Jehan Peguau, tabourin pour les rebelles à Blaye
Bachellé, voy. Le Bachellé.
BACHET. A l'assemblée de Saverdun, figurait Baschet député pour Lacaune, 1598. — Pierre Bachet (Petrus Bachetius G-enevensis) suivait les cours de la faculté de théologie à Genève en 1597. C'est vraisemblablement le même qui fut pasteur à S. -Jean de Bruel (Rouergue) en 1600, puis dans la même contrée, à Paulin en Albigeois, en 1620, à S.-Sever (ou S.-Sevé suivant la prononciation locale) en 1626, à Montrédon en 1633 et 1637. 11 desservait l'église de Paulin en même temps que celle de S.-Sevé, mais le synode de Saverdun, 1630, lui interdit la prédication hors des limites do son colloque. —
Baschet; Lacaune, 1614 [VII, 64 b]. — Bachet, famille réfugiée au Cap {Bull.
XV, 1 60) . — Paul-Pierre Bachet et David Bachet sieur d'Escouillac, fugitifs de Castres à la Révocation. — Joseph Bachex, d'Annonay, assisté à Genève, 1700. — Mariage de Remy Tronchin avec Charlotte Bachet deTroyes; à Genève, 1578.
BACLES (Baudoin), lapidaire à Paris, et Catherine Foucault sa femme, 1594.
—Joseph Bâcle chirurgien, de Preuilly enTouraine, assisté à Lausanne, 1697.
BACLET (?) , étudiant à Genève :
b Franciscus Bacletus Xancton., » 1567.
BACON, chef huguenot dans le Languedoc [Haag I, 208]. Il était fils, dit-on, d'un maréchal ferrant de Pierre-Rue, dioc.de Saint- Pons. En 1573, époque où on le cite pour la première fois, c'est déjà un capitaine. Il s'empare de Villeneuvede-Berg, où. s'étaient assemblés plusieurs prêtres catholiques pour une conférence. Presque tous sont passés au fil de l'épée, ainsi qu'un grand nombre d'habitants. Bacon n'épargna que le lieutenant au bailliage de Vivarais, qui, peu de mois auparavant, avait empêché les catholiques d'égorger les protestants. Cinq ans plus tard, le 5 mai 1578, nous le retrouvons assiégé dans Thesan , près Béziers. Pressé trop vivement par l'ennemi, il s'échappa pendant la nuit, et se retira à Gessenon que Damville lui enleva bientôt ; mais un an plus tard, jour pour jour, il prit une éclatante revanche en s'emparant de nouveau par escalade de cette place. Le 30 juin, il surprit Saint- Chignan. En 1582 , le 8 février, il se rendit maître de Minerve qu'il abandonna au pillage. Le baron de Rieux y alla mettre le siège au mois de juillet; mais Bacon se défendit avec vigueur jusqu'au 17 septembre, où il fut forcé de se rendre. Selon les uns, il se retira alors à Bram, comté de Foix, et y périt dans un assaut. Selon d'autres, il se serait laissé corrompre par les généraux catholiques qui l'auraient déterminé à abandonner sa conquête « à l'amiable » moyennant une abolition que le maréchal de Montmorency avait toute prête et lui délivra lui-même; mais il aurait feint de continuer à servir la cause, et aurait même pris Lescure , près d'Albi.le 11 déc. 1584. Unelettre inter-
BACOT — BACOUE
ceptée ayant révélé sa trahison, il aurait été arrêté par ordre de Montgommery, le 14 fév.1586, condamné à mort et exécuté le 16. On lit en effet dans le Journal de Charbonneau : « Le capitaine Baccon, sollicité par les partisans de Joyeuse et étant prêt à se déclarer pour lui, fut arrêté à Brassac par le comte de Montgommery, étranglé pendant la nuit et jeté au bord de la rivière. » Y auraitil eu plusieurs capitaines de ce nom qu'il faudrait distinguer? Très-probablement, mais nous manquons de moyens pour éclaircir cette question; nous ajouterons seulement qu'en 1616, on voit figurer encore un capitaine Bacon dans le corps auxiliaire que Châtillon envoya au duc de Savoie.
BACOX (Guillaume), tailleur de pierre pendu à Valenciennes, en 1567, pour avoir été soldat dans une compagnie de gens de pied huguenots (Bull. XVIII, 271). —(Thomas), de Falaise. Elisabeth sa femme et trois enfants: — (Marthe), de Falaise, veuve d'un marchand, 69 ans; (Judith et Marie), de Vitré, 7-i et 69 ans ; autre Judith, 38 ans (femme de' Charles Bacon, engagé dans l'armée anglaise), avec sa fille, tous assistés à Londres en l'année 1705. Anne et Judith Bacon, id. 1721.
BACOT, famille nombreuse, originaire de Tours, et en partie transplantée tant en Angleterre que dans la Caroline du Sud, à la Bévocation do l'édit de Nantes. Pierre Bacot, fils de Pierre et de Jeanne Moreau, né à Tours en déc. 1637, épousa Jacquine Monessier et avait avec lui deux de ses fils, Pierre et Daniel, lorsqu'il gagna l'Amérique, 1685. Cette famille y subsiste encore et son représentant actuel est M. Thomas W. Bacot, avocat à Charlestown et mari d'une d,,e de Saussure (Baird). — Un Pierre et un Jean Bacot figurent parmi les réfugiés français naturalisés à Londres en 1700 (Agne-w), et de. 1705 à 1710 Esaïe Bacot, de Tours, 67 ans, « marchand fabriquant en soye, » est inscrit sur les listes anglaises de l'assistance. En même temps (1700) JeanBacot, tapissier d'Aubusson, s'était transporté avec les siens (4 personnes) à Berlin (Dieterici). — Daprès les renseignements conservés aujourd'hui dans la famille, Pierre Bacot et
Jeanne Monessier, réfugiés en Amérique, avaient laissé en France un fils aîné, David, né à Tours en 1676, qui fut marié à Madelaine Villiers dont il eut : David en 1713, Pierre en 1714 et Madelaine en 1721. Pierre épousa Bénée Barré et eut plusieurs enfants, entre autre Alexandre, né en 1750 à Tours, mais qui transporta la fabrique des draps, industrie constante de la famille, à Sedan et Dijonval1. Alexandre Bacot fut ainsi le chef d'une nouvelle branche qui créa sur ce terrain nouveau un établissement manufacturier dont l'importance n'a cessé de grandir jusqu'à nos jours et qui, de plus, lorsque la tolérance put enfin s'acclimater en France, revendiqua ses traditions protestantes et les mit fermement en pratique. D'Alexandre Bacot et de Germaine Barthélémy, son épouse, vinrent au monde six enfants dont Paul-Alexandre, né en 1795, marié en 1813 à Marie Bacot sa cousine. L'un des fils de ce dernier mariage, M. David Bacot, né en 1814, marié en 1836 à M1,e Dumoustier, est le chef actuel de cette maison florissante.
BACOLE (Léon), de Castel- Jaloux [Haag 1, 208]. Ayant abandonné la relig. protestante, Bacoue entra dans l'ordre des Cordeliers, et fut fait évêque de Glandève en 1672, puis de Pamiers en ' Bocoles, dans son Hist. véritable du Calvinisme, remarque qu'il fut le seul protestant converti qui parvint à l'épiscopat sous le règne de Louis XIV. Il a écrit Carmen panegyricum , Tolosœ , 1667, in-4°, dédié à Clément IX, et Ddphinus site de prima principis institutione, Tolos., 1670, in-4°. Ce dernier poème a été réimp. à Paris en 1685. Avant et après cet évêque. la famille à laquelle il appartenait s'est cependant fort honorée.
D'Aubigné, dans son Histoire, nous apprend qu'un nommé Bacoue se distingua et périt dans un combat « des plus opiniâtres qu'il ait vu , lu, ni ouï dire », combat livré dans les environs
1 Te Dijonval près Sedan est une manufacture de draps fondée en )G$6, sur l'appel du gouvernem. franoTennantroneession de privilèges spéciaux, par Nicolas Cadeau né à Leyde en IGI5. C'était un majestueux édifice qui devint la propriété des Bacot en 1810 et que trois obus prussiens bien dirigés réduisirent en cendres le jour même de la capitulation de Sedan en la funeste année <870.
BACOUE — BADE
de Castel-Jaloux , en 1577, contre les troupes catholiques commandées par le baron de Mauvezin. Ils étaient deux frères qui assistèrent à cette affaire. A ce sujet, d'Auhigné raconte une anecdote que nous lui emprunterons à cause des réflexions dont il l'accompagne.
« J'ai esté, dit-il, assez chiche des augures et prodiges , de la quantité desquels plusieurs historiens fleurissent, et, comme nous avons dit, en se parant de miracles , ils se dépouillent de créance et d'autorité; mais je ne puis me retenir qu'entre plusieurs songes et prédictions de la même journée je ne me rende pleige d'une que j'alléguerai : c'est que la damoiselle de Baccouë courut après la trouppe demander à jointes mains et en pleurant l'aisné de deux enfans qu'elle y avoit, pour avoir songé qu'un prêtre arrachoit les yeux à un sien cousin nommé La Corège, et que le'mesme achevoit de tuer son fils dans un fossé, et puis après un réveil se rendormant sur son mesme songe, elle le vit étendu mort sur un coffre plein d'avoine, derrière le portai de Malvirade ; ce qui fut avéré en tous ses poincts. » Un capitaine Baccoue figure parmi les huguenots condamnés à mort en 1570 à Bordeaux (ci-dess. col. 665), et une dame « Antoinette de Baccoue de Toarnac, de Casteljaloux en Guyenne » , veuve, âgée de 72 ans en 1702, figure jusqu'en 1710 sur les listes de réfugiés français assistés à Londres.
J.-F. Samazeuilh, Biographie de Varrond. de Nérac et Monographie de. Casteljaloux.
BACOURT (Philippe) et sa femme, naturalisés à Londres, 1702. — Yoy.
Couet de Bacourt.
BAGRE (de). Jeanne et Sara, de Picardie, réfugiées, 1686.
BACULARD, vieillard de 80 ans , massacré à Orange, en 1570.
BADE. Josse Bade, ou plutôt Jodocus Badius [HaagI, 209J, fut un des plus savants hommes de son temps. Il était né à Asschen près Bruxelles en 1462, vécut longtemps dans les écoles d'Italie, puis vint professer le grec et le latin à Lyon en même temps qu'il y remplissait l'office de correcteur chez Jean Trechsel. Celui-ci en fit son associé et lui donna sa fille. A la sollicitation de
Robert Gaguin qui désirait l'avoir pour imprimer son Compendium de l'histoire de France (paru en effet en 1500), il se rendit en 1499 à Paris, où il établit une imprimerie qui devint célèbre parle nombre et la beauté de ses produits. Badius l'appela du nom de son village : la presse d'Aaschen, Prœlum Ascensianum, et fit graver une vue de l'atelier pour frontispice de ses livres.
Vers 1535, Josse Bade étant mort, son fils Conrad, né à Paris en 1510, lui succéda et bientôt le surpassa, aussi bien comme lettré que comme imprimeur excellent. Digne, par l'esprit, de son illustre beau-frère Robert Estienne, dont la femme était Perrette Badius, fille de Josse l, il avait les mêmes principes religieux et partagea son exil. Il se retira comme lui, et presque en même temps que lui à Genève, où sa réception au titre d'habitant est inscrite à la date du 17 juin 1550. Il y est dit «natifz de Paris, imprimeur, » ainsi que dans son admission à la bourgeoisie, le 17 octobre 1555. 11 s'associa d'abord avec Jean Crespin, puis en 1552 avec son beaufrère Robert [I 209 b], association fructueuse à laquelle le monde lettré fut redevable d'une quantité d'ouvrages qui ne se distinguent pas moins par la beauté des types que par la parfaite correction du texte. Maittaire, dans ses Annal, typographici, donne le catalogue de tous les livres imprimés par eux ; nous nous bornerons à mentionner ici leur édition de la Vulgate, première édition de la Bible où les chapitres aient été divisés en versets. Cette brillante2 association dura jusqu'à la mort d'Estienne en 1559.
On lit dans l'Histoire des églises réformées (II, p. 149) que dans les ravages causés à Orléans par la peste de l'an 1562, il faut compter « comme aussi « moururent trois ministres à sçavoir « Le Plessis, Badius avec toute sa fait mille sans en excepte'r un seul3, et « Cosson. » On a pu croire que Théod. de Bèze avait commis une erreur dans ce
» Une autre srcur, Catherine, avait également épousé un célèbre imprimeur parisien, Michel île Vascosan, et une autre, Jeanne, le libraire Jean de Rolgny.
• Un détail : acte notarié par leq. Marguerite de T'enum femme de noble Roger de Bien-assis, demeurant a ïuonon, liaille son iils en apprentissage * maistre Conrad Badius; Genève, juin 4556.
8 C'est trop dire. Voyez EuBABClB, Û
BADE
passade ; que notre Conrad uniquement attaché à Genève ainsi que « Roberte1»
sa femme , et à sa profession d'imprimeur, et faisant encore baptiser une fille à Genève au mois de juillet 1561 (voy. plus bas), n'avait pu quitter tout d'un coup ses foyers et surtout se transformer en ministre. Telle-est pourtantla vérité. La bonne foi des huguenots était telle qu'ils crurent tous à celle de Charles IX et de ses conseillers, lorsque leur fut accordé l'édit de janvier 1562 qui leur promettait liberté de conscience et tranquillité. On lit dans les registres du petit Conseil de Genève à la date du 23 mars 1562 : « Conrad Badius, bourgeois, a requis luy octroyer congé pour se retirer à Orléans ou il est apellé pour servir au ministère de la parolle de Dieu, et le retenir tousjours au nombre des bourgeois et serviteurs de Messieurs. A esté urresté qu'on luy permet de se retirer, comme aux autres.»
Comme aux autres : tous les réfugiés de France brûlaient de rentrer dans leur patrie. Conrad, en y trouvant depremiers pas la mort naturelle que dit Bèze, fut un des heureux. A la fin d'une lettre écrite à Calvin et datée d'Orléans le 27 déc. 1562. de Bèze répète expressément : « Badius merise ocfobri ex peste interiif.n
Badius eut de sa femme Roberte quatre enfants :Anxe présentée au baptême, le 15 août 1552, par Calvin (morte le 7 juin
, Barnabas baptisé le 17 Marie le 17 déc. 1558, présentée par Théod. de Bèze, Elisabeth baptisée le 12 juillet 1501, morte à Genève 30 août 1566. Blonorable Conrad Badius i tait comme oncle maternel des deux épouses, le 8 juill. 1559. au «contrat de mariage de honestes Jehan et Estienne Anastaize, frères, enfants d'honorable Jehan Anastaizeetde feu honeste Marie Dellaijre. leurs père et mère, iceulx enfans natifz de la ville de Maringues en Aulvergne. a présent bourgeoys de Genève, d'une part, et honestes Jehanne et Catherine Estiene, sœurs, natives de Paris et filles d'honorable Robert Estienne, bourgeoys et maistre imprimeur de ceste cité de Genève et de feu honneste dame
1 Elle n"e>t pas désignée autrement dans les actes; on ignore si c'est un nom de baptême ou de famille.
PerretteBade» (Ragueau, not. in, 155).
Cet intéressant double mariage1 fut célébré à la cathédrale de Genève, le 9 juillet 1559, par Pierre Viret. Le 29 octobre suivant, Conrad Badius assistait dans le logis de Calvin à un arbitrage où tous deux avec Jean Maccard ministre, Germain Colladon jurisconsulte et Laurent de Normandie réglaient l'hoirie de feu Robert Estienne.
Conrad Badius a laissé quelques ouvrages de polémique religieuse et d'édification, mais où la plus large place est à la polémique.
I. « LAlcoran des Cordeliers. Tant en latin qu'enfrançoisïc'est-k-dire. Recueil des plus notables bourdes et blasphesmes de ceux qui ont osé comparer Sainct François à Jésus-Christ : tiré du grand livre des Conformitez, jadis composé par frère Barthélemi de Pise, cordelier en son vivant. » (Xouv. édit. ornée de fig. dessinées par B. Picard, Amst. 1731, 2 vol. in-12.) — La rédaction latine, Alcoranus Franciscanorum, due à Erasme A Ibère, avait paru d'abord en 1531, puis en 1543. La trad. qu'en donna Badius fut imprimée pour la première fois en 1556, in-12; dans cette édition, l'original latin est attribué à tort à Martin Luther, qui avait mis une préface à l'édition de "Wittemberg; mais dans les éditions suivantes, un Avis de l'imprimeur prémunit contre cette erreur. Quelques années après, en 1560, Badius jugea à propos d'extraire luimême du livre des Conformités la matière d'un second volume dont il donna également la traduction, en réimpr. le premier, 2 vol. in-12. Quant au livre des Conformités, composé par le cordelier Barthélemi de Pise (Alhizi : voyez l'excellente notice de Prosper Marchand), il a été imprimé plusieurs fois, et entre autres à Milan, chez GotardPontice en 15 10. « Ce maudit et exécrable livre, dit Badius, est tel que quand tous les diables d'Enfer et tous les nommes aussi auroient amassé en un tous les blasphèmes et mensonges qu'ils sauroient jamais dégorger à l'encontre de Dieu, de Jésus-Christ, des Saints et de la Sacrée Parole de Dieu, ils n'en sauroient plus dire qu'il en est
Nous avons parlé des Anastaize et précisément des eux mariés, ci-dessus, col. 210.
BADE
là contenu. » Mais, ajoute-t-il, le Saint- Esprit « a suscité le docteur Erasme Albère, bon serviteur de Jésus-Christ, lequel pour manifester aux pauvres chrétiens l'abus, l'erreur, le mensonge, le blasphème et sacrilège de cette pernicieuse secte de diables gris, a fait un extrait des abominations plus apparentes de ce livre de Conformités, sans y changer un seul mot, et a intitulé son recueil du nom d'Alcoran, tant pour l'exécration dont il est plein que pour ce que ces Chattemites l'ont en si grande révérence, comme si c'étoient oracles et prophéties procédées du Ciel : combien que le diable les ait forgées au fond d'Enfer, et apportées en la puante bouche de ce moine frénétique et insensé Bartholomé de Pise, de l'ordre des diables mineurs, dis-je majeurs, pour les vomir et en infecter toute la chrétienté. » On voit que, dans sa polémique, Badius ne ménage pas les termes ; c'était la mode de son temps, et la substitution que les Cordeliers faisaient de la personnalité de leur saint François à la personne de Jésus peut bien indigner les âmes chrétiennes. Son livre est une suite de passages, tous plus ou moins impertinents, tirés page par page du livre des Conformités, avec la traduction en regard, et des annotations marginales où l'auteur cherche à prémunir le lecteur contre les dangereuses doctrines qui y sont contenues. Outre une petite pièce de vers satiriques, mise en tête et intitulée Conférence ou plutôt différence de S. François et de Jésus-Christ, on trouve à la fin du premier volume une Complainte aux Papistes, où l'auteur exhale en vers ses sentiments :
Las, je ne scay que faire ne que dire Tant j'ay le cœur pressé d'angoisse et d'ire, De veoir ainsi profaner en tous lieux La majesté de ce grand Roy des cieux !
II. Satyres chrestiennes de la cuisine papale; (s. l.)Badius, 1560, in-8. Réimp.
à Genève par Fick, 1857, pour M, Gust.
Revilliod.
III. Les vies des evcsques et papes de Rome depuis la dispersion des disciples de J.-G. jusqu'au temps de Paul IV, prinses du grand catalogue do J. Baleus, trad. du latin. Genève, Conr. Badius, 1561, in-8°.
Le premier de ces ouvrages est attribuée à Badius par Joli, dans ses Rem.
sur le Dictionnaire de Bayle, et le second est cité par les bibliographes (voy. Brunet, I, 165) sans aucune attribution. On va voir, par quelques extraits que nous tirons des registres de délibérations du petit Conseil de Genève, qu'il ne saurait rien être affirmé à cet égard. Lesdits registres commencent par faire mention d'un Catéchisme latin et français qui serait bien de notre auteur, mais que nous n'avons pas trouvé.
24 janvier 1559. « Conrad Badius. Sus ce qu'il a présenté icy à Mess" la Confession de Théodore de Beze de laquelle imprimer luy a esté donné privilège, Et plus a proposé par requeste qu'il voudroit volentiers faire une palette et catéchisme en latin et françoys pour l'instruction des petis enfans, comme ont advisé ceux qui entendent à l'establyssement du colège, requérant luy donner privilège, Arresté qu'il en présente la copie pour observer l'ordre estably et on y advisera. » (Reg. du Conseil, volume 54, f° 360 v°J
8 juin 1559. « Conrad Badius, imprimeur. Sus ce qu'il a requys luy outroyer privilège de imprimer certaines palettes, certains catéchismes latins-francoys et certains dialogues latins-françoys, Arresté qu'on en communique es ministres. » (Reg. du C, 55, fo 55.)
22 décemb. 1559. « Conrad Badius. Sus ce qu'il asuplié luy permettre d'imprimer ung livre intitulé Satyres de la cuisine du pape et en translater ung autre intitulé Acta Romanorum Pontificum avec privilège, Arresté qu'on en communique es ministres. » [Reg. du C, 55, f° 162.)
Vendredi 5 janvier 1560 : « Conrad Badius. Sus ce que cy .devant il a suplié luy permettre imprimer un livre intitulé Satyres de la cuisine du pape et en translater ung autre de latin en françoys intitulé Acta Romanorum pontificum per Ioannem Balscum, anglum, avec privilège, estant ouy le raportdu seigneur sindique Lect tochant la communication que l'on a heue avec les ministres, A esté arresté qu'on luy permet avec privilège pour troys ans, réservé que ce soit sans préjudice des privilèges qu'on pourroit avoir cy-devant bail lés. — Et pour ce qu'on a entendu que ledict Badius avoit desja imprimé ledict livre des satires, ce que mesme il a confessé, s'excusant que spectable Laurens de Normandie luy dit qu'il le povoit faire, espérant bien que Mess" luy permettroient d'autant que
BADE
sez presses estoient oysives, Arresté que puys qu'il y a en cecy du mesprys et desobéissance que le dict Conrad Badius soit mys en prison jusques à lundy. > (Ibid., f> 170 v°.)
IV. « Comédie du Pape malade et tirant à la fin : où ses regrets et complaintes sont au vif exprimées et les entreprises et machinations qu'il fait avec Satan et ses supposts pour maintenir son siège apostatique et empescher le cours de l'Evangile sont cathégoriquement descouvertes ; traduite de vulgaire arabic en bon romman et intelligible par Thrasibule Phénice'1, » 1561 (sans lieu), in-lG. Autres éditions 1584, 1591, 1594, de même format, avec le nom de Genève. Celle de 1594 est mise à la suite d'un autre pamphlet, le Marchand converti, trad. par J. Crespin. La Comédie a été réimprimée à Genève, chez Fick, 1859, pour M. Gust. Revilliod.
Parlons de la pièce d'abord; nous nous occuperons de l'auteur ensuite.
Celui-ci avertit, dans sa préface, qu'il n'a pas suivi la méthode des comiques anciens parce que « ayant esgard, dit-il, que j'escrivoye pour les simples, j'ay pensé qu'un fil continuel leur plairoit plus que ces interruptions qui se font es scènes, et l'artifice qu'on tient es comédies. » L'argument, en vers de 8 syllabes, est suivi d'un prologue; puis vient la liste des personnages : Prestrise, le Pape, Moinerie, Satan, l'Outrecuidé (Villegagnon), Philaute son valet, l'Ambitieux .'probablement Castalion*), l'Affamé (Artus Désiré), l'Hypocrite, le Zélateur, la Vérité, l'Eglise. La comédie elle-même, sauf quelques morceaux décasyllabiques, est en vers de huit syllabes. La versification est facile et justifie cet éloge de La Vallière : «Cette satyre, outrée et indécente, est en même temps bien écrite et remplie de traits saillants et véritablement comiques. » Nous citerons ce morceau, que récite le Pape :
Tu sçais. Satan, l'aise et contentement Où j'ay par toy régné fort longuement, Et tu m'as veu en tel l;enr et crédit. Que je vivois sans aucun contredit.
Tous m'adoroyent, et n'y avoit personne Qui ne treiublast sous ma triple couronne;
« Déguisement semblable à Fœneste (col. 502,1 et qui semble signiDer « la Lyre audacieuse ».
' C'est ce qui aura fait dire à Seuebier, Hist. litt., II, 52, que Badius avait composé une Comédie contre Castalion.
Je jouissois a gré du temporel
Et dominois sur le spirituel.
Bref j'avois mis par ma grande puissance
Ames et corps sous mon obéissance.
Mais quand ce faux apostat de Luther
Contre ma loy se meit à disputer
(Ce qu'avant iuy deux avoyeut voulu faire.
Que je fey tost cruellement deflaire,
C'est à sçavoir ce Jean Hus et Wiclef
Qui quelque peu escornèrent ma clef)
Dès lors mon mal à poindre commença,
Et oncqnes puis de croistre ne
Car il remeit en cours les Evangiles
Par moy bannis de tous pays et villes,
Et enseigna qu'on teinst ce Jésus-Christ
Pour seul Sauveur et moy pour antechrist,
Et qu'on receust ponr la purgation
De tous péchez la mort et passion
Du Fils de Dieu, et non mes indulgences
Pleines d'erreurs, fraudes et violences,
Monstrant aussi l'abus de mes pardons,
Lesquels je vend, et s'acquièrent par dons.
Il est à regretter que toute la pièce n'offre pas le même caractère de dignité, de convenance, et qu'on y rencontre des détails où le comique rappelle celui d'Aristophane, avec ses obscénités.
Théodore de Bèze passe pour en être l'auteur : les uns, comme Brunet (Man.
du libr. II 180, IV 8), l'avancent avec doute; les autres comme MM. Haag [II 277], sans doute aucun. C'est une erreur que dissipent les extraits des registres de Genève que nous venons de produire. Ajoutons ' :
5 août 1561. « D'aultant que Conrad Badius a dressé une comédie du pape et de la prestraille qu'on dit estre dextrenient composée et que plusieurs désirent la veoir, arresté qu'on luy accorde de la jouer demain à 3 heures en la sale du Collège. » (Reg. du Conseil, vol. 56, î' 224.)
18 sept. 1561. «Conrad Badius a présenté requeste de luy permettre imprimer une petite comédie par luy composée et luy outtroyer privilège. Arresté que selon la coustume on en ave advis. » (ld.t f» 241.)
22 sept. 1561. « Conrad Badius ayant dernièrement requis de luy permettre imprimer une comédie du pape malade et luy outtroyer privilège pour troys ans, estant icelle communiquée et entendu l'advis, Arresté qu'on luy outtroye estre fait à sa requeste. » (Id., i'° 242.)
V. Les vertus de nostre maistve Nostradamus, en rimes, Gen. 1562, in-8°.
Satire contre l'auteur des Prédictions.
V. Enfin, Badius a écrit une intéressante préface 'de 12 pages) en tête du volume suivant : « Sermons de J. Calvin
1 Tous les extraits et renseignements nouveaux contenus au présent article sont dus à M. Th. Dctoce.
BADE — BADEL
sur le Xe et XIe chap. de la lre Epistre deS. PaulauxCorinthiens»(19 sermons); Genève, Mich. Blanchier (524 pag. pet.
in-8°) : achevé d'imprimer ce xe d'octob. 1563. « Ce seroit une chose grandement a désirer, dit l'auteur, que tous ceux qui aujourd'huy font profession de L'Evangile fussent tellement unis en foy qu'il n'y eust plus que un mesme langage et un mesme sentiment... Mais quoy ? Au lieu de s'entre prendre la main... une grand' part aujourd'huy s'efforce de rompre cette union, semans par l'artifice de Satan plusieurs troubles en la chrestienté, voire sur le poinct de nostre foy qui nous devroit estre le plus clair et résolu; j'enten touchant la cène du Seigneur... En la bergerie même du Seigneur et en ses parcs, Satan a bien sceu faire une brèche : voire et y est entré... Cependant au lieu d'un tel accord, hélas ! que voit-on en plusieurs lieux, sinon une misérable dissipation a cause de ce misérable différent que le diable a brassé pour nous desmembrer et deschirer par pièces. Les uns renouvellent les vieux abus, les autres se tiennent à ce qu'en a dit le docteur Martin Luther, voire si opiniastrement que quand un ange descendroitdu ciel pour leur monstrer ce qu'on peut aujourd'huy requérir en la doctrine de ce bon personnage touchant ce sacrement, ils n'en voudroyent croire et recevoir autre chose... D'autres débatent pour la doctrine de Zuingle, les autres pour celle d'Oecolampade, sans peut estre entendre ce que ces bons et saincts serviteurs de Dieu ont voulu dire... Nous avons pensé qu'il viendroit bien à poinct démettre en lumière les sermons de nostre fidèle pasteur Jean Calvin. »
Mirons, Elogia Belglca, Feugères, Caractères lifter., Il, 19.— Saint-Génois, Biographie nat. de Belgique.
BADEAU, famille réfugiée en Amérique et qui y existe encore en diverses parties des Etats-Unis. Clauda Badeau, femme de Jean Magnon, était membre de l'église française de New-York en 1698, Elie Badeau et Claude Fumé sa femme l'étaient aussi et s'établirent en 1708 à la Nouvelle-Bochelle. Leurs descendants restèrent fidèle? à l'église réformée française, dont plusieurs familles réfugiées se séparèrent en 1709
pour embrasser l'anglicanisme (Baird).
1. BADEL (Durand), de Cahors, libraire à Pau, associé de Jean Saugrain, 1580. En 1607, il est payé pour avoir réparé sept volumes appartenant à Henri IV (Arch. B.-Pyr. E 2003, B 3418).
— Badel, de Pau, condamné aux galères pour avoir assisté à la sainte Cène célébrée dans cette ville par le ministre Brousson, 1686.
2. BADEL ( ... de), gouverneur de Chomérac en 1628 [Haag I, 21 1J. Cette place était pour les protestants une position d'autant plus importante qu'elle les rendait maîtres des communications entre Bays, le Pouzin et Privas.
Le duc de Montmorency résolut de la leur enlever. Quatre régiments avec deux pièces de canon furent envoyés pour faire le siège. Badel n'avait sous ses ordres que sept à huit cents hommes. Il n'hésita pas à marcher au-devant de l'ennemi; mais il lui fallut céder au nombre. Il se retira dans le faubourg où il se défendit, jusqu'à ce qu'il en fut chassé. Ne gardant avec lui que 200 hommes, il envoya le reste de la garnison occuper les hauteurs où se trouvaient des grottes qu'on avait eu soin de fortifier. Les catholiques s'en emparèrent encore malgré une opiniâtre résistance. Quelques jours après, Montmorency, arrivant à la tête d une foule de gentilshommes, imprima aux travaux du siège une activité nouvelle.
L'artillerie eut bientôt fait au mur d'enceinte une brèche suffisante pour donner passage. Sans espoir de secours, Badel proposa alors de se rendre. On feignit d'accueillir ses propositions ; mais pendant les pourparlers, les catholiques s'introduisirent dans la ville, et lorsque Badel voulut faire des représentations, on lui répondit qu'il fallait se rendre à discrétion. Le lendemain, par ordre de Montmorency, ce brave guerrier avec son frère et dix autres gentilshommes furent pendus à Bays. Arrivé au pied de l'échafaud, il demanda du papier et de l'encre, puis avec un sang-froid qui étonna ses bourreaux, il se mit à rédiger son testament. Ses compagnons ne montrèrent pas moins de fermeté. Les jours suivants, cent vingt autres protestants de la garnison de Chomérac subirent le
BADEL — BADOLET
même supplice sous les murs du Pouzin, Sept ou huit seulement consentirent à acheter leur grâce au prix d'une abjuration. Dix autres qui restaient « furent donnés par Sa Grandeur, dit Pierre de Marca (Hist. de Béarn), à des particuliers qui les mirent à rançon. » Chomérac fut réduite en cendres. — En 16-19 Alexandre de Badel prête serment de fidélité au roi comme ancien du consistoire de Chomérac fTr -261).
3. 11 existait dans le Languedoc, à l'époque où ces événements se passèrent, une famille du nom de Badel, représentée en effet par deux frères, Alexandre et Jean Badel, fils de Jean Badel et de Catherine de Noguier. Mais, selon les Jugemens de la Noblesse, le premier épousa, le 22 juin 1631, Susanne Moulin, dont il eut un fils appelé Simon-Pierre ; les détails qui précèdent ne peuvent donc s'appliquer à eux. Rien ne prouve même d'une manière positive que cette famille ait professé la religion réformée, quoique les noms bibliques donnés par les deux frères à leurs enfants (ceux de Jean s'appelaient Simon et Etienne) pussent être une présomption en faveur de cette opinion.
4. «Noble Bénédict Badel » vivait en 1629 à Amsterdam (Not. de Genève).
— 11 y avait et il y a encore beaucoup de Badel à Genève, mais originaires du pays même, particulièrement de .1 Certoux et Chancy ou du pays de Vaud.
Dans le pays de Vaud c'étaient des gentilshommes, parmi lesquels figuraient en 1621 Urbain Badel, seigneur de la Bastie de Begnins, et en 1676 Etienne Baddel de Begnins seign. de Moinsel.
BADELET." Pierre Badelet ou Badellet, tailleur, de Chastillon sur Loire, 68 ans, infirme, avec sa femme, assisté à Londres. 1702-1706.
BADEROX (Pierre de), fils de Guillaume, sieur de Maussac, à Bédarieux, 1591. — Jean, fils de Jean de La Gasse et de Jeanne de Baderon [Voy. VII , 218 a], id., 1600. Pierre Baderon, de Coinj orgue en Languedoc, se marie à Genève en 1682.
BAD1EXAVE, de "Villenave près Navarrenx, condamné aux galères perpétuelles pour avoir donné asile à un prédicant, 13 mars 1760.
BADIER (Jacob de), Sgr de Villemor, ancien du consistoire de Mauvesin en 1641, est appelé devant cette compagnie le 2 septembre 1644 pour avoir joué aux cartes pendant la semaine où l'on devait distribuer la Cène. R proteste de sa repentance.
BADIFFE, famille noble de Saintonge. — Armes : de sable au croissant d'argent.
Jean Badine condamné à mort par le parlement de Bordeaux, en J.569. — Jacques Badiffe sr de Romanes et Perside sa femme, réfugiés d'Arvert, naturalisés à Londres en 1687, avec leurs enfants : Jacques, René, Bénigne, Isabelle, Marie et Gabriel. En 1705, 1706, 1710, Perside de Badiife est inscrite sur les listes de la charité anglaise, pour 14 liv. st. chaque fois. Marie, Susanne et Jeanne de Badiffe de Romanes, sœurs, d'environ 50 ans en 1702, y figurent de même jusqu'en 1721. — Il y avait aussi au XVIIe siècle en Saintonge des Badiffe de Conchamps [VIII, 402 b] et de Vaujompe.
BADIN (Pierre), ancien de l'énlisede La Mothe S'.e-Heraye, 1074 [VIU, 99 b].
BADOIN (Antoine), « qui a été en France où il fut prisonnier; l'on croit qu'il a abjuré notre sainte religion: sera cité », assisté à Lausanne, 1698. — Jacques Badouin de Nîmes, avec sa femme Catherine Baille et deux enfants, id., 8 nov. 1688; vont en Allemagne, 19 mai 1099. — Badoin (Pierre) « d'Aguile en Prajilas», allant à Cassel a\ femme et sa fille, demande attestation, 7 avril 1699 (Bourse franc, de Lausanne). — (Jean), de Queiras, reçoit un viatique de 7 flor. à Genève, pour Magdebourg, 1699.
BADOIS (Jacques), mis à la Bastille, puis transféré en 1687 au château de Saumur.
BADOLET (Jean), ministre [Haag I, 212], régent du collège à Genève, publia quelques ouvrages (La harangut de Fred. Spanheim, Geneva restituta, traduite en françois, 1635, in-8°. — Consciente humanx anatomia; Genève, 1659, in-40;. 11 eut un fils, du même prénom, qui était encore ministre en 1687 (Comparet not. LT, 15) et un parent, Pierre, « secrétaire du droit et
BADOLET — BADUEL
sommaire justice » de Genève en 1641 et châtelain de Jussy en 1651. Mais c'était une famille autochthone du pays genevois (voy. Galiffe). Elle ne se rattache à la France que par un Jérémie Badollet, qui desservit comme pasteur, durant trente ans (1779-1809), l'église française de Francfort-sur-le-Mein.
BADON, un des défenseurs de Nîmes en 1570 [III, 107 b]. — (Françoise), poursuivie comme relapse à Annonay, 1685 (Arch. nat. M 674) .— Famille nombreuse de Ghalançon en "Vivarais, réfugiée et assistée à Genève, de 1697 à 1707. — Badou ?(Jean-Jacq.), id., en 1693 et 94. — Jean Badon, de Preuilly en Tourainc, cordonnier, assisté avec femme et enfant, à Londres, 1705.
BADORY. Elize et Suzanne, filles orphelines de feu Jacq. Badory de Melle en Poitou, d'environ 16 ans en 1705, assistées à Londres, 1705-1710.
BADOUET (Suzanne), bannie à perpétuité pour avoir assisté à une assemblée du culte à Grouy, élection d'Argentan, 1697.
BADRIAN. Benjamin et Louise Badrian abjurent à Sion (Loire-Inf.), 29 nov. 1685.
BADUEL (Claude), né à Nîmes vers le commencem. du XVIe siècle, d'une famille obscure, s'éleva par ses talents à un rang distingué parmi les lettrés qui illustrèrent le règne de François Ier [Haag I, 212]. On ne sait rien de ses premières années, si ce n'est qu'il eut sans doute la protection de Florette de Sarra, dame de St-Véran, dont il loua plus tard les vertus, la piété, la bienveillance pour lui depuis son enfance. "Il dut faire ses études à Nîmes et à Paris. Epris d'une vive passion pour le mouvement rénovateur de la Renaissance, il alla suivre à Louvain les leçons de quelques-uns de ses interprètes, et fit dans cette université la connaissance de Jean Sturm, étudiant comme lui. Au mois de juin 1534, il se rendit de cette ville à Wïttemberg où l'attirait la réputation de Mélanchthon. Cette visite eut, sous deux rapports, une influence décisive sur la carrière de Baduel ; elle éveilla ou confirma ses sympathies pour la Réforme, dans laquelle il vit désormais le couronnement et le rempart de la
Renaissance, et elle lui procura une haute et efficace protection. Plein d'ardeur pour les études , mais privé des moyens nécessaires pour s'y livrer plus longtemps, il confia sa détresse au réformateur. Mélanchthon écrivit alors à Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, une lettre qui nous a été conservée et où il exposait avec confiance à la protectrice des lettrés la pénurie et les talents de Baduel. Cette lettre obtint un accueil favorable et Baduel fut dès lors un des pensionnaires de Marguerite. Nous le trouvons quelques années plus tard à Strasbourg (1538), dans la maison de Bucer ; il y connut Calvin dont il resta l'ami et le correspondant fidèle ; il y retrouva Jean Sturm et assista à la fondation du gymnase que l'illustre pédagogue établit dans cette ville. Pressentait-il que deux ans plus tard Userait appelé à présider à une fondation pareille?
Il n'obtint pas à Poitiers une chaire de théologie pour laquelle Bucer à son tour l'avait recommandé à la reine de Navarre, mais il occupa à Paris un poste important de professeur. En ce moment (1539), la ville de Nîmes ayant obtenu de François Ier l'autorisation d'ouvrir « un collège et une université des arts, » Marguerite désigna aux consuls de cette ville Baduel, leur compatriote, pour diriger l'institution nouvelle. Pour complaire à sa protectrice et pour être utile à sa ville natale, Baduel n'hésita point à accepter cette charge de recteur, de moitié moins lucrative que sa chaire de professeur à Paris. Il fut installé dans ses nouvelles fonctions le 12 juillet 1540 ît s'occupa aussitôt de réunir le personnel de son collège.
Il en publia en même temps le programme sous le titre : I. De Collegio et universitate nemausensi , Lugd. apud Gryphium , 1540 Ml y exposait en style cicéronien l'excellence des études, le bienfait d'une école qui les organise méthodiquement dans une province dénuée de tout enseignement sérieux, les avantages qu'offrait pour la création de cette école la ville de Nîmes. Ce programme, calqué d'ailleurs sur celui de Jean
1 Les ouvrages de Iîaducl étant presque tous des écrits do circonstance, nous les mentionnons chacun a leur date en les marquant d'un numéro d'ordre.
BADUEL
Sturm, comprenait tous les degrés des études : grammaire, humanités, dialectique, philosophie, et les échelonnait en classes logiquement enchaînées, a On ne sait le latin, écrivait Baduel, que si on peut le parler et l'écrire d'abord avec clarté et correction, puis avec élégance, enfin en l'accommodant au sujet que l'on traite. Ce sont trois études différentes, dont chacune revient à un âge différent, la première à l'enfance, les deux autres aux années qui la suivent. Conformément à cette division des qualités du discours et à la diversité des âges et des aptitudes qu'ils supposent, nous avons établi huit classes dans lesquelles sont réparties les études de l'enfance. Arrivé à l'école vers cinq ou six ans, l'élève y est retenu jusqu'à quinze, parcourant un degré chaque année, et lorsqu'il en a achevé la série, il sort des classes pour passer à un enseignement plus libre et plus fort : de quinze à vingtans, ilsuitles leçons publiques et se livre à l'étude des hautes sciences et des arts. » Pour comprendre la portée de ce plan d'études et de la réforme qu'il inaugurait, il faut se rappeler que le moyen âge n'avait point connu ce que nous appelons l'enseignement secondaire ; qu'on y passait des études élémentaires à la dialectique et à la théologie sans degrés intermédiaires régulièrement échelonnés, et que la Renaissance créa entre le degré primaire et le degré supérieur cet enseignement grammatical et littéraire qui est resté l'apanage de nos lycées et de nos collèges. La « Confrérie de la Vie commune n en avait posé les bases au XIVe et au XVe siècle dans les Pays- Bas et l'Allemagne. Jean Sturm, élevé par elle, lui donna à Strasbourg tous ses développements ; les collèges protestants, et d'abord celui de Genève, fondé en 1559, en héritèrent ensuite. Les Jésuites l'adoptèrent en le modifiant d'après leurs idées, et l'université 1 accepta à son tour par la réforme de 1598-1600, qui porte le nom de Statut de Henri IV. programme, la réputation de Baduel, la protection de la reine Marguerite et de François Ier, ne tardèrent pas à attirer à Ximes une nombreuse jeunesse à laquelle le recteur communiqua aisément son enthousiasme pour les
lettres anciennes. Malheureusement , pour compléter son programme qui devait comprendre la philosophie, il fit venir à grands frais pour le corps de ville et pour lui-même Guillaume Bigot, de Laval, qui joignait à la profession d'une philosophie obscure et incohérente, un caractère difficile et un mépris désordonné pour les lettres et pour les lettrés. L'université de Ximes avait été établie « pour la grammaire et la philosophie seulement. » A peine installé à Ximes, Bigot voulut donner à la philosophie la prépondérance que Baduel tenait à réserver pour la grammaire. De là des disputes et des conflits que la commission scolaire, composée de quatre membres du corps de ville, ne parvint pas à modérer et qui dégénérèrent en désordres. Les ravages de la peste vinrent s'y joindre en 1543 et compromettre l'œuvre de Baduel. Les écrits de notre lettré sont, pour cette période qui s'étend de 15'tO à 1544 :
II. Oratio funebris in funere Floretœ Sarrasix habita ; Lugd. apud Steph. Doletum, 1542. Ce discours, dédié à la reine de Xavarre, inaugura la réputation d'éloquence de Baduel ; il a été traduit deux fois en français : en 1546 (Lyon), par Ch. Rozel , beau-frère de l'auteur, et en 1829 (Montpellier) par un descendant de Florette de Sarra, de la famille de Montcalm.
III. Oratio funebris in morte Jacobi Albenaiii locum tenentis ; Lugd. Gryph.
1543; dédié à Jean Musenquan, premier présid. du parlem. de Toulouse.
Jacques d'Albenas était le père du célèbre Poldo d'Albenas (voy. col. 82).
IV. Isocratis rhetoris orationes dux ad Demoticum et ad Nicoclem, a Cl.
Bad. in latinam linguam conversas.
Lugd. Gryph. 1543. Traduction faite pendant les loisirs que la peste faisait à Baduel émigré de Ximes; elle est dédiée au roi de Xavarre.
V. De ratione vitx studiosx in matrimonio collocandx. Lugd. Gryph. 1544; Lips. 1577 et 1581. Traduit en français par Guy de la Garde, sous ce titre :
« De la dignjté du mariage et de l'honnête conversation des gens de lettres, Paris, 154S. » Baduel combat dans ce traité le préjugé oui vouait les profes-
BADUEL
seurs au célibat, et se défend indirectement d'avoir pour sa part préféré le mariage. Il avait, en effet, épousé peu auparavant Isabelle Rozel, sœur de Pierre Rozel, avocat de Nîmes et l'un des membres de la commission scolaire.
VI. De officio et munere eorum qui erudiendam juventuiem suscipiunt ; epistola ad cardinal. Sadoletum. Lugd.
Gryph. 1544. Ce traité montre que les tracasseries de Bigot avaient décidé son rival à quitter Nîmes, et à chercher un milieu plus paisible pour y continuer ses travaux. Averti que la direction de l'école de Garpentras était vacante, Baduel offrit ses services au cardinal Sadolet, de qui elle dépendait, et fut aussitôt agréé. Mais avant de prendre possession de son nouveau poste, il voulut exposer au cardinal ses vues pédagogiques avec plus de détails qu'il ne l'avait fait dans son programme de Nîmes. Tel est l'objet de cet écrit.
Baduel ne fit pas un long séjour à Garpentras. Une opposition pareille à celle de Bigot fut suscitée contre lui par un professeur du nom de Normanus ; des soupçons d'hérésie contre lesquels la tolérance de Sadolet ne pouvait le défendre ne tardèrent pas à l'inquiéter. Enfin il se peut que l'horrible tragédie qui éclata dans le voisinage, le massacre des vaudois en 1545, lui ait fait comprendre la nécessité de battre en retraite. Il revint à Nîmes, où Bigot consentit à lui laisser reprendre son emploi et y resta jusqu'en 1546. A cette époque se rapporte une nouvelle traduction d'Isocrate :
VII. Isocratis de dignitaie regni oratio ; Ejusdem oratio funebris in quâ laudatur rex Evagoras, CL Bad. interprète. Lugd. Gryph., 1546. Dédiée au Dauphin Henri.
Mais Baduel n'était pas destiné à une vie tranquille. De nouveaux démêlés avec Bigot, et, selon l'expression de ce dernier, une « seconde guerre collégiale, » déterminèrent Baduel à un second éloignement. 11 séjourna quelque temps à Montpellier, donnant des leçons à quelques élèves.
Tout à coup, après un scandale, Bigot quitte Nîmes et se rend à Paris (juin 1547). Son rival, rappelé par la commis-
sion scolaire et les consuls, reprend la direction du collège qu'il lui faut réorganiser de fond en comble. Tous les professeurs étaient à changer; tous les élèves à ramener dans leurs classes qu'ils avaient désertées pour l'étude hâtive de la philosophie. Les consuls font homologuer par le parlement de Toulouse un règlement destiné à mettre désormais le gymnase à l'abri des troubles. Une nouvelle inauguration de l'établissement a lieu ; des discours , œuvre de Baduel, sont prononcés à cette occasion par ses élèves, et tout rentre pour quelque temps dans l'ordre.
Les écrits de Baduel qui se rapportent à cette restauration et aux années qui la suivirent, jusqu'en 1550, sont contenus dans un volume qui resta sous presse chez Gryphius jusqu'en 1552 :
VIII. Bad. Annotationes in Cic. pro Milone et pro Marcelto orationes; quibus adjunctae sunt ejusdem orationes aliquot abejus discipulis in gymnasioNem.
pronuntiatue. Lugd. Gryph. 1552. Dédicace aux seigneurs de Berne.
Les annotations sur Cicéron, reproduction des leçons dictées aux élèves des classes avancées, nous mettent sous les yeux la manière dont Baduel, Sturm, Mélanchthon et tous les humanistes entendaient l'interprétation des auteurs anciens. Il n'était pas question de les traduire dans les langues modernes. On exposait en latin, paragraphe par paragraphe, la suite des idées de l'auteur, et l'on en faisait remarquer l'enchaînement, la progression, les figures, la portée morale , les détails d'érudition, etc.
Les autres écrits contenus dans le même volume sont :
IX. Quatre Discours pour l'inauguration du gymnase, dont le premier, prononcé par Jean Fontanus, élève de prédilection de Baduel, a pour titre :
oratio ad inslltuendum gymnasium Nem. et a été à tort confondu avec l'écrit sur le Gollége et l'université de Nîmes qui l'avait précédé de sept an:s.
X. Inslituta litteraria, règlement du gymnase, en 15 articles précédés d'une longue introduction.
XI. Huit Déclamations, corrigés ou modèles d'exercices scolaires, savoir :
BADUEL
deux sur la comparaison de la vie théorique et pratique ; quatre sur la Nativité de Jésus-Christ, à l'occasion d'une fête de Noël : une sur la Diimité de l'Eglise ; une sur l'excellence de l'art médical. Un manuscrit de la bibliothèque d'Avignon, dont il va être question, contient trois autres travaux de ce genre : deux « Sur la mauvaise et la bonne imitation des anciens » et un intitulé : «Gratiarum actio pro insignibus juris civilis. » Peut-être faut-il rattacher à ce même groupe un autre écrit dont nous ne connaissons que le titre : « De morte Christi meditanda. » Le choix de ces sujets montre que Baduel, comme Sturm, s'efforçait d'inculquer à ses élèves la piété en même temps que les lettres, et qu'il aurait pu, comme son émule de Strasbourg, leur donner pour devise : « Pietas litterata. »
XII. Deux discours consulaires à l'évêque de Nîmes. Ce ne sont point les seuls de cette espèce qu'il ait prononcés. Il s'en trouve cinq autres dans le manuscrit d'Avignon. Il était d'usage que, à l'entrée et à la sortie de leur charge, les quatre consuls de Nîmes se rendissent successivement chez l'évèque, le premier juge, les principaux magistrats, pour leur adresser une harangue. Les consuls, peu éloquents ou empêchés, se déchargèrent plus d'une fois de ce soin sur Baduel, l'orateur par excellence de leur ville. Dernière pièce contenue dans le volum<> que nous analysons :
XIII. Epistola ad Paulum jilium de vero patrimonio et haereditate quam christiani parentes suis liberis debent relinquere. Elle nous montre Baduel, plus riche de foi et de confiance en Dieu que de biens terrestres, vouant son ûls à l'enseignement ou au saint ministère et ne lui laissant d'autre héritage que ses principes et ses exemples. L'occasion ne manqua pas à Paul Baduel de mettre en pratique les conseils paternels.
Tels sont, avec quelques discours à ses élèves ou contre Bigot, les écrits peu étendus et médiocrement profonds qui restent des dernières années du séjour de Baduel à Nîmes. Si on les trouve un peu maigres, au prix de la haute réputation d'orateur et d'écrivain que Baduel
s'était faite, il faut se souvenir que ses occupations à cette époque étaient essentiellement pratiques : « J'ai tous les jours, écrit-il aux magistrats de Berne, deux leçons à faire ; j'ai à exercer les jeunes gens au style et à la déclamation ; j'ai encore d'autres soins à prendre au gymnase et à la maison. Tout cela fait, il me reste bien un peu de temps pour penser , mais presque pas pour écrire. » Il dit ailleurs : « Comme un bon pasteur, j'inspecte sans cesse les pensionnaires que je reçois dans ma maison. J'ai chez moi une discipline si bien réglée, je multiplie et j'inculque avec tant de soin les conseils et les préceptes, qu'un élève ne peut vivre auprès de moi sans être obligé de bien faire. » Une telle vie, en effet, ne permettait guère les longs écrits.
Mais les circonstances allaient changer. Les arrêts du parlement de Toulouse se multipliaient depuis 1543 contre les hérétiques, surtout quand ils étaient professeurs, et répandaient la terreur parmi les protestants du ressort, avoués ou secrets. Dénoncé par Biaot comme calviniste, destitué de la charge de principal par les Grands Jours du Puy de . et vainement protégé quelque temps encore par la bienveillance de ses arflis, Baduel ne pouvait plus goûter à Nîmes de sécurité. Vers le mois d'octobre 1550. l'alarme était à son comble dans la ville. Tous ceux qui s'étaient montrés favorables aux idées nouvelles s'empressaient de les désavouer. Les cachaient. Les lettres de Calvin, provoquées par Baduel, étaient impuissantes à relever les courages.
Baduel ne songea donc plus qu'à quitter définitivement la ville et à s'établir à Genève, qu'il appelait Hierapolis, la ville sainte, le séjour de la liberté de conscience, du culte en esprit et en vérité. Sa femme partageait ses sentiments et ses vueux. Il lui laissa le soin d'opérer, avec le secours de ses frères, la vente d'un petit bien qu'elle lui avait apporté, et sous prétexte de hâter l'impression de son livre, trop longtemps tenu sous presse, il partit pour Lyon ; puis pour Genève , vers les derniers jours de l'année 1550.
Les sentiments intimes de Baduel
BADUEL
pendant les dernières années de son séjour à Nîmes, sa douce et vive piété, son désir croissant de l'alimenter à un culte pur des superstitions romaines, le regain d'amertume que lui suscita Bigot, à son retour momentané de Paris et de Toulouse, ses relations d'amitiés, d'affaires ou de famille, nous sont révélés par un recueil de lettres :
XIV. Epistolse familiares Cl. BadtteZ&aJohanneFontano collecta); in-4°, mss. conservé à la bibliothèque de la ville d'Avignon. Une transcription en a été faite pour la bibliothèque du protest,ne français. Aux 124 lettres du recueil, Fontanus avait ajouté la copie de 15 discours dont plusieurs ont été imprimés; ils viennent d'être mentionnés en leur lieu, aussi bien que ceux restés inédits.
Arrivé à Lyon, Baduel trouva que l'impression de son volume n'était pas commencée et que Gryphius était absorbé par une édition de Cicéron, pour laquelle il lui prêta son concours. Mais d'autres soins ne tardèrent pas à l'absorber. Les protestants de Lyon vivaient sous une terreur égale à celle qui régnait à Nîmes. Baduel s'improvisa leur pasteur. Les idées nouvelles qui étaient dans l'air produisaient dans cette grande ville des manifestations bruyantes et dangereuses. Les ouvriers typographes, esprits ouverts , caractères frivoles, se plaisaient à chanter à tue-tête, tous les soirs, les psaumes de Marot, dans les rues et sur les quais de Lyon. On essaya vainement de les faire taire. Ils s'avisèrent un jour d'adresser des provocations insolentes aux chanoines de St-Jean. Dès lors, la répression devint violente. C'est le moment du martyre de Claude Monier , sur la place des Terreaux. Baduel y fait allusion dans ses lettres à Calvin. Il s'épuisait en efforts pour prévenir les éclats d'une piété tumultueuse et y substituer une piété plus solide et plus sage. Vers la fin de 1551, il arriva à Genève, où sa famille ne tarda pas à le rejoindre. Ses biens avaient été confisqués. En arrivant il se joignit aux protestations des pasteurs de Genève contre les doctrines de Bolsec, affirma sa foi en l'élection divine et son désir de vivre et mourir
dans l'Eglise où Dieu venait de le retirer.
Il ne nous reste que de brèves indications sur la lin de sa carrière. Il demanda à sa plume le 'pain de sa famille. Il traduisit du français en latin des sermons de Calvin sur le devoir de la sincérité religieuse (XV. J. Calvini homilix quatuor e gallico sermone in lat. conversa;. Gen. apud Crispinum, 1553), publia une nouvelle édition remaniée du grand dictionnaire grec de Budé, avec préface: (XVI. Prsefatio thesauri lingux grxcse a J. Crispino editi. Gen. 1554), traduisit en latin quelques-unes des notices du martyrologe de Crespin : (XV11. Acta martyrum nostri seculi, Gen.
1556) , et prêta son aide à Robert Etienne pour compléter la belle Bible de Vatable par la traduction annotée des apocryphes : (XVIII. Annotationes in libros apocrijphos ; Rob. Steph. Gen., 1557;. Il fut reçu bourgeois de Genève avec ses enfants, le 9 mai 1556 ; nommé pasteur à Russin la même année, il passa plus tard dans la paroisse de Vandœuvres. Il y était quand s'ouvrit l'académie de Genève en 1559 et n'obtint pas d'abord d'emploi dans un établissement auquel le recommandaient son passé et sa réputation ; mais peu de mois après (1560), J. Tagaud, professeur de philosophie, étant mort, il fut chargé de lui succéder dans cette chaire qu'il occupa jusqu'à la fin de sa vie en 1561.
Il avait donné, dans le cours de sa carrière, un honorable exemple de logique et de sincérité. La Renaissance fut pour lui la préface de la Réforme. Il ne se borna pas à accorder à celle-ci les sympathies platoniques de beaucoup de lettrés de son temps ; il lui voua sa vie. Luthérien d'abord, c'est-à-dire associant les idées nouvelles à la pratique de l'ancien culte, sa droiture l'amena au point de vue conséquent et pratique de Calvin et lui fit abandonner cette carrière des lettres qu'il avait préférée au soin de ses intérêts matériels. Lettré, il contribua à la fondation de l'enseignement classique dans notre pays ; chrétien , il montra que rien à ses yeux ne prévalait contre les ordres de sa conscience.
Sa femme lui survécut. Elle vivait en
BADUEL — B.-ER
recevant chez elle, comme avait fait son mari, sans doute, de jeunes pensionnaires l. De ses deux filles, l'ainée, Jeanne, épousa, le 4 juillet 1562, Gilles Chausse, ministre du St Evangile à Vandœuvres et à Cologny ; la seconde, Guyon'ne, fut mariée le 10 juillet 1568 à Guillaume Roux, marchand de Nimes, émigré comme elle à Genève. De leurs trois frères, deux étaient morts en bas âge ; l'aîné, Paul, est le seul dont il soit fait mention. 11 est inscrit comme étudiant à Genève au mois de novembre 1559 (Gaufrés).
2. Paul Baduel, fils du précédent, exerça d'abord les fonctions pastorales à Genève, en qualité d'aumônier de l'hôpital en 15G8, puis comme pasteur de Chancy en 1572. 11 quitta Genève en 1584 pour se rendre en Auvergne « sur la réquisition du roi de Navarre et du vicomte de Turenne. » On le retrouve pasteur à Castillon, en 1597, puis à Bergerac, en 1598. Un acte du synode de Gergeau lui défend, sous peine de déposition, ainsi qu'à son collègue Chauve ton, de demander à être rétabli dans l'église de cette ville, sans nous donner d'ailleurs les motifs de cette injonction. Baduel s'y soumit sans doute, puisqu'on 1603 nous le trouvons qui remplissait de nouveau les fonctions du ministère à Castillon. En 1007, la province de la Basse- Guyenne le députa au synode national de La Rochelle. Cette assemblée, prenant en considération l'espèce de misère où l'avait réduit la contiscation des biens de son père, lui accorda trois portions. Dans la liste des pasteurs et des églises présentée au synode d'Alais en 162
se trouve desservant alors l'église de Castets en Dort (Gironde;. Et il était enfin pasteur de La Roquille en 1626.
3. Jean Baduel ou Banduel était pasteur à Mirambeau en 1627, après l'avoir été, en 1020, à La Roquette St-André [Aymon, I, 2<>3; II, 424); et l'on retrouve en 1001. à Mirambeau. un ministre dont le nom est écrit Baduhet.
I 15(8, )9 avril, honestc Izabeau Rozelle confesse avoir beu et reccu du seigneur du Queray gentilhomme du Poictou, par les mains de sire Cristotle Bottier marchant de Lyon, 80 1. t. pour deux termes de la pension et nourriture des eufants dud. sr du yueray. |J. Ragueau, uot. S, 160.)
— Elisée Baduel, après avoir fait ses études de philosophie et de théologie à Montauban, de 1655 à 1658, était pasteur de St-Jean d'An gel y en 1678 (Nicolas' .
BADUÈRE (Thierry}, riche lapidaire de Paris dont la maison fut livrée au pillage par Charles IX, désireux d'offrir aux Suisses de sa garde une récompense digne du zèle qu'ils avaient montré pour son service au massacre de la St-Barthélemy. « J'ayouy dire, lit-on dans un écrit du temp*s {Le Réveille- Matin des François), que ce qu'on luy a pillé, valloit plus de deux cens mille escuz. >• — [Haag I, 214.] Voy. aussi Bull. IX. 43.
B^ER (Frédéric-Charles), né à Strasbourg le 15 novembre 1719. Son talent pour la prédication l'ayant fait nommer chapelain de l'ambassade de Suède à Paris, il remplit ces fonctions presque sans interruption jusqu'en 1784, époque où il retourna dans sa ville natale avec le titre d'aumônier honoraire du roi de Suède. Il y ouvrit un cours particulier de théologie qu'il continua jusque dans les dernières années de sa vie. Sa mort arriva le 23 avril 1797. Tous ses biographes s'accordent à dire qu'il unissait une vaste érudition à une grande modestie.
Il était membre de plusieurs sociétés savantes, et depuis 1759, correspondant de L'Académie des sciences [Haag I. S
Voici la lit 8 publications :
I. Oraison funèbre du maréchal comte de Saxe. Paris, 1751, in-4°; trad. en aliéna, par l'auteur, même année, in-S°; reproduite à la suite de l'Hist. du maréchal, par Néel, Mittaw [Paris], 1752, 3 vol. in- 12.
II. Lettre sur l'origine de l'imprimerie, servant de réponse aux observations publiées par Fournier sur l'ouvrage de Schœpflin , intitulé Yindicke typographica?, Strasb. [Paris], 1701. in-8».
III. Essai historique et critique sur les Atlantiques, dans lequel on se propose de faire voir la conformité qu'il y a entre l'histoire de ce peuple et celle des Hébreux, Paris, 1762, in-S° ; trad. en allem. par Harrepeter, Nuremb. 1777.
in-8° avec deux cartes. Dans cet ouvrage l'auteur avance — comme l'avaient fait avant lui Eurenius et Olivier, dont il ne connaissait pas d'ailleurs les
BJER — BAFFARD
opinions, à l'époque où il composa son livre, — que l'Atlantique de Platon n'est autre chose que la Palestine, et il défend cette hypothèse avec beaucoup d'érudition.
IV. Dissertation ■philologique et critique sur le vœu de Jephté, Strasb. et Paris, 1765, in-8°. — Dans ce traité, l'auteur cherche à prouver que Jephté ne sacrifia pas sa fille, mais qu'il la consacra seulement à Dieu. Cette opinion a été combattue par L. E. Rondet qui fit paraître sa réponse dans le Journal de Trévoux et l'inséra ensuite dans la 2e édit. de la Bible dite d'Avignon.