AYMA — A Y. MIN
Ion promit; mais, non rassuré, il n'eut garde de tenir sa promesse; dès qu'il se vit libre, il s'enfuit à toutes jambes et alla rejoindre, à six lieues de là, un détachement de Camisards. Dans la suite, il obtint sa grâce et se maria avec une jeune fille de Garnac qui, le même jour qu'il avait été pendu, avait été fouettée publiquement de la main du bourreau, sur la simple accusation d'avoir été témoin du massacre de Fraissinet. Il en eut trois enfants, et l'avant perdue, se remaria. Il mourut en 1740 aussi zélé protestant que jamais.
Ayma, Voy. Aymar 2.
AYMAR ou Âymard. Matthieu Aymard massacré à Orange, 1570. — Guillaume Aymar, serrurier, courageux défenseur de Sommières, 10 nov. 1572. — (Renaud), de Mussy-l'Evesque en Champagne, mercier, reçu habitant de Genève, 1585. — (Laurent), ministre à Lezan Gard) 1620-37). — (J.), ministre à Saint- Paul-Trois-Châteaux, 1626. — (J.), ministre à Die, 1637. — (Pierre), de Die, étudiant en théologie à Genève, 1660. — Abraham Aymard, de Queiras, assisté en passant à Genève, 1698. — Jean Aymar, ancien et portier de l'église française de New- York en 1731 ; mort en 1755, laissant une nombreuse famille.
2. AYMAR ou Eymar (Pierre), prisonnier depuis longtemps à Bergerac et réclamé enlin par Eymar de Boissy son frère, lieutenant criminel de cette ville, n'est pas jugé assez bon catholique pour être élargi, 1701. — Judith Ayma. fille du lieutenant criminel de Bergerac, dénoncée comme religionnaire, 1703.
(Tourlet, invent, de Tt.)
AYME ou Aymé (Symon), de LaGravo en Dauphiné, laboureur, reçu habitant de Genève, nov. 1572. — MIle Aymé, de Saint-Just, 22 ans, enfermée au couvent de la Providence à La Rochelle, 1694. — Gabrielle), de Montélimar, assistée en passant à Genève pour se rendre en Allemagne, 1693. — (Pierre), duYivarais, 1701; (La veuve de Jacques), de Montélimar, 1703, réfugiés et assistés à Genève. — (Isaac et Marie), fugitifs de La Rochelle, 1723-33.
A YMENART, gentilhomme du Mans, 1563 [IV. 76 b].
AY'MER, famille poitevine.= ^mi«j :
D'argent a la fasce componée de sable et de gueules de quatre pièces. — René Avmer, sieur de Corniou, épousa au temple de La Rochelle, 1629, Julie d'Angliers [IV, 360 b] ; — Renée, fille do Louis, 1648 [VI, 35 b] ; —Claude [V, 386 b; VI, 36 a]. — Cette famille rentra dans le catholicisme à la Révocation.
AYMERICI , religieux bénédictin , était vicaire général de Gérard Roussel qui fut évêque d'Oloron de 1542 ! à 1560 sans cesser d'être imbu des idées de la Réforme. Le vicaire n'attendit pas la mort de son évêque pour se donner tout à fait au protestantisme et s'en faire le propagateur dans sa province, l'Agenais. Il fut le premier pasteur de Clairac et entra en fonctions en 1555.
AVMERIE Françoise d'), mariée en 157 î à Fr. de Caumont.
AYMÈS (Robert), sieur de Blansac, Nimes, 1569 [III, 107 a; VII, 337 a; Mil, 462 a]. — (Nicolas), 1579 [II.
159 aj. — (César), de Puylaurens, assisté en passant à Genève, 1698, pour se réfugier en Suisse.
AYM1ER (Michel), notaire et procureur, postulant au siège de Pons, puis au présidial de Saintes, 1652-58. et Judith All'aneur sa femme (Rég. de Pons).
— Judith était sœur d'Anne Affaneur, mariée à Daniel Vaur'ujaud. Le 29 juin 1653, Michel Aymier fit baptiser une fille, Jeanne, dont le parrain fut Daniel Yaurigacd, et la marraine d1,e Jehanue Merlat, femme du pasteur iPrioleau, de Pons.
AYMI.Y (Jean), né à Sisteron, en Provence. Il fut d'abord chirurgien à Die, puis étudia la théologie à l'acad. de cette ville. 11 fut admis au saint ministère en 1619, et exerça successivement les fonctions pastorales à Briançon, 1619-23; à Saint-Paul-Trois-Châteaux, 1626-30; à Die de 1630 à 1642, sauf que de 1638 à 1640 il fut prêté aux églises de Lyon et de Saint-Jean d'Hérans; il passa à Manosque en 1643, à Gap en 1659, se retira à Nimes en 1660, puis on le retrouve en 1662 et 1663, à Lyon, aidant le pasteur Pierre Mussard dans ses fonctions.
Cette inconstance indique un caractère difficile. En eflet, il eut de graves dé-
' Non pas depui- M3«, comme il a été dit col. Î8». Dote 5. par erreur. Voy. la f.all. Cbrist.
AYMON
mêlés avec son église de Die, qu'il fut forcé de quitter, et les synodes nationaux ou provinciaux, de 1631 à 1659, eurent plusieurs fois à s'occuper de lui. Il a laissé un traité intitulé : L'adoption des enfants de Dieu (1614, 300 p. in-16), et le récit d'une controverse théologique qu'il soutint en 1659 contre deux jésuites.
1. AYMON, égorgé à Nevers en 1561 [IX, 292 a]. — (Pierre), deSavigny-sur- Seine, près Paris, cordonnier, reçu habitant de Genève, 8 sept. 1572. — (Jean), 1578 [IV, 497 b]. — (Jean), sieur de Frigignet, avocat à Bordeaux et ancien de Bergerac, 1631.
2. AYMON (Jean), né catholique, en 1661, dans une bonne famille du Dauphiné, fut élevé pour la prêtrise. Il réussit d'abord dans cette carrière, mais ni assez, ni assez vite au gré de son âme ambitieuse, inquiète et naturellement perfide. Il avait fait ses premières études au collège de Grenoble, puis il avait été apprendre à Turin la théologie et la philosophie; il fut même à Borne, et il obtint le titre de docteur en droit canon. L'évêque de S. -Jean de Maurienne, qui l'avait pris sous sa protection, le fit admettre aussitôt aux ordres sacrés, quoiqu'il n'eût encore que 23 ans et ne fût pas encore arrivé à l'âge prescrit par le concile de Trente. L'évêque lui fit accorder cette faveur par un bref du pape Innocent XI, et de plus il le nomma son aumônier. Mais il s'en fit payer, à ce que disait plus tard l'abbé Aymon, en le chargeant de venger une injure récente qu'iJ avait reçue à Borne : il avait sollicité vainement le chapeau de cardinal !
Son aumônier, habile à manier la plume, composa contre la Cour romaine un pamphlet où les secrets et les hontes du Saint-Siège, mêlés à des récits obscènes, étaient hautement dénoncés. Le cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, n'était pas ménagé dans ces révélations (qui paraissent d'ailleurs n'avoir pas eu de publicité, du moins n'en avons-nous pas trouvé trace). Aymon, cependant, abandonna son protecteur, s'enfuit de S. -Jean de Maurienne, et ce fut auprès de l'évêque de Grenoble qu'il se réfugia en pécheur contrit implorant son pardon.
Non- seulement son premier patron lui pardonna, mais il lui accorda dans le
diocèse un office ecclésiastique où Aymon, toujours inquiet et remuant, ne sut pas longtemps se tenir. Il retourna à Borne, eut le talent de s'y faire bien accueillir, fut nommé, juin 1687, protonotaire du pape et devint un petit personnage à la Cour apostolique.
Ce n'était pas encore assez pour son ambition. Il fit ce faux calcul que dans les conjonctures politiques où l'on se trouvait, lorsque l'exécution implacable donnée par Louis XIV à la révocation de l'édit de Nantes remplissait le monde d'émotion et apportait aux pays protestants des foules réfugiées pour la religion, il pourrait, lui qui tenait dans sa main tous les secrets de Borne, jouer un grand rôle parmi les protestants. Il était à Lyon lorsqu'il partit inopinément pour la Suisse, et se mit en mesure d'abjurer la croyance romaine. Il reçut alors une lettre excellente de l'honnête cardinal Le Camus :
Monsieur, j'apprens que quelques disputes que vous avez eues chez les Jésuites, à Lyon, vous ont porté à aller a Genève et de là à Berne. Je vous crois trop sage et trop attaché à la bonne religion pour être ébranlé sur cet article, quoi qu'on m'en ait pu dire. Je me plains que comme mon enfant vous n'avez pas eu recours à moi comme à un bon père qui a toujours les bras ouverts pour vous recevoir avec tendresse et pour vous secourir dans tous vos besoins. Venez donc et ne tardez pas de me donner la consolation de vous embrasser, car je suis, monsieur, votre très- affectionné. Grenoble, 24 déc.
La réponse, en date du dernier jour de février 1697, fut imprimée un peu plus tard en Hollande, sous la forme d'un petit livre intitulé : « Métamorphoses de la religion romaine, qui ont donné lieu à plusieurs questions agitées dans une lettre envoyée au card. Le Camus parle sieur J. Aymon T. J. U. D. (docteur en théol. et en droit civ. et can.), cy-devant protonotaire apostolique du pape Innocent XI et à présent ministre du S.
Evang. A La Haye, chez Abr. Troyol, 1700 » ; in-18 de 20 et 442 p. En tête est une Approbation des professeurs et ministres de Berne '; et à la fin, une série
1 En date du 25 juin 1697; signée : Samuel I.eeman, Martel, Samuel tien. Bermond, Samuel A&iniond,
AYMON
de diplômes obtenus jadis à Rome par l'auteur et qu'il a l'audace de produire comme exemples des prévarication? romaines : « Bref du pape Innocent XI pour une dispense en faveur du sieur Aymon, par laq. on voit que le Pape déroge aux décrets du concile de Trente et à tous les Statuts et Constitutions apostoliques. » — « Extrait d'un bref du pape Innocent XI qui déroge à un concile de Latran, à plusieurs constitutions apostoliques, etc., en créant une nouvelle charge de protonotaire apostolique en faveur du sr Aymon, acte qui prouve que les papes ne font pas difficulté de violer ce qu'il y a de plus sacré, de plus authentique et de plus ferme dans la Religion, à savoir le serment. » Etc.
Ainsi l'ancien dignitaire papal est installé en Hollande, à La Haye; il est devenu ministre protestant à l'âge de près de 40 ans ; mais c'est comme professeur de mathématiques qu'il pourvoit à ses besoins; il s'est marié; enfin il est, à partir de l'an 1700, et probablement en récompense de son petit livre, pensionné par les Etats généraux. Vers 1703-1704 il s'occupe des projets, si souvent déballas-, de la réunion des deux Eglises en publiant un volume intitulé : « Lettre du sieur Aymon, cy devant prélat domestique du p. Inn. XI à tous les archiprêtres, curez, vicaires et autres du clergé séculier, au sujet de quelques propositions qui luy ont été faites par M. l'abbé Bidal... sur la réunion des deux religions ; il les exhorte à réformer les abus et les superstitions qu'on a introduites dans le service de leurs Eglises. » La Haye, Kitto, 1704, in-8°, 96 pages.
Cet ouvrage ne fit sans doute aucun bruit. Mais le nom de l'abbé Bidal, agent de France à Hambourg pour affaires concernant la religion, ce nom devait lui servir. A la fin de 1705, Aymon résolut en effet d'aborder un nouveau et plus brillant théâtre. Il écrivit au Garde de la Bibliothèque du Roi à Paris, pour le prier d'offrir en son nom à Sa Majesté un précieux herbier en 40 vol. qu'il venait d'acheter à Leyde au prix de 3,200 liv., en échange de quoi il ne demandait ni faveur, ni pension; il solli-
rianté, Gaspard Gresse, Cabrid, Philippe Besse et Hollard.
citait seulement un passeport pour venir à Paris, ayant en tête de sérieux desseins pour le service du Roi. Le paisible et savant bibliothécaire, Nicolas Clément, ne répondant guère à cette première ouverture , reçut bientôt lettres sur lettres de ce correspondant qu'il ne connaissait pas. Il ne s'agissait plus d'herbier, mais de certains secrets dont le Roi serait touché. Rien ne me manque dans ces provinces, écrivait-il, « si « ce n'est une espèce de repos de con- « science qui ne se trouve point parmi « les réfugiés, qui se détruisent les uns « les autres et qui n'ont plus aucune « religion, ni discipline, ni honnêteté, « et qui par leur esprit républicain et « leur aversion pour tous ceux qui con- « servent quelque chose de l'humeur et a des maximes ou inclinations fran- « çoises, se rendent entièrement insup- « portables... J'ai de quoi faire la dessus « un manifeste rempli de preuves si au- « thentiques et en si grand nombre que « si je le mettois au jour, comme je l'ai « projeté, non-seulement il seroit propre « à détourner tous ceux qui pensent à « sortir de l'Eglise romaine, mais encore « à faire abandonner le parti de la Ré- « forme à tous ceux qui ne sont pas « aveuglés par leurs passions... » 11 se prévalait de ses relations avec l'abbé Bidal et en appelait à lui comme devant attester sa bonne foi. Clément se laissa séduire par la perspective de faire aboutir un marché si conforme aux intérêts, comme aux intentions du roi. Il expliqua l'affaire à M. de Pontchartrain. et celuici l'ayant soumise au roi, l'on écrivit au sieur Aymon qu'il trouverait un passeport à Bruxelles. Aussitôt Aymon demanda aux Etats de Hollande un saufconduit pour faire un voyage scientifique à Constantinople et, au mois d'avril 1706. il était à Paris.
Clément le présenta à M. de Pontchartrain qui l'invita à exposer ses vues par écrit. Quelques jours après le ministre reçut de lui deux mémoires, dans l'un desquels il découvrait au roi divers projets qui s'ourdissaient en Hollande (les deux nations étaient alors en guerre), principalement des inventions de nouveaux projectiles et des complots de camisards et autres protestants; dans
AYMON
l'autre mémoire il signalait en termes généraux le « libertinage, les désordres de tout genre, les énormes attentats »
auxquels se livraient en Hollande les pasteurs et leurs troupeaux réfugiés, demandant la permission de rester en France pour y écrire en sûreté les récits qu'il avait à faire. Le ministre traita de rêveries les révélations politiques , et quant à celles qu'Aymon promettait sur les affaires de religion, il le renvoya à l'archevêque de Paris, le cardinal de Noailles. L'archevêque ne fut pas insensible à l'espoir de voir paraître les libelles annoncés ; il désigna le séminaire des Missions étrangères pour servir de logis au pécheur repentant, qui devait, dans cette paisible et sainte retraite, préparer son retour à la véritable Eglise et composer à loisir ses utiles pamphlets; en même temps il invita Clément à lui accorder un libre accès à la Bibliothèque, afin qu'il y puisât toutes les armes qu'il lui fallait contre l'hérésie. Aymon se montra d'une soumission parfaite; il prit logis aux Missions étrangères et s'y conduisit en saint homme, assistant avec assiduité à tous les offices, puis dans l'intervalle de ses dévotions courant à la Bibliothèque du Roi pour y travailler avec une assiduité non moins édifiante. Il capta la confiance entière du bon Clément.
Ainsi se passèrent plusieurs mois.
Alors Aymon trouva le temps long; il se prit à réfléchir, puis à écrire à ses divers protecteurs, puis à dire tout haut qu'on le traitait mal et qu'on l'oubliait au lieu d'avoir pour lui la bienveillance et les faveurs qu'il méritait. 11 faut reconnaître qu'en ce temps où l'on tenait bureau ouvert pour acheter les consciences, il pouvait justement se plaindre de ne rien recevoir. Ses plaintes commençaient à fatiguer M. Clément, quand il cessa brusquement de paraître à la Bibliothèque. Le bibliothécaire en fut soulagé d'abord. Au bout de quelques jours il en fut un peu inquiet et fit demander de ses nouvelles aux Missions étrangères. 11 était parti.
De nouveaux mois se passèrent sans qu'on sût à Paris ce qu'il était devenu, lorsqu'un jour le gouvernement du roi reçut d'un agent français en résidence à
La Haye une note datée du 10 mars 1707 et commençant en ces termes :
On demande des nouvelles d'un nommé Aymon, qui dit avoir été aumônier de M. le card. Le Camus et protonotaire apostolique. Après avoir demeuré quelque temps à La Haye, où il étoit venu de Suisse et où il avoit embrassé la R. P. R., il disparut et on sceut qu'il étoit à Paris. On sceut même qu'il y avoit porté un alcoran arabe, manuscrit, qu'il avoit dérobé à un libraire de La Haye. Il est de retour depuis quelque temps, chargé à ce qu'il dit de dépouilles; on pourroit mieux dire de vols qu'il doit avoir faits à Paris, où il a passé cinq ou six mois assez publiquement, ce qui surprend beaucoup, ayant été prêtre disant la messe, s'étant marié et l'étant encore à présent. Il dit qu'il a paru à Paris en qualité de prosélyte réformé devenu ministre. Il a veu, dit-il, publiquement M. le card. de Noailles devant une assemblée de 80 prélats, où il a, dit-il, été reconnu et salué peur ministre. Il a apporté le dernier concile de Jérusalem, tenu par les Grecs au sujet de la transsubstantiation, et d'autres pièces qu'on croit qu'il a dérobées dans la Bibliothèque du Roi...
C'est de cette manière que Clément apprit qu'on l'avait volé. Aussitôt il envoya procuration à La Haye pour porter plainte et poursuivre judiciairement la restitution du manuscrit grec du Concile de Jérusalem; mais de nouvelles surprises l'attendaient plus amères encore. Aymon se redressa effrontément. Il proclama bien haut qu'il était allé à Paris en effet, qu'il avait voulu pénétrer jusque dans le camp des Amalécites pour en rapporter des témoignages contre eux; que ce manuscrit avait servi à M. Arnauld pour son ouvrage sur la « Perpétuité de la foi » et qu'il en avait altéré le texte, que les calomnies et les colères des ennemis de l'Evangile, qui étaient en même temps ceux de la Hollande, ne prévaudraient pas contre son innocence et contre le sentiment « des gens de probité. » Il affirmait que ce manuscrit n'était pas celui de la Bibliothèque, qu'il provenait de celle de S.- Germain des Prés et qu'il le tenait d'un religieux de cette abbaye, protestant de cœur; qu'enfin la première et la dernière page du volume ne portaient pas l'estampille aux mots Bibliothecx regix
AYMON
qu'on appliquait à tous les livres du roi; et cela était vrai, l'estampille avait été par malheur omise. En même temps (septembre 1707} il fit paraître : « Lettre du sieur Aymon... à M. N. professeur en théologie pour informer les gens de probité et les savants des insignes fourberies de plusieurs docteurs du papisme et du mouvement extraordinaire qu'ils se donnent maintenant avec quelques reformez pervertis qui travaillent de concert à détruire par des impostures le sr Aymon et à le priver par divers attentats de plusieurs manuscrits, etc.
La Haye, 1707, in-4°. » Simultanément cette lettre parut à Genève avec cet autre titre : « Lettre du sT Aymon cy devant Prélat... à M. N. professeur en théologie dans l'université réformée de N., écrite à l'occasion de plusieurs mss. importants qui ont été remis à l'auteur pour être publiez et qui contiennent des faits; considérables touchant la Religion. » A Genève, chez Fabri et Barillot, 12 p. in-4°. L'adresse avec laquelle il étouffait la question de vol sous les déclamations politiques trompa les juges de La Haye1; le gouvernement français qui appuya Clément de toutes ses ressources diplomatiques, aurait pu confondre l'imposteur en envoyant sa correspondance, mais par une fausse prudence ou une fierté malentendue, il n'en daigna livrer que des copies certifiées qu Aymon repoussa hautement comme d'impures falsifications. Clément perdit son procès.
Et il ne connaissait pas encore tout le désastre. 11 ne découvrit que plus tard et par intervalles l'enlèvement fait par Aymon de dix autres articles, dont deux évangéliaires du VIIe ou VIIIe siècle, trois volumes de correspondances diplomatiques du XVIe et des lacérations impies, comme 14 feuillets de la célèbre Bible de Charles le Chauve et 35 feuillets d'un magnifique manuscrit grec en lettres d'or des épitres de S. Paul, arrachés ou coupés. Inconsolable d'avoir été la cause innocente d'un tel dégât, il ne traîna plus qu'une vie languissante qui finit en 17 VI.
Quant au déprédateur, il rentra en grâce auprès du gouvernement hollan-
* Et bien d'autres, puisque l'article de MM. Haag , 303 lui est entièrement favorable.
dais, il fut rétabli dans sa pension qu'on avait supprimée dès qu'on l'avait su installé à Paris, et il continua paisiblement le cours de ses travaux littéraires en y reprenant le rôle d'ennemi de Rome. Aux trois ouvrages que nous avons déjà cités de lui, il en ajouta beaucoup d'autres dont suit la liste et mourut en Hollande vers 1720, sans qu'on ait aucun renseignement sur la manière dont se termina cette carrière véreuse.
Nous sommes cependant tributaires encore aujourd'hui du goût et de l'expérience de cet homme en matière d'érudition théologique, car sa collection des Synodes de l'Eglise réformée de France (ci-après n° VII) est la seule que nous ayons, et elle est encore fort utile. Mais c'est une simple compilation dans laquelle il n'y a de sien que la mise en ordre et l'impression. Il a fait graver en tète un grand portrait de lui; il est en robe de docteur, entouré de livres et au-dessous on lit ses titres : théologien, jurisconsulte, mathématicien, à la suite de ses noms et qualités de naissance, qu'il formule ainsi : Joanxes Aymon Craveta Delphixas, ex domims Genoli.e.
Ce sont encore des mensonges, qui ont pu être acceptés en Hollande jadis, mais qu'un compatriote d'Aymon, M. Rochas, a réduits à leur juste valeur. Il n'eut jamais aucune seigneurie et ne se reliait que par une similitude de nom à prénom avec Aymon Cravetta, jurisconsulte piémontais d'une très-noble famille (1494- 1569) qui vécut quelque temps à Grenoble. — Il serait plus vraisemblable de voir ses ancêtres en Guyenne, d'après ce renseignement que nous trouvons dans les archives des Basses-Pyrénées :
« Payement des frais de voyage de Jean « Louis Aymon en Dauphiné, en 1594 « (B 3175)." »
IV. « Monumens authentiques de la religion des Grecs et de la fausseté de plusieurs confessions de foi des chrétiens orientaux produites contre les théologiens reformez par les prélats de France et les docteurs de Port-Roial dans leur fameux ouvrage de la Perpétuité de la foi de l'Eglise catholique, le tout démontré par des preuves juridiques tirées des manuscrits originaux d'un concile de Jérusalem et de deux synodes grecs,
AYMON
accompagnez d'une traduction françoise et de plusieurs lettres originales anecdotes, écrites en diverses langues et jointes à des mémoires secrets des ambassadeurs chrétiens à la Porte Ottomane, à des relations fort curieuses des nonces apostoliques en Orient et à diverses autres pièces très authentiques qui servent à détruire plus de cinq cens faux témoignages employez dans les controverses du clergé de France contre les Reformez, à établir la vérité de tous les principaux dogmes que les Protestants soutiennent contre l'Eglise romaine et à faire voir ce qu'ils ont de conforme avec la créance des Grecs non latinisez. » La Haye, Gh. Delo, 1708; in-4°, 528- 22 p. — L'auteur explique dans sa préface l'état des controverses entre les théologiens protestants et les catholiques un peu avant la révocation de l'édit de Nantes. Il affirme que les victoires dont se vantent les docteurs de Port-Royal ont été dans le fait remportées par les Protestants, et qu'ils n'ont dû leurs apparents succès qu'à des attestations fausses ou nulles comme émanant des Grecs-Unis. R soutient que les Grecs sont fort éloignés de partager l'opinion de Rome sur la transsubstantiation, et il apporte en preuve des pièces authentiques qu'il accompagne parfois de notes intéressantes. Les plus précieuses de ces pièces sont 27 lettres inédites de Cyrille Lucar, dont il donne une traduction d'ailleurs peu exacte. La lettre de Chrysocule, chancelier de l'Eglise de Constantinople, contient une narration circonstanciée de toutes les intrigues mises en jeu par les Jésuites pour perdre le patriarche. Une Confession de foi des Eglises grecques orientales offre aussi de l'intérêt; mais quant aux Actes du synode tenu à Jérusalem en 1672, qu'Aymon avait dérobés et qu'il croyait publier pour la première fois, ils ont moins d'importance qu'il ne s'imaginait, puisqu'il en avait déjà paru deux éditions, l'une sous le titre Synodus Bethleemitica adversùs Calvinistas pro reali potissimùmprœsentiâ, Paris, 1670, in-8°; l'autre sous celui de Synodus Jerosolymitana etc. , Paris, 1678, in-8°.
Cet ouvrage n'eut pas le succès qu'espérait l'auteur. Aymon fut trouvé un pauvre
théologien, comme on pouvait s'y attendre d'après la nature et la direction de ses premières études. L'abbé Renaudot lui répondit par la « Défense de la Perpétuité de la foi contre les calomnies et faussetez du livre intitulé Monuments authentiques de la religion des Grecs. » Paris, 1709,in-8°. Et plusieurs années après, le livre d' Aymon ne se vendant point fut remis dans le commerce avec ce titre nouveau : « Lettres anecdotes de Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople, et sa confession de foi, avec des remarques. Concile de Jérusalem contre lui et examen de sa doctrine; Amst., 1718. »
Y. « Tableau de la cour de Rome, dans lequel sont représentés au naturel sa politique et son gouvernement spirituel et temporel. La Raye, 1707, in-12. » Réimprimé en 1726, 1727, 1729.
YI. « Lettres, mémoires et négociations de M. le comte d'Estrades pendant le cours de son ambassade en Hollande depuis 1663 jusqu'en 1668. » Rruxelles,
1709, 5 vol. in-12 ; réédité par Prosp. Marchand ; 1743, 9 vol. in-12.
YII. ((Tous les Synodes nationaux des Eglises réf. de France, auxq. on a joint des mandemensroiaux et plusieurs lettres politiques sur les matières synodales intitulées Doctrine, Culte, Morale, Discipline, Cas de conscience, Erreurs, Impiétés, Vices, Désordres, Apostasies, Censures, Suspensions, Anathèmes, Griefs, Appels, Débats, Procédures, Décrets et Jugemens définitifs concernant : Les Edits de pacification et leurs infractions, les Places de sûreté et leurs gouverneurs, les Chambres mi-parties et leurs conseillers, les Assemblées politiques et leurs privilèges, les Universités et leurs professeurs, les Coléges et leurs régens, les Eglises et leurs pasteurs, les Consistoires et leurs membres, les Coloques et leurs départemens, les Synodes et leurs modérateurs, adjoints, commissaires, députés et secrétaires qui ont aprouvé ces actes. » La Haye, Ch. Delo,
1710, 2 vol. in-4°. Une prétendue seconde édition (La Haye, 1736) est la même avec simple réimpression d'un nouveau titre. La préface est suivie de 50 lettres de ProsperoSanta-Croce, nonce du Pape à Paris en 1501, dérobées à la