‹ La France protestanteChapitre 20 sur 303 · AIGU1SIER — AILLY · texte numérisé non relu

AIGU1SIER — AILLY

ron de Mons, baillif de Vevey. capitaine de Ghillon.

C'est au mois de novenib. 1694, qu'Aiguisier mourut, sans enfants. Il laissa un honorable souvenir dans la ville qui l'avait adopté. Ces paroles que le martyr Teissierlui avait adressées : «Vous mourrez dans notre religion, » étaient demeurées comme un trait acéré dans son âme et Dieu daigna les y bénir comme des paroles prophétiques.

Jules Chavanues, Bull. X, 396, et les Réfugiés franc, dans le pays de Faud |I874|, in-12, p. 267.

AIGU YON ou Aigoy.n (Pierre}, pasteur de Valfrancesque, 1568-1608 [X, 271).

A1LLAUD (Jean), de Nîmes, étudiant à Genève, 1598. — (Madelaine), réfugiée et assistée à Londres, 1721. — P. -A., Jérémie et Rose), à Montauban. condamnés, 1736 [X. 404],

AILLEBOUST (b , avocat au parlem. de Paris, 1600 [V, 283 b; voy. V, 539 a]. — Ailliloust (Marie d'), femme de Jean de Bédé, avocat au parlem. de Paris, morte en lb4l> Bull. Xll, 283).

A1LLET (Toussaint), tailleur de limes, « natif de Colans, près Noyanle-Roy, en Normandie, » reçu habitant de Genève, 4 mai 1556.

AILL1È1ŒS Lb \ a>skur, sieurs d), v. 160U[YI1, 55 b].

AILLY, Ally ou Arly ^maison d).

Cette maison tirait son nom de la terre d'Ailly-Iiaut-Clocher, en Picardie. Robert d' Ailly, qui vivait vers l'an 1090, en est la tige. C'était une des plus grandes familles de la province. En 134*2, elle acquit, par suite du mariage de Robert 111 avec Marguerite de Péquigny.

la seigneurie de Péquigny et le vidamé d'Amiens, qui. en 1620, passèrent dans la maison d'Albert-de-Chaulnes, par le mariage de Charlotte-Eugénie, héritière de la branche ainée de la maison d' Ailly.

Le Laboureur, dans ses Additions aux Mémoires de Gastelnau, regarde l'alliance de la maison d' Ailly avec celle d'Esternay , « comme la cause fatale qui engagea au party de la religion prétendue, dont ce seigneur d'Esternay [Jean Raguier] estoit l'un des principaux chels, non seulement la maison de Bélhune [qui lui était également alliée], mais encore celle d' Ailly de Piquigny. » Deux des membres de la famille

d'Ailly se sont distingués comme capitaines dans l'armée des huguenots ; c'est Louis d'Ailly « l'un des plus grands seigneurs de la Picardie, dit Castelnau, qui s'attacha d'inclination au prince de Condé, gouverneur de la province. » et Charles d'Ailly, seigneur de Péquigny, tous deux fils d'Antoine d'Ailly et de Marguerite de Melun. Louis d'Ailly avait hérité du vidamé d'Amiens, à la mort de son frère aîné. François, décédé en 1561, à Londres, où il s'était retiré pour cause de religion ; dans la Coutume du pays, rédigée en 1567, son nom est mis en tète de la noblesse, immédiatement après ceux des princes. 11 fut tué à la bataille de S. -Denis, en 1567, et ne laissa aucun enfant de sa femme Catherine de Laval. Son frère, qui combattait avec lui au centre sous les ordres du prince de Condé, périt dans la même journée ; et, au rapport de Davila et de Thou, un de ses tils y mourut avec lui, mais La Morlière, dans sa généalogie de la famille, ne fait pas mention de ce fait. Ancien siouverneur de Moncalvo dans le Montferrat, Charles d'Ailly était chevalier de l'ordre du roi et capitaine de cinquante hommes d'armes. Sa femme, Françoise de Warty, dame d'honneur de la reine mère Catherine de Médicis, lui avait donné plusieurs enfants. L'aîné, Philibert-Emmanuel . qui avait hérité de -rneurie de Péquigny et du vidamé d'Amiens, retourna à la foi catholique, on ne dit pas à quelle époque; ce qui est plus certain, c'est qu'il servait dans les armées de Henri IV contre la Ligue, et qu'en 15'J5, il contribua beaucoup à la reprise de la ville de Ham sur Im Be-i pagnuls. Sa sieur Marguerite épousa, en 1581, François deCoiigny, seigneur de Châtillon. quatrième fils de l'amiral. L'histoire a eon>ervé de cette dame un trait de bravoure qui eut honoré une Spartiate. En l'absence de son mari, en 1590, le capitaine Salard, gouverneur de Montargis pour la Ligue, avait surpris Châtillon ; déjà ses troupes pénétraient dans la basse-cour du château, lorsque Marguerite, se mettant à la tète de ses domestiques et de quelques soldats, les attaque, les repousse et fait même leur capitaine prisonnier. Il ne parait pas que les autres branches de la famille d'Ailly

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aient embrassé la Réforme. Cependant, Henri de Massue, marquis de Ruvigny, qui se réfugia avec son fils, le comte de Galloway , en Angleterre, était allié par les femmes à la branche des d'Ailly de La Mairie.

Il n'est personne à qui le nom de d'Ailly ne rappelle un des plus touchants épisodes de la Henriade (ch.

VIII), celui des deux guerriers, le père et le fils, que leur armure empêche de se reconnaître jusqu'au coup fatal. Ce combat du vieux d'Ailly contre son fils est une pure fiction du poète.

[Haag 1, 15. — II, 104, 456 h, 457 a; 111, 251 b, 409 a; VII, 322 a; VIII, 365 b.] — Françoise d'), dame de Houtkerque [IX, 452 a]. = Armes : De gueules au chef échiqueté d'argent et d'azur de trois traits (Palliot).

AIMAR (Pierre Rotolp. sieur d').

Castres, v. 1666 [IX, 9 b]. Voyez Rotolp.

AIMÉ, maître d'école, fouetté publiquement à Troyes, 1562 [IX, 292 a].

AIMER1G (Pierre), consul de Nîmes, 1596 [V, 192 a. — Voy. VI, 175 b]. — (Etienne), Nîmes [111, 424 a].

AIMER Y (Simon), marchand à Calais, mort relaps. Procès contre son cadavre; 1689 (Arch. gén. Tt).

A1NAUD (Jean), de Barcelonette , reçu habitant de Genève, 7 sept. 1572.

AINEAU ou EsNEAu[Haag I, 16], conseiller au présidial de Saintes. Nous rapporteron s sous ce nom un fait que nous choisissons entre un grand nombre de faits semblables, et qui prouve que sous le gouvernement de Louis XIV, avant même la révocation de l'édit de Nantes, les protestants étaient en dehors du droit commun. Une des filles du conseiller Aineau était recherchée en mariage par un catholique. Opposition du père à cette union. Le jeune homme décide son amante à fuir le toit paternel ; elle se réfugie dans un couvent où elle abjure.

Peu de temps après, le mariage est célébré. Un procès pour cause de rapt est intenté au séducteur. Ce procès n'avait pas encore été jugé, lorsque Aineau mourut. Par son testament il laissa à son tils la plus grande partie de ce qu'il possédait. Mais la nouvelle convertie attaqua le testament devant, la chambre de l'édit de Paris, soutenant qu'elle n'avait

été déshéritée qu'en haine de son changement de religion. La partie adverse objectait que la cause de la disposition testamentaire dont elle se plaignait, était le mariage contracté par elle contre la volonté de son père. Or, une ordonnance autorisait les pères à déshériter leurs enfants qui se mariaient sans leur consentement, même dans le cas où ils auraient atteint leur majorité. L'avocat général le reconnut; il ne nia même pas qu'il y avait présomption de rapt, de séduction et d'enlèvement; mais cet enlèvement était, selon lui, une charité, et ce rapt n'en était plus un à ses yeux, dès lors que l'évèque de Saintes, «personne prudente et bien sensée, >> y avait consenti. Le testament fut donc cassé. Nous nous abstiendrons de toute réflexion.

AIOUD (Estiknne), « sergier d'auprès d'Orléans, » reçu habitant de Genève, 26 juin 1554.

AIRE (Jean n'), tué, 4562, à Abbeville [IX, 78 b]. — (Siméon d'), du lieu de Belbezet, dioc. d'Usez, âgé de 25 ans, prisonnier depuis 1703, à Perpignan (Liste des pr. 1711).

A1RAULT (Christofles), marchand à Paris, ajourné comme huguenot, en 1535 (Bull. XI, 254).

AIREBAUDOUZE (Maison d'), barons d'Anduze [Haag 1, 17]. — Pierre d'Airebaudouze [I, 19, 26; VI, 262 a; VII, 454 b; IX, 136 b]. — Claude Guv [I, 19; III, 109]. — Guy [I, 17-19; II, 331; III, 182]. —Jean Guy [I, 19; III, 106!. — Bernardine [V, 79 aj. — Madelaine [VI, 280 a; VII, 129 a]. — François |VI, 280 a; VIII, 103 bj. — Isaboau [VIII, 162 a]. — Marie [VIII, 460 a]. — Jean [IX, 135 a et h]. — Elie [IX, 135 b]. — Claude [X, 343J.

— Voy. encore : [IV, 129a]. = Armes : De gueules au château d'or sommé de trois pièces d'or. — A Genève : d'azur à une gerbe de blé d'or (qui sont les armes de la famille Guy).

Cette noble maison languedocienne acquit, le 7 juill. 1539, de l'évèque du Puy la moitié de la terre et seigneurie d'Anduze et, le 30 juin 1547, du marquis de Canillac l'autre moitié.

Au commencement du XVIe siècle elle se composait de deux frères, nommés Jean et Nicolas. Le dernier mourut

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en 1554 laissant tous ses biens k Jean Guy. conseiller au présidial de Nîmes, à la condition de prendre les nom et armes d'Airebaudouze. Dès lors la famille se divise en deux branches, celle d'Uzès et celle de Nimes. qui professèrent toutes deux, pendant un temps, la religion protestante.

i. Branche d'Uzès. Plusieurs de ses membres ont laissé un nom dans l'histoire. Guy d'Airebaudouze, seigneur d 'Anduze, président de la chambre des comptes de Montpellier, fut condamné à mort, comme contumace, par arrêt du parlement de Toulouse, rendu au mois de mars 1569, contre les religionnaires de Montpellier qui avaient pris part à la destruction du fort S. -Pierre. Ce fort était l'ancien monastère de B. -Germain, « construit à Montpellier, en 1304, par le pape Urbain V en forme de forse. » Le vicomte de Joyeuse, lieutenant général du roi en Languedoc, et résidant au fort S. -Pierre, l'avait abandonné en 1507 pendant la nuit, inquiet des dispositions hostiles de la ville. Aussitôt les habitants, que vint aider (le 7 octobre) le seigneur d'Acier (nommé aussi Baudiné ou baron de Crussol I avec une troupe d'ingénieurs et de i.vntilshommes, tirent le siège de la forteresse qui capitula le 17 novembre. Le peuple la démolit de fond en comble. On peut lire les détails de cet exploit dans les Mémoires de Jean Philippi qui nous ont été conservés par le marquis d'Anbais (Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France *).

Avec le président Guy d'Airebaudouze étaient enveloppés dans la condamnation, que le parlement de Toulouse prononça deux années après : Jean Pibel.

seigneur des Carescauses, maître des comptes , Michel de Saint-Ravi, Antonin deTremolet, seigneur de Montpezat; Fulcrand de Vignolesel Jean de Passet, conseillers au présidial : La Roche, viguier d'Uzès : Jacques de Crussol, seigneur d'Acier, et son secrétaire Jean A/nalri, dit Sanglar ; François Maurin.

dit Eustache, capitaine; La Valette, iils du seigneur de Montpezat ; Louis Bucelli. seigneur de La Mausson ; le seigneur de

1 Vot. aussi dom Yaissète, Hist. du Languedoc, V,

Saint-Martin de Cornon-Terrail. Jean La Place. Claude Formi. Michel Magny et Antoine Pelissier , ministres, et plusieurs autres habitants de Montpellier.

En 1 574, le président d'Anduze fit encore partie, avec Clausonne de Nimes, Montvaillant des Cévennes, Saint-Florent d'Uzès, tous zélés relicionnaires, d'un conseil mi-parti composé de vingtquatre membres que Damville, alors allié aux protestants, avait établi auprès de sa personne. En 1575 il remplit encore les fonctions de 1er consul de Nimes.

Les renseignements que les généalogistes nous fournissentsur les seigneurs d'Anduze sont trop incomplets et trop peu précis pour nous autoriser à décider si celui dont nous venons de nous occuper est le même que le baron d' Anduze qui Ut partie du conseil de dix membres adjoint à Crussol par l'assemblée de Nimes lorsque les protestants le reconnurent pour chef en 1562. et s'il ne diffère pas de Guv d'Airebaudouze, baron d'Anduze, qui fut conseiller de la chambre de l'éditde lTsle-en-Jourdain. transférée en 1 res par Henri I V.

Tout ce que les Jugements de la Xoblesse nous apprennent c'est que Jean- Guy d'Airebaudouze vivait encore en 1608, date d»4 sou testament. 11 avait épousé en 1556, Jeanne Damian qui le rendit père de Jean Guy d'Airebaudouze, sieur de Clairan. Ce dernier, dont nous voyons le nom figurer dans les actes de sablée politique de Lunel, en 1613 An h. gin. Tr. 232), à coté de ceux d'Elie d'Airebaudouze, sieur de La Blaquière, de Pierre d'Airebaudouz< . >i.-ur de La Bastide, et de Jean d'Airebaudouze. sieur de Massane (trois membres de la mémo famille dont les Jugements de Noblesse ne parlent pas) eut de Marie de Gérard, sa femme. Claude Guy d Airebaudouze, seigneur de Clairan, ancien de l'Eglise de Monoblet l député au synode national de Cbarenton, «jn 1631. par la province des Cévennes.

Claude Guy d Airebaudouze testa en 1653. De son union avec Claudine Calvière, contractée en 1613, naquirent :

1° Jean, sieur de Clairan etde Massane,

• Et non 1 église de Canoblet que MM. Haag avaient mis d'abord. - Corrigez aussi, dans le même article, p. «86, Claudt Fermi. U faut : Claude Formi.

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capitaine d'infanterie en 1655, marié en \%b,a,vecGabrielleBarnier; — 2° Louis, sieur de Saturargues, capitaine d'infanterie en 1652, major de Bourbourg en 1657, puis de Bergue en 1668, et colonel d'un régiment allemand; — 3° François, sieur de La Salette, qui suivit comme ses frères la carrière des armes et qui était sergent de bataille en 1656.

II. Branche de Nîmes. Le frère de Nicolas d'Airebaudouze, Jean, sieur du Gest, coseigneur d' Anduze etde Glairan, était trésorier du roi à Nîmes et testa en 1533 (Jug.de la noblesse). Il laissa quatre tilles: Jeanne, Catherine, Bernardine, Isabeau et trois fils : 1° François, baron d' Anduze, pourvu en 1 555 de la charge de président en la cour des aides de Montpellier, qui testa en 1594 et eut, de son mariage avec Catherine du Mois, trois fils nommés Etienne, François et Roullin. Ce dernier, baron d' Anduze et président en la cour des aides de Montpellier par provision du 8 nov. 1607, avait épousé en 1585 Perrette de Gevaudan, dont il eut François Folquier, baron de Carnon, chevalier de l'ordre de S. -Michel en 1627, créé marquis en 1645. Tout nous porte à croire qu'il avait déjà abjuré à cette époque; ce qui est certain, c'est que les deux fils qu'il eut de son union avec Françoise de Grégoire de Gardies professèrent la religion catholique. Nous en avons la preuve dans une pièce (Arch. gén. M, 670) où nous lisons que l'aîné avait épousé Madeleine Faucon, veuve de Henri de.Combis, sieur de Soustelle, et qu'il en avait une fille qui, de son consentement, était élevée par sa mère dans la religion protestante, lorsqu'elle lui fut enlevée, en 1676, pour être enfermée aux Ursulines de Nîmes.

— 2°Guillaume, reçu habitant de Genève le 27 avril 1556, et bourgeois le 5 juin suivant; nous donnons plus loin sa descendance. — 3° Pierre, sieur du Cest, réfugié à Genève comme son frère.

Ce dernier d'Airebaudouze, Pierre, exerçait le saint ministère [I, 19 aj. Il avait été archidiacre de Nîmes; mais ayant embrassé la religion réformée, il s'était retiré à Genève où il avait été reçu habitant en janvier 1553 et bourgeois le 9 mai 1555. La même année, 1555, il avait succédé à des Galars comme

pasteur de l'église de Jussy (terre de Genève); puis il avait été nommé en 1560 pasteur à Genève même. Dans l'intervalle de ces deux ministères, la Vén. Compagnie des pasteurs l'envoya aux églises de Lyon et du Languedoc qui le demandaient; en 1561 on l'accorda de nouveau à Lyon pour quelque temps.

Il y présida le synode des églises du Dauphiné, Lyonnais et Bourgogne (Arnaud, Docum. protest, inédits). Plus tard, 1562, il fut envoyé à Montpellier. En 1564 il desservait l'église de Nîmes. On le trouve au nombre des quatre pasteurs condamnés à mort par contumace , en 1569 , au sujet des massacres de Nîmes (voir Albenas).

Comme il ne figure plus, à dater de 1570, parmi les ministres attachés à cette église, on peut supposer qu'il mourut vers ce temps. Sa femme, Françoise de Montault, qu'il avait épousée le 15 janv. 1553, lui donna deux enfants qui furent reçus bourg, avec leur père en 1555.

Guillaume, sieur du Cest, venu à Genève le 27 avr. 1566, entra la même année dans le conseil des Deux-Cents, et mourut selon Galifl'e en 1571. On a son testament daté du 7 juill. 1565 (J. Ragueau, not.). Il avait épousé, en 1556, Madelaine de Burine et en avait eu trois fils et une fille: 1° Pierre, sieur du Gest, docteur en droit (Yoy. ci-après); — 2° Jean; 3° Jeanne; 4° Jacques, du CC. en 1614, mort en 1623, à qui sa femme Marie Saladin ne donna que des filles.

C'est vraisemblablement du ministre d'Airebaudouze que le jésuite Colonia parle, dans son Histoire littéraire de Lyon , en racontant comment les Lyonnais dévoués aux doctrines de la Réforme devinrent les maîtres dans leur ville en 1561 :

« Le comte de Sault [gouverneur] ne fut pas plus tôt en place, dit-il, que les Protestants exécutèrent, par voye de l'ait, ce que leurs vives sollicitations et leurs menaces mêmes n'avoient pu obtenir jusqu'alors. Après s'être assemblez quelque temps en divers lieux, ils s'établirent plus solidement dans la grande hôtellerie de Saint-Martin... Ils y élevèrent une forme de temple environné de galeries et d'amphithéâtres, qui pouvoient aisément contenir trois mille personnes, et qu'ils nommèrent le temple Martin. On

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commença d'y chanter, plus haut que jamais, les Pseaumes de Marot et de Bèze: on y fit la Cène: on y déclama impitoyablement contre le Pape . les Evèques et les gens d'église... » Mais de leur côté, les catholiques n'étaient pas en reste de déclamations. Le P. Jean Ropitel, entre autres, surnommé le fléau des Hérétiques . « sans se soucier fort de ménager en chaire ses expressions, à l'exemple de plusieurs autres prédicateurs, y invectivoit tous les jours contre la nouvelle secte avec toute l'éloquence et la force que Dieu lui avoit donnée. » — « Le parti grossissant visiblement chaque jour, à la faveur de la tolérance et de l'impunité, il fallut chercher un lieu plus vaste que le temple Martin. La maison qu'ils achetèrent à cet effet étoit située au coin de la place des Cordeliers et de la Grenète, la plus large de nos ruf;s... où l'on pouvoit aisément mettre deux où trois mille hommes en bataille. La cour de cette maison, qui est vaste, et qu'on eut soin d'ombrager de tentes, servit à faire les prèch l'intérieur de la maison servit de magazin, d'arsenal et de logement pour les ministres que Calvin envoya lui-même «le Genève. Le plus éloquent ou le plus emporté de tous ces ministres étoit un apostat nommé d'Anduze... Les magistrats alarmés, joints au clergé lyonnais, pressèrent la Cour d'y pourvoir au plutôt, mais le gouverneur [que le Père Colonia signale tacitement comme un fauteur de l'hérésie], se content^ d'écrire à Paris qu'ayant intimé aux nouveaux Réformez les ordres reçus, ils avoient répondu tout d'une voix qu'ils vouloient demeurer tres-humbles sujets et obéissons, mettant leur vie et leurs biens pour Votre Majesté : jnais quant à leur âme. l'avoient dédiée à Dieu. >• Cette lettre du comte de Sault est du 19 octobre 1561. La cour répondit en envoyant l'un après l'autre deux délégués, le comte de Crussol, puis le comte de Mau giron: mais dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1562, les protestants s'assemblèrent et s'emparèrent de l'autorité presque sans résistance. Ils la gardèrent pendant l'espace d'environ treize mois ; ce ne fut qu'après la publication de la paix du 12 mars 1563, dans le courant de juin, que le maréchal

de Vieilleville y rétablit la messe : mais en laissant trois temples à ceux de la Religion. (Haag.)

Le jurisconsulte * Pierre d' Airebaudouzp du Cest ( 1057-1627^ a eu la singulière destinée d'être cité très-fréquemment sous un nom supposé et oublié sous son nom véritable. Il naquit à Genève en 1557, un an après l'admission de son père, Guillaume d'Airebaudouze, à la bourgeoisie de cette ville. Nous sommes dépourvus de renseignements sur son enfance et sa jeunesse.

Nous ignorons en particulier si c'est à Gfnèvp ou ailleurs qu'il fut reçu docteur en droit. Haubold affirme qu'il fut élève dp Dent/s Godefroy et de Pacius ; il n'y a pas lieu de révoquer en doute cette assertion d'un auteur infiniment scrupuleux et presque toujours bien informé, bien que le nom d'Airebaudouze ne se trouve pas dans le catalogue des étudiants de l'académie de Genève, connu sous le nom de Livre du recteur.

Il entra dans la vie publique en 1590 comme membre du conseil des CC. de Genève. Dès lors il remplit diverses fonctions, et fut mêlé soit comme magistrat, soit comme avocat à la plupart des événements importants de cette époque critique où l'existence même de la petite république calviniste était à chaque instant mise en jeu. En 1598 il est nommé à l'emploi entièrement judiciaire d'auditeur. En octobre 1603 il figure comme avocat d'office, désigné par le conseil, de Philibert Blondel, syndic de la garde, suspect et peut-être coupable de haute trahison, en tout cas au moins coupable de grave négligence, et qu'aucun avocat ne voulait assiter. Dans les procès subséquents du même inculpé, Airebaudouze était du côté de ses accusateurs-, on le voit en effet, en 1605. prêter son appui à Ami Incombe, qui s'était porté partie criminelle. La même année il fut nommé procureur géné-al.

11 occupait ce poste éminent durant le dernier procès de Blondel. qui aboutit au supplice de l'infortuné syndic. Enfin, en 1610, il devint membre du petit conseil ou conseil d'Etat, autorité suprême qui cumulait la haute juridiction avec

1 Voy. sur ce personnage la Revue de Législation. Paris, Thorin, 1870, p. 56-73.

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tous les autres pouvoirs. 11 en fit partie jusqu'à sa mort, en 1627. Comme légiste savant., il y tient une place à peu près intermédiaire entre le c'lèbre Jacques Lect, qui mourut, très-âgé, en 1612, et le non moins célèbre Jacques Godefroy, qui devint conseiller en 1629.

Cette honorable carrière, ainsi que plusieurs autres faits, attestent la haute estime dont jouissait d'Airebaudouze dans sa patrie. Des liens d'affection et d'intérêt l'unissaient encore à la patrie de ses pères. Il fut député, muni de blancs seings, au synode des églises du Languedoc. Divers actes le montrent en relation d'affaires et d'amitié avec le midi de la France. On le voit en particulier prêtant à plusieurs reprises de l'argent ou servant de caution à des écoliers en théologie de Nîmes, d'Alais, d'Anduze.

Il avait épousé, en 1613, Judith Galline, dont il n'eut point d'enfants. Avec lui s'éteignit dans les mâles la branche de la famille d'Airebaudouze, bourgeoise de Genève. Jacques, son frère puîné, ne laissa de sa femme que des filles dont l'une, femme de l'auditeur Daniel De la Rive, est appelée dame du Cest après la mort de son oncle le jurisconsulte.

Pierre d'Airebaudouze, qui ne signait le plus souvent en français que du Cest ou Du Cest et en latin Petrus ab Area Baudoza Cestius , est l'auteur de plusieurs publications , rares aujourd'hui, dont le mérite a été contesté par les uns, exalté par d'autres. Nous les citons par ordre chronologique :

I. Poesis Latinx Thésaurus. Decem libris comprehensus, quibus omnia cum ad Theoriam, tum ad Praxim hujus artis pertinentia continentur, ut fusius epistola ad Lectorem docetur. Opéra et industria Pétri Baudoziani Cestii I.C. G. cum rerum et verborum indice. [GeneVœ.J Apud Eustathium oignon, 1586, in-12:8 f. prél., 418 f. et 12 f. d'index. L'ouvrage est dédié à Frédéric, comte palatin du Rhin, duc de Bavière.

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