ALLÈGRE (le sergent d'), Sancerre, 1573 [VI. 73 aj
8. ALLÈGRE (Anne d'), fille aînée de Christophe d'Allègre, seigneur de Saint- Just et d'Aisery, avait épousé en 1583 [III, 418 b] Guy-Paul deChâtillon, comte de Laval, fils aîné de d'Andelot et de Claude de Rieux, qui mourut en avril 1586 des suites del'affaire de Saintes. Elle resta donc veuve fort jeune. Elle avait eu ses biens confisqués pour la religion sous Henri III. Ils lui furent il est vrai rendus, 18 déc. 1589, mais comme ils avaient été dévolus à la feue reine mère Catherine de Médicis, elle dut faire renouveler les lettres de restitution en 1590, 1591, 1596, et n'en obtint l'enregistrement que le 15 décembre 1597 (Chamb. des comptes de Nantes, vol. XIV, f° 171). Pendant les troubles de la Ligue la jeune et riche veuve reçut et encouragea les hommages du maréchal d'Aumont et ceux de Saint-Luc.
La condescendance qu'eurent pour elle les chefs militaires du parti du roi en Bretagne, détermina bien des mesures qui furent quelquefois heureuses [VII, 459 a], mais que ne justifièrent pas toujours la prudence, ni l'intérêt du parti. Ce désir de plaire à la comtesse de Laval fut cause en particulier de la mort du maréchal d'Aumont, qui entreprit le siège de Comper dans les conditions les plus défavorables, et parce qu'elle désirait rentrer en possession de ce château. Il y reçut une blessure, dont il mourut peu après. Anne d'Allègre avait eu de son premier mariage un fils, Guy de Coligny, qui mourut en 1605 le 30 dé-
cembre, ayant abjuré l'année précédente.
Elle épousa en secondes noces Guillaume de Hautemer, comte de Grancey, baron deMauny, seigneur de Fervacques, maréchal de France, lequel mourut en 1613. Peu de temps après il était fort question d'un nouveau mariage. On s'en amusait publiquement, car dans un libelle de l'époque intitulé « L'inventaire des livres de maître Guillaume, » on trouve : « Les Quinze joy es de mariage, reveues et corrigées par la maréchale de Fervaques. » On parlait pour elle, en effet, du prince Maurice de Nassau (juillet); mais le mois d'août suivant il était question du prince de Joinville, Claude de Lorraine quatrième fils de Henri duc de Guise, qui fut connu plus tard sous le nom de duc de Chevreuse (Lettres de Cath. de Parthenay, publ. par H. Imbert). Ce dernier projet semble avoir été plus sérieux. On en parla plus de deux ans. Elle consulta même à ce sujet Du Plessis-Mornay (18 fév. 1616) car le prince de Joinville était catholique. Mornay lui répondit : « Pour la grandeur, Madame, je suis encore de ces bonnes gens du temps passé qui la font consister en la vraye vertu. Un tabouret ne peut pas beaucoup adjouster à vostre stature. A bouche je vous en dirois davantage, car si le respect dû à vostre qualité me retenait d'une part, le fidèle service que j'ay de longtemps voué à vostre personne m'enhardirait de l'autre. » — Madame de Fervacques, soit qu'elle fut touchée de cet avis, ou que sa conscience l'ait empêchée d'aller plus avant dans cette voie, ne donna point suite à ce projet de mariage. « C'estoit une honneste femme, » dit Tallemant des Réaux. Néanmoins elle ne rompit pas avec le prince de Joinville, et en mourant elle le fit son héritier. Elle tomba malade en 1619. « A cette heure (9 fév. 1619), écrivait Anne de Rohan, M. le prince de Joinville ne bouge de l'hôtel de Madame la maréchale de Fervacques qui est toujours fort mal. On l'a voulu fort prêcher, mais elle a protesté qu'elle voulait mourir en la religion et se fait recommander au prêche. On croit qu'elle ne passera pas le mois de mars. Sa maladie est étrange. » (34e lettre.) Dumoulin , dans son autobiographie ,
ALÈGRE — ALEMAXD
confirme ces détails. Ayant été averti indirectement par la sœur même de la maréchale qu'il ferait bien de la visiter, il s'y rendit sur-le-champ : « Je montay.
dit-il, à la chambre de la malade; et comme je commençais à parler à elle, voici entrer l'évesque de Genève, envoyé par la princesse de Piémont sœur du roy, pour exorter la malade à mourir en la religion catholique romaine. Là il y eut quelque contestation entre l'évesque et moy. Sur cela M. de Roissy parla à la malade disant : Madame, il n'est plus temps de dissimuler; dittes franchement, voulés-vous que ce soit M. l'évesque qui vous console et prie Dieu près de vous, ou bien que ce soit M. Dumoulin ? Elle répondit : J'en prie M. Dumoulin. Sur cela plusieurs catholiquesromains se retirèrent, quelques-uns demeurèrent, qui pendant que je faisais la prière, taisaient des grimaces pour se mocquer. Je parlay à la malade et la consolay le mieux que je pus. Lors trois seigneurs de qualité entre lesquels estoit If. Dandelot, rentrèrent en la chambre de la malade et me dirent : M. Dumoulin, il y a là-bas des princesses et dames qui désirent vous voir conférer avec monsieur l'évesque. Je leur dis : Messieurs, vous faites cela exprès pour me tirer d'auprès de la malade, et m'empescher de rentrer. Là-dessus ils me tirent de grands serments et promesses qu'après la conférence, ils me laisseraient rentrer pour rendre à la malade les devoirs commencés (La conférence eut
lieu . Je remontay vers la malade, laquelle peu après rendit l'esprit. » (Bull. VII, 167.) « Madame la maréchale de Fervacques a été bienheureuse d'avoir pu être admonestée par M. Dumoulin.
Je me doutais bien, Madame, que vous steriez à sa dernière fin, » écrivait le 8 juin de cette année Anne de Rohan à Madame de La Trémoille. ( Vaurigaud.)
ALEIX ou Allein (d), capitaine.
[V. 157 b;YI,388a;Vn,30b].— G. de Ravnaud, sieur d"), vers 1550 [V, 353 b; VU. 318 b; VIII, 394 a]. Vov. Ravnaud. — D'Alen, 1600 [IV, 497 a . — ÙAlens ou Dalens, Foix, 1598 XU, 63 b].
ALEIZETTE (Pierre d'), consul de Ghabotte, signalé en 1737 comme obstiné huguenot [Bull. V. 316;.
1. ALEMAX (Charles), natif de Gimont en Gascogne, reçu habitant de Genève, 27 nov. 1559. — Cf. Ail...
î. AL KM AND, « Johannes Alemandus Marosiensis (Marousse, Charente?) Occitanus, » étudiant à Genève, 1592.
3. ALEMAXD (Louis-Augustin), né à Grenoble en 1653 [Haag I, 60]. Après avoir terminé ses études à Valence et y avoir pris le grade de docteur es arts, Alemand se fit recevoir avocat au parlement de Grenoble. Les persécutions contre les protestants augmentaient chaque jour de rigueur; toutes les carrières leur étaient successivement fermées. Alemand n'eut pas la force d'affronter les périls de la fuite et de s'exposer aux misères de l'exil ; il abjura en 1676, et prit alors le parti de se rendre à Paris, où il se fit homme de lettres. Il publia en 1688, in-P .\ouvelles observations ou Guerre civile des Français sur leur langue, essai d'un dictionnaire historique et critique de tous les mots, de toutes les locutions, de toutes les règles contestés. L'Académie française, qui se disposait à faire parai- 'ii Dictionnaire, en arrêta l'impression pour proliter des observations d'Alemand. Ce fut Alemand qui publia deux ans plus tard les Nouvelles remarques ' . de Vaugelas sur la langue française : Paris. 1690, in-P2. Cette publication fut suivie de ï Histoire monastique d'Irlande ; Paris, 1690, in-L2; trad. en angl.: Lond. 1782, in-M°. Ces nouveaux ouvrages lui ayant procuré plus de désagrément que de profit, notre auteur se mit à étudier la médecine dans l'espoir d'obtenir un brevet de chirurgien de marine qu'on lui avait promis. Il reçut dans ce but en 1693 le grade de docteur à la faculté d'Aix ; mais le brevet promis ne lui ayant pas été accordé, il reprit la plume l'année suivante et donna le premier volume d'un Journal historique de l'Europe pour l'année 1 695 ; Strasb. (Paris . It.'.ii, in-1'2, quinefut pas continué, les rédacteurs de la Gazette de France, du Journal des Savants et du Mercure s'étant opposés à ce qu'on expédiât un privilège pourcetouvrage. On doit aussi à Alemand une traduction de la Médecine statique de Sanctorius, qu'il intitula : Science de la transpiration ou
ALEMAND — ALENONCOURT
médecine statique... c'est-à-dire manière ingénieuse de se peser pour conserver et rétablir la santé par la connoissance exacte de l'insensible transpiration; Lyon, 1694, in-12. S'il faut en croire Carrère, Alemand publia aussi le Secret de la médecine des Chinois, Grenoble, 1671, in-12. Il se proposait de publier un traité sur l'ancienneté des médecins méthodiques, lorsqu'il mourut à Grenoble en 1728. — Son frère, avocat 'au parlement de Grenoble, abjura comme lui ; il se serait fait connaître (suivant la fin de l'article de MM. Haag) par un livre dédié au Père La Chaise, et conçu dans l'intention de défendre les protestants. D'après une note postérieure de MM. Haag, Jacques-Thomas Alemand, frère de Louis- Augustin , ne serait pas l'auteur d'un livre écrit en faveur de ses coreligionnaires ; l'honneur en appartiendrait à Louis - Augustin , mais ce livre n'a pas été publié. Son auteur lui avait donné le titre suivant : Traité pour prouver que les protestants ne sont pas inutiles à la religion. Peut-être regrettait-il alors son apostasie. Quant à Jacques-Thomas, c'est un tout autre ouvrage qu'il aurait dédié au Père La Chaise, car à en juger par le titre il serait intitulé : Préservatif contre toutes sortes de nouveautés et hérésies ; Grenoble, 1688, in-12.
Uochas, Biogr. du Davphiné.
1. ALENÇON ou Dalençon (Guillaume d'), né à Montauban, martyr à Montpellier en 1554 [VU, 497 a].— La fin héroïque de ce chrétien n'a été mentionnée qu'en passant par MM. Haag; nous pouvons en donner aujourd'hui un récit émané d'un témoin oculaire * :
« Le 16 d'octobre 1553, Guillaume d'Alençon, de Montauban, fut dégradé. C'étoit un prêtre converti qui avoit apporté de Genève des livres et séjournoit depuis longtemps en prison. Revêtu de son costume ecclésiastique, il monta sur une estrade où l'évêque était assis. Après mille cérémonies et la lecture de nombreux passages en latin, ses ornements sacerdotaux lui furent enlevés et remplacés par des habits séculiers ; on lui rasa la tonsure, on lui coupa deux doigts, puis
• Mémoires de Félix Pluttcr de Basic, trad. et publ. par le l)r Ed. Fick, imp. à Oenove, 480C, 111-S".
il fut livré à la justice séculière. qui l'appréhenda sur-le-champ et le ramena dans son cachot. Le 16 de janvier 1554, il fut condamné à mort, et l'après-midi même il fut supplicié. Un homme le porta sur ses épaules [les jambes liées sans doute] hors de la ville, à la place où étoit dressé un monceau- de bois. A la suite marchoient deux prisonniers : un tondeur de drap, en chemise, avec une botte de paille liée derrière le dos, et un homme de condition, fort bien accoutré.
Dans leur égarement, tous deux reniaient la vraie foi. Pour d'Alençon, il ne cessoit de chanter des psaumes. Arrivé devant le bûcher, il se déshabilla lui-même jusqu'à la chemise, rangea ses vêtements dans un coin avec autant d'ordre que s'il eût dû les remettre et, se tournant vers les deux hommes qui voulaient abjurer, il leur adressa des paroles si sérieuses que sur le visage du tondeur de drap la sueur coulait en gouttes de la grosseur d'un pois. Ce que voyant, les chanoines qui faisoient cercle, montés sur des chevaux ou des mules, lui commandèrent de finir. Alors il s'élança d'un air allègre sur le bûcher et s'assit au milieu. Par un trou pratiqué dans l'escabeau passoit une corde ; le bourreau la lui mit au cou, lui lia les bras au corps et alluma le bûcher après avoir jette dessus les livres apportés de Genève. Le martyr restoit paisible, les yeux tournés au ciel. Au moment où le feu atteignit les livres, le bourreau tira la corde et serra le cou du patient ; la tête s'inclina sur la poitrine ; dès lors d'Alençon ne fit plus un seul mouvement et son corps fut réduit en cendres. »
2. ALENÇON (Moïse), de Montélimart, assisté à Genève en se réfugiant en Suisseavecsa femme et ses enfants, 1684.
3. ALENÇON (MadameD1), Metz, 1589 [IV, 364 aj. -(... d'), réfugié, 1688 [VI, 260 b; VII, 425 a]. — Voy. Alançon.
4. ALENÇON de "Milleville, v. 1680 [VI, 363 b]. Voy. encore : [III, 84 b ; VI, 59 a].
ALENCOURT (... d'), condamné à mort, 1562 [III, 382 b, note].
ALENONCOURT (M»« d'), réfugiée en Prusse et pensionnée par l'électeur comme personne de condition (Erman, IX, 4).