BAI DEAN
les assaillants, Chàtillon prit le parti de se retirer en laissant à Baudonnet deux cents hommes commandés par son lieutenant La Bemardière. Les protestants continuèrent à se défendre avec vigueur jusqu'au 4 février 1579, époque où la famine les obligea de capituler.
:2. Jean deBaudean *comte de Parabère, marquis de La Mothe-Saint-Héraye, seigneur de Saint-Sauran et de Roche, châtelain de La Roche-Rufin, de Salles et de Fougeray, fut lieutenant-général au gouvernement duPoitou et gouverneur de Niort. La Chesnaye Desbois avance qu'il fut élevé à la dignité de maréchal de France, le 14 sept. lG-22; mais nous avons tout lieu de croire qu'il s'est laissé induire, en erreur par le Mercure français (déc. 1746), où il a puisé ce renseignement. Le P. Anselme ne donne nulle part ce titre à Parabère. et ce qui est plus concluant encore. Pinard, dans sa Chronologie militaire, ne le cite ni parmi les lieutenants-généraux ni parmi les maréchaux de France.
Selon d'Aubigné, Parabèi"e n'offrit ses services au roi de Navarre qu'après le meurtre de son frère, c'est-à-dire, vers la Un de 1578. Sa bravoure le lit bientôt remarquer. En 1580, il était colonel d'un régiment d'arquebusiers en garnison, à Damazan. Cette petite ville du Bazadois n'étant pas susceptible de défense, il l'abandonna à l'approche de Mayenne et se retira à Montauban. En 1587, Henri le choisit avec Saliynac et Ccutelnau, pour commander L'infanterie de son aile droite à la bataille de Coutras. Ce fut lui qui, au rapport de quelques historiens, tua de sa main le duc de Joyeuse ; tandis que Mézeraî prétend dans son Abrégé chronologique, que « le duc de Joyeuse ayant généreusement pris la résolution d'aller mourir au canon, tomba entre les mains de deux capitaines [Bordeaux et Descenliers, d'après Voltaire) qui le tuèrent de sangfroid, etc.» L'année suivante, Parabère, à la tète de 300 arquebusiers de son régiment, rerut ordre d'appuyer l'entreprise de Saint-Gelais sur Niort. La brèche faite, il se jeta résolument dans la place, et contribua puissamment à la conquête de cette ville. En récompense de sa valeur, il fut nommé gouverneur
du château. En 1589, le roi de Navarre, devenu roi de France, lui donna une preuve signalée de la confiance qu'il avait en sa fidélité, en le chargeant avec Charles Eschalard. sieur de La Boulaye, de la garde du cardinal de Bourbon, son oncle et son compétiteur, qu'il avait fait transférer à Fontenay-le-Comte. Le roi des Ligueurs étant mort. 1590, Parabère rejoignit l'armée qui continuait à lutter contre le parti des Guises. L'année même, il reprit Corbeil et tenta une entreprise sur Chartres, dont il avait déjà emporté un des faubourgs, lorsqu'une blessure qu'il reçut, le força à la retraite. En 1591, il contribua à réduire Corbie sous l'autorité de Henri IV. m 11 fut dressé une surprise sur Corbie, dit Sully dans ses Économies, laquelle succéda heureusement par le moyen de M. de Parabère. » En 1593, il combattit avec succès les Ligueurs dans le Poitou, et l'année suivante, il assista au siège de Laon.
Le Dict. de la Noblesse prétend qu'à cette époque Parabère s'était déjà converti au catholicisme, mais c'est une erreur; Sully nous apprend, au contraire, qu'il était fort zélé pour la religion protestante. Les Actes manuscrits des assemblées politiques ne laissent d'ailleurs aucune espèce de doute à ce sujet. En Parabère assista à l'assemblée de Loudun et renouvela le serment d'union en sa qualité de gouverneur de Niort, une des places occupées par les Protestants. En 1597, il se présenta de nouveau, avec Constant, Monglat et de La Planche-Boutière, à l'assemblée de Chdtellorault. En 1598, nommé commissaire pour l'exécution de l'édit de Nantes à La Rochelle, ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à l'y faire recevoir. Les zélateurs d'entre les Huguenots, le consistoire à leur tète, s'opposaient de toute leur force au rétablissement du culte catholique, de même que, dans d'autres villes, ceux du parti contraire s'opposaient à l'établissement du culte protestant. Les Rochelois ne voulaient pas souti'rir « que l'hostie fust pourmenée le jour du sacre, ni aussi portée en pontificat aux malades, » et ils exigeaient « que les papistes ne fairoient point leurs agiots à l'enterrement de leurs
97o BAUDÉA.N
morts. » Tout ce que Parabère put obtenir, c'est qu'ils se contentassent de déposer une protestation entre ses mains. On a dit qu'il était dès lors entièrement dévoué à la Cour ; mais rien ne le prouve. Il est vrai qu'à l'assemblée de Saumur, en 1611, il se montra assez accommodant pour que le gouvernement lui augmentât sa pension ; tandis qu'il retirait les leure aux ducs de Rohan et de Soubise. Mais en 1615, à l'assemblée de Nismes, il signa encore le serment d'union; enfin, en 1620, il prit part, au moins par ses députés Chaitffepié et Sivord, aux travaux de la fameuse assemblée de La Rochelle, quoiqu'il désapprouvât hautement, comme tous les gens un peu froids du parti protestant, la résistance de cette assemblée aux ordres du roi, ainsi que nous l'apprend une lettre de La Tabarière à Duplessis- Mornay, datée du 8 mars 1621.
Une note politique que nous avons eu l'occasion de citer déjà (col. 517) concourt à démontrer que, vers 1616, Baudean et sa famille, servaient encore dans les rangs de l'indépendance religieuse, mais avec cet esprit que les uns appellent pacifique, raisonnable, et les autres vénal. Ce fut un de ses fils qui commença la conversion de la famille, comme on l'apprend par une brochure intitulée : « La conversion du sieur de Parabère faicte à Rome le 1er janvier 1617, adressée à M. de Parabère, gouverneur pour le Roy en la ville et chasteau de Niort, son père. Paris, Edme Martin, 1617 », 44 p. in-121. L'écrivain commence par quelques mots de froides excuses envers un père qu'il feint de croire irrité de cette apostasie et ne contient après cela qu'un exposé de l'excellence des doctrines romaines. Cela semble l'œuvre d'un prêtre. On ne sait pas même quel est le fils de Parabère qui parle, car il ha pas mis son prénom. Le père et le fils s'entendaient fort bien. Ce dernier mourut en 1631, selon le Dict. de la Noblesse; en 1632, selon le Mercure. Il venait d'être nommé chevalier du Saint-Esprit, ordre fondé par Henri III et dont les statuts excluaient les non- catholiques. La mort ne lui
I Uibl. nat. aux mss. Mélanges de Clércinbault, t. I0CI,
ru.
ayant pas laissé le temps de se faire recevoir, son cordon fut donné, en 1633, à l'aîné des deux fils qu'il avait eus de Louise de Gillier, fille de René de Gillier, seigneur de Salles et de Fougeray, restée veuve en 1588 de François de Sainte-Maure, baron de Montausier. Ce fils aîné, nommé Henri, était né en 1593. Il épousa, en 1611, Catherine de Pardaillan, veuve de Gédéon d'Astarac, et mourut en 1653 dans son château de La Mothe-Saint-Héraye. Le cadet, appelé Charles, eut plusieurs enfants dont une fille, Susanne, qui fut depuis la célèbre duchesse de Navailles.
Ce n'est pas assez de mentionner en passant cette note politique de 1615 ou 1616 à laquelle il vient d'être fait allusion. C'est un précieux rapport adressé au gouvernement de la régente Marie de Médicis et qui tient si étroitement à notre sujet que nous n'hésitons pas à le donner tout entier1.
Des principaux chefs et hommes de valleur de ceux de la R. P. R.
Le duc de la Trirnouille tient le premier rang et est en grande considération dans ce party a cause de l'honneur qu'on porte a la mémoire de son père. Toutesfois en ces derniers mouvemens il laissa eschapper une occasion de se signaller, de sorte qu'il a besoing de faire quelque action rellevée pour faire voir que ce malheur ne luy arriva que par faulte de bon conseil, car la Cause ne demande pas de cappitaines sages de l'aage de seize ans, mais vaillans et hazardeux encores qu'ils aient les cheveux gris.
Le duc de Bouillon est sage, vaillant et grand cappitaine, puissant d'alliance et d'intelligence aux Allemaignes et au Païs bas, mais malheureux, fin et artificieux, plus amy de son bien que de toute autre chose et du quel on ne se servira jamais qu'avec nécessité.
Le Prince de Sedan son fils est regardé du parti beaucoup plus favorablement. Sa naissance et sa nourriture promettent de grandes choses, et n'est pas encore imbut des inclinations du père et au contraire semble en avoir pris les seules vertus en partage. C'est ung fan de lion, du quel il est bon de prendre garde.
1 II est (en copie) dans la collection fiétbnne, Uibl. nat. mss.fr. n° 38.0. i" :t:. mm. Baag |i, i8-i| Inclinaient à le croire de l'année ifii;». c'est une erreur, pofaqu on » signale kgrlppa f Vubigné qui avait lui la France des 1620 et qu'on y donne Henri de La TrémottUle comme n'ayant pas beaucoup plus de (0 ans, lequel était ne en IjW,
BAUDÉAN — BAL'DESSON
Le duc de Rohan, ambitieux, bon esprit, courageux, et oppiniastre en sa religion, mais peu obligeant, nécessiteux et pour cela inconstant. Il perdit tout son crédit dès Nantes ; le Roy n'aura pas grand peine à le conserver.
Le sieur de Soubise son frère est séditieux, brouillon et estourdi, collere et partant incapable de graaa
Le duc de Suilli, judicieux, prévoyant, grand homme d'Estat, mais un peu avaricieux.
Je laisse le marquis de Rosny depuis sa nouvelle conversion auprès de son père qui est duc et pair de France suivant le rang de cette qualité.
Le mareschal des Diguières, vaillant et heureux grand cappitaine, père des soldats, puissant en sa personne, mais libertin, amy de son plaisir plus que de la cause et d'ailleurs vieux et mourant s'estant pour son repos rangé auprès de Sa M té, et partant le party atfoibly de ce costé la.
Quant au sieur de Chastitlon je l'ay pensé tirer du pair pour le mettre le premitant sans doute en plus grande considération que pas ung d'eulx. Son nom est grand parmy les huguenotz qui le font louer et estimer des ministres et de tout le party. Le souvenir qu'on a de son grand père, de ses frères et de la congnoissance qu'on a de sa propre vertu, qui ne dédaigne point ».
Le sieur de L.i Force, le père de cestuy cy est grand, sage, constant et lidelie a ce qu'il promet, ambitieux, hardi mais non pas séditieux.
Le comte de La Suze est courageux, mais non pas cappitaine.
Le sieur de liambure [Harambure] est homme de main et de conseil, prude.
e*et et fort obstiné.
Le sieur de Baisse, cestuy cy entend bien son niestier, demande la guerre et pourroit estre emploie pour la cause en de bonnes occasions.
Le sieur de La Noue homme de bie;.
tueux et raillant, ennemy du desordre et de la confusion, quallitez qui le font louer et estimer des ministres et de tout le party.
Les sieurs haubigny père et tirs, courageux, hazardeux, inventifz, hardis en leurs conseiiz, doctes, obligeans eu leur coi. tion, puissans a persuader de parolles et de faict, amis de la Cause; le hls est plus patient que le père.-
Les sieurs de Parabel [Baudéan de Parabère] père et nls, gens de bien, pacifiques et communs amis de la conservation de leurs biens et fortune; de petitte ou nulles entreprias
1 bans cette fin et dans 1 arucle mis tôt il j t quelque faute ou omission de copiste.
Le sieur de La Rochcboncourt, gendre dudit sieur Parabel, brave de son sang, homme de fatigue et de grand service, le quel pour ces considérations mérite d' estre conservé.
Le marquis de La Moussaye homme riche et bien voulu de ses amis, mais peu remuant.
Le comte de Montgoaimery. Je me suis oublié de donner rang a sa quallité par la quelle il est plus recommandable envers la Cause que par le mérite de sa personne.
Le sieur de Chasteauneuf, de Limousin.
Cestuy cy faict grand bruit pour les querelles particulières. Il est fort hardy et courageux.
Le sieur de S.-Germain Beaupré; cestuy cy est secrect, artimeieux, couvert, habille, vaillant et patient et non pas accommodé de moiens et dont pour cella il est beaucoup moins estimé qu'il ne vault.
Il y en a encores beaucoup d'autres, possible plus nottables que quelques-uns de ceux qui sont desnommez a ce présent roolle ; mais l'on y pourra adjouster.
BAUDECOURT, famille de Castres.
Jacques, consul u - eu 1649
épou- .rie Espardalié, dont il
eut Susanneen 1633 et Etienne en 163Ô; irthe Fos, qui lui donna quatre ûls :
Lsaac, Job, Jean, David, de 1639 à 16 i5. Etienne, ci-dessus, épousa Marie de Pujol dont il eut Jean, 1660; lsaac, 1664.
LBAUJ , un des mas-
sacrés de Vasay, 1
•2. BAL . famille d'honora-
bles marchands et artisans de Metz, qui eut à soullrir à l'époque de la Révocation et se réfugia en Allemagne. On cite Daniel [Haag II, 22] né à Metz en 1649 et Abraham son frère en 1652, arquebusiers, qui allèrent s'établir à Berlin ; Abraham devint économe de l'hôpital français de cette ville, et y mourut en 1718. Un de leurs descendants, nommé aussi Daniel, s'est fait un nom dans l'orfèvrerie par l'excellence de ses ouvrages. Elève de Samuel Coliveaux, il se perfectionna à Paris et acquit dans son art une supériorité dont il donna la preuve en exécutant pour le roi de Prusse plusieurs morceaux qui passaient pour des chefs-d'œuvre. Il mourut orfèvre de la Cour en 17S5. — Sara Baudesson, veuve de Daniel Guèpratte, libraire de Meu, épousa en secondes noces, 1692, Jean Maxion, sieur de Marbé.
BAUDESSON
— Au XVIIIe siècle était à Metz une famille Baudesson de Chanly, peut-être une branche de la famille précédente, restée ou redevenue catholique (voy.
Michel, Biogr. du parlem. de Metz).
3. Une dame appartenant à cette famille, Suzanne Gentilhomme, femme de Jean Baudesson l'aîné, fabricant de draps, âgée de 75 ans, avait refusé de signer la formule d'abjuration et à l'heure de la mort (décemb. 1G86) elle avait repoussé les rites catholiques et le curé. Suivant les ordres envoyés de Paris, on fit subir à son corps les mêmes outrages qu'on venait d'infliger déjà pour le mémo motif à deux autres personnes de Metz : un cordonnier nommé Robin et un conseiller au parlement, Paul de Chenevix, vénérable magistrat octogénaire. On portait le corps à la prison, là on retendait sur une claie en fer, la face contre terre, nu ou en chemise, et de la prison on le traînait par la ville jusqu'à la voirie où on le jetait parmi les chevaux et les chiens morts. Jean Olry, dans son petit livre de « La persécution de l'église de Metz », raconte le fait en quelques lignes et témoigne de l'horreur que les huguenots et de la honte que les catholiques éprouvaient à ce spectacle. Les prêtres eux-mêmes supplièrent pour qu'on le fit cesser. Un autre récit beaucoup plus circonstancié nous en est parvenu. Il fait partie d'un volume de mémoires écrit vers 1750, en allemand, par une descendante de la victime, Mme J.-M. Jassoy , née Morizot, qui l'avait recueilli de la bouche de sa grand'mère Mmc Jacob, propre petitefille de Mme Baudesson et témoin oculaire. Tous ces noms sont messins et ces diverses familles unies par des alliances, ayant fui de Metz à la Révocation, s'étaient établies àFrancfort-s.-M.
et en divers lieux de la Hesse, particulièrement à Hanau. Elles y sont encore.
En 1858, M. le pasteur Jean Schmid, ministre de la parole de Dieu à Sterbfritz (Hesse-Cassel) et allié lui-même à ces familles, écrivit une traduction française des Mémoires de M"10 Jassoy et voulut bien (grâce à notre collaborateur M. Leclerc, pasteur de Hanau) offrir cette traduction à la Bibliothèque du protestantisme à Pari*, En attendant
que se présente une opportunité pour publier cet écrit, nous en extrairons l'épisode dont il s'agit :
«... Mon grand père refusa de signer. On lui laissa un dragon comme a tous ceux qui ne signaient pas ; le lendemain deux, puis trois et l'on continua jusqu'à ce qu'ils en eurent douze mangeant à discrétion, outre une pièce d'argent qu'on était obligé de mettre sous leur assiette. Le jour où ils furent douze, ils avaient tant bu qu'ils prétendirent avoir a manger des ortolans rôtis. Ma grand mère leur représenta qu'il n'y en avait point ù Metz et qu'on ne voyait d'ortolans qu'a la table des rois. Mais, ajouta- 1elle, pour les apaiser, je vous promets un bon dîner demain et la cave ouverte.
— « Eh bien, nous nous en contenterons, répondirent les dragons, a condition que vous nous fassiez aussi promener aux flambeaux par la ville ce soir après souper. » Elle le promit, fit chercher deux flambeaux, et on les mena par la ville où ils voulurent. Le lendemain après le repas que ma grand'mère leur avait donné, elle était si fatiguée qu'elle alla au fond de la cour et s'assit sur la première marche de l'escalier qui conduisait à la fabrique, les appartements qui étaient sur le devant de la maison étant remplis par les soldats. De lassitude elle s'endormit et ne s'aperçut pas que les dragons étaient descendus dans la cour et dansaient. L'un d'eux courut à elle eu criant : « Viens danser avec nous, vieille huguenotte, tu nous as fait un si bon dîner! » et il la prit par le corps d'une force si terrible qu'elle fit un cri et tomba en défaillance. Mon grand père accourut et la fit transporter sur un lit; elle soutirait extraordinairement. Le médecin et un chirurgien reconnurent qu'elle avait deux côtes cassées. Mon grand père alla porter ses plaintes. L'on vint au nom de la justice tout examiner: le médecin interrogé si le mal était dangereux dit : Elle est âgée et d'une complexion délicate, elle n'en reviendra pas. Le commissaire fit son rapport. Le lendemain l'on vint de la part de la justice lever l'exécution [c'est a dire qu'on renvoya les dragi mais on défendit à mon grand'père de rester auprès de son épouse. On lui assigna sur le derrière de sa maison quelque appartement où il dut se tenir avec les enfants. Il y en avait six. On mit un soldat h la porte de l'appartement de ma grand mère pour empêcher qui que ce fût des siens d'y entrer, on lui donna une femme catholique pour la servir et un prêtre venait la voir plusieurs fois par jour. L'on venait aussi tous les jours de la part du parlement lui
BAUDES50N — BAUDET
faire lecture de l'ordre du roi pour la contraindre à signer l'abjuration. Elle refusa fermement chaque fois et dit qu'une fois pour toutes elle ne changerait pas sa religion, mais qu'elle avait une grâce à demander qui était que le parlement lui permit d'embrasser son mari et ses enfants avant de mourir. Elle dit cela avec tant d'énergie que l'envoyé du parlement ne répliqua rien et promit de faire s n rapport. Il revint le lendemain; elle était fort affaiblie. Il lui lut l'ordonnance comme les jours précédents en renouvelant son injonction de signer. Elle répondit qu'elle ne signerait pas, que ce n'était pascela qu'elle lui avait demandé, qu'elle voulait voir son mari et ses enfants. « Ecoutez avant toute chose, répondit-il, votre condamnation, puisque vous êtes rebelle aux ordres du roi. » — «J'écoute, vous ne me ferez plus de mal, dit-elle d'une voix entrecoupée, je vais mourir. » — « Si vous persistez dans votre obstination et que vous ne vous rangiez pas avant de mourir à la religion catholique, vous serez., m'entendezvous? » — «Oui, je vous entends » — Vous serez vous, votre m^ri et vos enfants, mis à la porte de chez vous, le scellé sera posé sur tout ce qui vous appartient, votre bien sera mis aux enchères ; on le partagera en deux depuis les cendres du foyer jusqu bijoux et la moitié en sera confisquée au profit du roi. Ecoutez encore. Aussitôt après votre mort, on mettra votre corps au cachot et il y restera jusqu'à ce que le bourreau vienne le prendre afin de le traîner par la ville et de l'aller jeter à la voirie, oh il sera rongé par les corbeaux. » — « Que cette sentence est dure!., hélas, grand Dieu!
aide-moi à la soutenir! Mon pauvre et cher mari!... et vous mes pauvres enfai hélas quelle épreuve! ah, quelle sentence !.. pire qu'à un malfaiteur!» Le prêtre était là. Il était toujours présent à la lecture. Il dit : « Madame Baudesson, au nom de Dieu ayez pitié de vous même... et de votre mari, et de vos enfants. Ils seront ruinés, l'avezvous compris i Pour l'amour d'eux changez vite de religiou et donnez gloire à Dieu, aux Saints, à la sainte Vierge. » — « Je donnerai gloire à Dieu en lui restant fid
int la foi que j'ai en lui et en Jésus- Christ. Je ne changerai pas ma religion. » — « Mais considérez l'affront que l'on fera a votre corps. » — « N'importe! Il ne s'en apercevra pas. » — « Mais vous faites le malheur de votre famille. » — « Hmon mari et mes enfants restent h leur religion ils seront assez riches et le grand Dieu ne les abandonnera pas. .
les venir. Je sens approcher ma fin. » On les alla chercher, mais on leur défendit de lui parler ni de la Bible ni de la religion. Elle
les encouragea, les bénit l'un après l'autre et dit: « Je n'eu puis plus, que je suis lasse; adieu, adieu! recouchez moi... Seigneur Jésus reçois mon esprit! » puis elle joignit ses mains, tourna sa tête vers le mur, n'articula plus un mot et expira quelques heures après. Mon grand père fut reconduit au logement qui lui avait été assigné avec défense d'.n sortir. On vint ensuite lui donner connaissance de la sentence prononcée contre sa femme et on le poussa hors de chez lui avec cinq de ses enfants, parmi lesquels il y avait une petite fille aveugle; le sixième était un fils marié chez qui se retira toute la famille. Mon grand'père employa vainement tout son crédit pour détourner l'arrêt prononcé contre le corps de sa femme. Tout ce qu'on lui permit par grande grâce fut d'oser lui mettre trois chemises l'une dessus l'autre comme aus=i trois cornettes pour garantir la tête. Le bourreau, escorté d'une garde nombreuse, se rendit à la prison où elle était, la coucha sue un S de fer, où le corps fut fixé par des crampons, la tête dépassant l'S et les pieds fixé< du côté du cheval attelé à cette sorte de claie. Le bourreau prit le cheir la bride et traversa la ville ainsi. La tête heurtait sur chaque pierre [et malgré les cornettes, on la voyait (lit-on dans Olt-y. . p. 109; « toute découverte,
avec des cheveux blancs traînant dans la boue »]. Ce spectacle révolta la nature de tous ceux qui le virent; les catholiques mêmes, honteux, cachaient leurs visages. Mon grand père obtint, au bout de huit jours, la permission d'aller l'enterrer mais lui-même, avec un aide. Sa fabrique, sa maison, ses effets, tout fut vendu au plus offrant, car il persistait dans sa religion; tout son bien fut partagé en deux parts depuis la cendre des cheminées jusqu'aux meubles et immeubles; le roi confisqua la moitié du prix et lui rendit l'autre moitié. Les ouvriers criaient vengeance contre un pareil jugement quoique la plupart catholiques... »
BAUDET (Jehan), « natif du pays de Lorraine, de la ville de La Motte ». reçu habitant de Genève, août 1849. — (Pierre) médecin; protestant d'Orléans, : — autre, sieur Du Coudray, massarré à Orléan?. 1572. — Le sieur de Chaflin, mort à Vaunaves en Dauphiné; le seigneur du lieu lui refuse sépulture en sa terre {Plaintes des égl. réf. 1 097. p. 148). — Claude Baudet, sieur de Chaflin [Haag II, 23] fut le seul des Français : ;ui obtint un sié-ro
dans un tribunal brandebourgeois. Sorti de France avant l'édit de révocation, il
BAUDET — BAUDIER
habitait déjà Berlin en 1673. Il remplit pendant plusieurs années les fonctions de conseiller à la Chambre de justice électorale et mourut en 1695. Par disposition verbale, il légua sa fortune qui était considérable aux pauvres de l'église française; mais ses héritiers, réfugiés eux-mêmes en Angleterre et en Hollande, et soumis sans aucun doute à de nombreuses privations, refusèrent de ratifier un acte de libéralité qui, vu les circonstances, pouvait passer pour excessif. Sur leurs pressantes réclamations, l'électeur rendit un arrêt qui, sauf une somme réservée aux pauvres, attribua la succession à Guillaume Le Normand de Fontaine, à Anne Le Normand, sa sœur, et à Marguerite Grenê des Jarreaux, cousins -germains du défunt. — (Jeanne) mise aux Nouv.-Cathol. de St- Lô, 1688 ; y était encore en 1693. — (Isaac), sa femme et deux enfants, assistés à Londres, 1702.-- (Jeanne), d'Alencon, 62 ans, id. 1710. — (Louis), âgé de 21 ans, mis aux Nouv.-Cathol.
d'Alencon en 1774; y était encore en 1781 (Tt 302).
1. BAUDIER (Didier), un des premiers réformés de Montpellier, vers 1560 [III, 351 a]. — (Jean) clerc au parquet de la chambre de ledit à Castres,
2. BAUDIER (Dominique), écrivain et jurisconsulte [Haag II, 23], qui latinisait fort mal son nom en s'appelant Baudius, naquit à Lille le 8 avril 1561. Il venait à peine d'atteindre sa sixième année, lorsque le sanguinaire Fernand de Tolède, duc d'Albe, fut envoyé dans les Pays-Bas pour dompter la révolte de ces provinces et en extirper l'hérésie.
Le père de Baudier se réfugia à Aix-la- Chapelle avec son hls et sa femme, nommée Marie Heems. Ce fut dans cette ville que le jeune Baudier reçut la première instruction sous la direction de Livin Massys, de Tournai, et d'un Français qu'il appelle Ludovicus Transaquanus (Traverseau?). A la mort de son père, en 1576, il alla continuer ses études à l'iniversité naissante de Leyde.
Quelque temps après, il partit pour Genève où il étudia la théologie. De retour à Gand, en 1583, il y soutint ses thèses, puis il se rendit de nouveau à Leyde où
il reçut le bonnet de docteur en droit des mains de Hugues Doneau, le 4 juin 1585. A peine gradué, il fut attaché à l'ambassade que les États généraux envoyèrent à Elisabeth. Son séjour en Angleterre le mit en relation avec des seigneurs du plus hauv. rang et des savants du premier mérite, dont aucun re lui témoigna plus de bontés que Philippe Sidney, qui le protégea tant qu'il vécut. Baudius, de retour en Hollande, fut admis dans le corps des avocats de La Haye (janv. 1587) ; mais il ne tarda pas à prendre en dégoût cette carrière, et vint à Paris où il se lia avec plusieurs personnages de distinction. En 1591, le président de Harlay lui conseilla de se faire recevoir avocat au parlement, et il lui en facilita les moyens ; cependant Baudius ne paraît pas avoir exercé sa profession en France plus qu'en Hollande. Dans ses Origines de la ville de Caen, Huet nous apprend qu'il fut nommé, l'année suivante, professeur de droit dans l'université de cette ville, à la recommandation du président de Thou; mais la mésintelligence s'étant mise entre lui et ses collègues, il quitta bientôt cette place pour revenir à Paris où il continua de vivre dans une position qui n'était rien moins que brillante.
L'espérance l'aidait à supporter un état voisin de la pauvreté. Il ne rêvait rien moins qu'une ambassade; il s'était imaginé que les États généraux le nommeraient leur résident auprès de Henri IV, et pendant dix ans il se nourrit de cette chimère. Enfin, fatigué d'espérer en vain, il consentit à accompagner en Angleterre, en qualité de secrétaire, Christophe de Harlay, ambassadeur du roi de France auprès d'Elisabeth. Ce rôle secondaire ne flattait que médiocrement son ambition; aussi accepta-t-il avec empressement, en 1602, la chaire d'éloquence à l'université de Leyde. En 1607, il remplaça Paul Mérula dans celle d'histoire, et en même temps, il fut chargé de faire un cours de droit romain. Il remplit ces fonctions avec éclat, mais il eut beaucoup d'envieux et d'ennemis. Nonseulement on parvint à lui ôter la chaire de droit romain, dont il conserva toutefois les émoluments; mais on réussit presque à le faire frapper de bannissement.
BAUDIER
Après s'être épuisée à soutenir une guerre ruineuse et sans gloire contre les Provinces-Unies. l'Espagne soupirait après la paix. Le général espagnol, Am broise Spinola, qui manquait de ressources pour entretenir ses troupes, la désirait lui-même. Baudius crut devoir prêter au parti de la paix le secours de sa plume, et il publia, sous les pseudonymes de Latinus Pacatus et de Julianus Rosbecius, deux harangues où il conseillait fortement aux États de conclure avec l'Espagne. En même temps, il eut l'idée imprudente de mettre au jour un petit poème qu'il avait composé en l'honneur deSpinola. De tels écrits soulevèrent contre lui une furieuse tempête. Ses ennemis persuadèrent au prince Maurice qu'il y était offensé et que l'auteur s'était laissé gagner par l'argent de la France. Ce ne fut pas sans peine qu'il évita une accusation de haute-trahison.
On doit regretter que Baudius n'ait pas apporté le même esprit de conciliation dans ses querelles littéraires. Ses ennemis, au reste, et c'est peut-être là son excuse, ne lui épargnaient ni les injures ni les calomnies. On l'accusa des vices les plus honteux. Ils aftirmaient aussi qu'il s'était converti ; à les entendre, il était même déjà pourvu d'une riche abbaye. Rien cependant n'était plus faux. Ce qu'il y a de vrai, dans toutes ces invectives, c'est que Baudius était trop adonné aux amours faciles, et que le surnom d'Ancillarius ne lui fut pas appliqué sans raison. Il mourut le 22 août 1613. à l'âge de 'y2 ans, laissant sa seconde femme enceinte d'une fille. Il avait obtenu en llil l. après maintes sollicitations, la charge d'historiographe des États de Hollande, qu'il partagea Meursius.
Si Baudius avait des vices, il ne manquait pas de qualités ; il était plein de franchise et tidèle dans ses amitiés.
« Du côté de l'esprit, dit Paquot dans ses Mémoires littéraires, on peut le regarder comme un des plus beaux génies de son siècle. 11 possédait toute l'élégance des langues grecque et latine, et ii a parfaitement imité la grâce des anciens, sans laisser d'être original. » A cela il joignait une grande facilité, une abondance prodigieuse d'idées, une
érudition immense. Tous ces mérites ressortant dans ses œuvres.
I Oraiio auspicalis in Plinii panegyricum, Lugd. Batav., 1603. in-4°; réimp. dans ledit, des Orationes de 1642, et dans l'édit. du Panégyrique de Pline, Lugd. Batav., 1675, in-8*.
IL Poemata. — Selon Bayle, la i" édit. de ces poésies aurait paru en 1587. Borrichius, Paquot, Watt et M. Brune t citent, au contraire, comme l'édit. princeps, celle qui sortit des presses de Thomas Basson, Lugd. Batav., 1607, petit in-8°; réimprimé dans la même ville en 1616, petitin-8°; puisa Amst., 1640. petit in-12, et Lugd. Batav., 1670. in-12. La Biog. universelle indique une édit. d'Amst., 1638, in-12, qu'elle prétend être la meilleure. Les bibliographes que nous avons consultés n'en font aucune mention. L'édit. de 1616 a été augmentée et enrichie de la vie de l'auteur et de son épitaphe. Celle de 1640 comprend une dédicace de l'auteur aux Etats généraux datée de 1607, la vie de Baudius avec son portrait et quelques pièces de vers à sa louange. Viennent ensuite quatre livres d'ïambes, adressés à Michel Hurault de L'Hôpital chancelier de Navarre, Louis Servin avocat général, Duplessis-Mornay, de Thou, etc. ; — un livre de lambes/unèbres où il célèbre Philippe Sidney, JanusDouza, Claude Du Puy, Juste-Lipse, Arminius. etc. ; on y remarque aussi une satire virulente contre le roi d'Espagne, Philippe II ; — un livre de Vers trochàiques sur divers sujets ; nous y signalerons, entreautres, une traduct. du cantique de Moïse et un éloge de Bèze ; — quatre livres de Gnomes en vers ïambiques, imprimés séparément sous le litre Moralis et Civilis sapientix munita, Lugd, Batav., 1611, in-12. — Les Gnomes sont suivis d'un livre d'Héro'ides où l'on trouve un nouvel éloge de Bèze; — d'une Sylve de poésies diverses, satires moid.iiites ou éloges de personnages vivants, entre autres, de Rubens et de Fra Paolo; — de deux livres d'Odes.
d'un second livre d'Héro'ides et d'unitecueil de poésies diverses.
III. Gnomœ commentario illustratœ, Lugd. Batav., 1607, in-8°. — Cet écrit,, mentionné par Watt, n'est vraisembla-
BAUDIUR
blement qu'une première édition des Sapientixmonita cités plus haut.