‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 109 sur 241 · II. Branche du Praoel · texte numérisé non relu

II. Branche du Praoel

Cette branche tirait son nom du château du Pradel, situé entre Mirabel et Villeneuve. Selon les Jugemens de la Noblesse du Languedoc, elle avait pour chef, dans la première moitié du RTi* siècle , Jean de Serres, sieur du Pradel, qui épousa Louise Leiris et fut përed'OuviER, sieur du Pradel (i). Ce dernier épousa, en 1 559, Marg%Aerite d'Harcous (allas d'Arçons), et en eut : I» Daniel, qui suit; — 2« Jean, à qui les Jugemens de la Noblesse donnent le titre d'historiographe du roi, commettant ainsi une erreur inconcevable, comme nous le prouverons plus loin.

Selon d'autres renseignements, Olivier de Serres fut père de sept enfants , dont quatre fils et trois filles. Dans notre opinion, son second fils ne se nommait pas Jean, mais Gédéon, et c'est lui qui fonda la branche parisienne de la famille de Serres-du-Pradel.

1. Daniel de Serres, sieur du Pradel, fut un protestant zélé. 11 exerçait, diton, en 1611, la profession d'avocat à Villeneuve-de-Berg. En 1628,1e duc de Venladour l'assiégea dans son château et le força à capituler après quatre jours d'un siège meurtrier, a Le 7 mai 1628, raconte Daniel de Serres dans un manuscrit que M. Dourilleapu consulter.

Le Pradel, rendu à M. de Ventadour par compo8itiou,vies et bagues sauves, fut pillé et rasé. Mon fils aîné y commandait, ayant été investi le vendredi précédent. Ma maison ayant été rasée par ordre de M. de Ventadour, qui m'avait assiégé avec 4000 hommes, battue de deux canons, ayant souffert soixante volées, j'en sortis par composition avec Sarrasin, de La Gorce, mon

(1) OliTier ne fat pis le seal fils de Jets de SerrtMelde Louise de Leiris. Dans sou £loge per Dorthès, Il e^ii fait mention de deux de ses frères : JBàW, sieur de Le Tour-de-Sent», et RAiMorm sieur de Lauriol.

SER

SER

enseigne^ et Jacques Perrotin, mon sergent, l'épée au c^té^ et Tingt de mes compagnons sans armes , n'ayant perda qu'un seul soldat. » L'apostat Pi>rre Marcha, parlant de la prise de ce château^ ajoute par forme de plaisanterie : «Sesarbres et ses vergers furent coupés avec moins de peine et de labeur que l'auteur du Théâtre d'agriculture, qui en était le seigneur, n'en avait mis pour les élever. » Les Jugemens de la Noblesse ne nous font pas connaître la date de la mort de Daniel de Serres,qui avait épousé, en 1 599, Anne deFrisê, et Us ne font mention que d'un seul de ses enfants, de François, qui prit pour femme, en 162i, Louiae Arlamde-de- Mirebel ou Mirabel. De ce mariage naquit CoNSTÀKTiif de Serres , sieur du Pradel (l), qui se maria,en 1662,avec Françoise de Rochemore, et en eut FRANÇOis,né au mois de déc.i665, et présenté au baptême par /ac(/ue«d'>irlamde, sieur de Mirebei, et Marguerite de Bochemore. Lorsque son flltf fut en Age de proûter des leçons d'un Instituteur, Constantin de Serres lui donna un pédagogue catholique; mais il ne tarda pas à reconnaître son imprudence, et mit l'enfant en pension à Montélimart.

Peu de temps après, le 1 0 nov. 1 678, le jeune de Serres disparut, enlevé par les capucins deVilleneuve^e-Bergqui l'envoyèrent dans le séminaire de l'évèque de Viviers. Son père parvint à suivre ses traces, et un arrêt du Conseil ordonna, en 1679, que l'enfant, qui n'avait pas encore quatorze ans, lui serait rendu (Arch, gén. M. 670). Le clergé dut obéir; mais, avec la ténacité qui le distingue,!! continua à guetter sa proie. Le jeune de Serres ne tarda pas à être enlevé de nouveau , et mis, en vertu d'une lettre de cachet, dans un couvent de Jésuites, pour y être instruit aux

(1) El p«nt-étre aasii SerreSf aTOcat d'Oria» %t, directeur et secrétaire de la maisoo d'OraQge,

Îois conseiller de lajastice lupérieure françAit^ Berlin, et, en 1708, juge delà colonie de wem1, place où il eut |iour successeur Guy^ qui fit hiiHiiêmtt remplacé, dès 1709, parBoyryiMl. C'est apparemoiool do ce réfugié que descend M. de SÎrre$, agronoine renommé, établi actuellemenl ^ Dresde.

dépens du roi. Son père réussit encore à l'en tirer. Celte fois, le gouvernement se déclara contre lui. L'intendaal d'Aguesseau le condamna à représenter son ûls dans un mois, sous peine de 3000 livres d'amende (Arch, M.

671), et un arrêt du Conseil, en date du 8 fév. 1683, le priva du droit d'exercice. Le clergé catholique aflSrmatl que François de Serres s'était converti; or, dans une liste de Réfugiés du Vi varais (Arch. Tt. 322), nous voyons figurer François de Serres, de Villeneave-de-Bcrg^ avec ses deuxfllsSciPiOK et René-Raoul, et Ton peut à peine douter de l'identité des deux personnages.

II. Gédéon de Serres, sieur du Pradel, avocat au conseil privé, épousa à Paris,où il s'éUbMi, Abigatl Baudouin, qui lui donna quatreenfants.il mourut en 1 6 1 2 et fut enterré, le 1 3 sept.,dani le cimetière des SS. Pères. Ses enfants furent : 1* David, né le 8 mal 1605, qui fut présenté au baptême par Pt>rre Àau(/ouïn,avocat au parlement^ et par Marie Baudouin, femme de Jean de Lai' re, général en la cour des monnaies; — 2» Marie, baptisée en 1606; parrain^ Jacques Gainai, sieur de Saint- André; marraine, Marie Le Jay, femme de l'avocat Tardif; — 3» Gédéon, qui suit; — 40 ÊLiSABKTH, uéc le 25 Janv.

iQii (Reg. de Char.).

Gédéon de Serres, sieur de Saint»

Montant^ né le 1 3 fév. 1 608, fut présenté au baptême par Guy Pape, sieur de Saint-Auban, et par la femme de Charles Du Gros, député général des églises.Il épousa,au mois dejuin 1641, dans le temple de Charenton, Esther Le Cointe, veuve de Daniel May net, sieur de La Vallée, dont II eut : l« Gédéon, baptisé le 18 avril 1642;— 2* Esther, morte an berceau, en 1645; •— 3« Jean, né le 16 juin 1649. Est-ce Jean ou son frère qui, selon le témoignage de Prosper Marchand, mourut prisonnier dans le château de Gulte, oîi il était enfermé en 1714?

Après avoir épuisé les renseignements généalogiques que nous avons

SER

SER

pu recueillir sur cette branche de la famille de Serres^ revenons à Olivier et à Jean de Serres^ les deox hommes les plus distingués qu'elle ail produits.

Nous avons dit plus haut que l'on avalt^ dans les Jugemens de laNoblesse, commis une erreur étrange. L'historiographe Jean de Serres n'était point le Ûls; mais^ ainsi que de Thou l'atteste^ et que d'autres pièces le prouvent^ 11 était le frère cadet d'Olivier. SMl est Yrai, comme on le lit dans les Registres de la Compagnie des pasteurs de Genève et comme nous sommes disposé à le croire^ qu'il était Ûls de Jean de Serres^ pasteur à Jussy en 1572^ il en résulte que le chef de la branche du Pradcl^ ayant embrassé la religion protestante, seretiraà Genève, où nous trouvons, en efifet, dès 1565, un Jean de Serres employé comme ministre do l'hôpital (Arch, de la comp, des pasteurs, Reg. B). L'année suivante, il remplaça Jean Pinault dans l'église de Jussy. Soupçonné, en 1 572, de vouloir déserter son église pour rentrer en France,ilfut déposé par le Conseil et exclu de la Cène par le Consistoire (Ibid.heg. A). Nous ne savons rien de plus sur la yïe de ce ministre ; ses deux fils sont un peu mieux connus.

l.Toutest incertitude dans la vie d'Olivier de Serres, sieur du Pradel. Son immortel ouvrage, monumentum œre perennius, témoigne seul de son existence, tant nos ancêtres étaient ingrats : les arts de la paix passaient à leurs yeux pour des métiers serviles; le vol , le brigandage étaient plus honorés. Olivier de Serres naquit vraisemblablement au Pradel ; dans ses écrits, il appelle tour à tour Yillencuvede-Berg (i ) et le bourg Saint-Andéol sa patrie^ désignant peut-être par là les lieux de naissance de ses parents. Quoi qu'il en soit de cette difQculté, l'opinion commune est qu'il naquit à Villeneuve-de-Berg, qui n'était éloigné que

(1) n écrit ce nom YilleoeuTe-de-Berc. L'aaleur d'un art. sur OlÎTier do Serres, dans le Magasin pittoresque de 1839, l'appelle VilleneuTel«-Besg, sans nous dire les raisons de son désaccord arec Ions les autres ccrîTains.

d'une demi-heure du Pradel. Pour ce qui est de l'année, on adopte généralement la date de 1 539, qui se trouve consignée, dit-on, au bas de son portrait peint par un de ses flls en 1 599. On ignore où il étudia, mais il dut recevoir, ainsi que son frère Jean , une excellente éducation classique. Son érudition était vaste, « tous les livres des anciens auteurs [au moins ceux qui avaient rapport à l'agriculture], hébreux, grecs et latins, étaient parfaitement connus d'Olivier ; rien ne lui était étranger dans les sciences, dans les arts, dans l'histoire, dans la littérature et dans la véritable philosophie. » Tels sont les éloges que lui donne un de ses panégyristes, M. Silvestre. Il se voua de bonne heure à l'économie rurale, et trouva dans une demoiselle de Villeneuve-de-Berg, appelée Marguerite d'Harcous, une femme digne de le seconder, le modèle de la bonne ménagère qu'il décrit dans son livre et dont le rôle n'est pas moins important que celui « du père de famille » dans une exploitation agricole bien conduite. Sans doute que dès l'époque de son mariage, il était déjà huguenot. En 1561, les habitants de Villeneuve-de-Berg, après s'être inutilement adressés au consistoire de Nismes pour obtenir un ministre de l'Evangile, « la rareté d'iceux » ne permettant pas de satisfaire à leur demande, députèrent Olivier à Genève. 11 est qualifié de diacre de l'église. Ses démarches auprès de Calvin eurent tout le succès qu'on en attendait : maistre Jehan Béton fut baillé comme pasteur à l'église naissante. De Serres se chargea des frais de son installation; l'achat du mobilier pour lui et son épouse coûta 277 livres tournois. Il ne parait pas qu'il ait pris une part active aux guerres de religion. « Mon inclination, nous dit-il dans la Préface de son livre, et Testât de mes affaires m'ont retenu aux champs en ma maison, et faict passer une bonne partie de mes meilleurs ans, durant les guerres civile? de ce royaume, cultivant

SER

SER

ma terre par mes serviteurs^ comme le temps Ta peu porter. En quoi Dieu m'a tellement béni par sa sa i note grâce, que m'ayant conservé parmi tant do calamités y dont j'ai senti ma bonne part, je me suis tellement comporté parmi les diverses humeurs de ma pa-« trie^ que ma maison a>antes(é plus logis de paix que de guerre ^ quand les occasions s'en sont présentées^ j'ai rapporté ce tesmoignage de mes voisins qu'en me conservant avec eux , Je me suis principalement adonné chés moi à faire^mon mesnage. Durant ce misérable temps-là, à quoi eussé-jc peu mieux employer mon esprit, qu'à recerchercequiestdemon liuroeur?Soil donquesque iapaix nous donnast quelque relaschc; soit que la guerre, par diverses reclieutes, m'imposast la nécessité de garder ma maison, et les calamités publiques me lissent cercher quelque remède contre l'ennui : trompant le temps, j'ai trouvé un singulier contentement , après la doctrine salutaire de mon ame, en la lecture des livres de l'agriculture, à laquelle j'ai de snrcroist adjousté le jugement de ma propre expérience. v> Toute la biographie de notre philosophe des champs est dans ce peu de mots. Qu'on y ajoute quelques traits comme ceux-ci, et l'on aura la peinture de Thomme : « Hésiode, Caton, Varron, Columelle et autres anciens autheurs de rustication, qnoi-que payons, ne se peuvent soûler, écrit-il, de nous recommander d'implorer l'aide de Dieu en toutes nos affaires, comme article fondamental du mesnage. Et puis qu'en nostre agriculture nous recercbons leurs enseignemens pour nostre utilité, à plus forte raison devons-nous faire profit de leurs sainctes amonitions, conformes à la piété et religion chrestienne. Par là nous apprendrons de policer nostre maison, spécialement d'instruire nos en fans en la crainte de Dieu, nos serviteurs aussi : afin qu'avec la révérence qu'ils nous doivent, chacun face sa charge, sans bruit, vivans bonnestement et religieusement, sagement se

T. IX

comportans avec les voisins. Et pareillement d'aimer les pauvres, pour exercer charité envers eux, leur des* partant de nos biens, selon nos mnh yens et leurs nécessités^ desquellai nous nous enquerroos sur-tout en temps de famine et de cherté. Comme aussi en toute saison des pauvres malades, nécessiteux et désolés, pour leur assister opportunément de vivre.<, d'habits, de deniers, de consolations; ayans au coeur,

Qae Die« ft?froist et bênitt U inais4Mi Qai ft pillé da paaTre misenble.

Le Père-de-famille aimera aussi ses sujets, s'il en a, les chérissant comme ses en fans, pour en leur besoin les soulager de ses crédits et faveurs :

mesme en cas de nécessité, du passage des gens de guerre et autres occurrences , les gardant de foules et surcharges, d'exactions indeués et semblables violences, que les temps diversement produisent. Leur fera faire bonne justice par ses officiers, du déporlemenl desquels s'enquerra souvent : ne souffrant jamais que sous ombre de justice, ne autre occasion, son nom et sa réputation soient aucunement souillés.

Sera sévère punisseur des vices, à ce qu'extirpés de sa terre. Dieu y soll seul servi et honoré. »

Unecertaineanalogie de nom a fait attribuer par quelques-uns à notre pacifique agriculteur ce que û*Aubigné et de Thou rapportent d'un capitainePrcK/e/les ou La Pradel le, qui aurait facilité la reprise de Villeneuve sur les Catholiques, en 1573, en indiquant le moyen de pénéti'er dans la place par un égout. U est bon de noter que deThou emprunte ce fait aux Commentaires de Jean de Serres, qui conséquemmentpeul être taxé d'avoir ignoré le nom de son frère.

Mais c'est encore là la moindre des inconséquences que l'on peut reprocher à ces critiques. Ce qui est plus grave, c'est qu'ils falsifient les paroles de d'Âubigné comme pour les adKommoderà leur thèse. François de Neufchàleau a déjà relevé le fait dans un^nots

SER

SER

Jointe à son Eloge de notre savant agroDome (éloge prononcé dans la 8éan« ce publlq. de la Soc. d'agric. du dép. de la Seine, en 1 803), en ajoutant a- Tec raison que fût-il même prouvé que ce soit Olivier de Serres que nos historiens ont d(^signé sous le nom du capitaine Pradelles, on ne saurait Tac- CQser, sans mauvaise Toi, des massacres qni suivirent la surprise de la ville, d'autant plus que ce n'était pas lui, mais le capilaine Baron (Voy. ce nom) qui commandait les Huguenots. La guerre est malheureusement la guerre, et dès que le carnage a commencé, le soldat ne s'appartient plus, son chef n'est plus son chef, l'Ange exterminateur a pris sa place. Du reste, après les horreurs qui venaient d'ensanglanter la France entière, les plus terribles vengeances n'étaient que de faibles représailles, et il serait absurde de prétendre qu'Olivier de Serres eût dû laisser paisiblement l'ennemi cantonner à ses portes. Il est vrai que le château du Pradel était « fortifié de hautes tours, de murailles hors de l'échelle, de bonnes guérites et d'un large fossé rempli d'eau, d mais il n'aurait pu tenir longtemps contre une attaque en règle.

De Serres poursuivit avec persévérance ses études et ses travaux au milieu des alternatives de paix et de guerre. Plus heureux que Du Barlas, il put se livrer tout entier, pendant plus d'un demi-siècle, à sa passion des champs, gouvernant son petit domaine en bon père de famille, renrichissanl de nouvelles cultures, rembellissant par d'ingénieuses créations, ne croyant pas payer trop cher son expérience par quelque tentative avortée, s'instruisant par ses échecs autant que par ses succès, et amassant peu à peu, comme l'abeille, les matériaux dont il composa son immortel ouvrage. Un de ses amis, François de Chalendar, lieutenant-général de la sénéchaussée du Bas-Vlvarais, nous a donné une peinture de son riant séjour, dans une bonne pièce de verslalins qui^l'r.inçois deNcufchâteau

a Jugée digne d'être imitée en vers français. En voici un fragment :

▲nU libi etLupars est instar taa vill» Pndèlli, FoDs Bellaquasus non est tibi pulcbrior iilâ: Illlr te puri soles, luresque serenœ, Irrigui fontes, propriA poma insila deitrâ, «Aul in quincuncem, posii«que ex ordineTitei : El planlata arhor, pendentia in arbore poma, Te obleciant solum, te consolaninr euntem, Aut re'ieunicni aulA, ad palrios propriosqne p9- Non teblr sollicitât splendenligloriafQmo,[nalM. Atque auri male-suada famés, et avara cupido; Blc tibi semper adest mcnsa, et sine arte paraU, Plena tamen ; lenes somni, quos prOTOcat und», Rupe radens ; «vium rantus, riTiquesasorruf, £t salieutisaque,Telapam pergramio» murmur.

Nous avons vu plus haut que ces magnifiques jardins, la création^ la joie, la sollicitude du Père de l'économie rurale dans les temps modernes, l'œuvre de toute une vie d'éiudcs et de labeurs, furent ravagés en quelques heures (1628). On ne laissa subsister qu'une tour du château pour indiquer à la postérité que les Barbares avaient passé par là !

Le nom d'Olivier de Serres vint aux oreilles de Henri IV, au moment où notre agronome voyant « passées les horribles confusions et désordres et revenu le bon temps de paix et de justice, » jugeait que le temps était enfin venu de publier ses observations. On sait que, malgré l'opposition de Sully, et à rinstigation de son futur contrôleurgénéral du commerce Laffemas^ Henri s'était engoué de Téducation des vers à soie. Il s'adressa à Olivier de Serres pour avoir son avis. De Serres lui répondit, en détachant de son grand ouvrage qui s'imprimait, le chapitre relatif à la CueiUète de la soye. Ce travail satisfit le roi, qui. Tannée suivante (27 sept. 1600], à son passage k Grenoble, lui écrivit de sa main, par le surintendant de ses jardins, le sieur de Bordeaux , pour le charger de lui expédier à Paris des plants de mûrier.

La culture de cet arbre précieux avait pris depuis longtemps une grande extension dans le midi de la France. Les pépinières du célèbre jardinier de Nismes, Traurat, mises en rapport dès 1564, avaient déjà enrichi le Langue-

SËR

SER

doc et la Provence de pins de 4 mtl* lions de pieds de mûriers. Henri lY ne voulait donc que propager dans le nord de la France une culture déjà naturalisée dans le midi. De Serres apporta une telle diligence « au recouvrement desplanls qu'au commencement de Tan six cens un il en fut conduit à Paris Jusques au nombre de quinze à vingt mil, lesquels furent plantés en divers lieux, dans les jardins des Tuilleries, où ils se sont heureusement eslevés...

et pour d'autant plus accélérer et avan* cer la dicte entreprise, et faire cognolstre la facilité de cette manufacture, S. M. fit exprès conslrui re une grande maison au bout de son jardin des Tuilleries à Paris, accommodée de toutes choses nécessaires tant pour la nourriture des vers que pour les premiers ouvrages de la soye. » De Serres découvrit m^ me une seconde richesse du mûrier dont personne ne s'était douté, et qui, quoique restée jusqu'ici à l'étal d'embryon, finira par être exploitée : c'est que le liber de l'arbre peut fournir une matière textile propre à remplacer le chanvre. Ces soins ne détournèrent pas le célèbre agronome de la publication de son grand ouvrage, le Théâtre d'Agriculture, Il put paraître dès l'an 1600.

L'auteur nous apprend que son intention, en publiant ce livre, a été de contribuer selon ses moyens a au vivre des hommes. » a Je ne proteste pas que mes amis, ajoute-t-il, m'y ayent poulsé contre ma volonté, ni qu'à heures perdues J'y aye travaillé : mais je di que gayement j'ai tasché de représenter ceste belle science le mieux que j'ai peu; y employant tout mon loisir, sans y rien obmettre de tout ce que j'ai estimé pouvoir servir à l'avancement de ce mien dessein ; tant pour son propre mérite que pour le respect du public. » L'ouvrage est divisé en huit livres qu'il appelle lieux; chaque lieu, précédé d'un sommaire synoptique, contient on certain nombre dechapilres. Nousemprunteronsà l'auteur lui-même l'exposition de son plan. « Au premier lieu, dit-il, je veux instruire noslre Père de runnllc

à bien cognoistre le terroir qu'il désire cultiver, à se bien loger, et à bien conduire sa famille. Qui est le but de tout le travail de l'homme en ceste vie. — Au second, puis que le pain est lefirinci pal élément pour la nourriture de l'homme, je luy monstreray le moyen de bien cultiver sa terre, pour avoir de toutes sortes de bleds propres à cest usage, mesmes des légumes qui servent beaucoup à l'entretenement du mesnage champestre. — Au troisième, d'autant que le seul manger ne nourrit pas Thomme, mais qu'il faut aussi boire pour vivre, et que le vin est le plus commun et le plus salutaire bruvage, je luy enseigneray la façon de bien planter et cultiver sa vigne, pour avoir du vin, le faire et garder, et tirer des raisins autres commodités. Aussi des autres boissons, pour ceux qui sont soos aër impropre à la vigne. — Au quatfiesme, par ce que le beslail apporte très-grand profil au mesuager, pour le nourrir, vestir^ servir et rendre pécunieux, je luy ordonneray ses prez et et autres pasquis, afin d'y entretenir force bestail, et monstreray la manière d'eslever et conduire toutes sortes de bestesà quatre pieds, avec avantageuse et louable usure. — Au cinquiesme, pour encores fournir de la viande au mesnager, je luy accommoderay le poulailler, le pigeonnier, la garenne, le parc, l'eslang, l'apier ou rochier. Et pour luy faire tant plus expérimenter la libéralité de nature, je luy vestiray et meubleray pompeusement, Iny donnant l'adresse d'avoir abondance de soye , dont aussi il tirera grands deniers, et ce par l'admirable artifice des vers qui la vomissent toute filée, estana nourris de la feuille du meurier. Passant plus outre, afin de ne laisser rien en arrière de ce qu'appartient à la faculté de tel arbre, je luy monstreray le moyei^ de tirer profit de son escorce, la convertissant en matière pour faire des cordages et toiles de toutes sortes, dont l'invention apportera grande commodité à la famille.— Au sixjème,afia de luy donner avec la uccessaire com-

SER

SbK

modilé rhonneste plaisir, je loy dresseray des jardins, desquels il lirera, comme d'une source vive, des berbes, des fleurs, des fruits et des simples on berbes-médicinaies. £n suite, je luyédifleray un verger, planteray et enteray ses arbres, pour les rendre capables à porter abondance de bons et précieux fruits. Des lieux aussi destinés au saufTran , au lin, au chanvre , et à autres matières propres au mesnagc , mesme pour meubles et habits. — Au septiesme, attendu que l'eau et le bois sont du tout nécessaires au mesnage.

J'en traileray soigneusement, à ce que nostre père de famille entende d'une façon plus exquise le moyen de s'accommoder de Tun et de 1 autre : et par conséquent ail abondamment chez soy tout ce qui luy est requis et nécessaire, pour planlureusement vivre avec sa famille.— Au huicliesme et dernier lieu.

Je monstreray l'usage des aliments, à fin que les pères et mères de famille sb puissent commodément et honorablement servir des biens qu'ils ont chez eux. J'instruiray la mesnagèrc à tenir sa maison fournie de toutes choses requises, tant pourlevivre ordinaire,que pour les provisions qui servent durant l'année. Je luy enseigneray la vraye façon des confltures, pour conflre tous fruicts, toutes racines, fleurs, herbes, escorces, au liquide, au sec, au succre, au miel, au moust, au vin-cuit, au sel, au vinai gre. Aussi je donneray quelques addresses, pour se pourveoir par mesnage, de lumières, meubles, habits, à fin que rien ne défaille à la famille. Je lui feray faire des distilationset autres préparatifs, et luy baillcray des remèdes bien expérimentez pour se secourir et les siens en Toccurrence des maladies : comme estant chose inflniment incommode et périlleuse aux champs, de n'avoir prompt soulagement à tant d'inconvéniens qui souventcs fois et inopinément surviennent, en attendant plus amples remèdes du docte médecin, la nécessité y eschéant.Et d'autant aussi qu'il faut que le mesnagcr ait soin de ses bestcs, ayant parle des remèdes

pour les personnes : je traiteray ensuite des médecines pour le bestail. Je diray pareillement quelque chose de la chasse et des autres exercices du gentilhomme, à ce que nostre vertueux père de famille, en faisant ses affaires, se récrée honestement. Ce qui luy servira aussi à la conservation de sa santé. » On le voit, la tâche que notre savant agronome se proposait était immense, et cependant 11 ne resta pas au-dessous : c'est ce que constatent les juges les plus compétents. Au jugement de M. Silvestre , « dans tout ce qui tient à Tagriculture, aux arts économiques et à l'administration rurale, de Serres donne des préceptes et des exemples qui depuis n'ont pas été surpassés.» Du reste, il est assez naturel qu'il ait aussi eu ses points de contact avec son siècle et que dans des matières plus ou moins étrangères à ses études de prédilection, telles que la médecine, la physique, l'histoire naturelle, il ait emprunté aux savants de son temps un certain nombre d'erreurs et de préjugés. Mais le principal emporte l'accessoire. François de Neufchâteau a fait cette juste appréciation de l'ouvrage : « L'intéi et d'un livre, dit-il, a trois sources, le sujet, le plan et le style. Le Théâtre d'agriculture réunit ces trois avantages :

le sujet en est bien saisi ; l'ordonnance en est simple et grande; quant au langage de l'auteur, on voit qu'il avoit fait d'excellentes études, et que les formes de son style sont celles des auteurs classiques. 11 jette dans ce moule des notions si justes, des Idées si précises et des conceptions si nettes, qu'une sorte de charme est encore attachée à sa manière de les rendre. » Son style est, en elTet, classique: nous ne connaissons pas d'écrivains dans tout le xvi« siècle dont le langage soit plus correct, plus clair, plus précis. Telles sont les qualités qui conviennent au style didactique. On a comparé l'auteur du Théâtre d'agriculture àl'auteur des £ssais,mai s quoique cette comparaison ait faitfortune,nousnoushasarderonsàdireque, pour nous, nous n'apercevons aucun

SER

SER

trait de ressemblance entre les deux autears, ni pour le fond ni pour la forme. Monlaigne a un style à lui , qu'il s'est fait à son image, tandis qu'Olivier de Serres a emprunté le sien aux bons écrivains de l'antiquité. Montaigne torture son discours pour enfoncer plus profondément sa pensée; de Serres laisse couler le sien en pleine liberté et avec abondance. A la ville ou aux champs, Montaigne ne vit jamais qu'avec lui-même, et, s'il écrit, c'est sans nulle considération du service d' autrui y comme il en convient franchement; de Serres, au contraire, passe sa vie avec ses arbres, avec ses bêtes, avec ses gens, il les aime, il s'oublie lui-même, et s'il écrit, c'est pour départir au public le fruit de son expérience, c'est pour l'entretenir de ses affaires.

Le Théâtre d'agriculture eut dès son apparition un succès d'à-propos et de vogue. On rapporte (Scaligerana) que t rois ou quatre mois durant, Henri lY se faisait apporter le volume après dîner, et quoiqu'il fût « fort impatient, si y lisait-il une demi-heure.» Les éditions se succédèrent à de courts intervalles; huit en parurent du vivant de l'auteur, en moins de 20 ans. De Serres ne cessa de travailler à améliorer son œuvre.

Mieux que personne, il en sentait les imperfections. 11 se proposait d'y a- Jouter divers développements et entre autres, un traité complet de V Architecture rustique. Le succès du livre se maintint pendant une grande partie du XTii« siècle — la dernière édition est de 1675, — bien que depuis lamort de l'auteur ilne s'en soit faitaucune édition en France jusqu'au commencement de ce siècle.On s'est demandé quelle avait été la cause du discrédit où il tomba ensuite. Selon nous, iln'enfaut pas chercher d'autre que celle qu'Jndique M. Silvestre. a 11 parait plus naturel, dit-il après avoir rapporté les opinions diverses émises à ce sujet, d'attribuer le longabandon qu'on a fait en France du Théâtre d'agriculture et de son auteur à l'abandon même de la science rurale, dont

le perfectionnement était seul l'objet de ce grand ouvrage. Au temps d'Olivier de Serres, a c'était, comme il le dit lui-même, l'honneur de la noblesse française que d'babiter les champs, n'allant en ville que pour faire service au roi , et pourvoir à leurs aflaires pressées.» Pendant les règnes suivants, pendant surtout ce siècle de luxe et de gloire, comme l'appelle M. François de Ncufchâtcau, les grands propriétaires éloignés de leurs domaines ruraux, vivaient à la Cour ou servaient à l'armée ; toutes les occupations productives avaient pour objet le commerce extérieur, les spéculations flnancières attiraient les esprits et les capitaux, tout manquait à l'agriculture alors dédaignée. Depuis Olivier de Serres jusqu'à Duhamel, aucun ouvrage d'économie rurale n'a mérité d'être cité, aucune pratique agricole n'a méritée d'^ tre recueillie. — Il est à remarquer que lorsque les idées se sont de nouveau tournées vers cet objet , au milieu du siècle dernier, on s'est laissé égarer pendant longtemps par des théories fallacieuses, funestes à l'art rural, avant de revenir aux principes basés sur une saine expérience, et qui étaient déjà exposés dans le Théâtre d'agriculture.» M. Du Petit-Thouars , dans la Biogr. Univ., est d'un autre sentiment.

Selon lui, la Maison rustique de Char^ les Estienne aurait supplanté dans le goût du public le Théâtre d'agriculture, a attendu que la diction de la première est très-simple, tandis que celle de l'autre est tourmentée par de trop fréquentes inversions.» Nous regrettons de voir M. Du Petil-Thouars soutenir une aussi mauvaise cause. 11 eût été plus sage à lui de n'être pas le seul de son opinion, et de convenir bonnement avec François de Neufchâteau, un très-bon jQge en matière de goût, « que la crudité du style de la Maison rustique la rend insupportable.» Quant au fond, l'ouvrage des n^édecins Charles Estienne et Jean Liébault n'est qu'une compilation (1), qui peut avoir

(1) Ce n'étAît dans le priacipe qu'une saite de

SER

SER

son mérite, mais qui manque d'autori»

té. Au témoignage de Tabbé Rozier, Olivier de Serres « est le seul de nos écrivains agronomes qui ait été véritablement praticien.» Le nom d'Olivier de Serres finit par tomber dans un tel oubli parmi nous^ que dans la seconde moitié du siècle dernier^ en 1 771, l'auteur de la Bibliothèque physique de la France, Prosper Hérissant, désignait notre agronome comme médecin, et a confondait son livre, le seul corps de doctrine que nous eussions alors en France sur Tart de cultiver la terre, avec les compilations de Charles Estienne et de Jean Liébault.p

0 fortunatoB nimiom, laa li bona norint, Igricolas !

Il fallut que des étrangers, Pattullo, Haller, Arthur Yonng, nous apprissent que la France avait produit un savant agronome, « Tun des premiers qui eussent encore paru dans le monde. pLe temps des réparations était enfin venu.

La Société des Sciences de Montpellier mit au concours TEloge historique d'Olivier de Serres, et, en 1 790, le travail deN.Dorthèsfutconronné.En 1796, le ministre de l'Intérieur, Bénezech, écrivit au Conseil d'agriculture pour l'inviter, au nom du Directoire, à préparer une nouvelle édition du Théâtre d'agriculture.Cette nouvelle éditlon,à laquelle lesmembres les plus distingués de la Société d'agriculture du départ, de la Seine apportèrent le concours de leurs lumières, parut en 1804. Cette même année, le préfet de l'Ardèche, Cafarelll, fit élever en l'honneur de notre agronome un petit obélisque sur une place de Villeneuve-de-Berg. Enfin,

trailés élémentaires, tn adoUtctntulorum gratiam, que Charles Estienoe rèanîl, en 1554^ SQU le titre de Pnedium nisticam, et qu'il tradtt&sit en (rançois. La mort De lui laissa pas le temps (le publier cette traductioo. Ce fut son geadre, Jean Liébault, qui se chargea de ce soin ; il k fit paraître atec des augmentations eu 1S64, ■OBI ce titre : rAgricullure et Maison rustlqne de Charles Eslienue. Depuis, les édiiioos semaitipUèrent rapidement, et toujours atec de nonitÊMx changements et de noufelles additions, de tllto forte que l'ouvrage primitif fiait par disptretire compiétemeot.

une Statue en bronze, due au sculpteur Pierre Hébert (Expos, de Tagriculture de i 856), vient de lui être érigée dans cette même ville.

De Serres eut ce bonheur, malheureusement trop rare, de jouir pieinement de sa gloire. Le calme de son âme, la régularité de sa vie^ sa sobriété, son activité, entretinrent longtemps sa santé et lui firent atteindre un âge trèsravancé ; il mourut dans sa 80« année, le 3 juillet 1619.

Voici la liste de ses ouvrages :

hLacueiUétedelasoye, parlanour- " riture des vers qui la font. Echantillon du Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres, seigneur du Pradel, Paris, JametMellayer,i599,pp.ll7,pet. ln-8«, sans la dédicace aux Prévost des Marchans, Eschevins, Conseillers, etc. de l'Hostel-de-villc de Paris, sous la date du 1 febvrier 1 599 ; trad. enallem.,Tubing.,1 603, in-i°,etcn anglais, Lond., J 607, pet. iu-4«. — Cet opuscule forme le chap. XV du 5« Lieu du Théâtre. En le reportant dans son grand ouvrage, édit. de 1605, de Serres y fil quelques changements, ainsi que dans les édit.

postérieures qu'il revit.

II. La seconde richesse du meurierblanc f quise treuve enson escorce,pour en faire des toiles de toutes sortes, non moins utiles que la soye, provenant de la feuille d'iceluy, Eschantillon de la seconde édii, du TIhéatre d'agriculture d'Olivier de Serres, seigneur du Pradel, Paris, Abraham Saugrain, 1603, pp.

27, pet.in-8o,dédiéàmessirePompone deBéllèvre, chancelier de France ; trad. en anglais, Lond., I607,pet. in-4*.— Formant le ch. XVi du 5« Lieu du Théâtre.

III. Le Théâtre d'agriculture et Mesnage des champs d'Olivier de Serres, seigneur du Pradel^ Pans, Jamet Métayer, 1600, pp. 1004 in-fol., sans la dédicace au Roi et les Tables. — Au jugement de M . Huzard, à qui Ton doit une eicellente notice bibliogr. sur Olivier de Serres, cette édition est la plus belle de celles publiées du vivantderauteur, mais les augmentations nombreuses a-

SER

joalées aux édil. suivantes la rendent la moins complète. — 2* édit. receuë et augm, par Vauteur. Ici est représenté tout ce qui est requis et nécessaire pour bien dresser, gouverner , enrichir et em» hellir ta Maison rustique, Paris^ Abr.

Saugrain^1605,pp. 907, iQ-4«>, sans les pièces iimin. et les Tables ; privilège de l'emper. d'Allemagne Rodolphe II. — 3* édit., Paris, Abr. Saugrain, 1605, jQ.40. — 4« édit., Paris, Jean Berjon, 1608,in-4o.— 5*édit.,Genève,Mat(hiea Berjon, 1611, in-8». — 6« et 7« édit..

Par., Abr. Saugrain, 1 6 1 5 et 1 6 1 7, 4». — 8« édit., Genève, Pierre et Jacq.

Cboaët, 1619, in-4«; dernière édit.

pabl. duvivantde l'auteur. Les suivantes, dît M. Huzard, n'en parurent pas moins revues etaugm, par lui. Nous ne parlerons pasdeTédit. deA.-M.Gisors, (Paris, an XI, 4 vol. in-S») qui eut l'étrange idée de reproduire la première édition, qui est la plus Incomplète, et l'idée plus étrange encore de remettre en /ranpaû rœuvred'OlivierdeSerres; nous n'indiquerons plus que la dernière édition qui est un monument digne du vénérable patriarcbe de l'agriculture moderne : 2l«édit., Le Théâtre d'agri* culture et Mesnage des champs d'Oli" vierde Serres, seigneur du Pradel,dans lequel est représenté tout ce qui est re* quis et nécessaire pour bien dresser, gouverner, enrichir et embellir la M aison rustique; nouv, édit, conforme au texte, augm. de notes et d*un vocabu»

laire ; publiée par la Soc, d'agric, du dip, de la Seine, Paris, M*»* Huzard, an XIl-XIV (1804-5), 2 tom. in-4», avec le portrait d'Olivier de Serres, gravé d'apr. l'original peint par un de ses flis en 1599, la représ, de l'obélisque qui lui a été élevé,des frontispices en léle de chaque Lien et des planches. On trouve en outre dans cetteédilion TËIoge historique de François de Neufchàleau, la notice bibliogr. de M. Huzard, et un Essai historique sur l'état de l'agriculture.

II. Théologien, philosophe, historien et poète, Jean de Serres, en latin Ser^ ranuSf naquit à Vilieneuve-de-Berg, "vers 1640. Selon leP.Lelong,ilfltsee

études & Lansanne sous /. Randon et son successeur François Bérauld, qui, comme nous l'avons dit ailleurs, professa à Lausanne les belles-lettres latines de 1557 à 1559. C'est encore dans cette ville qu'il se réfugia avec sa fa* mille, lorsque, quatorze ans plus tard, la Saint-Barthélémy Tobllgea à sortir de France, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans l'Ëpttre dédlcaloire da 3* vol. de son Platon. Baillet prétend, ce qui est loin d'être prouvé, qu'il fat ministre et professeur à Lausanne. Il est possible qu'il ait prêché quelques fois et qu'il ail donné des leçons dans cette ville ; mais il est certain qu'il ne fut régulièrement attaché ni à l'église' Dl à l'académie.

A l'époque où il se retira à Lausanne, Jean de Serres avait déjà acquis une certaine réputation comme historien En 1570^ Il avait publié des Mé" moires de la 3« guerre civile depuis le Z mars 1568 jusqu'au mois de déc.

1569, S. 1., 1570, in-80, en trois livres; réimp. en I571,in-8«,en quatre livres; reprod. dans les Mémoires de Charles IX, édit. de 1 578, dite en gros caractères. Vers le même temps, il a« vait entrepris, à la demande des étrangers, dit-il dans une lettre à Vulcanius imp. dans les Illuslrium et clarorum virorum Epistolse selectiores (Lugd.

Bat., 1617, in-8«>), une histoire complète et détaillée des guerres de religion, dont la première partie vit le jour en 1571, in-80, sous ce titre: Corn»

mentarii de statu religionis et reipur Jblicœ in regno Galliœ. Quelques exem* plaires portent ce titre: ReruminGal" lia gestarum libri III. Cette première partie, divisée en trois livres, commence en 1557 et finit en 1561. Une seconde et une troisième partie, divisées également chacune en trois livres et conduisant le récit des événements Jusqu'en 1570, parurent à Genève en 1572 et 1575,2 vol. in-80. Cetouvrage obtint un si grand succès que la première partie fut réimp. pour la 4« fois en 1572. Cinq ans plus tard, en 1577, les trois parties, augmentées d'une 4«,

SER

SER

qui finit au mois de mai \ K*?!^ el qui est aussi divisée en trois livres^ furent réimp. à Genève, sans nom de ville ni d'imprimeur. Enfin une 5* partie, en (rois livres^se terminant en 1 576,parut à Leyde,en 1580, in-s». Cet ouvrage, qui forme ainsi 5 vol. in-8°, réunis ordinairement en trois, est certainement un des plus curieux et des plus importants sur cette période de notre histoire. DeThou,qui le tenait en grande estime, y a fait de nombreux emprunts. Malheureusement il est devenu excessivement rare. Tout en travaillant à cette intéressante histoire, le laborieux écrivain s'occupait d'une traduction latine des œuvres de Platon publiée par ^enn£s- (t>nn€dans son édit. de Platon : Platonis Opéra quœ exiani omnia ex nova Joannis Serrani interpretatione, perpeluisejusdemnotis illustrata; qui- DUS et methodus et doctrinœ summa brevit'er etperspicuè indicatur. Ejusd.

annotationes in quosdam suœ illius interpretationis locos, Henrici Stephani de quorundam locorum interprétation ne judicium, et multorum tontextus grœci emendatio, 1578, 3 vol. in-fol.

AU jugement de l'abbé Fleury, cette traduction est plus latine, mais moins fidèle que celle deMarsileFicin.De Serres a d'ailleurs eu le tort « de tout réduire en méthode scholastique, » pensant rendre ainsi Platon plus intelligible. Dacier alDrme que la traduction est pleine de fautes qui corrompent le sens de l'original, et il blâme sévèrement de Serres d'avoir changé Tordre des dialogues pour les classer non se-«r Ion l'ordre des matières, mais d'après les titres, qui sont ordinairement faux. Enfin le P. Lami est d'avis que, si l'on est pressé, on peut se contenter délire^ au lieu de Platon, les sommaires que de Serres a faits delà doctrine du célèbre philosophe.

C'est encore pendant le séjour qu'il fit à Lausanne, que Jean de Serres publia : Psalmorum Davidis aliquot meiaphrasis grœca ; adjunctd è régions ParaphrabilatindG. Buchanani. Pre^ cationes ejtisdem grœco-latinœ, quœ

ad singulorum psalmorum argumentum sunt accommodai ce , [Gen.] H.

Eslienue, 1575, in-l6;Gen., 1580, in-l 2, travail qui se fait remarquer par la pureté du style, par l'éclat el l'élégance du vers; mais il était revenu dans sa patrie,lorsqu'ilmilaujoorson Com^ mentarius in Salomonis Ecclesiasten, Gen., 1580, in-8°;nouv. édit., 1588; trad. enangl., Lond., 1585, in-8o. La dédicace est datée de Nismes^ où il avait été appelé en 1578, pour remplacer Manget en qualité de recteur et de principal du collège des arts. Le 5 sept., il avait signé avec les consuls un engagement portant que,moyennantl 200 livres tournois, le logement et 200 livres pour frais de voyage, il exercerait pendant un an la charge de recteur, donnerait les leçons de grec et de philosophie, et entretiendrait cinq régents à ses frais. Au nombre des services qu'il rendit à l'académie, on doit citer surtout rétablissement, en 1 579,d'une imprimerie, celle de Sébastien Jaquy, la première qu'il y ait eu à Nismes, et l'excellent règlement qu'il dressa en 1582, pour y rétablir l'ordreet la discipline, règlement qui fut imprimé à Nismes, la même année, et qui a été reproduit dans les Preuves de l'Hist.

de Nismes par Ménard (T. V) sous ce titre : Academiœ Nemausensis leges.

C'est encore en qualité de professeur de l'académie, et en même temps, de ministre de l'église de Nismes (il avait succédé au pasteur Saint-Ferréol en 1580), que de Serres se chargea de répondre aux attaques des Jésuites de Tournon, qui avaient fait afficher, en 1581, aux portes mêmes de l'académie, des thèses de défi sur l'autorité de l'Eglise, les images et la présence réelle. Sa première réponse parut, en 1582, sous ce titre : Academiœ Nemausen" sis brems etmodesta Responsio ad pnh fess, Turnon, societatis, ut aiunt, /«su, assertiones,quas theologicaset philosophicas appeUant; elle a été réimp., ainsi que la seconde, dans le recueil Intitulé : Doctrinœ Jesuitarum prœcipua capiia retexta et eonfutata, Ru-

Page 1