‹ La France protestanteChapitre 41 sur 303 · ALLEMAN · texte numérisé non relu

ALLEMAN

ses promesses suffirait pour faire rentrer les huguenots dans le sein de l'Eglise romaine, accepta la coopération d'un homme qu'on lui dépeignait comme propre à faciliter la réunion désirée.

D'Allemagne fut donc nommé commissaire royal auprès du synode qui s'assembla à Charenton en 1671. Jamais on n'avait vu avant cette époque un ministre revêtu de ces fonctions ; aussi cette nouveauté excita-t-elle de légitimes soupçons ; mais la prudence exigeait qu'on ne les fit pas trop paraître. Le ministre de Sézanne assista sans opposition au synode; seulement, quand il voulut opiner en sa qualité de pasteur, le synode le força à se renfermer dans sa charge de commissaire, en lui déclarant que si, comme représentant du roi, il n'était pas soumis à sa juridiction, il l'était comme ministre, et que, comme tel, sa conduite allait être examinée sévèrement. D'Allemagne ne crut pas prudent de s'exposer aux censures de l'assemblée ; il alla même plus loin, et se sépara de son église, soit qu'il espérât se pousser plus facilement à la cour, soit qu'il voulût prévenir de nouvelles contestations dans le cas où il serait continué dans ses fonctions de commissaire royal. A ce dernier égard, son attente fut trompée; car lorsque deux ans plus tard, un nouveau synode fut tenu à Charenton, la cabale des accommodeurs travailla vainement à le maintenir dans sa charge; le député général, Ruvigny, para le coup et obtint que la commission serait donnée à un autre. Cet autre, il est vrai, fut La Brosse de l'Hôpital, beau-frère de d'Allemagne.

L'église de Sézanne cependant, n'ayant pu obtenir du synode le pasteur qu'elle souhaitait, le supplia de lui rendre son ancien ministre pour lequel elle avait conservé une vive affection, et la cour donna ordre au lieutenant général de Sézanne de maintenir d'Allemagne dans sa place (Archiv. gén. E, 3359). Mais celui-ci, qui ne se souciait nullement d'y retourner, obtintune lettre de cachet portant que, vu ses bons services, S. M. lui ordonnait de quitter l'église de Sézanne et de suivre la cour. Le synode ne pouvait aller à rencontre d'un pareil ordre, lors même qu'il en aurait eu l'in-

tention; cependant il ne voulut pas laisser impunie une semblable révolte contre la discipline, et il cita d'Allemagne à comparaître devant le prochain synode pour répondre à diverses accusations portées contre lui, tout en le déclarant incapable de remplir les fonctions pastorales dans aucune église, jusqu'à ce qu'il se lût justifié. D'Allemagne eut de nouveau recours à ses protecteurs. La délibération du synode de Charenton fut annulée par un arrêt du conseil qui le rétablit dans son église de Sézanne, que, deux mois auparavant, un autre arrêt lui avait ordonné de quitter. Il y retourna; mais il avait perdu toute considération. Pour échapper aux mortifications dont on l'abreuvait, il prit un parti désespéré : il se fit catholique et obtint du clergé une pension de 600 livres. Sa conversion acheva de le perdre à la cour même ; on l'abandonna dès qu'on cessa de pouvoir se servir de lui. Il vit alors dans quel abîme l'avait entraîné sa vanité. Plein de remords, il passa en Angleterre, où il répara sa faute d'une manière touchante et donna des preuves de patience et d'humilité dans l'obscure condition où il vécut jusqu'à sa mort. Il fut naturalisé anglais le 15 avril 1687 (Agnew II, 236). Sa femme était Elisabeth de Beauvau. Elle lui avait donné : Anne-Elisabeth, baptisée le 2 oct. 1660, morte en 1662; Charles, mort à trois ans, en 1667; Isabelle, morte enfant en 1672.

On trouve dans le t. XI de la collection Conrart (Paris, Bibl. de l'Arsenal) un sermon de Jacq. d'Allemagne sur Marc, XII, 41-44, prononcé à Sézanne, le 16 févr. 1650.

3. ALLEMAGNE (Nicolas du Mas de Castellane, baron d'), vers 1570-1590, beau-frère de Liste, qui signa les lettres adressées au parlement de Grenoble par les principaux capitaines protestants du Dauphiné dans le but de sauver le brave Montbrun, dont le roi Henri III voulait la tête [IL 374a, 182 b, 500 a; IV. 531 b; V,93 b ; 1\, 142 h; X.225].— (Anne d\ Paris, 1670 [VIII, 25 h]. — ^Louise .1' . 1627 [IX,358 a|. — vHlisabeth d'), 1631 [IX, 411 a].— (Sara du Mas d') [ 1 . 275 b .

ALLKMAN Sobannb), 1737 [Vil.

93 b]. — (Philippa), réfugiée et assistée à Genève, 1681

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