‹ La France protestanteChapitre 208 sur 303 · BARBE VILLE — BARBEYRAC · texte numérisé non relu

BARBE VILLE — BARBEYRAC

le condamnait au feu. « On n'eût su voir, nous disent les actes de son martyre, homme moins étonné de la mort qu'il était, et le zèle de Dieu s'accroissait en lui à vue d'oeil tellement qu'il n'avait jamais la bouche fermée. Ou il instruisait ceux qu'il rencontrait, ou étant seulet, il ne cessait de chanter pseaumes. » L'heure du supplice arrivée, on le bâillonna et on le mena sur la place de Grève. La sentence portait qu'il serait attaché à un poteau et étranglé; mais la populace qui entourait le lieu du supplice exigea qu'il fût brûlé vif. A la même heure, cette même populace délivrait un voleur qu'on pendait à la porte St-Jacques, « comme s'ils eussent voulu condamner Jésus-Christ et délivrer Barrabas, pour n'être vus moindres en la haine de l'Evangile que le peuple des Juifs. »

Barbey, voy. Besquet.

BARBEYRAC, famille noble, originaire de Saint-Martin deCastillon, et qui résidait dans la Provence au commencement du XVIe siècle [Haag I, 232]. = Armes : D'argent au cheval barbe de sable ou de gueules au cheval gai d'argent, au chef d'azur chargé d'un croissant d'argent entre deux étoiles d'or.

1. Jean de Barbey rac paraît être le premier de cette famille qui embrassa la religion réformée. Capitaine des gardes de Damville et gouverneur du château de Viens, il fut tué au combat de Vinon, laissant de Marguerite de Blain, sa femme, quatre fils nommés Henri, Hercule, Jacques et Pierre. On ne sait rien de la vie des trois derniers. Quant à l'aîné, il épousa, juin 1624, Julie fille du capitaine Charles de Baile, de la ville de Seyne, et en eut quatre fils, Jean, Antoine, Charles et Jacques. Ce dernier suivit la carrière des armes, et mourut dans le célibat. Son frère aîné, Jean fut avocat au parlement, puis juge de la baronnie de Céreste. Il vivait encore en 1674, et laissa deux fils Henri et Antoine, qui rentrèrent dans le giron de l'Eglise romaine. Leurs descendants existaient encore en Provence au milieu du siècle dernier.

2. Antoine, frère de Jean, se consacra au saint ministère; alla faire à Cenèvo ses études de théologie en 1645 (Ant.

Barbeiracus Sancti Martiniensis provincialis , liv. du R.) , fut consacré pendant le synode tenu à Nîmes nov. 1648 et placé aussitôt à Bédarieux, à Clermont en 1652, à Béziers en 1655 jusqu'en 1677, puis à Montagnac en 1678. A la révocation de l'édit de Nantes, il se réfugia à Lausanne avec sa femme, Madelaine de Gelly, et le dernier de ses quatre enfants, le seul qu'on lui permît d'emmener. Il prêcha dès son arrivée à Lausanne {Les trois vertus chrétiennes appliquées à l'usage des persécutions que l'Eglise souffre ou Sermon sur les paroles de saint Paul, I aux Cor. 13, 13. par M. Barbeirac, prononcé à Lauzanes le 3 de janvier 1686; Amsterd. P. Mortier, 1686), et au mois de septemb. 1687 il fut élu président de la Compagnie ou Direction des réfugiés à Lausanne (voy.

Bull. IX, 148). Ce fut le premier qui eut cet honneur. H mourut dans cette ville le 31 mars 1691. Un de ses fils avait été nommé membre de la même Direction le 1er avril 1689.

3. Un autre pasteur du même nom était vers la même époque à la tête de l'église de Tornowen Prusse1, et en 1687 un Paul Barbeyrac, du Cheylard, est noté (ït 2i4) comme fugitif pour la religion.

4. Des quatre enfants d'Antoine, un seul, Jean, a laissé un nom dans l'histoire. Né à Béziers, le 15 mars 1674, Jean Barbeyrac fit ses premières études dans un pensionnat de Montagnac, où son père, qui le destinait à la théologie, avait dû l'envoyer, parce qu'il n'y avait à Béziers que des écoles catholiques.

Quelques années après, il fut confié à la tendresse de son oncle Charles, auprès duquel il se trouvait encore lorsque son père fut obligé de quitter la France. Séparé violemment de sa famille, le jeune Barbeyrac ne rêvait qu'aux moyens d'aller la rejoindre sur la terre d'exil. On les lui procura vers la fin de 1686. Sous prétexte de l'envoyer visiter ses biens en Provence, on le fit partir pour Lyon, d'où, à travers de grands dangers, il réussit à franchir la frontière. Ses deux sœurs parvinrent aussi à s'échapper, et toute la famille se trouva réunie.

1 Ce n'était pas le père, mais seulement un parent de l'historien ou l'historien lui-même. Noos aurions dû effacer le mot père, col 583.

BARBEYRAC

Barbeyrac suivit les cours de l'académie de Lausanne jusqu'en 1693, époque où il se rendit à Genève dans l'intention d'étudier la théologie ; mais il n'y que quelques mois. "Vers la fin de l'année, il partit pour Berlin, et alia à l'université de Francfort-s.-O., qui jouissait d'une grande réputation. De retour à Berlin en 1697, il obtint une place de professeur dans le collège des Réfugiés. Ce fut à cette époque qu'il renonça définitivement à la théologie. Il ne s'était jamais senti de goût prononcé pour elle, tandis que, de* sa plus tendre jeunesse, tous ses penchants le portaient vers la jurisprudence. Son parti une fois pris, il s'enfonça avec ardeur dans l'étude du droit et sans maître, sans direction, sans autre ressource que ses livres, il acquit bientôt de profondes connaissances dans cette branche de la science. Sa traduction de Puflèndorf et d'autres ouvrages non moins estimables lui avaient déjà mérité une réputation européenne, lorsqu'en 1710, on lui offrit la chaire de droit et d'histoire à l'académie de Lausanne. Heureux de pouvoir payer à cette ville une dette de r naissance, il accepta et partit de Berlin, le 6 octobre, avec sa femme, Hélène fille d'Etienne Chauvin, professeur de philosophie au collège français, qu'il avait -on installation eut lieu le 19 mars 1711. Deux ans plus tard, la Société royale des sciences de Berlin se l'associa. En 1714, Barbeyrac fut nommé recteur de l'académie de Lausanne, dignité qui lui fut conférée trois années de suite, et à laquelle il ne renonça que par un honorable scrupule de conscience ; il ne voulut pas signer la Formula consensus, cette digue impuissante opposée par Heidegger, au nom des Calvinistes purs, à l'invasion des doctrines défendues par Amyraut et les autres théologiens de Saumur. Il quitta donc Lausanne et accepta la chaire de droit public et particulier à l'université de Groningue. Peu ambitieux de titres académiques, il avait négligé jusque-là de prendre ses degrés ; mais il crut alors devoir se soumettre à l'usage, et il s'adressa en conséquence à la Société des jurisconsultes de Bàle qui, sur sa simple demande, s'empressa de

lui conférer solennellement, le 25 mai 1717. le titre de docteur in uiroque jure. Barbeyrac prit sa route par la France ; il s'arrêta quelques jours à Paris et arriva à Groningue le 8 août. Sa réputation l'y avait précédé depuis longtemps ; il la soutint dignement et par ses leçons publiques et par ses écrits. Trois fois l'académie l'honora de la charge de recteur. Le bonheur dont Barbeyrac jouissait au sein de sa nouvelle patrie, fut cruellement troublé, en 1729. par la mort de sa femme. 11 n'en avait eu qu'une fille qui avait épousé Baul-Auguste de Rochebrune, capitaine, puis lieutenant-colonel dans les troupes hollandaise-. 11 eut la douleur de la perdre aussi en 1743. Cette mort l'accabla. Depuis cette perte, il ne fit plus que languir jusqu'à son dernier jour, arrivé le 3 mars 1744. Son oraison funèbre fut prononcée par Gardes, un de ses collègues.

Les ouvrages de Barbeyrac sont nombreux. On lui a reproché d'y avoir trop prodigué l'érudition, ce qui les rend peu attrayants : mais ce ne serait un défaut que dans do? œuvres purement littéraires.

I. Observation critique sur la comédie l'Aristophane appelée les Nuées.

Inaé ée dans les Nouvelles delà Rép.

- avec une réponse à La Croze.

IL Observations critiques sur quelques passages dElien. de Lucien et de Thomas Le Maître ; même recueil.

III. Le droit de la nature et des gens, trad. du latin de Puffendorf, avec une Préface coufenant de bons documents pour l'histoire du droit naturel, et des notes qui développent ou expliquent les idées de l'auteur en beaucoup de points. Cet ouvrage a eu plusieurs éditions. La ireest d'Àmst (Bàle), 1706. 2 vol. in-K Selon M. Brunet, l'édit. d'Amst., 1720 et 1734, 2 vol. in-4°, est préférée à celle de Londres, 1740 et 1744, 3 vol. in-4». La dernière a paru à Bàle et Leyde ou Lyon, 1771, 2 vol. in-4". La partie de la Préface relative à la morale des Pères a été trad. en anglais sous le titre : a Spiril of ihe ecclesiastks of ail sects and âges, as tho the doctrine of morality.» Lond., 1722, in-8». La Préface entière le fut plus tard pour l'édit. anglaise de Pulïèndorf de 1729. L'ouvrage

BARBEYRAC

du savant allemand a aussi été publié avec les commentaires de Barbeyrac, trad. en latin, Francf. 1744, 2 vol.

in-4°.

IV. Les devoirs de l'homme et du citoyen, tels qu'ils sont prescrits par la loi naturelle, trad. de Puffendorf , Amst. 1707, in-8°. L'édit. la plus ample, selon la Biogr. Univ., est celle de Londres, 1741, 2 vol. in-12. M. Dupin, dans sa Bibl. du droit, en indique trois autres plus récentes, Amst. et Leipz. 1756, 2 vol. in-12 ; Amst. 1760, 2 vol. in-12; Paris, 1822, 2 vol. in-12, accompagnées toutes trois, comme celle de 1741, qui était déjà la sixième, des deux Discours sur la permission et sur le bénéfice des lois, et augmentées d'un grand nombre de notes pleines d'érudition, qui om été trad. en anglais et en allemand.

V. Du pouvoir des souverains et de la liberté de conscience, trad. du latin de Noodt, Amst., 1707, in-8°. L'édit.

d'Amst., 1714 in-8°, a été augmentée du Discours de Gronovius sur la loi royale et d'un Discours sur la nature du sort par Barbeyrac. Celle d'Amst. 1751, 2 vol. in-12, est la plus ample.

"VI. Sermons sur diverses matières importantes, trad. de Tillotson, avec une Préface sur la personne et les écrits de ce prélat, et des notes intéressantes. La lrc édit., en 5 vol. in-8°, parut à Amst. dans les années 1706, 1708, 1715 et 1716. Il y en eut une 2e en 1722 (Amst., 6 vol. in-12), dont il ne trad. qu'une partie; mais il revit en entier l'édit. de 1729. Les deux premiers vol. de ces sermons avaient aussi été trad.

par Jean d'Albiac.

VII. Projet d'une nouvelle édition de Lucrèce. Inséré dans la Biblioth. choisie de Le Clerc, année 1709.

VIII. Traité du jeu, où Barbeyrac examine les principales questions de droit naturel et de morale, qui se rattachent de près ou de loin à cette matière. Son but est de prouver que, si l'on n'en abuse pas, le jeu en lui-même n'a rien que d'innocent. Il y a dans cet écrit de la méthode et beaucoup de recherches.

La 1™ édit. (Amst., 1709, 2 vol., in-8°) ayant été attaquée par Frain Du Tremblay et de Joncourt, ministre de La

Haye, il leur répondit dans un Appendice ajouté à la 2e qui parut en 1737, 3 vol. in-12.

IX. Oratio de dignitate et utilitate studii juris et historiarum, Laus. 1711, in-4°; Amst., 1711; trad. en franc, et insérée dans la dernière édit. du grand ouvrage de Puffendorf. — Harangue inaugurale prononcée à Lausanne.

X. Discours sur l'utilité des lettres et des sciences par rapport au bien de l'Etat, Gen., 1715. in-4°: Amst., 1715, in-1-2.

XI. Discours sur la permission des lois, Gen. 1716, in-4° et inséré plus tard dans le petit ouvrage de Pufiendorf. — Il ne suffit pas, pour être homme de bien, de se tenir dans les bornes prescrites par la loi, telle est la thèse de Barbeyrac.

XII. Discours sur le bénéfice des lois. — Inséré dans le même ouvrage.

XIII. Oratio de studio juris recteinstituendo, Gron. 1717, in-4°, réimp. dans les Opuscules de Buder, trad. aussi en franc, et insérée dans la dernière édit. du grand ouvrage de Pufiendorf. — Harangue inaugurale pron. à Groningue.

XIV. Hug. Grotii de jure belli et pacis cum notis, Amst., 1720, in-8° ; et 1735, 2 vol. in-8«; Lips., 1758, in-8.

Selon M. Dupin, l'édit. de 1735, est celle que l'on doit préférer. Barbeyrac a donné, en outre, de cet ouvrage célèbre une trad. franc, qui a fait oublier entièrement celle de Courtin. La lre édit. en parut à Amst. 1724, 2 vol. in-4°. Elle a été réimp. à Amst. [Paris] 1729; puis à Amst. 1736 et 1744; à Bâle, 1746, 2vol. in-4°; à Leyde, 1759, 2 vol. in-4°, et enfin à Amst". et Bàle, 1768, 2 vol. in-4°.

XV. Oratio de magisiratu, forte peccante, è pulpitis sacris non traducendo, Amst., 1721, in-4° ; insérée aussi dans le grand ouvrage, de Puffendorf.

XVI. Traité du juge compétent des ambassadeurs, trad. du latin de Bynckershoek, La Haye, 1723, in-8°; Amst..

XVII. Défense du droit de la compagnie hollandaise des Indes Orientales contre les nouvelles prétention* des habitants des Pays-Bas, La Haye, 1725, in-4°.

BARBEYRAC

XYIII. Discours contre la transsubstantiation, trad. de Tillotson, Amst., 1726, in- 12.

XIX. Traité de la morale des Pères de l'Eglise, Amst.. 1728, in-4°. La partie relative à la tolérance a été trad. en hollandais, Amst., 1734, in-8°. — Dans sa Préface sur l'ouvrage de Puffendorf, Barbe vrac avait entrepris de juger l'autorité des Pères, sur le terrain même de la morale. Il s'était attaché à dévoiler leurs erreurs, à faire ressortir la fausseté ou la confusion de leurs idées sur cette branche si importante de la théologie. B prouvait qu'ils n'avaient point puisé leurs principes aux seules et véritables sources de la morale, mais qu'ils les avaient tirés, à force d'allégories chimériques, de passages de l'Ecriture qui avaient un sens tout autre que celui qu'ils leur prêtaient. Il leur reprochait de confondre sans cesse la morale naturelle avec la morale chrétienne, les devoirs de l'homme avec ceux du chrétien, et d'établir sur ce fondement des règles de conduite d'un ascétisme exagéré. Enfin, il les accusait d'être tombés plus d'une fois dans des fautes grossières, et cette accusation, il l'appuyait non-seulement sur de nombreux passages tirés des plus célèbres Pères des dix premiers siècles, mais sur le témoignage d'une foule d'auteurs appartenant à toutes les communions. Il y avait beaucoup de sévérité, peut-être même quelque amertume dans ces imputations.

Dom Geillier se chargea de les combattre, et c'est pour lui répondre que le pro fesseur de Groningue composa le traité en question où il reprend et développe avec une érudition profonde l'acte d'accusation qu'il avait dressé contre les Pères de l'Eglise.

XX. Recueil de discours sur diverses matières importantes, Amst., 1731, 2 vol. in-12. C'est une réimpression des deux discours de Noodt sur le pouvoir des souverains et la liberté de conscience, et du discours de Gronovius, enrichis de nouvelles notes. Barbeyrac a joint une trad. de La juste défense de V honneur, par Slicher ; son discours sur l'utilité des lettres et des sciences, et une trad. de sa harangue rectorale De Magistrats, sous le titre : S'il est permis

d'échaffauder en chaire le magistrat qui a commis quelque faute. Cette harangue avait déjà été trad. en hollandais (Rott. . et en allemand. L'auteur s'y prononce hautement pour la suprématie de l'Etat sur l'Eglise ou plutôt sur le clergé, et il s'élève avec force contre la prétention de certains prédicateurs qui revendiquaient le droit de censurer, en présence de tout le peuple, les magistrats tombés en faute.

XXI. Histoire des anciens traités depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'empereur Charlemagne, Amsterd. et La Haye, 1739, 2 tom. in-fol. en un vol. — Cet ouvrage, enrichi de notes curieuses et instructives, peut être considéré comme une excellente introduction au Corps universel de diplomatique de Dumont. Il est divisé en deux parties : la lre s'étend depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'ère chrétienne; la 2e depuis cette époque jusqu'à Charlemagne. Barbeyrac ne s'est pas contenté de rassembler de tous cotés jus qu'aux moindres fragments qui nous aient été conservés par les historiens, des traités conclus dans l'antiquité et les premiers siècles du moyen âge, il raconte, à l'égard de chacun d'eux, à quelle occasion il a été signé, les motifs qui y ont donné lieu, les circonstances qui en ont accompagné la signature, les suites qu'il a eues, tout ce qui, en un mot, peut servir à l'intelligence du traité même. Son livre est donc à la fois une collection de traités et une histoire ; c'est là ce qui constitue sa supériorité sur celui de Dumont. Il fait partie du Supplément au corps universel de diplom. en 5 vol. in-fol.

XXII. Traité philosophique des lois naturelles, trad. du latin de Cumberland. avec des notes, Amst., 1744,in-4°; Leyde. 1757. in-4°.

Barbeyrac a inséré, en outre, plusieurs traités ou dissertations dans la Bibl. britannique, ainsi que dans la Nouvelle Bibliothèque et la Bibl. raisonnee dont il fut un des rédacteurs.

On y trouve, entre autres, ['éloge de M. Le Clerc, qui a été imprimé séparément, et des Mémoires sur sa propre vie et ses écrits. Il avait composé cette autobiographie à la demande de

BARREYRAC — BARBEZIÈRES

E. L. Rathlef, qui la publia en allemand.

5. Son oncle Charles, le seul de la famille dont il nous reste à parler, suivit la carrière médicale et se fit un nom parmi les médecins les plus célèbres de son siècle. Il naquit en 1629, à Géreste, selon Manget, à Saint-Martin, selon Astruc, et fit ses études à Aix et à Montpellier où il prit ses degrés en 1649. Son dessein était de s'établir à Paris ; mais s'étant marié à Montpellier, il se fixa dans cette ville. En 1658, un concours ayant été ouvert pour une chaire à l'uversité de cette ville, il se mit sur les rangs et y parut avec tant d'éclat que la place lui eût été accordée sur-lechamp, s'il n'avait professé la religion réformée. Mademoiselle, duchesse d'Orléans, instruite de son mérite, voulut l'attacher à sa personne en qualité de médecin, mais il préféra son indépendance, et s'il accepta le titre de médecin du cardinal de Bouillon, c'est qu'il n'en eut que le titre avec un traitement de 1000 liv., et continua de résider à Montpellier. Il y mourut le 6 nov. 1699. L'auteur des Recherches sur l'histoire de la médecine, Bordeu, trace ce parallèle entre lui et Sydenham : « Ces deux honnêtes et sages praticiens vivaient en même temps. Locke, leur ami commun, a dit qu'ils se ressemblaient par leur physionomie autant que par leurs mœurs douces, honnêtes, faciles et pleines de candeur. Ils surent l'un et l'autre réduire la médecine à sa plus grande simplicité et en saisir, pour ainsi dire, le plus pur esprit au milieu des querelles et des factions excitées par l'ardeur des chimistes et les curieuses recherches des théoriciens... On ne peut sans doute les mettre au rang des génies supérieurs et distingués qui font fleurir la médecine; mais ils occupent le premier rang parmi les médecins du second ordre, qui est assurément le plus utile... »

Après la mort de Barbeyrac, les libraires voulurent exploiter sa réputation. Un industriel qui avait édité, sous le titre : « Traités nouveaux de médecine, concernant les maladies de poitrine, les maladies des femmes et quelques autres maladies particulières (Lyon, 1684, in-12), » un livre plus que médiocre,

s'imagina d'en changer le titre et d'ajouter : Par M. B***, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier. Alléché sans doute par le succès de la fraude, un libraire d'Amsterdam donna une seconde édition de cet ouvrage sous le titre : « Dissertations nouvelles sur les maladies de la poitrine, du cœur, de l'estomac, des femmes, vénériennes, et quelques maladies particulières, par M. Barbeyrac, docteur en médecine de Montpellier (Âmst., 1731, in-12). » Et voilà comment le célèbre médecin se trouva être l'auteur d'un livre dont peutêtre il n'avait jamais entendu parler.

C'est également sans raison qu'on lui a attribué un traité intitulé : Medicamentorum constitutio seuformulse, qui parut à Lyon vers 1711 ; réimp. en 1753 et en 1760, 2 vol. in-12. On y a relevé un grand nombre d'erreurs que n'aurait pas commises un praticien aussi distingué.

Selon Robert Watt, Charles Barbeyrac aurait publié en 1658, in-4° : Quœstionej medicx duodecim; mais M. Dezeimeris ne fait aucune mention de cet ouvrage.

Enfin l'on conserve à la bibliothèque de Beaune une copie manuscrite qui a pour titre : Observations sur les Jièvres, selon Barbeyrac, et qui est probablement l'œuvre d'un de ses disciple;-.

6. Heniu de Barbeyrac, fils de Charles et docteur en médecine comme son père, épousa, 30 nov. 1691. en l'église catholique dlle de Paul fille de Jacques de Paul et de dlle Jeanne de Froment. La famille dès lors n'est plus sortie de l'obscurité.

AUgemeines gelehrten Lcxikon von Chr. Gottb. Jocner; Leipzig, 1750.— Sayous, Littir. fr. à l'étranger, 1, 122. — Gust. Masson, Lettres de J. Barbeyrac à Desmaiseaux, dans lellutl. XV, 237.

BARBEZIÈRES, quelquefois Barbiguières, maison des plus distinguées de l'Aunis. = Armes : fuzelé d'argent et de gueules de cinq pièces.

Elle tirait son origine et son nom du lieu de Barbezières, aujourd'hui commune du canton d'Aigre, arrond. de Ruffec, sur les confins du Poitou. En 1531 le seigneur de Barbezières éKiit prévôt des maréchaux du duc de La Trémouille à l'île de Ré. Dans le courant

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