insurmontable pour son élat, il s'appliqua à l'étude des mathématiques, de la physique et de l'astronomie , et il devint bientôt un des plus habiles opticiens de Londres. Le but principal, on pourrait dire unique de ses méditations, était le perfectionnement des télescopes à réfraction ; elles le conduisirent à appliquer le micromètre à ces instruments. 11 s'attacha ensuite à tailler des verres objectifs qui corrigeassent la différence de réfrangibilité des rayons lumineux , et il leur donna le nom d'achromatiques ou sans iris.
Ses travaux lui ouvrirent, en 1761 , les portes de la Société royale de Londres et lui méritèrent le titre d'opticien du roi ; mais il ne jouit guère de ces honneurs si bien mérités ; une attaque d'apoplexie le conduisit, l'année môme, au tombeau.
Formé par les leçons et l'exemple de son père , Pierre DoUond , né en 4730, marcha dignement sur ses traces. En 1 765, il lit à la Société royale de Londres une communication relative aux améliorations qu'il avait apportées au télescope; en 1772, il lui envoya un nouveau mémoire sur les perfectionnements qu'il avait faits au quart
de cercle de Hadley, et en 1779, il lui soumit les modifications qu'il avait introduites dans l'équatorial, dans le but de rectifier les erreurs produites par la réfraction. Il mourut en 1820.
Selon Watt, qui corrompt leur nom en les appelant Doliand, on doit au père :
I. hnprovement of refracting télescopes, publ. dans les Transact.
philos. , an. 1753 , ainsi que les deux mémoires suivants :