BARBIER
ses talents l'ayant fait remarquer, le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, le nomma son chancelier. Ce fut à la cour de ce prince qu'il entendit prêcher les doctrines de la Réforme ; il les embrassa avec toute la candeur d'un honnête homme et se voua dès lors à leur défense. Après le massacre de Vassy, on le choisit avec Th. de Bèze pour porter au pied du trône les plaintes des Réformés. En 1567, il fut député en Allemagne pour solliciter les secours des princes protestants, et dans cette occasion, comme dans plusieurs autres missions délicates, son éloquence persuasive rendit les plus grands services. « Celuici, dit La Croix du Maine, a été un des plus adextres à manier les affaires d'état, qu'autre qui fût de son temps, comme il l'a bien montré par les effets. » Cependant, quelle que fût son habileté, il ne sut pas démêler les perfides intentions de Catherine de Médicis, lors du mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Yalois. Il fit ressortir avec tant de force les avantages qui, selon lui, devaient résulter de cette union, non-seulement pour le Béarn, mais pour l'Eglise protestante tout entière, qu'il rangea à son avis le Conseil de la reine Jeanne. A peine arrivée à Paris, cette princesse, qui mettait, et avec raison, la plus entière confiance en son chancelier, le manda auprès d'elle.
Francourt s'empressa d'obéir ; mais il eut bientôt sujet de regretter le funeste conseil qu'il avait donné. La mort de Jeanne d'Albret fit tomber de ses yeux le bandeau que le roi Charles IX avait voulu rendre plus épais en le nommant maître des requêtes de son hôtel. Plein de soupçon, le chancelier de Navarre pressa alors Coligny de fuir. Mais trop loyal pour découvrir la trahison sous le masque de l'amitié, l'amiral refusa de croire à ces sinistres prédictions.
Francourt resta donc auprès de lui et fut massacré >dans la nuit de la Saint- Barthélémy.
De Thou et La Croix du Maine attribuent à Francourt la longue « Remonstrance » envoyée au Roy par les habitans de la ville du Mans, le 10 août 1504. On porta à la Cour, dit notre célèbre historien, de grandes- plaintes contre
l'évêque du Mans, qui avait pris le commandement des armes en cette province.
Gervais Barbier-Francourt avait mis ces plaintes par écrit ; et elles comprenaient les violences que les émissaires de l'évêque exerçaient tous les jours pour assouvir leur avarice et leurs autres passions, non- seulement contre les protestants, mais contre ceux qu'ils soupçonnaient faussement de l'être. Cette pièce d'où nous tirons l'histoire de diverses victimes, comme René d'Argenson (ci-dess. col. 339), fut d'abord publiée au Mans sous le titre : « Remontrance envoyée au roi par la noblesse de la religion réformée du pays et comté du Maine, sur les assassinats, pillemens, saccagemens de maisons, séditions, violences de femmes et autres horribles excès commis depuis la publication de l'édit de pacification dans ledit comté, et présentée à S. M., à Rossillon, le 10 août 1564 >» (1565, in-12). Une seconde édition en parut à Orléans , sous un titre un peu adouci (en 1565, in-8°). L'Avertissement fut aussi imprimé à part sous le titre : Avertissement des crimes commis par les séditieux catholiques romains au pays et comté du Maine, depuis lemoisdejuil. 1564 jusqu'au mois d'avril 1565. Il a été inséré, ainsi que la Remontrance, dans les deux éditions des Mémoires de Condé1. On a encore de Francourt : « Conseil sacré d'un gentilhomme français aux églises de Flandres, servant d'avertissement aux seigneurs des Pays-Bas et d'exhortation aux princes protestants de l'Empire, Anvers, 1567, in-8°. »
Selon La Croix du Maine, il avait, en outre , écrit des Mémoires des troubles advenus au Maine touchant le fait de la religion et de la prise de la ville du Mans en 1562 ; mais ils n'ont pas vu le jour.
3. BARBIER (François), « de^Sailhens en Dauphiné, » reçu habitant de Genève, 23 oct, 1559. — (Louis), pasteur à Die en 1587, à Saillans en 1603, à Pontaix en 1604. Déchargé du ministère à cette dernière date, à cause de son grand âge, il mourut peu après. — (Jacques), peut-
1 Edit. in~S°, 47S3, t. V, p. i!7ï-327. Voy. aussi t. III. 350, une première Rcmonstrauce envoyée au Roy par les habitants de la ville du Mans le 29 avril IM&
BARBIER — BARBIEZ
être frère du précédent ^ Arnaud, Hist. des pr. du Dauphiné, H, 373;, fut pasteur au monestier de Clermont en 1593, à Crest, 1694; à Veynes, 1596: à Gap, 1599-1613: à St-Marcellin. de 1614 à 1626. — (Josué), né en 1573 à Die [Haag I. 238], était fils de Louis, pasteur de Saillans. Sa mère était originaire de Cabrières et avait eu ses parents massacrés (Voy. col. 442). Il fit ses études d'abord à l'Ac. de Die aux frais des protestants de la province, puis à celle de Nîmes, et fut admis au ministère, au colloque du Diois, 21" nov. 1602. On le vit successivement pasteur à Quint (Drôme), 1603-! - Marcellin.
1612: à I.ivron. 1613-1615. Il avait déployé du zèle et du talent, en sorte que ses coreligionnaires le regardaient comme un des plus fermes soutiens de leur cause. Ce fut précisément ce qui attira sur lui l'attention de l'évêque de Valence. On mit tout en œuvre pour le suborner (Rochas, Biog. du Dauphiné) et les manœuvres jésuitiques y parvinrent.
On l'encensa, on le mena même à Paris : son évèque le présenta au roi. et on le gratifia d'une pension de 600 livres. Lorsqu'il revint de la cour, ses anciens collègues convoquèrent à Livron une assemblée pour y examiner sa conduite, 7 sept. 1615, et la conclusion fut de le déposer en le livrant au mépris des églises. Il avait osé écrire pour demander à exposer devant elle les motifs de sa conversion. « Les ministres, dit M. Rochas, répondirent avec froideur et dignité » en lui désignant le consistoire de Montélimar pour y aller « disputer. » Il : rendit pas, mais il prit la plume et composa pour sa défense un volume intitulé : La ministrographie huguenote et tableau des divisions calviniques : Lyon, Cl. Chatellard, 1618, pet. in-P2 de 6 et -214 pages (Bibl. de Grenoble, 114-2-2 bis). La même année. 1618, il fit paraître, à Paris et à Lyon, un traité dédié à Louis XIII, et dans lequel il célébrait l'efficace du miracle traditionnel qui constitue les rois de France en pos sion de guérir les écrouelles. Il l'intitula : Les Miraculeux effets de la sacrée main des roys de France très-chrétiens pour la guérison des malades et conv> r des hérétiques (75 p. in-s .
Quelques lignes tirées de ce livre, celles où il traite de la liberté de conscience, feront voir à quel degré infime son abjuration avait fait tomber ce malheureux : « Ne lâchez pas tant la bride à vostre liberté de conscience, s'écrie-t-il en s'adressant à ses coreligionnaires, afin qu'elle ne passe pas par dessus l'obéyssance deûe à S. M. Car ceste liberté est une mauvaise beste, laquelle on n'a jamais pu dompter, et parce qu'elle est aveugle, elle ne cognoist personne, court à travers champs, sans suyvre aucun droit sentier, ne sçait où elle va, ne s'arreste jamais; elle a tousjours la gueule ouverte et béante, dévore tout ce qu'elle rencontre : elle est odieuse à toutes les autres bestes, et n'a communion avec aucune ; elle a sa peau de diverses couleurs comme le léopard, et change comme le caméléon:
quant au reste elle ressemble en quelque sorte au rynocéros, excepté en cecy : c'est que le rynocéros est prins au chant d'une vierge pieuse près de laquelle il s'endort, comme dit Bercorius; mais ceste beste au contraire ne peut être prinse qu'au chant d'une femme adultère, desbauchée d'avec son mary, près de laquelle elle se vient rendre, lui présente son dos à monter, et estant d< la porte furieusement partout, jusqu'à ce qu'elle la précipite et la dévore. » Il parait qu'après avoir abjuré, Josué Barbier s'était fait avocat, car dandeux opuscules il prend les titres de docteur en droit et d'avocat consistorial au parlement de Dauphiné. On ne sait rien de plus sur le reste de sa vie.
BARBIEZ vJacob), habile graveur de Roucy en Champagne [Haag I, '239]. — Réfugié dans le Brandebourg à la révocation de l'édit de Nantes, Barbiez fut nommé graveur des monnaies par l'électeur Frédéric-Guillaume. Il eut trois fils qui marchèrent dignement sur ses tra- 068. L'aîné, Jean- Charles, s'attacha de préférence à la ciselure ; il excellait dans cet art que le premier il fit connaître à Berlin. Le second. Louis-Henri, obtint, en 1741, la place de graveur de la Monnaie. Il épousa une demoiselle Etienne qui, restée veuve, fut choisie pour institutrice de la princesse d'Orange. Le troisième, Zaoharie. remplit à la Mon-
BARBIEZ — BARBIN
naie le même emploi que son père et son frère. Le talent était héréditaire dans cette famille. Un petit-fils de Jacob, nommé Claude, fut un peintre distingué et contribua beaucoup à donner aux produits de la fabrique royale do porcelaine le degré de perfection auquel ils sont parvenus.
BARBILLOjN (Jean), protestant du Croisic, fourbisseur de son métier. Après avoir assisté avec plusieurs autres au baptême de la fille du seigneur deBeaulac par le pasteur Sauveau, il se rendit avec ses compagnons devant le cloître des Jacobins de Guérande (avril 1562). Là, après qu'on eût chanté des psaumes, il entra dans l'église, laissant à la porte sa cape et son épée, et se mit à renverser les statues de St Fiacre et de St Martin, cassant les bras de la première. On l'accusait en outre d'avoir fait manger aux pourceaux du blé déposé dans la même église en offerte sur l'autel de St-Avertin. Ce fait donna lieu à une enquête dont nous ignorons les suites. La guerre qui éclata bientôt après lui permit peutêtre d'échapper à la condamnation qu'il avait encourue (Vaurigaud).
1. BARBIN (Jean), né en 1642, fut pasteur à Marchenoir, près Blois, du 6 mai 1668 au 3 juin 1683 (Bull. XII, 43). Chassé par la persécution, après avoir vu son temple démoli et son église dispersée, il se réfugia en Hollande avec sa femme, Jeanne Derval, et au moins un fils, Paul, né en 1680. Il trouva, dans le bienveillant accueil du magistrat de la ville et du consistoire de l'église wallonne de Harlem , une consolation et les moyens nécessaires à l'entretien de sa famille. Arrivé à Harlem le 6 février 1686, il fut établi, avec six de ses collègues, réfugiés comme lui, pasteur extraordinaire, avec charge de prêcher à son tour chaque semaine, et de veiller aux intérêts religieux des protestants français réfugiés dans cette ville, comme aussi de remplacer pour la prédication les pasteurs ordinaires, en cas d'absence ou de maladie. Pendant son séjour à Harlem, il publia un petit volume sur « Les devoirs des fidèles réfugiés [Haag I, 239]. Amsterdam, 1688, in-12. Le 18 janvier 1687, il lui naquit un fils, qu'il appela Michel. C'est sans
doute pour pourvoir plus facilement à l'éducation de ses enfants qu'il quitta Harlem, avec la permission des bourgmestres, en 1698, et qu'il se rendit à Leyde, où il se fit inscrire comme étudiant « honoris causa » au mois d'août 1699, et où il remplit pendant dix mois et demi les fonctions du vieux pasteur Ant. Guérin, qui mourut dans l'été de 1700. Le 2 septembre 1701, il fut élu pasteur de l'église wallonne de Leyde, et il remplit cette charge jusqu'à la fin de l'année 1718, où, âgé de 76 ans, après un ministère actif de plus de 50 années, il obtint du magistrat et de l'église sa retraite honorable, en conservant jusqu'à sa mort son traitement, qui était de 1000 florins. Il mourut à Leyde le 11 novembre 1727. Sa veuve, Jeanne Derval, lui survécut encore 14 années, jouissant de la pension de veuve (fl. 200) et mourut le 20 nov. 17'i t.
2. BARBIN (Paul), fils du précédent, né à Marchenoir, en 1680, étudia en théologie à Leyde dès 1701, et après des examens distingués, mai 1706, il fut admis au nombre des candidats au saint ministère. Le lendemain de son examen, une lettre de M. de V Islemarais , colonel d'un régiment d'infanterie au service de l'Etat, le demandait au synode pour le service de ce régiment. Le synode, qui avait été particulièrement satisfait de ses examens, décida qu'il serait fait une exception en sa faveur, et lui accorda de recevoir l'imposition des mains dans cette même session, afin qu'il pût se rendre à l'appel qui lui était adressé. Deux ans après, en 1708, le conseil d'Etat l'appela à la charge de prédicateur français à Limbourg et Hodimont, ayant sa demeure dans cette dernière ville. Il y passa trois années, et s'y maria avec Jeanne-Marie Jacob, native de Hodimont, de laquelle il eut seize enfants, neuf fils et sept filles. En 1711, l'église wallonne de Maastricht l'appela pour y remplir la place de troisième pasteur, vacante par le départ de M.
Mousson. Il était, paraît-il, distingué.
non-seulement comme prédicateur chrétien, mais comme profond penseur ; aussi ne tarda -t-il pas à être appelé à enseigner la philosophie dans l'Athénée illustre de cette ville, et lorsque, >'n