‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 110 sur 241 · SEU · texte numérisé non relu

SEU

SER

pel.^ 1584-88, 6 vol. in-8«. Les Jésuites ne jugèrent pas à propos de la réfuter; seulement ils renouvelèrent leur défl Tannée suivante. De Serres y répondit sur-le-champ par Acad. Ne^ mau8. Expostulatio de JesuiUxrum Turnon. bis coda crambe. Ses adversaires gardèrent encore le silence; mais Jean Hay descendit dans la lice comme leur champion. De Serres riposta à ses attaques par sa Défense de la vérité catholique et troisième Anti- Jésuite contre les calomnies de Jean Hay, Ni8< mes> 1 584^ in-8tt; selon d'autres^ i 586^ in-4«; 2« édit.^ Nlsmes^ 1590^ in-4».

Hay répliqua et de Serres opposa à sa réplique : Quartus Anti-^esuita, sive pro Verbo Dei scripto etverècalholicà Ecclesiâ,adv, J, Hayi jesuitœ comment ta et convicia, responsio, imp, dans le recueil cité plus haut, et réimp. sous ce titre : Defensio pro verd Ecclesiœ catholicœautoritale, Gen. et Nemaus., 1594, in-80, avec uneËpltre dédicatoire à Lesdiguières et une Préface.

Cette polémique n'absorba pas de Serres au point de lui faire négliger ses devoirs. Grâce à ses soins, l'académie redevint pour un instant florissante, et il est permis de croire que si des ci rcoDstances Inconnuesne l'avaient point obligé à quitter Nismesen 1591, il aurait réussi à rendre son ancien lustreàcetulileélabiissement.L'influence dont il jouissait à cette époque, et sa réputation comme écrivain auraient certainement contribué à sa prospérité. Celte influence était grande , en effet, si l'on en juge par les députations dont de Serres fut honoré. En 1 580, il assista à l'assemblée de Summières,oii il s'opposa à la reprise des hostilités. L'année suivante, il fut député à l'Assemblée politique de Montauban. En 1585, le Bas-Languedoc l'envoya au Synode national de Vitré. En 1587, il se rendit, comme député de Nismes, avec Louis Recollin, conseiller au pré- 8idial,Pierf e de Monteils, premier consul, et Pierre Maltrait, avocat, aux £tats du Languedoc tenus à Montpellier, le 25 sept., par le duc de Montmoren-

cy. Nous avons déjàdit, d'après M. Borel, qu'il quitta l'église de Nismes en 1591. Selon AUard, il fut alors placé comme pasteur à Montéllmart; cependant, dès 1596, nous le trouvons à 0range. C'est, en effet, commie ministre de cette ville qu'il assista au Synode national de Saumur, qui le substitua à Charnier sur la liste des 21 pasteurs, parmi lesquels on devait en choisir douze « pour entrer en conférence avec ceux de l'E. R. » {Voy. Pièces justif., No LX). Cette substitution, qui eut liea « de ravis de sa province, » jointe aa choix que le synode fit de notre de Serres pour répondre à l'apostat Cayet, prouve clairement que les bruits calomnieux, dont û'Aubigné s'est faitl'écho, n'avaient pas trouvé créance auprès des églises.Ûn accusait, en efliet^do Serres d'avoir prévariqué dans Texercice de son ministère, d'avoir contribué à la conversion de Henri lY, et d'avoir favorisé, au détriment du parti huguenot, les desseins de la Cour, dans l'espoir d'obtenir le remboursement d'une somme de 1 0,000 écns (l ). Il fut, dit d'Aubigné, un de ces ministres % varicieux et afl'amés qu'on pratiqua, et cette assertion, dénuée de toute preuve, a été répétée par presque tous les écrivains protestants ou catholiques.

Ces derniers ajoutent même que de Serres se convertit ou du moins qu'il allait se convertir, lorsqu'il mourut empoisonné.

Ce qu'il y a de vrai dans ces bruits, c'est que notre pasteur eut à donner devant plusieurs synodes des éclairciesements an sujet de certaines sommet qu'il avait recueillies pour les besoUii de la Cause et de l'emploi desquelles il ne pouvait justifier clairement. Une commission, composée de La Noue, Mace^ fer, Niotteei L'Estang, fut chargée par le Synode deSaumur d'apurer ses comptes et de présenter un rapporta ce su»

jet au prochain synode national; mais

(1) Il en obtint le remboursement en 1597. Je rapporte, ècriTait*il à Bèze, on « arrest poar me faire remboarser de l'argent qai m'atoit etté n* vy. £t qni lera mienx emjploié à mes enfant qu'aux brigindi. » {CoUtot, i^p«iy, N« 104).

SER

SER

dd Serres étant mort dans l'intervalle, raflaire en resta là. Il est certain que l'enquête ordonnée par le synode semble mettre en suspicion la probité du pasteur d'Orange ; aussi s'en plaignitil amèrement à Bèze , en lui reprochant d'avoir accueilli trop facilement les bruits calomnieux qu'on faisaitcourlr sur lui {CoUect, Dupuy, N» 104), et à Du PlessiS'Momay , qui chercha à le consoler par les marques les plus flatteuses de son estime. Ce qui avait, selon nous, irrité une partie de ses eollègues contre lui, c'était sa modération, toujours suspecte aux esprits ardents, et aussi la malheureuse idée qu'il avait euedejouer le rôle de conciliateur, rôle honorable sans doute, mais dangereux en ce que ceux qui s'en chargent s'attirent ordinairement la haine des deux partis. Dès 1594, il avait écrit au Synode de Montauban qu'il avait entrepris, sous le titre d'Harmonie, un recueil des livres des anciens docteurs pour prouver que la religion protestante est ancienne et catholique, et celle du papisme nouvelle et ^rticulière. Peu de Jours après, il envoya son manuscrit à Bèze, en le priant « d'être le souverain Juge » de son ouvrage, et en ajoutant : C'est le fmict de toute ma vie (CoUect.Dupuy, îf» 104). I.e synode que ce titre d'Harmonie olTusqua sans doute, lui rappela que, d'après la Discipline, aucun livre ne pouvait s'imprimer sans approbation, et l'invita à faire trois copies du sien, qu'il soumettrait au Jugement des églises de France et de Genève. De Serres représenta au Synode de San* mur, combien une semblable exigence était onéreuse pour lui. Le synode le sentit, et l'autorisa à faire imprimer son ouvrage avec l'approbation des ministres de la province où l'impression aurait lieu. Soit que l'auteur ne voulût point soumettre son livre à la censure, ou plulét qu'il ne crût pas nécessaire d'obtenir une autorisation pour le petit nombre d'exemplaires qu'il voulait soumettre au jugement des églises, il en At Imprimer une centaine sans ap-

probation sous ce titre : Apparatus ad fidem cat/io/icam, Paris., P. Bfetlayer, 1597, in-fol.(l);réimp. sous celui-ci:

De fide catholicà apparatus, sive de principiis religionist christiancBy com' muni omnium christianorum consen^ su, semper et ubique ratis, Paris., P.

Hettayer, 1607, in-8o. Au jugement derE8toile,celApparatus aest un simple et nud crayon de la vérité, tiré par ce bonhomme, condamné seulement par les mal informés ou mal affectionnés qui jugent ce que jamais ils n'ont sceu. P L'apparition de cet opuscule fit beaucoup de bruit. Les églises de la Suisse et du Palatinat le dénoncèrent au Synode national de Montpellier, qui recommanda aux églises de s'en donner de garde et chargea Julien de retirer d'entre les mains des héritiers de Jean de Serres, tous ses papiers pour les communiquer au prochain synode provincial . Celui de Gergeau, en 1 60 1 , revint cependant sur cette condamnation prononcée un peu à la légère, et chargea l'église de Paris d'examiner si les propositions censurées étaient réellement dans le livre. L'église de Paris n'en fit rien« ce qui lui attira la censure du Synode de Gap, et il n'en fut plus parlé depuis (2).

Mais si de Serres, en se montrant ami de la concorde et partisan peutêtre exagéré de la réconciliation des deux églises, s'attira la haine des têtes chaudes de son parti, il gagna, d'un autre celé, la bienveillance de Henri IV, qui lui donna, en 1597, le titre d'historiographe de France, titre dont il fut probablement redevable à son Ap-

(t) S*il faut en croire SéDebier,rHarinonie aurait été imp. deai ans plus tôt. Il raconte que leii •ynodea d'Audaxe et d'Orange enToyèreol ce li* tre aui pastears de Genève, en 1595, en lear marquant qu'ils approuvaient la conduite de Jeaa de Serres et ses idées. Il y a «^ans doute erreur dans le chiffre, ou peut-être n'était>ce qu'une def trois copier dont nou» avons parlé, puisque dans une lettre datée de Lyoi),S5 juill. 1597, do Serres annonce à Bèze, qu'il fait imprimer son litre ï cent eiemplaires seulement pour arolr le juge* ment des pro^iœes (CoUeet. Dupuy^ff* iOA).

(%) Uoe série de pièces retativet à cette tentatUe d'union se conserte à la BiblioUi. de GeoètetJfSS. N» l97~.Ctrt.5).

SËR

SER

parafas autant pour le moins qa'à son Inventaire général de l'histoire d$ France , illustré par la conférence de V Eglise et de l'Empire, Paris, 1597»

in-16 de 1202 pages, sans les pièces liminaires. En entreprenant ce travail, de Serres avait en vue de donner un abrégé de Tbistoire de France depuis l'origine de la monarchie Jusqu'au règne de Henri iV. Le volume Onit à la mort de Charles VI. La mort ayant em* péché l'auteur de mettre en œuvre les nombreux matériaux qu'il avait déjà recueillis pour la continuation de cette histoire, Jean de Montlyard (Voy. ce nom) s'en chargea, et, après lui, divers auteurs catholiques, d'où résulte une bigarrure très-désagréable. On a reprocbé à cet ouvrage d'être écrit d'un style ampoulé, plein de métaphores outrées, de proverbes communs, d'expressions basses et fades, et les écrivains catholiques accusent Thisto* rien de s'être montré trop partial pour ceux de sa religion. Nous ferons remarquer que ce dernier reproche ne peut atteindre Jean de Serres, qui s'est arrêté à l'année 1422, et quant au style de la portion de l'Inventaire sortie de sa plume, nous croyons sincère* ment qu'il peut sans désavantage soutenir la comparaison avec celui des meilleurs historiens du xvi« siècle. On s'accorde d'ailleurs assez généralement à reconnaître sa ddélité et son exactitude. Son travail a, en outre, un mérite incontestable; les dates qu'on négligeait beaucoup à cette époque, y sont soigneusement indiquées. A tout prendre , l'Inventaire fut très-longtemps le meilleur, sinon le seul ouvrage élémentaire où Ton pût puiser des notions sur notre histoire. Aussi i'at-on réimprimé avec des suppléments successifs un grand nombre de fois. La 19« édition a été donnée à Paris, en 1 660, 2 vol. in-fol. Il a été aussi trad. en latin par Cassiodore de Reina sous ce titre : /. Serrani Syllabus anna^ kum Galliœ à Pharamundo ad Henri" eum /K,Francof., 1612, ln-4«; trad.

contiQiiéa depuis jusqu'à Louis XIIl M

imp. sous celui-ci : /. Serrani Inven^ tarium historiœ francicœ, Francof., 1625, in-fol. Il a été également trad.

en angi. et Imprimé à Londres, 1611 et 1624.

L'Inventaire est le dernier ouvrage de Jean de Serres. Il mourut à Genève, où il s'était retiré probablement à la * suite de ses démêlés avec les synodes.

Le choix qu'il fit de Genève suffirait pour réfuter péremptoirement ce que raconte le Perronlana touchant sa prétendue conversion , lors même qu'on ne saurait pas qu'il soutint énerglquement le parti de Blacons (Voy. Y, p.

159) contre le parlement, jusqu'à sa sortie d'Orange, et qu'on n'aurait pas la lettre qu'il écrivit de Lyon, 25 julll. 1 597, à son retour de Paris, où il proteste à Théodore de Beze, qu'il en rapporte « redoublement de bonne volonté à son service [de Dieu] et de son Eglise, pour achever sa vie en la doctrine en laquelle il lui a [fait] la grâce de passer sa jeunesse » (Collect, Du»

puy, N* 104). 11 est évident que, jusqu'à la fin, de Serres persista dans les sentiments qu'il exprimait en ces termes un ou deux ans avant de sortir de France : a Je croi que la vérité aposlolique et catholique est enseignée en nos églises. Et que toute la papauté est un avorton de cesle ancienne vérité » (/M.).SelonSpon et Léti,il expira le même jour que sa femme, an mois de mai 1598. Les Ephémérides de Casaubon retardent son trépas jusqu'au 19 juin. Gayet voudrait persuader qu'il fut empoisonné. Fiorimond de Raemond et Richeome répètent la ^ même chose, sans apporter l'ombre même d'une preuve à l'appui d'une aussi grave accusation.

Outre les ouvrages que nous avons cités dans cette notice biographique, on doit à Jean de Serres : Vcni pour la prospérité du roy et du royaume, à la fin duquel est une exhortation pour la paix de l'Eglise, Rouen, 1579, in- 8o; 1598, in-8o; — Discours de l'immortalité de l'âme, Lyon, 1 590, in-8<; 1596, in- 8*; — L'usage 4é Vimmo^ .

SER

SER

taliié de l'âme pour bien vivre, Roucn^ 1597^ m-12; — Recueil des choses mémorables advenues en France sous le règne de Henri /f, François II, Charles IX et Henri III (Gen.), 1595, iD-S»; nouv. édit. contenant le règne de Henri IV Jasqu'en 1597, et connue Ipus le nom ^'Histoire des cinq rois, B. 1., 1598, in-8o; 3« édit., Heden (Gen.), 1603, in-8«; — Deux advis pour la paix de V église et du royaume, :2«édit., Paris» 1607» in-i2. Nous ne connaissons pas la première édit. de cet ouvrage, qui n'est peut-être qu'une réimp. du Vœu pour la prospérité du roy, etc. On a imp. dans les œuvres latines de L. Joubert les documents d'une dispute amiable qu'il eut avec ce savant médecin sur la signification du mot livreXéxeia employé par Aristote. Plusieurs savants, entre autres Pierre Dnpuy, Leiong, Sénebier lui attribuent encore G, Colinii, quon^ dam Franciœamirallii,vita, que d'autres, comme La Monnoye et Mercier de Saint>Léger, à Topinion desquels nous nous sommes rangé, donnent à François Hotman. En fait d'ouvrages Inédits, nous ne connaissons de notre de Serres qu'un Dialogus de institua tione rhetoricâ, msc. ln-4o, qui se conserve à la bibliothèque de Bàle, coté F. Vin. 8. Il en laissa d'autres, par exemple une Description du Languedoc, à laquelle 11 travaillait en 1598 ; mais nous ne savons ce qu'ils sont devenus. On trouve des Lettres de lui dans le vol. 104 de la Collection Dupuy à la Bibliothèque de la rue Richelieu.

SERRES (Etisnnb), receveur des tailles à Montpellier, fut Jeté, au mois d'octobre 1685, dans une prison où 11 passa près de quinze mois, au bout desquels on l'exporta aux Indes orientales. Il fut assez heureux pour s'échapper et revenir en Europe, où il a publié Quatre relations véritables, Amsl., 1688; trad. en anglais par é'ÀssaSy en 1723.

SERVAL (Jbàn) ygantier de la Champagne réfugié à Berlln,établlt dans cette

ville la première fabrique de gants, grâce aux avances considérables que lui fit rélecteur. D'autres gantiers se Axèrent dans d'autres villes de l'électoral: haac Figuier, de Metz, à Halle, ainsi que ^^ rard Dan, de Grenoble; Arbalétrier, du Dauphiné, Plantier, de Saint -Amand, DatndGabaineiClaudeBéchier, de Valence, à Halberstadt; JeanAlègre, de Montpellier, Lorphelin, de Dieppe, Roland, du Dauphiné, CAa^e/on, do l'Auvergne , à Magdebourg. Ces fabriques tiraient toutes les peaux qu'elles employaient des mégisseries établies à Berlin par Jean Girard, de Nantes ; à Halle, par Drège , Salomon Basset, de Nions, Etienne Chabot et Pierre Vargallier, du Languedoc; à Halberstadt par Clément et Morel; à Magdebourg, par Perrin et Plan. Le Brandebourg cessa dès lors d'être tributaire des pays étrangers pour celte branche d'industrie, qui se développa si promptement que non-seulement les gants de la Prusse firent aux gants de France la concurrence la plus redoutable aux foires de Leipzig et de Brunswick, mais qu'ils leur fermèrent mémo les marchés du Nord.

SER VET (Michel), appelé aussi i?eve^ (anagramme raccourci de son nom), médecin aussi célèbre dans* l'histoire de la dogmatique chrétienne par les malheureux efforts qu'il fit pour enter sur le panthéisme philosophique la religion du Christ, que dans l'histoire de la médecine par la découverte de la circulation pulmonaire, dont on peut, jusqu'à un certain point, le regarder comme l'inventeur. Né vers 1509, à Villanueva en Aragon, et mort dans les flammes àGenève,le 27 oct. 1 553, Servet n'appartient point à la France protestante ; aussi n'aurions-nous pas songé à lui donner place dans notre ouvrage, si son bûcher ne jetait sur la mémoire de Calvin une lueur sinistre.

Nous aurions craint,en passant son nom sous silence, de nous exposer au reproche de partialité. Nous nous bornerons d'ailleurs à raconter aussi succinctement que possible les principales cir-

SER

&Él^

constances de sa courte vie et de son procès enrenvoyantpourplasde détails soit au dictionnaire de Chauffepié, soit aux Mémoires de l'abbé d'Artigny^ oa mieux encore au savant article que M. Emile Saisset a publié dans la Revue des Deux Mondes^ eu 1848.

Poussé par cette insatiable curiosité qui est souvent la marque et plus souvent encore l'écueil du génie, Scrvet manifesta de bonne heure un goût trèsvif pour les spéculations métaphysiques ; mais son père, qui était notaire, voulut qu'il étudiât le droit, et l'envoya, en 1528, àruniversitede Toulouse. Ce fut dans cette ville qu'il entendit parler du mouvement religieux qui, parti d'Allemagne, commençait à agiter ia France. Ame inquiète et passioimée,ildésira en connaître le principe et le but ; il lut donc la Bible, pour laquelle il conçut dès lors un respect profond, et il y puisa les sentiments qui devaient causer sa perle. Un voyage qu'il flten Italie à la suite du confesseur de Charles-Quint, contribua vraisemblablement à le confirmer dansscs opinions antitrinitaircs.

D'Italie il se rendit à Bàle, où nous ie trouvons, en 1530, disputant avecOEcolampade sur le dogme de la Irinité ; puis à Strasbourg, où son esprit turbulent, son humeur hargneuse et son orgueil déplurent à Bucer et à Capiton, qui, malgré leur modération et leur tolérance, lui témoignèrent plus que de la froideur. Ainsi rebuté par les réformateurs, Servet en appela au public.

Dans la conviction qu'il remplissait une mission sainte, il Ût imprimer à Hagnenau, en 1 53 1 , son livre intituléD^ Trinitatis errorilms Ubri VU, s. 1., i 531, in-80 (trad. en hollandais, 1620, in>4», mais supprimé avant sa mise en vente par ordre de l'autorité). Dès que cet ouvrage parut, l'empereur en interdit la vente, ce qui n'empêcha pas Servet de publier, l'année suivante, Dialogorum de Trinitate Ubri IL De justilid regni Chrisii capitula IV, 1532, in-8% où, tout en déclarant qu'il rétractait ce qu'il avait dit delatrlnité dans son premier livre, œuvre imparfaite d'un enfant, 11

soutenait avec force ses opinions sur ce dogme et exposait ses sentiments touchant quelques-uns des points contre versés entre les deux Eglises. Ces 6crits, qui contiennent en germe son système philosophique et religieux, trouvèrent des lecteurs en Allemagne et surtout en Italie ; mais ils soulevèrent en même temps contre l'auteur une opposition si forte, qu'il crut prudent de changer son nom en celui de Villeneuve et de gagner la France. Il arriva à Paris vers 1534, et se mit à étudier la médecine, sans cesser de se livrer à ses spéculations dangereuses, comme le prouvent les relations très-peuamicales qu'il y eut avec Calvin (Voy. III, p. 114).

Ses études terminées , il partit pour Lyon, où, pressé par le besoin, il entra commecorrecteurdansl'imprimeriedes Frellon et où il publia une bonne édition annotée de la Géographie de Ptolémée, sous ce titre : C. Ptolemcri A* kxundrini Geographicœ enarrationis libri VIII, ex B, Pirckheymheri trans" latione, sed adgrœca etprisca exem* plaria à M. Villanovano jam primùm recogniii. Adjecta insuper ab eodem scholia, Lugd., 1535,in-fol.; 2« édil., Lugd., 154l,in-fol., ainsi qu'une apologie du médecin Symphorien Champ ier : In Leonartium Fuchsium Apolagia pro S, Campegio, Lugd., 1 536, 8».

De retour à Paris en 1537,. Servet ouvrit, dans le collège des Lombards, des cours publics sur la géographie, les ma-' thématiques et même l'astrologie. 11 fit imp., la même année, son Traité des sirops: Syruporumuniversaratio,adGa' leni censuram diligenter exposita, Paris., 1537, in-8o; Venet., 1545, in-8»j Lugd., 1546, in-80, ouvrage célèbre, mais extrêmement rare, qui lui suscita les persécutions de la Faculté, parce qu'il s'y montra partisan des médecins grecs contre les arabes. Les raisona qu'il y alléguait en faveur de l'astrologie servirent à ses ennemis de prétexte pour le poursuivre. Il répondit à leurs attaques par une Apologetica disceptor tio pro astrolugiâ, 1538. La querelle s'aigrit. Servet fut déféré au parlement

SEB

SER

MUS Taccasation terrible d'hérésie; mais il fut renvoyé absous par arrèl dQ 18 mars 1 538 (a. s,), avec ordre de retirer ses apologies et défense de conti* nner à enseigner l'astrologie divina* toire. Dégoûté du séjour de Paris^ il retourna à Lyon, et bientôt après^ il alla s'établir à Charlieu , où il exerça la médecine pendant deux ans^ au bout desquels « ses extravagances » ^ dit Bolsec^ l'obligèrent à s'éloigner. Revenu à Lyon, il y trouva Pierre Palmier, archevêque de Vienne, qu'il avait connu à Paris et qui le pressa de le suivre dans sa ville métropolitaine , où il lui donna un appartement auprès de son palais, en 1540.

Pendant quelques années, Servet mena une vie douce et tranquille, joignant à la pratique de la médecine, qu'il exerçait avec beaucoup de succès, des travaux littéraires pour diiïérents libraires de Lyon. Chargé par Hugues de La Porte, entre antres, de soigner Que réimpression de la Bible de Pagnlni , il ne laissa pas échapper celte occasion de produire quelques-unes de ses idées, et dans les notes, dont il accompagna le texte, notes impies et impertinentes, selon Calvin, il soutint Fopinion, déjà insinuée dans la Préface, que les prophéties de TA. T. ont été accomplies historiquement dans l'histoire du peuple hébreu, et qu'elles ne peuvent s'appliquer au Christ que dans un sens spirituel. Celte Bible, qui est rare et recherchée, parut sous ce titre : Biblia sacra ex Sanctis Pagnini iranslationeysed et ad hebràtca Unguœ amussim iiarecognita et scho- ImUlustrala^ ut plané novaeditio videripossit, Lugd., Gaspard Treschel, 1542, in-fol.

Servet, on le voit, ne renonçait pas à son projet de provoquer une réforme de la dogmatique chrétienne plus complète que celle à laquelle les réformateurs s'étaient arrêtés. En demandant la restitution du christianisme, il n'était pas mu par un esprit d'hostilité, loin de là, sa foi était sincère, son respect profond pour la personne du

Christ et pour son œuvre. 11 ne voulait pas détruire la religion de Jésus, mais la purifier. On dit, et nous n'avons pas de peine à le croire, que ce fut dans l'espoir de gagner Calvin à ses idées, qu'il entra en correspondance avec lui par l'intermédiaire du libraire Frellon, leur ami commun ; mais emporté bientôt par son orgueil excessif, ' ilpritavec l'auteur deriustitutionchrétienne un ton protecteur, hautain, méprisant même, qui devait naturellement blesser le réformateur de Genève, non moins orgueilleux quelui et non moins absolu dans ses convictions. L'irrita-»

tion de Calvin perce dans une lettre du 13 fév. 1546 qu'il écrivit à Jean Frellon : a Pour ce qu'il [Servet] m'avoit écrit d'un esprit tant superbe, je luy ay bien voulu rabbalreun petit de son orgueil, parlant à luy plus durement que ma couslume ne porte. . . S'il poursuit d'un tel style comme il a fait maintenant, vous perdrés tems à me plus solliciter à travailler envers luy, car J'ay d'aultres affaires qui me pressent de plus près.»

Servet n'en continua pas moins à harceler Calvin, comme s'il eût pris à tâche de l'exaspérer. En même temps, avec cette ténacité qu'inspire une conviction profonde, il tentait, mais sans succès, d'associer Viret à ses projets, et il écrivait à Abel Poupin une lettre qui devait révolter tous les ministres genevois : Evangelium vestrum, lui disait-il , est sine uno Deo, sine Ode verâ, sine bonis operibus. Pro uno Deo, habetls tricipitem Cerbernm ; pro flde verÂ, habetis fatale somnium^ et opéra bona dicitis esse inancs picturas. » Une conduite aussi imprudente ne s'explique que par un zèle allant Jusqu'au fanatisme.

Repoussé par les réformateurs de la Suisse française comme il l'avait été par les réformateurs allemands, Servet résolut d'agir seul. En 1552, il envoya au libraire bàlols Marrin un nouvel ouvrage de sa façon, et, sur son refus de le publier, il prit des arrangements avec Ballhasar Arrioullel, libraire de

SER

Page 1