ANDRÉ
des troubles des Cévennes , essuyoient des traitements qui paroitroient incroyables , s'ils n'étoient attestés par tous les habitants de ce pays-là. Tantôt il leur arrachoit avec des pincettes le poil de la barbe ou des sourcil* ; tantôt avec les mêmes pincettes, il leur mettoit des charbons ardens dans les mains qu'il fermoit et pressoit ensuite avec violence, jusqu'à ce que les charbons fussent éteints ; souvent il leur revêtoit tous les doigts des deux mains avec du coton imbibé d'huile ou de graisse, qu'il allumoit ensuite et faisoit brûler jusqu'à ce que les doigts fussent ouverts ou rongés par la flamme jusques aux os.
Lorsque tous ces différents supplices n'opéroient pas selon les vœux de cet abbé, il faisoit enfermer les détenus dans des prisons, et les tenoit dans les ceps. C'est dans cet instrument, inventé pour lasser la patience la plus à l'épreuve et la constance la plus longue, que cet abbé tenoit ces malheureux pris par les pieds et par les jambes, et dans une posture si gênante, qu'ils ne pouvoient rester ni assis ni debout, et qu'ils soulTroient les plus cruels tourments. Entre un grand nombre d'autres, Pierre Soulier de Reynol, paroisse de S. -Germain, porta jusqu'au tombeau les marques de cette nouvelle espèce de gêne. — L'archiprêtre, ajoute M. Peyrat, relâchait pourtant quelquefois les hommes, mais à prix d'or; et quelquefois aussi les femmes, mais au prix de leur vertu. » Pendant plus de quinze ans, la malheureuse population de ces contrées fut dévouée à tous les genres de torture. L'heure de la vengeance sonna enfin : l'attaque de la maison d'André, dans la nuit du 24 au 25 juillet 1702, fut le signal de la guerre des Gamisards.
9. ANDRÉ, famille languedocienne qui, réduite, comme tant d'autres, à la profession commerciale, par son attachement à la Réforme et par la rigueur des édits qui fermaient aux protestants presque toutes les carrières, s'y livra avec une persévérance et un succès rares. = Armes : D'azur à un sautoir ou croix de S. -André d'or, cantonné de trois molettes de même, et d'un croissant de même en pointe.
Antoine André vivait au milieu du
XVI* siècle à Laval, paroisse de Sanilhac en Vivarais. Il était notaire. On lui connaît deux fils, Michel et Jean. Michel mourut en 1589 laissant quatre fils et une fille. Deux des petits -fils de Michel, nommés Jacques et David, moururent l'un à "Verceil en Piémont, l'autre à Genève. La descendance de Jacques, né en 1G22, s'était définitivement établie à Genève vers l'époque de la révocation de l'édit de Nantes, car quatre des six enfants qu'il avait moururent dans cette ville (de 1709 à 1738). Son fils aîné, Jean, né en 1651, mort en 1737, épousa Louise Vazeille, dont il eut douze enfants. L'aîné, Guillaume, né en 1685, épousa en 1715 Marie, fille de Jacques Privât, de Nîmes, qui lui donna six fils et cinq filles, dont quatre furent mariées à Genève : Marie (1716-1773), femme de François de La Rive ; Louise (171 9-1793), femme, en 1750, du pasteur Daniel de Rochemont ; Jeanne (1720-1 786), femme de Jean-Louis Lamande; Isabelle (1731- 1758), femme, en 1752, du professeur Louis Necker, seigneur deGermagny.Un frère de ces quatre dames, Antoine André, né en 1717, s'établit à Southampton, puis à Londres, où il mourut en 1769; il avait épousé Marie-Louise Girardot.
L'aîné de ses fils, Jean André, né à Londres en 1750, acquit une place, au prix de sa vie, dans l'histoire de la guerre de l'Angleterre contre les Etats-Unis d'Amérique. Nous laissons ici la parole aux biographes anglais : « Jean avait commencé sa carrière par le commerce, mais plein du désir d'embrasser la vie de soldat. Une déception de cœur raviva ses premières velléités et il entra dans l'armée. En 1780, il était en Amérique et servait comme adjudant général sous les ordres de sir Henry Clinton. Un des généraux américains, Arnold, ayant résolu de faire sa soumission au gouvernement anglais, le major André fut désigné pour conclure la négociation avec lui. Le général Arnold gagna en toute sûreté les lignes britanniques; mais André fut découvert et, comme il avait pris un déguisement, il fut traité comme espion et pendu. Il n'avait pas encore trente ans. Sa mort causa une explosion de douleur en Angleterre. On lui éleva un monument funéraire dans l'église de "West-
ANDRE — AXDRIEF
minsteren 1781, et le roi George 111 accorda en môme temps le titre de baronnet à Guillaume-Louis André, jeune frère du défunt. Ce dernier, né en 1760, mourut sans héritier, à Londres, en 1802. Quarante ans plus tard, la reconnaissance britannique pour le dévouement du jeune officier n'était pas refroidie, car ce fut alors (nov. 1821) que, sur les ordres du roi Georges IV et par les soins du consul anglais de New-York, on rapporta d'Amérique, pour les déposer dans le monument de Westminster, les restes de Jean André. Sa famille, quoique devenue bien anglaise, n'avait nullement oublié son origine, car on trouve, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et jusqu'au milieu du XIXe, sept de ses membres investis des fonctions de directeur de l'hospice des pauvres protestants français réfugiés à Londres.
Ce sont : David, frère d'Antoine, 1756; David junior, fils du précédent, en 1782; Jean-Louis, autre frère d'Antoine, en 1786 et 1809; sir William- Lewis, leur neveu, en 1793; Jacques- Pierre, fils de Jean-Louis, en 1814 ; enfin un second Jacques-Pierre, fils du précédent, en 1846. Guillaume André, cinquième et dernier frère d'Antoine (1732-1814), eut pour femme Marianne de Félice, et vécut à Naples, où demeurèrent ses descendants.
Cette branche abondante établie surtout en Angleterre provenait tout entière de Guillaume, l'aîné des douze enfants de Jean André (1651-1737) et de Louise Vazeille ; la plupart des autres moururent très-jeunes, excepté Jean, né en 1689, mort à Genève en 1764, Marie, née en 1693, épouse de Jérôme David et qui n'eut qu'une fille dont la descendance existe dans les familles Hagermann et de Bussierre; Jean-Louis, né en 1700, mort à Nîmes en 1765; enfin Jacques, auteur d'une branche nouvelle non moins considérable que celle de son frère aîné.
Jacques, onzième enfant de Jean et de LouiseVazeille, naquit en 1699 et mourut à Nîmes en 1775. Il épousa Suzanne Audibert (morte en 1742) et il eut aussi douze enfants. Le troisième, Jean-Jacques, ne laissa que des filles, dont l'aînée, Anne, épousa en 1782 Jean Pieyre, depuis préfet et baron de l'Empire, lequel
appartenait à la famille Pieyre ou Le Pieyre des environs de Valleraugue, qui fournit du temps de Jeanne d'Albret un des défenseurs de Navarreins et vers la fin du dernier siècle un poète dramatique [Haag, VIII, 241]. Le sixième, Jean, né en 1 734, fut guillotiné à Nîmes en 1 793. Il laissa de Marguerite de Villas sa femme, une fille mariée à Jean Bonioux et un fils, Dominique (1766-1844) qui de Nîmes, de Lyon et de Gènes où sa famille avait depuis longtemps formé divers établissements de banque, se transporta à Paris. Il y fut l'un des membres du Consistoire central lors de la réorganisation de l'Eglise réformée de France.
Quelques mois avant l'exécution révolutionnaire subie par son père, il avait épousé Marie (ou Mira) Rivet dont il eut trois fils : Marie- Jean (20 déc. 1793- 1850), Louis et Ernest ; le premier, receveur général des finances, épousa en 1825 Henriette, fille de Frédéric Walther, général et comte de l'Empire; le second, manufacturier, épousa en 1836 Blanche, fille de J.-A.-A. Poupart, baron de Neuflize, et le troisième (1803- 1863), banquier, membre du consistoire de Paris et député au Corps législatif, épousa en 1832, Louise-Mathilde Gotiier. Du premier mariage est né M. Alfred André, banquier, membre du consistoire de l'Eglise réformée de Paris, député de la Seine à l'Assemblée nationale de 1871, et du dernier M. Edouard André, officier de cavalerie, ancien député du Gard.
Smiles, The Huguenots, 496. - Agnew, Protestant exiles, II, Ma. — M. Ern. André, par E. Jourdan de Hertz; Paris, 1804, )>r. in-8°.
ANDRÉ (Françoise d1), 1674 [III, 108]. — (Théophile d'), assisté à Londres, 1705.
ANDRED1EU (d'), voy. Chavagnac.
ANDREHON, ministre de Lambesc, 1685 [V, 337 a].
ANDREIN (Arnauld d'), « natif du pais de Béarn, » étudiant à Genève,
ANDRETTE (Marguerite), de Montpellier, assistée à Genève pour gagner la Hollande, 1692. — (Jeanne), d'Aiguesvives, assistée à Genève en allant joindre son père en Angleterre, 1700.