‹ La France protestanteChapitre 96 sur 303 · I. Il · texte numérisé non relu

I. Il

ARCHER

congé qu'a demandé Jehan Archérius pour aller ministre à Hericourt, luy a esté respondu par l'advis de tous les frères que sa procédure ne peult estre approuvée. Et quanta ce qu'il demande que son église soit pourveue d'un g aultre ministre, est arresté et passé que aucune provision n'y sera faictejusques à tant qu'elle soit trouvée estre abandonnée par iCelluy. »

Malgré cette décision de la classe, L'Archer partit avec sa famille pour Hericourt, laissant son église de Cortaillod sans pasteur, et excitant par là contre lui le mécontentement de ses anciens collègues.

Depuis deux ans, le duc Christophe de Wurtemherg avait repris par les armes la ville d' Hericourt et les trois seigneuries voisines, et cherchait à y répandre la connaissance du pur Evangile ; mais la disette de pasteurs capables était un obstacle à l'exécution de son pieux dessein. Sur la recommandation des théologiens de Bàle, le conseil de régence de Montbéliard adressa un appel à J. L'Archer, qui l'accepta, probablement avant d'avoir consulté la classe de Neuchâtel de laquelle il dépendait et envers laquelle il était lié par certains engagements. Delà, sans doute, le refus de la classe de lui accorder son congé et la désapprobation inlligée par elle à sa conduite. — L'Archer fut installé à Hericourt « le dimanche avant la St-Jean » c'est-à-dire le 20 juin 1563. «Il trouva son église dans un état déplorable, dit M. Goguel (Précis historiq. de la Réform. dans le- comté de Montbéliard, ]). 6 "2) ; « tout y était à faire pour le bien-être moral et spirituel du troupeau. Ses soins et son application constante produisirent peu à peu un amendement efficace , qu'il n'était pas moins nécessaire de réaliser dans les autres paroisses des trois terres. Mais les candidats au saint ministère manquaient à Montbéliard, et Arquerius fut envoyé à Lausanne, en février 1565, afin d'y chercher des serviteurs pour l'église. Ses démarches réussirent au gré de son attente, et dès le mois d'août suivant on put congédier les prêtres et leur substituer des ministres de la pure Parole. »

Pourquoi L'Archer ne s'adressa-t-il pas aussi à la classe de Neuchâtel? Son départ trop précipité, deux ans auparavant, ne lui avait-il donc pas encore été pardonné?..; ou bien, les soupçons que Th. de Bèze jetait sur lui dans ses lettres citées plus haut, avaient-ils quelque fondement? C'est ce que peut faire supposer une lettre de Farel; du 5 décembre 1563, à Christophe Fabri alors à Lyon, dans laquelle il lui parle du grand dommage que les hérésies d' Arquerius ont causé dans l'église de Cortaillod; c'est ce que semble confirmer une lettre que la classe de Neuchâtel écrivit au commencement de 1565 au maire de Montbéliard, Aht. Carray, pour l'informer de la doctrine et de la conduite de J. L'Archer, lettre que jusqu'à présent je n'ai pu retrouver nulle part et qui probablement a été détruite, mais dont une lettre subséquente, que je transcris plus loin, nous fait connaître le contenu général. Mais quelles étaient ces hérésies? c'est ce qu'il est difficile de déterminer avec certitude. La correspondance de L'Archer avec Castalion nous fait soupçonner qu'il était question de là doctrine de la prédestination sur laquelle il n'était pas d'accord avec Calvin, et sa conduite postérieure dans l'église de Montbéliard nous autorise à penser qu'il avait déjà alors des idées particulières sur la sainte Cène et qu'il admettait sur la présence réelle du corps de Christ dans le pain sacré les doctrines de Luther qu'il prêcha en effet plus tard.

Dans les troubles qui agitèrent le comté de Montbéliard à cette époque, L'Archer se rangea dès l'abord et sans hésiter du côté des partisans de la confession d'Augsbourg, et se distingua par la violence de son opposition contre les partisans, très-nombreux alors à Montbéliard, de la réforme helvétique. Les mesures rigoureuses qui furent prises, avec son concours, contre plusieurs pasteurs qui partageaient les opinions religieuses de Calvin et refusaient d'adhérer sans réserve aux doctrines de la confession d'Augsbourg, engagèrent les pasteurs de Montbéliard qui n'étaient pas favorables à ces dernières, à faire usage de la lettre de la classe de Nenchàtel, écrite au printemps de 1565,

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pour s'opposer aux violences de L'Archer et attaquer la droiture de son caractère. L'Archer nia-t-il la vérité des accusations portées contre lui dans cette lettre? C'est assez probable: car le gouvernement de Montbéliard en écrivit à la classe de Neuchàtel, et les pasteurs du comté déléguèrent auprès d'elle le diacre André Floret, dans le but de s'assurer de la vérité de ces accusations, et de demander à la classe de les confirmer par des preuves et par une déclaration solennelle. La classe de Neuchàtel, assemblée extraordinairementàce sujet, répondit à cette demande des pasteurs par la lettre suivante, datée du 18 août 1570:

« Tres-chers et honnorez frères, nous avons entendu de maistre André Floret, diacre de Montbéliard, la charge qu'il avoit de vostre part de conférer avec nous touchant certaines lettres escriptes par Mre Guillaume Philippin nostre cher frère et soubzsignées par nostre bon père Mre Guillaume Farel de bonne mémo} re et par les jurez de nostre assemblée pour et au nom de toute la classe, qui concernent la doctrine, vie, et conversation de Jean L'Archer ; Et avons aussi receu lettres tant de Monsgr le Gouverneur chancelier et conseilliers de Montbéliard que de nostre frère Mre Pierre Toussain, par lesquelles sommes priez de vous advertir et asseurer tant du contenu audit escript, que de ce que nous pourrions scavoir de la doctrine vie et conversation dudit Archer: Lt ce d'autant qu'en ce faict il est question de la gloire de Dieu et édification de ses Eglises, cela a esmeu les frères de oestt classe de s'assembler extraordinairement abn de adviser à cest atfaire.

Ayant donc par ensemble considéré et diligemment pesé toutes choses, ilz m'ont donné charge de vous escrire, qu'ilz ne trouvent guères bon que, ayans cogneu le personnage et estans advertis tant de sa doctrine que de sa vie et conversation, voyans aussi qu'il n'apportoit tesmoignage de la compagnie de ceux entre lesqueiz par ordre il avoit esté receu et sans ordre ne devoit s'en départir, ne de son Eglise laquelle comme mercenaire il delaissoit estant hé et obligé à icelle jusqu'à ce que légitime-

ment il en fust desiié, neantmoins l'ayez receu et admis, dont maintenant vous en recevez tel fruict en salaire qui vous avoit esté prédit. Car vous pouviez bien penser, frères, que celui qui ne vaudra rien vers nous et entre nous, a grande peine qu'il soit homme de bien ailleurs. De sorte que vous voyez en lui vérifié ce que dict le commun proverbe, Cœhnn non animum mutant qui trans mare currunt. Et que quant à ces lettres qui furent envoyées il y a cinq ans passez à Monsr Carray par Monsr Farel nostre bon père et autres de noz frères, nous - imons si fermes et authentiques, qu'elles ne pourroyent estre davantage corroborées ny authorisées par nov.

non que nous voulsissions enfreindre et révoquer en doute la fidélité et preudhomraie de nostre bon père et de noz frères qui au nom de la classe les ont escriptes et subsignées. Toutesfois d'autant que nous avez escript que ceci concerne la gloire de Dieu et la tranquillité et repos de voz Eglises que ce brouillon veut troubler, nous avons bien voulu acquiescer à vostre requeste eu confermantle contenu audit escript, Etmesme vous envoyons la copie de sa recantation soubzsignée de sa propre main, touchant ceste belle rapsodie des conciles qu'il a faict mettre en lumière, où vous pourrez voir ce que dict le poète : Et crimine ab uno. etc. Avec ce aussi la copie des censures de M. Pierre Yiret sur le mesme livre, laquelle ledit Archer a approuvée et soubzsignée ayant promis de faire imprimer sa recantation afin d'oster le scandale qu'il avoit donné au grand préjudice de la vraye religion chrestienne, Ce qu'il n'a faict jusqu'à présent. Item des lettres escriptes à feu nostre frère M. Anthoine Tomassin1, où vous pourrez voir quelque chose de ses bizarres opinions. Voilà frères ce que nous avons peu faire. Nous prions nostre Seigneur qu'il vous vueille si bien conduire et addresser par son esprit que le tout redonde à son honneur et gloire, au bien édification et tranquillité de son Eglise. Nous avons rescript à Monsr le Gouverneur et Conseil de Montbéliard pour ce mesme faict leur adressans le

1 Treniicr pasteur de Cornaux, entre Neuchàtd et *o»j!le.

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tout qui sera l'endroit où après nous estre recommandez à voz sainctes prières Nous prions l'Eternel qu'il vous ait en sa saincte et digne garde. De Neufchastel ce 18 d'aoust 1570. Vostre frère et bon ami D. Chaillet, Doyen, par commandement et au nom de toute la classe. »

Cette lettre ramena-t-elle L'Archer à plus de modération et fit-elle cesser l'agitation dans le pays? On peut en douter, ou du moins ne fut-ce pas pour longtemps; car l'année suivante (12 août 1571), Daniel Toussain, le pieux et savant théologien d'Orléans, qui suppléait son vieux père dans l'église française de Montbéliard, écrivait aux pasteurs de Neuchâtel que, depuis trois mois, « Sathan dressoit de grans empeschements « à la Réformation qui s'avançoit heureusement par deçà. « Car, dit-il, combien que le Magistrat eut rendu tesmoingnageaux Princes du repos et bon ordre de ces Eglises, ce grand remueur de mesnage le Docteur Jacobus Andreae a brigué une commission qu'il a obtenue, de visiter (comme ils appelent) ces Eglises : ce qui rapporte à l'Inquisition, et est du tout semblable. Comme aussy ce nous a esté une grande Visitation de Dieu que la venue de cest homme là.

Pour ce qu'il s'est comporté avec toute insolence et contre tout ordre Ecclesiastiq, estant envenimé contre les Calviniens qu'il nomme ainsy, plus que ne furent jamais les Egyptiens contre les Israélites. D'entrée il s'est tousjours accosté de ce prophane Arquerius, l'ayant à son conseil, au lieu de peser les accusations qu'on avoit contre luy. »

Ces troubles durèrent encore plusieurs années, et Jean L'Archer ne cessa d'y jouer un rôle actif jusqu'à sa mort, arrivée en 1588.

Si la correspondance de L'Archer avec Castalion nous a disposé à voir en lui un homme charitable, les 25 dernières années de sa vie passées à Héricourt nous semblent dénoter dans son caractère un changement qui ne parle pas en sa faveur, et un défaut de modération qui se trahit dans tous ses actes. Ainsi, en 1584, appelé à adresser à la régence de Montbéliard un rapport sur la conduite de ses paroissiens, il y dit entre autres:

« Touchant la chanterie des pseaumes, elle est en grand mespris à Héricourt; ils n'y veulent assister ni au commencement ni à la fin, et les enfans suivent l'exemple des grands. Ils savent bien des chansons du diable, mais des bonnes ils n'en veulent point savoir. »

Outre ses Canons de tous les Conciles, Jean L'Archer publia divers ouvrages, entre autres un Dictionarium theologicum, Bâle, 1567 (in-fol. 60G pages), dédié à Christophe, duc de Wurtemberg et comte de Montbéliard. (Cagnebin.)

Le principal ouvrage de Jean Archer, ses Canons des Conciles, ayant échappé à l'auteur de la biographie qu'on vient de lire, nous en ajoutons ici la description : Canones conciliorum omnium, qui a primo apostolormn concilio usqne ad postremum sub Eugenio IIII Pont, max. célébration, a S. Patribus sunt constituti. — Opus dirimendis in Religione controversiis utilissimum ac in primis necessarium, magna parte ex tribus Conciliorum tomis nuper Colonix Agrippinx excusis, decerptum :

Joasne Sa(httario, Burdegalensi. collectore. Basilea?, per Joannem Oporinum(M. D. LUI mense septembri). Infol. 541 pages, plus les préliminaires et la table. La dédicace (Nobili et ornatissimo viro Joanni Mirabili interpreti et a secretis régis Gallorum apud Helvetios est datée de Valengin, le 9 avril 1551.

Ce recueil de conciles est bien d'une main d'érudit, mais d'un érudit de la vieille école, regardant comme un acte de haute science d'avoir extrait et réduit en un seul volume les trois volumes d'un recueil analogue imprimé récemment à Cologne (celui du chartreux Laur. Surius) et se vantant fort pour avoir transcrit les canons plus littéralement et plus complètement que son prédécesseur. Peut-être les ministres, ses collègues, qui le blâmèrent, jugèrentils qu'il y avait dans son travail plus d'attachement qu'il ne convenait pour les vieux errements de l'Eglise romaine. « Olim nemo, dit-il dans sa dédicace à Jean Merveilleux *, res Deo dicatas vel

• Conseiller d'Etat de iNeufchastel , châtelain de Tuielle, un des hommes qui ont le plus contribué a l'établissement delà Réforme daus son pays. Il était de

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digito movere audebat. imo quisque in usum eccleske et pauperum exproprio conferebat; nunc, o indignum facinus, res Deo consecrata? pradae sunt omnibus. » Sa préface au bienveillant lecteur contient quelques détails littéraires bons à recueillir :

« Je n'ai pas agi sans prendre conseil. Jean Oporinus typographe bàlois mon ami particulier (auquel j'envoyai un message à ce sujet par Hugues Clerc) m'a souvent exhorté à faire présent de ce travail à la république des lettres. Ensuite j'ai communiqué le plan de mon projet à divers amis (Michaeli Mulotio1, Joanni Cutneo8 compatribus meis ; Petro Magno3 et Joanni Belleio*symmistis meis5 charissimis)qui ne m'en ont jamais détourné. Lors donc que j'ai pour mon dessein de tels approbateurs, je ne suis pas prêt à en faire fi. Quant à ma fidélité dans la reproduction du texte de Cologne j'en ai un solide garant (Joannem Mercatorem6 optirmu spei adolescentem qui cum collectionem meam fere absolvissem in conferendis exemplaribus me adjuvit). — J. Belleius et J. Cutr.eus sont les mêmes dont il est parlé par If. Herminjard au t. II de sa Corresp. des Rêform., p. 472, note 11. Ajoutons que la préface ci-dessus est suivie d'une pièce intitulée : « Ad leotorem Carmen elegiacum auctore Joanne Cutneo. »

Un de nos correspondants, qui a fait une étude particulière de la vie de Castalion, n'hésite pas à croire que L'Archer partagea la disgrâce de Castalion, parce qu'il partageait ses idées c

plus secrétaire interprète du roi François H» pour ses affaires en Suisse et parait l'avoir été aussi de Henri II.

• Mullot, pasteur à S.-Dlaise, entre Neucliàlel et le village de Cornaux où exerçait Ttiomassin.

s Peut-être un Le r.ouftre »

» Le Grand, pasteur à La Cnaux-de-Fonds, dans la seigneurie de Valangin.

1 Jean de Beliy, pasteur à Fontaines, près Valangin Ces trois, Mullot, Le Grand, Bellr, étaient réfugiés de France.

s Mes collègues, En effet, au mois d'avril issi, la classe (ou consistoire» de Valangin se composait de: Jaques Sorel. à Boudevilliers; de Belly, à Fontaines Pierre Simonnier, à S. -Martin; Evnard Plchon, à Savagnier; Pierre Le Grand, à La Chaux-de-Fonds; Cuill. Philippin, à La Sagne. Pierre Besson, au Locle: Hélie Limosin, aux Brenets; enfin du pasteur du cher-lieu (Valangin et Fenin) que précisément cette qualification de Symmistœ, montre avoir été, à ce moment, Archer lui-même.

• Jean Marchand, de Boudri. au comté de Neufehaslel, alors étudiant à Baie, plus tard pasteur dans le bailliage de Crandson, puis au Locle, etc.

antipathies. 11 lui écrivait à la date du ô juin 150:2:

« Vous m'avez fort esjoui des nouvelles que m'avez escriptes et de ce que n'allez pas à Lausanne. Pour ma part j'en feusse été bien joyeux, parce que nous feussions veus plus souvent. Mais ayant considéré les grandes commoditez qu'avez à Basle, assavoir qu'estes en paix, que y avez de grans amys... je juge que c'est vostre grand bien d'y demeurer. Car. estant à Lausanne , à grande difficulté vous eussent laissé en repos ceux que sçavez. »

L'expression ceux que sçavez revient assez souvent dans les lettres de L'Archer à Castalion lorsqu'il parle de Th. de Bèze, de Farèl et de leurs amis. On voit aussi dans cette correspondance qu'il faisait venir avec soin par son ami l'imprimeur Jean Herbst Oporinus) et par Castalion les livres paraissant en Allemagne ou en Suisse contre Calvin et ses doctrines. La bonté de L'Archer et sa sollicitude en faveur des jeunes gens pauvres est un des traits les plus marqués de cettecorrespondance, comme M. Cagnebin l'a fait très-justement observer \

Dans l'été de 155i, au plus fort du bruit qui suivit la mort de Servet, notre pasteur, peu ardent, n'avait pas encore pris parti. Sun attitude était celle de Toussaint, de Zurkinder, de Musculus.

de Sulzer, etc. Il hésite à approuver Le supplice tout en craignant d'aller trop loin dans sa tolérance, et il se sent inquiété dans ses idées de tolérance par la pensée que presque tous les fauteurs du libelle : De luvrelkis non puniefidis sont en même temps suspects de quelque hérésie. C'est dans cette disposition d'esprit qu'il écrit à Castalion la lettre grave que voici :

« A mon très chier frère et bon a nu/ M. Sebastien Castalio à Basle.

« Mon très chier frère, dès lors que j'ai cogneu et veu les dons que Dieu avoit mis en vous je vous ay porté une grande affection car entre tous les hommes que vous veistes jamays j'ayme les gens

1 Voyez encore sur ce point, notamment, une lettre a Jean Bauhin du 7 octob. I.S65.

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scavans. Or pourtant que je désire que les beaux dons de Dieu qui sont en vous servent à sa gloire je vous ay voulu advenir de certaines choses a lin que vous y preniez garde. .

« Premièrement, le bruit court qu'estes de l'opinion de Servetus, ce que je ne peux croyre car on dit qu'il a été de tout en tout Arrien, c'est-à-dire disant que Jésus Christ estait créature. Or je scay qu'avez leu et lisez les Saints livres qui appellent Jésus Christ Jéhova, qui est le nom propre de Dieu, et Emmanuel qui signifie Dieu avec nous, et Dieu simplement et Vrai Dieu. Puis donc qu'il est vrai Dieu il n'est pas créature, mais créateur sans commencement et sans fin.

« Secondement on dit qu'estes anabaptiste c'est à dire que vous dites que les petits enfants ne doivent point estre baptisez jusquesà ce qu'ilz peuvent rendre rayson de leur foy, ce que je ne peux ainsi croyre car vous scavez assés que le baptême a succédé à la circoncision et que puisqu'on circoncisoit sous la loy les petits enfants qu'on doibt sous Jésus Christ les baptiser. Item vous lisez que plusieurs familles ont été baptisées; les enfants sont compris sous le nom de famille. Il est donc vraisemblable que les apostres les baptisoyent comme le témoigne saint Origène dans l'Esp. aux Rom.

Item dit Jésus Christ que le royaume des cieux est à eux. S'ils ont la chose ils peuvent donc bien avoir le signe, qui est le baptême. Il les fault donc baptiser en la rémission du péché originel qui leur est adonc remis comme le dit saint Augustin : Peccatum originis remittitur in baptismo, etc.

« Tiercement on dit que vous dites que l'homme peult venir à telle perfection qu'il n'a plus besoing de prier : pardonne nous nos offences etc.; et qu'il n'a plus besoing d'estre enseigné par la parole de Dieu. Ces erreurs aussi me semblent si étranges que je ne peux croyre qu'elles soyent en vous, car vous scavez que nous ne pouvons venir, pendant que nous sommes vestus du corps de péché, à telle perfection que puissions dire je suis sans péché. Item Jésus Christ a commandé que son évangile soit presché jusques à la fin du monde. Il fault donc tousjours enseigner.

« Finalement le bruit court qu'avez lai et imprimer ung livre contraire à ce que M. Calvin a traicté contre Servetus, c'est : De non comburendis hxreticis.

Or, touchant cet article je scay assés a quoy vous en estes car nous en conférasmes par ensemble la dernière foys que je feus à Basle. Si est que je désirerois que pensissiez un peu de plus près.

ci Conclusion finale vous estes en très mauvaise réputation en ce pais envers plusieurs . tellement qu'il n'a pas longtemps qu'il y eut ung homme de scavoir qui vous appella en une grande assemblée : « meschant hérétique. » Et qui pis est j'ay entendu ces jours passés qu'il y a ung homme de grand scavoir qui escript contre vous a raison des erreurs ci dessusmentionnées et d'aultres.

Je vous en ay voulu advertir pour aultant que j'ayme vostre salut et honneur comme le présent porteur vous en pourra advertir et asseurer. Dieu soit toujours avec vous. Amen. Ce 3Q de juillet l'an 1554, votre frère Joannes Arquerius. »

Il paraît que Castalion, aigri par la persécution, ne prit pas en bonne part cette lettre et les rudes interrogations qu'elle contenait. Le 4 octobre L'Archer lui écrit de nouveau :

« Très chier frère, ayant receu voz dernières lettres je feus si fasché que me repenty de vous avoir jamais escript, pour ce que me donnez à entendre que m'estimez semblable à plusieurs qui sont aujourd'huy au monde : c'est que vous vueille tirer les vers du nés, comme on dit, a fin de le rapporter à vos ennemys. A Dieu ne playse que face ainsi. Il m'a jà faict la grâce de désirer de fayre a aultrui comme je vouldrois qu'on me feist. Ce qui a esté cause que vous respondez aussi obscurément qu'aviez faict auparavant... »

Il continue en entrant dans la discussion sur la parfaite obéissance possible à l'homme et sur l'égalité du Fils avec le Père et conclut :

« Voila ce que j'ay voulu vous escrire. "Vous respondrez ce qu'il vous plaira.

Cependant asseurez vous de cela de moi queje désire vostre bien et salut, et que je suis ny traître ni faulx rapporteur. »

La preuve que Castalion se convaiu-

AKCHEK — AUCUN VILLE

quit bien de la vérité de ces protestations, c'est tout le reste de leur correspondance, de plus en plus affectueuse jusqu'à la mort1.

•2. Arches .Christophe), fils du précédent, ministre à Valentigney, fut reçu bourgeois de Montbéliard le 4 sept. 1617.

3. ARCHER (J.), pasteur à Guillestre et Vars en Dauphiné, 1685 [III, 166 b; VI, 536 b]. Le même, sans doute, inscrit (Johannes Archerius Delphinensis* à Genève, comme étudiant en théologie en 1670. — Archer le lils, réfugié à Lausanne 17 avril 1688. — (Jean), de Grenoble et son fils assistés à Genève, 1090-1706. — (Jean), de Mens,' idein, 1705; reçu hab. de Genève en 1709; bourgeois en 1730.

— (Marie), de Grenoble, et sa fille, réfugiées à Magdebourg, 1698.

4. ARCHIER (Peyrothon), un des premiers habitants d' Aaen qui embrassèrent la Réformation. Arrêté en 1549 par l'ordre du sénéchal d'Agenois, il fut conduite Bordeaux et bientôt condamné par arrêt de la chambre de justice qui siégeait extraordinairement dans cette ville. Il subit le dernier supplice et fut brûlé vif devant le palais de L'Ombrière.

— (Antoine), probablement frère du précédent, fut condamné par le même arrêt à être fouetté de verges. (Gaui.lieur.)

ARCHIAC (A. de Moxtberox, baron d'), 1569 [VII, 458 a]. — (Du Parc d'). Vuy. VI, 357 b et IV, 454 W.

ÀRCHINA (Louis), de Saint-Etienne en Dauphiné, assisté à Genève, 1703. — Archinad (Jacques), de Chabeuil en Dauphiné, tondeur de draps, réfug. à Genève, 1710. — Ar chinai (3 enn), de Chiitillon en Dauph., poudrier, habit, de Genève, 15 mai l?èi. — Arsinal Etienne), de Chastillon-sur-Die, assisté à Genève, 1684. — (André), « de Livron, travaillant aux indiennes, » reçu habitant des Genève, 3 septemb. 1715.

1. ARCHINARD (Jaques;, « natif du lieu et paroisse d'Oste en Daulphiné dioc. de Dye, » reçu habitant de Genève, 6 juin 1559. — Jacob, « Jacobus Archinardus Delphinas, » étudiant à Genève, 1581. — (Jacob), Montelimart, 1603 [X, 269]. «Le 28 janv. 1596 àOste, à l'issue dupresche du matin par M. De-

1 Nous devons ces documents supplémentaires sur Ircher « M. V. Bcisso*.

vagues, a esté baptisé le fils du sieur Sébastien Archinard d' Aoste et de Susanne Vion. Son parrin Mons. Jacob Archinard, docteur es droicts, advocat au Montelimar. » — Archinard, du comtat Venaissin, 1612 [VIII. 103 bL

2. ARCHINARD Jean) de Die, envoyé à Genève par M. Chion, conducteur d'une colonie de réfugiés vaudois qui sont dans le Wurtemberg, pour obtenir des Genevois quelques secours. Il obtient 5 écus; 1700. — (Jean), de Chastillon en Dauphiné, et sa mère, assistés en passant à Genève pour se rendre à Berne, et à son retour, n'y étant pas resté, 1693-1700. — (Jean-François) et son frère, de Die, assistés à Genève en 4705 et 1706. — (Jeanne), des environs de Die. idem, 1708. — (Pierre), de S.-Marcellin en Provence, accusé en France de s'être allé marier à Genève et d'v avoir envové élever son fiï.s, 1734 (Bull. XI, 244)."

3. ARCHINARD, famille de Pont en Royans. réfugiée à Genève lors delà révocation de l'édit de Nantes. Elle y fut admise à la bourgeoisie en 1702 et y existe encore. Elle a produit deux théologiens distingués : 1° Daniel, 1698*

pasteur successivement de plusieurs églises françaises de l'Allemagne, notamment de celle de Brunswick, où il mourut après y avoir passé onze ans.

2° Jean-André, lsitj-1809, pasteur à Chanoy, puis à Genève, et auteur de plusieurs ouvrages d'histoire ecclésiastique et d'archéologie. La France Protestante a cité ce dernier [VII, 209 b, 386 a] pour diverses communications dont MM. Haag lui ont été redevables et le Bulletin de t'Hist. du Prof, lui a consacré un article nécrologique dans son XVIII* volume (1869), p; 6w.

ARCI ou Arcy (Henri Goxdix, sieur d'), v. 1620 [V. 302 a]. - (François), id. — (Phil. Guilard, marquis d'), v. 1640 [VI. 378 a].

ARCIER (Catherine d'), vers 1550 [IH, 109|.

ARCONQLE D'AUBAREDE (Jean d'), assisté à Londres, 1702.

ARCON VILLE (d), employé dès avant 1682 comme ingénieur militaire au service de l'Electeur de Brandebourg Erman IX, 9). — La famille d'Arcon-

ARCONVILLE

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