‹ La France protestante (volume 5)Chapitre 7 sur 241 · KOU · texte numérisé non relu

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dant sa fuite et public vers le même temps ^ montre qu'il avait conservé toute sa fraîcheur. Quant à l'arrêt du conseil de Genève, il n'y répondit que par un acte de légitime fierté : il abdiqua solennellement, le 12 mai 1763^ son droit de bourgeoisie et de cité, ce qui ne l'empécba pas de continuer à donner à sa patrie, notamment dans les troubles de 1 767, les marques les plus touchantes de son amour (l).

La démarche de Rousseau réveilla ses parents et ses amis. Après un trop long silence, quarante bourgeois. Delue à leur tète, présentèrent au premier syndic, le 18 juin 1763, une requête ferme et digne non-seulement contre Tarrét tout à fait illégal qui avait frappé Jean-Jacques et contre le procès non moins contraire aux lois qui avait été intenté à Pictet, requête qu'ils renouvelèrent le 8 août, en appelant de ces procédures au Conseil général. Le Petit-Conseil répondit sèchement qu'il n'avait point à rendre compte de ses délibérations, et le procureur-général Tronchin se constitua le défenseur de ses prétentions tyranniques dans :js Lettres écrites de la campagne, auxquelles Rousseau se chargea de répondre, à la prière de ses anciens concitoyens. Il le ût dans ses Lettres écrites de la montagne, Kmsi,^ 1764, 2 part, ln-12. La dernière de ces lettres, au nombre de neuf, estseule consacrée à Texamen de l'ouvrage de Tronchin. Dans la peetla 6% l'auteur discute les motifs de sa condamnation. Dans la 2', la 4« et la 5', il prouve que la procédure intentée contre lui viole la loi. Dans la 7« et la 8«, il critique le gouvernement de Genève. La S» enfin n'est qu'une discussion critique de la doctrine des miracles. L'illustre écrivain, à qui nous avons déjà fait plusieurs emprunts, a porté ce jugement sur ce livre célèbre : « Jamais le prestige de la dia-

(1) Il enToya à Genète S50 fr., c'est-à-dire plus du quart do son modique retenD, pour venir an secours des pantres, et travailia de tont •on pentoir à calmer les espriu.

lectique, l'illusion de la parole ne furent poussés plus loin. La peinture da théisme évangélique de Rousseau, de sa foi chrétienne à la façon de saint Jacques, comme il dit, est une des choses les plus éloquentes qu'on puisse lire, et à cété de cette imagination et de ce pathétique, vous avez la controverse la plus serrée, la plus pressante sur la procédure et les droits du conseil de Genève. »

Les Lettres de la montagne déchaînèrent contre Rousseau non-seulement rarislocratic, mais le clergé genevois.

Que laristocratie i-esoit irriléecontre un publicistc qui attaquait sans ménagement ses prétentions, en soutenant que les gouvernements sont faits pour les peuples et non les peuples pour les gouvernements ; que les emplois publicsdoivent être donnés,non àla naissance et à la richesse, mais à la vertu et au mérite ; que les impôts doivent être répartis proportionnellement à la fortune, on le comprend ; mais ce qu'on comprend moins, c'est que le clergé protestant ait oublié que Rousseau n'avait fait qu'user de son droit, en se livrant à la liberté d'examen, une des bases et la plus solidedu protestantisme, et l'on a encore plus de peine à concevoir qu'il ait pu honnir comme un audacieux pour qui rien n'était sacré, un écrivain qui avait toujours été l'organe de la morale la plus pure^ par cela seul qu'il trouvait une preuve plus convaincante delà mission divine du Christ dans l'excellence de sa doctrine que dans des phénomènes regardés comme surnaturels sur l'attestation de gens ignorants. 11 est vrai que plus tard les idées des ministres de Genève se modifièrent et qu'ils s'aperçurent, comme l'écrivait Roustan, uu d'entre eux, qu'il existe un abîme centre l'ami de Voltaire qui sourit et raille en répétant que la conduite de J.-Ch.

est digne d'un échappé de Bedlam, et le disciple de Rousseau qui, sans admettre les miracles, incline son frout et vénère celui qui vécut et mourut comme un dieu; » mais il n'était plus

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temps de réparer le mal causé par lear intoléraDce (l). Au signal parti de Genève^ le pasteur de Motiers-Travers, Montmolin, qai,le29aoûti762, c'est-à-dire même après la condamnation de TEmile, n'avait pas hésité à admettre Rousseau à la Cène, fit brusquement volte-face et s'unit à ses ennemis les plus emportés. De son côté^ la vénérable classe des pasteurs de NeucbÂtcl cita, le 18 mars 17B5, sous peine d'excommunication, Jean-Jacques à comparaître devant elle pour rendre compte de sa foi; mais le gouvernement refréna son zèle en prenant Rousseau sous sa protection (2). Montmolin toutefois ne se tint pas pour battu; il se tourna du côté du peuple qu'il anima le plus qu'il put contre l'ennemi des miracles. Accablé de lettres injurieuses ou menaçantes, de réprimandes acerbes, de conseils Importuns, tourmenté dans ses promenades par les polissons du village , hué, quand 11 sortait, par la canaille, avec qui il partageait son pain, persécuté Jusque dans son domicile, à l'instigation de Thérèse, qui se déplaisait à la campagne et voulait le forcer à quitter Motiers-Travers, Rousseau prit enûn le parti de s'éloigner. Remerciant la commune de Gouvet qui Tavait nommé bourgeoisie l«'janv.,etquirinvitail à venir occuper une maison préparée exprès pour lui, il alla chercher un asile dans Id petite lie de Sainl-Pierre, au milieu du lac de Bienne, dont il nous a laissé une délicieuse peinture. Mais le sénat de Berne ne voulut pas l'y souffrir. Forcé de partir au cœur de l'hiver^ Rousseau prit la roule de Slras-

(i) Dani gonRonsseaa et lesGéneTois (Gen., 11158, in-19), M. Gaberel, ancien pastear, prend naUirelleiiMat la défense dn clergé gèneTois.Noos reconnftltroiit sans peine qn'il se montra moins fanatique qne celai de Nench&tel, mais poartrou- Ter sa conduite • charitable, • il faudrait oublier qtt*à Tapparition de la Nouvelle Helolse, le contlsteire provoqua des poursuites contre ce roman eélèbre, et que s'il ne fut pas poursuivi, c'est que le Conseil cnit devoir suspendre son iugement.

(s) Dans le même temps, le parlement de Paris gcMiMni il (ta le lineda Rovtteai far arrèi éai9nan.

bourg avec Tintention de se retirer à Berlin. Une lettre de David Hume, lui promettant une retraite paisible en Angleterre, jointe aux conseils de lord Keith et de Mb>« de Boufllers, le décida à renoncer à son projet pour suivre Thistorien anglais dans sa pairie.

Il quitta donc, le 9 déc. 1765, Strasbourg, où il avait été traité par le maréchal de Contades avec toutes sortes d'égards et par le clergé catholique avec une bienveillance qui rendait plus choquante la conduite du clergé protestant, traversa la France sans être inquiété, s'embarqua avec Hume dans les premiers jours de janv. 1766, et fut reçu à Londres avec un enthousiasme indicible. Quelque temps après, il alla se fixer à Wootton dans le comté de Derby. Jusque-là tout allait bien ; mais la bonne harmonie ne pouvait durer entre deux hommes d'humeur et de principes aussi dilTcrents que Rousseau et Hume. Les injures furent réciproques. Rousseau eut sans doute tort et grand tort de s'irriter des bons offices de Hume; mais il a pour excuse sa déplorable manie que les persécutions des ministres protestants et le climat humide de l'Angleterre avait aggravée à un degré incroyable. Hume, de son côté^ aurait dû se montrer moins susceptible à l'égard d'un fou de génie qui lui avait confié sa destinée; il se h tMa beaucoup trop de se plaindre de lui dans les termes les plus outrageants, en prenant les ennemis mêmes de son hôte pour confidents.

On sait que le malheureux Rousseau s'était imaginé qu'il était l'objet d'un noir complot tramé par Grimm, dans lequel trempaient Voltaire, Tronchiriy le duc de Ghoiseul. Une plaisanterie assez spirituelle de Walpole et quelques tracasseries sans grande importance, qu'il eût été facile d'éclaircir, comme la rupture du cachet de ses lettres à Wootton, lui persuadèrent que Hume s'était fait l'instrument de cette conjuration imaginaire. Dans cette conviction, il refusa unepensionde cent liv. st. que le ministre anglais

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lord Conway lai avait obtenue do roi, à la recommandation de Hume^ et adressa à ce dernier un étrange factum où le trouble de sa raison perce à chaque page; puis, saisi d'un véritable accès de folie, il s'enfuit de Woollon, le l«' mai 1767, erra quelques jours sur les grands chemins et arriva enfln à Douvres, où il se mit à haranguer en français la foule ébahie. Tout surpris de pouvoir s'embarquer sans obstacle, il arriva un peu plus calme en France, le 21 mai 1767. Apres s'èlrc arrêté quelque temps à Fleury, chez le père de Mirabeau, il accepta rhospilalitc du prince de Conti dans le château deTrye, d'où, au bout d'un an environ, il partit, sous le nom de Renou, pour Lyon etleDauphinê. C'est pendant un séjour qu'il ûtà Bourgoin qu'il se décida à prendre Thérèse Levasseurpour épouse «dans toute la simplicité, mais aussi dans toute la vérité de la nature. » Enfln, après maints projets aussitôt abandonnés que conçus , il résolut de revenir à Paris « s'exposer, armé de sa seule innocence, à tous les complots que la puissance, la ruse et l'injustice pouvaient tramer contre lui ; )> il voulait confondre ses ennemis par la lecture publique des mémoires de sa vie qu'il avait commencés à AVootlon. Il lut efTectivement dans plusieurs sociétés ces confessions^ où la maturité de la raisons'ailieàia fraîcheur des souvenirs de la jeunesse, en sommant, «au nom de la justice et de la vérité, » les personnes intéressées d'y répondre. M™« d'Epinay, qui était une de ces personneslà, aima mieux prier le lieutenant de police de (aire cesser ces lectures dans l'intérêt de son repos.

A ce dernier coup, Rousseau se ren< ferma plus que jamais dans la solitude, travaillant de son métier de copiste, dont il se délassait en herborisant dans les environs de Paris. Sans se refuser absolument aux hommages de ses admirateurs, qui, selon l'expression du prince de Ligne, le trouvaient tout à la fois ravissant et impatient, il devint de plus eu plus sombre, ombrageux, mi-

santhrope, au point de ne voir que haine et insulte dans les témoignages d'ft» mitié qu'on lui donnait, dans les marques de bienveillance ou d'enthousiasme qu'on lui prodiguait jusque dans les rues. C'est pendant celte malheureuse période de sa vie qu'il écrivit ses Ré^ ver les d'un promeneur solitaire et les trois dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques, qu'il eut la singolièrd idée de mettre sous la sauvegarde de Dieu même, en déposant sur le maitreautel de Notre-Dame celte étrange protcslalion contre les persécutions de ses ennemis. Un autre jour, les Parisiens stupéfaits le virent distribuer sur la voie publique des billets où il sollicitait un peu d'alTcclionde tout français aimant encore la justice et la vérité. Ces aclc:> de démence et d'autres encore, que la malveillance ne manqua pas d'altribuer à un désir immodéré de faire parler de lui, sont d'autant plus surprenants que,6tée sa monomanie,Rouaseau avait conservé son génie, la force et la lucidité de son esprit, la magie de son style, comme le prouvent ses Conrsidèraiions sur le gouvernement de Po^ logne, où, à cùté de graves erreurs^ se rencontrent de grandes vérités.

Six semaines avant sa mort, Rousseau accepta TasilcqueM. de GirardiQ lui ofTiaildans sa magnifique terre d'Ermenonville. Le séjour des champs, joint aux attentions dont il était l'olqet, semblait ramener peu à peu la paix dans son âme, lorsque, le 2 juill. 1778, au retour de sa promenade ordinaire, il tomba en quelque sorte foudroyé par une apoplexie séreuse. On a dit que^ las de souffrir, il s'était donné la mort; mais cette assertion, bien que défendue avec chaleur par Musset-Pathay , son biographe,ne repose sur aucune preuve convaincante, et elle est formellement contredite par le procès-verbal des médecins. M. de Girardin fit élever un monument dans ri le des Peupliers au célèbre philosophe dont les cendres furent transportéesauPanthéon,en 1 794.

Le 21 déc. 1790, sur la propositioe d'£ymar, l'Assemblée nationale lui a-

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vail voté une statue et assigné une pension à sa veuve. En J 81 4^ le souvenir du grand homme protégea Ermenonville et Montmorency contre les réquisitions de l'ennemi. En 1793^ sa ville natale lui avait aussi dressé une statue^ qui fut abattue à la Restauration; mais^ en 1828^ on songea à la relever. Â défaut des Conseils^ un comité s'organisa et ouvrit une souscription dont le produit servit^ en 1852^ à lui en ériger une nouvelle en bronze, due au ciseau de Pradiety dans Tlle qui porte aujourd'hui son nom^ à l'entrée de ce lac auquel y dans sa vieillesse, il adressait cette touchante apostrophe : (t 0 mon lac ! sur lequel j'ai passé les heures paisibles de mon enfance, charmants paysages, ou j'ai \u pour la première fois le majestueux et touchant lever du soleil, où j'ai senti les premières émotions du cœur... 0 mon lac. Je ne te verrai plus. »

Depuis longtemps, Rousseau est placé au premier rang parmi les écrivains français du xviii« siècle. Son inimitable style sait prendre tous les tons de l'éloquence : tantôt simple et gracieux, familierel naïf, tantôlgraveet touchant, véhément et pathétique, toujours pur et noble, il est partout admirable, et il le serait encore davantage, si l'art s'y faisait moins sentir. Pour atteindre à ce degré de perfection qu'offrent tous ses écrits, non-seulement dans le choix de l'expression propre, mais dans l'agencement des mots et l'arrondissement des périodes, il n'épargnait ni soin ni travail; jamais auteur n'a mis en pratique le précepte d'Horace avec une patience plus infatigable. « 11 y a, dit-il dans ses Confessions, telle de mes périodes que j'ai tournée et retournée cinq ou six nuits dans ma tète, avant qu'elle fût en état d'être mise sur le papier. . . Mes manuscrits raturés, barbouillés, mêlés, indéchiffrables, allcslent la peine qu'ils m'ont coûtée. » Aussi a-t-il, selon l'expression de M . Villemain, plus de passion et d'autorité dans le langage que de création dans les vues; ii brille plus par son éloquence que par la nou-

veauté de ses idées. 11 n'est pas nécessaire d'insister sur ce point, l'opinion est unanime; mais rien de plus contradictoire que les jugements portés sur son caractère. Bernardin de Saint-Pierre, qui visita, au mois de juin 1772, l'illustreet malheureux philosopliedans sa mansarde de la rue Plâtrière, nous a tracé ce portrait de son intérieur et de sa personne : «Nous trouvâmes une fort petite antichambre, où des ustensiles de ménage claienl proprement arrangés ; de là nous entrâmes dans une chambre où J.-J. Rousseau était assis en redingote et en bonnet blanc, occupé k copier de la musique. 11 se leva d'un air riant, nous présenta des chaises, et se remit à son travail, en se livrant toutefois à la conversation. Il était maigre et de taille moyenne. Une de ses épaules paraissait un peu plus élevée que l'autre, soit que ce fût l'effet de l'attitude qu'il prenait dans son travail ou de l'âge qui l'avait voûté, car il avait alors 60 ans. D'ailleurs il était fort bien proportionné. Il avait le teint brun, quelques couleurs aux pommettes des joues, la bouche belle, le nez très-bien fait, le front rond et élevé, les yeux pleins de feu. Les traits obliques qui tombent des narines vers les extrémités de la bouche et qui caractérisent la physionomie exprimaient dans la sienne une grande sensibilité et quelque chose même de douloureux. On remarquait dans son visage trois ou quatre ciiractères de la mélancolie, pir l'enfoncement des yeux et par l'affaissement des sourcils; de la tristesse profonde, par les rides du front ; une gaieté très-vive et même un peu caustique, par mille petits plis aux angles extérieurs des yeux, dont les orbites disparaissaient quand il riait. Toutes les passions se peignaient successivement sur son visage, suivant que les sujets de la conversation affectaient son âme; mais, dans une situation calme, sa figure conservait une empreinte de toutes ces affections, et offrait à la fois je ne sais quoi d'aimable, de fin, de touchant, de digne de pitié et de respect. Près de lui

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était onc épinette sur laquelle il essayait de temps en temps des airs. Deux petits lits de colonnade rayée de bleu et de blanc^ comme la tenture de sa chambre^ une commo îe, une table et quelques chaises faisaient tout son mobilier. Aux murs étaient attachés un plan de la forêt et du parc de Montmorency, où il avait demeuré, et une estampe du roi d'Angleterre, son ancien bienfaiteur. Sa femme était assise, occupée à coudre du linge ; un serin chantai t dans sa cage suspendue au plafond ; des moineaux venaient manger du pain sur ses fenêtres ouvertes du côté de la rue, et sur celle de ranlichambre on voyait des caisses et des pots remplis de plantes telles qu'il plall à la nature de les semer. Il y avait dans l'ensemble de son petit ménage un air de propreté^ de paix et de simplicité, qui faisait plaisir. ... Ce que j 'ai trouvé de plus admirable dans son caractère, c'est que Jamais je ne Tentendis médire des hommes dont il avait à se plaindre.... La bonté du cœur lui paraissait supérieure à tout; elle était la base fondamentale de son caractère : il préférait un trait de sensibilité à toutes les épigrammes de Martial. Son cœur, que rien n'avait pu dépraver, opposait sa douceur à tout le flel dont nos sociétés s'abreuvent aujourd'hui. Il était gai, confiant, ouvert, dès qu'il pouvait se livrer à son caractère naturel... Quatre on cinq causes réunies contribuèrent à altérer son caractère, dont la moindre a suffi quelquefois pour rendre un bomme méchant : les persécutions, les calomnies, la mauvaise fortune, les maladies, le travail excessif des lettres, travail qui trop souvent fatigue Tesprit et altère l'humeur; mais toutes ces causes réunies n'ont jamais détourné Rousseau de Tamonrde la justice. 11 portait ce sentiment dans tous ses goûts.» — » Il fut toujours le même, dit aussi Mirabeau, plein de droiture, de franchise et de simplicité, sans aucune espèce de faste^ ni de double intention, ni d'art pour cacher ses défauts ou montrer ses vertus. Quoi qu'on pense ou qu'on dise de

lui pendant encore un siècle, il ne fui jamais peut-être un homme aussi vertueux, puisqu'il le fut avec la persuasion qu'on ne croyait pas à la sincérité de ses écrits cl de ses actions. Il le fut malgré la nature, la fortune et les hommes, qui Tout accablé de souffrances, de revers, de calomnies, de chagrins et de persécutions. Il le fut avec la plus vive sensibilité pour l'injustice et les peines. Il le fut enfin malgré les faiblesses qu'il a révélées dans les Mémoires de sa vie. J.-J. Rousseau arracha mille fois plus à ses passions qu'elles n'ont pu lui dérober. » 11 y a loin de ces portraits tracés pardeux contemporains de Rousseau à ceux que deux écrivains de nos jours, lord Brougbam et M. Saint- Marc Girardin ont esquissés de ce grand homme. Ils se sont plu à recueillir dans ses Confessions et dans les livres de ses ennemis tout ce qui est le plus propre à le rendre méprisable et odieux, et ils arrivent l'un et l'autre à cette conclusion qu'il ne fut qu'un charlatan vaniteux et un hypocrite. 11 est certain que les erreurs de sa jeunesse peuvent fournir des armes contre lui; mais, comme l'a fait observer M.Berville, « pour être équitable, il faut juger Rousseau depuis l'âge de 40 ans, c'est-à-dire, depuis la régénération morale qu'il sut accomplir sur lui-même par rénergie de sa volonté et qui d'une âme vulgaire et fragile fit une âme nouvelle, supérieure à la fortune, idolâtre de la beauté morale et portant jusqu'à l'excès peut-être le culte du devoir et la vertu du sacrifice. » Dès ce moment^ ajoute le même biographe, il nous apparaît impressible, ombrageux, bizarre , romanesque dans ses idées, extrême dans ses afifections et dans ses maximes, inhabile, à force de sensibilité, à la société des hommes ; mais généreux, sincère, désintéressé, magnanime, oubliant les torts et les injures de ses ennemis, fier avec les grands, bon et facile avec les humbles. Tel Rousseau s'est aussi montré ànous^ et tel 11 s'était montré au peuple qui, partout où il a vécu, a conservé long-

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temps le souvenir da bon M. Rousseau.

Il ne nous reste plus qu'à donner la liste des ouvrages imp. de Rousseau.

Si Ton songe qu'il commença lard à écrire et qu'il avait le travail extrêmement difficile^ on sera étonné de sa fé* condité.

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