LE ROI ARRIVANT A LHOTBL DE VILLE, LE I7 JUILLET I
Obtisaant i une maUilivc apprâhcnsian de la guerre civile, te Roi, ains autre conigt que celui de sea
deux Irtrea, Vêtait Iranaporté i l'Assemblée niiionale, s'éiaii uni aux représenta 11 13 du peuple, atait
ordonné le renvoi dea troupes, le rappel de M. Nccker au ministère et avait annoncé qu'il allait ae Iraus-
daleni à être punis triomphaient. On put comprendre dés lors que Ici pillards e< les asBas'ina,i|ui avaient donné la victoire i la Révolution, feraient partie intégrante du nouveau aystème social. Le Roi entra dans la capitale entre deux haies de gardes nationaux el accompagné de l'Assemblée uaiionile. Il ae rendit à l'Hfltel de Ville au milieu des acclamations; Bailly, le nouveau maire, en lui remettant les clefi, lui dil : » Sire, Henri IV avait reconquis son peuple, ici, c'est le peuple qui a recotiquis son Roi. • Cette phrau folltre fui applaudie; et personne ne fui 11 pour dire au monarque qu'un Roi conquis, c'eat uu cnailre qui
singeries, en « parlant gascon «, il désarme cette troupe. Cet Electeur changé en pître par amour de la Révolution ne doit pas être oublié.
ASSASSINAT DE FOULLON, LE 22 JUILLET i;-8 Foullon, conuillcr d'Elal, idioint au minbirc de la guerre, ei son gendre, R lotcadaDl de Paris, lonl assassinés l'un apris l'auire sur la place de tirève, après qo ie loute façon. I^ur» tête» »onl poriées en triomphe par tout Paris. Ce sont les étei ïtlle. Le corps de Foullon est train* dans le ruis»e»ti,de l'Hûtel de Ville jusqu'aui Benier, après avoir tté portée processlonnellemenl dans le Palaia.Poyal, est posie ai
Ce qu'on demandait surtout au Comité permanent , après les armeSf les poudres, les piques, les ordres d'assassinat et de pillage, c'était la Bastille.
France kévolut. — Livr. g.
Il fallait envoyer des députations. Le coup de main du Parlementaire, manqué deux fois, pourrait réussir. D'ailleurs on savait que M. de Launay avait tout cédé jusqu'ici. Thuriot avait dû indiquer qu'il était démoralisé. Il avait, sans doute, trahi le peuple en ne remettant pas la citadelle aux premiers pillards qui s'étaient présentés ; mais il s'inclinerait, peut-être, devant la majesté de la bourgeoisie, et l'insistance de la maçonnerie.
On envoya d'abord M. de la Vigne, un des présidents du Bureau des électeurs, avec Chignard, l'abbé Fauchet et Bottetidoux, un député suppléant de Bretagne, qui représentait probablement, à l'Hôtel de Ville, sous la direction du duc d'Aumont et de Moreau de Saint- Méry, le mouvement maçonnique et révolutionnaire dont le club Breton était alors le rouage principal.
Cette députation portait un arrêté signé Flesselles et proclamait que toutes les forces militaires installées dansja ville devront désormais obéir aux bourgeois. Elle allait réclamer l'introduction de la milice parisienne dans la Bastille.
Revenons-y avec elle.
Tout l'espace compris entre cette forteresse et la place de Grève est couverte d'une foule innombrable, affolée, efiFarée, qui met les assaillants en communication directe avec le Bureau par une sorte de chaîne électrique dont chaque être de cette foule est un des anneaux, anneau électrisé par l'exaltation et l'angoisse de tous.
La députation traverse une partie de ces rues grouillantes, au milieu de cette foule enivrée, qui se range avec des clameurs, des encouragements, des applaudissements et des menaces. Les notables s'avancent. Ils ont cette audace hésitante, cette solennité tremblante, ce mélange de la hautaine insolence que leur communique la pensée de leur révolte contre l'autorité et du servilisme qu'ils se sentent en face de la populace. C'est ce mélange qui caractérise cette première Commune bourgeoise et presque tous les agents de la Révolution.
La Vigne, Chignard, Bottetidoux, Fauchet, avant d'arriver dans les environs de la Bastille, quittent le court chemin et s'approchent, non par la grille Saint-Antoine, mais par les derrières, par les jardins du Petit-Arsenal. Ils parviennent à la cour de l'Orme. On continuait cette inoffensive fusillade que nous avons dite.
Les députés s'arrêtent, proclament l'arrêté, parmi les braves abrités sous les voûtes, et... s'en retournent par des chemins probablement plus détournés encore. Us firent si peu de bruit qu'on ignora au Château l'existence de cette députation.
Il ne paraît pas que la fusillade ait été bien nourrie. Les assaillants étaient si prudemment remparés que leurs coups portaient au hasard.
Quant aux assiégés, ils semblent s'être contentés de tirer, de temps en temps, contre les pillards qui s'aventuraient pour achever de dévaliser Thôtel, les écuries, les bâtiments afifectés au logement des officiers et employés supérieurs du Château, Ces divers bâtiments, on se le rappelle, entouraient la cour du Gouvernement, qui était à découvert en face du grand pont fixe et de la grande porte du Château. Ces quelques coups tirés, on se reposait.
C'est dans l'intervalle d'un de ces armistices tacites que les chroniqueurs semblent vouloir placer quelques épisodes caractéristiques. Pour nous, nous sommes tenté de croire que ces incidents ont précédé les premiers coups et qu'ils furent pour quelque chose dans l'exaspération momentanée des Invalides, dans ce court élan de courage guerrier qui les saisit.
Les émeutiers trouvent dans un des appartements de l'hôtel du gouverneur, qu'on est en train de piller, un personnage qui a l'air décent. C'est l'Ogre, évidemment ! On le saisit, on veut le tuer. Cholat « le brave Cholat » obtient qu'on ne l'écharpera pas immédiatement et qu'on le mènera à l'Hôtel de Ville, pour l'ofiFrir aux Electeurs. Il arrive en triste état. On le reconnaît toutefois pour M. Clouet, régisseur aux poudres. N'importe, le peuple a ordre de commencer la tuerie. On le sauve à grand'peine. Le peuple donne à coups de sabre sur le chevalier de Saudray qu'il vient de nommer l'un des chefs supérieurs de la garde nationale et qui lui enlève Clouet.
En continuant le saccage dans les bâtiments extérieurs de la Bastille, on saisit « une jeune personne intéressante par la grâce et la candeur ». <c C'est la fille de l'Ogre ! C'est la fille de Launay. Qu'il nous livre la Bastille ou nous allons lui brûler sa fille! »
La pauvre enfant s'est évanouie. On l'apporte sur un matelas et on y met le feu.
C'était la fille de M. de Montigny, enfermé dans le Château. Il
voit son enfant brûler vive. Il s'avance pour crier grâce. On lui tire deux coups de fusils qui le renversent. Heureusement « le brave et généreux » Aubin Bonnemère écarte la foule « homicide », sauve la fille et « revole au combat ». «Grand peuple! s'écrie Dusaulx. C'est ainsi que les atrocités finissent le plus souvent fort bien ! »
Chignard et Bottetidoux n'ayant eu aucun succès, il fallut recourir aux braves des braves. On choisit l'élite des Electeurs. Dusaulx nous donne leurs noms « à l'exemple d'Homère et d'Hérodote ». C^est Éthis de Corny et Francotay <c qui se félicitent de cette préférence». c( Ils marchent précédés du drapeau de la ville et d'un tambour. » De <f généreux volontaires les accompagnent ». Bien que le successeur d'Homère et d'Hérodote ne nous ait pas donné leurs noms, nous croyons pouvoir nous hasarder à les livrer à la postérité : de la Fleurie, de Milly, de Beaubourg, Piquot de Saint-Honorine, Boucheron, Coutans, Six. Joannon portait le drapeau.
Ils arrivent, eux aussi, par les derrières, par la rue de la Cerisaie, le Petit-Arsenal et la porte de la place de l'Orme. Ils s'arrêtent en se cachant sous la voûte, tandis que le drapeau s'avance au milieu de la pFace.
Ici commence la légende de la seconde trahison du malheureux Launay. Nous avons vu le cas qu'il faut faire de la première. La seconde est encore moins défendable, s'il est possible.
Éthis de Corny, Francotay, tiennent fièrement... sous la porte. Dusaulx garantit qu'ils se sont conduits « avec une bravoure singulière », et Francotay notamment lui confia des traits héroïques exécutés par lui-même, et des paroles dignes de Tacite. Mais quand ils revinrent à l'Hôtel de Ville, assez penauds, ils se plaignaient que Launay eût attiré la députatîon, parlementaires, drapeau et tambour, en face de la forteresse, pour pouvoir tirer dessus à l'aise.
Ce récit d'Éthis de Corny, d'un homme qui, en dehors du fanatisme révolutionnaire, paraît avoir été un honnête magistrat et un brave soldat, contribua, je le crois, à la mort de Launay, comme la parole de deux autres honnêtes libéraux, Garan de Coulon et La Poise, porta le dernier coup à Flesselles.
En tous cas, le récit portait tellement les traces de l'équivoque, que Dusaulx, tout en le donnant, n'y croit pas lui-même. « Le fait
est révoqué en doute. N'y croyons pas, ne croyons pas au crime, » dit-il avec une hypocrite bonhomie.
La Bastille dévoilée ici encore est obligée de reconnaître qu'il n'y a pas eu trahison. Elle s'appuie non seulement sur les faits, les vraisemblances, les contradictions, mais elle cite le récit naît d'un des Vainqueurs. Elle fait mieux. Elle donne le compte rendu d'un des membres de la députatîon, Boucheron, qui ne paraît pas très assuré du sang-froid de ses compagnons et qui innocente absolument Launay. Celui-ci a du reste un mot qui éclaire tout.
Quand il vit disparaître le drapeau de la ville , le gouverneur dit aux officiers et soldats qui l'entouraient :
<c Messieurs, il est évident que ces- députés ne sont pas de la Ville. S'ils en eussent été, ils n'eussent pas hésité, après les signes et les promesses faites, à venir me faire part des intentions de l'Hôtel de Ville. C'est sûrement un drapeau dont le peuple se sera emparé pour essayer de nous surprendre. »
Ce fut à peu près cela : toujours le coup de main du Parlementaire.
Voici comment la comparaison des divers récits démontre que les choses se sont passées.
Le gros de la députation est abrité. Le drapeau de la ville, le tambour, sont au milieu de la cour de l'Orme. De la plateforme de la Bastille on peut l'apercevoir. On l'aperçoit, en effet. Les Invalides ne dissimulent pas leur joie. Depuis le départ de Thuriot, ils attendent impatiemment la garde bourgeoise. Ils agitent un mouchoir blanc, mettent la crosse du fusil en l'air. Ils tiennent les chapeaux au bout des armes. Ces signes pacifiques décident Boucheron et un autre — serait-ce le Cornélien Francotay? — à s'avancer jusque dans la cour du Gouvernement. Là, les Invalides les engagent à pousser plus avant. « Venez vous expliquer avec le gouverneur. Vous n'avez rien à craindre. Nous répondons de vous sur nos têtes. Nous voulons vous céder la Bastille. »
Malgré tout, les députés ne voulurent pas quitter leur abri. On le peut expliquer par ce que nous indique encore Boucheron : une partie des assaillants, malgré le drapeau blanc et la crosse en l'air des Invalides, ne cessent de tirer. Les députés craignirent sans doute de se trouver entre deux feux.
-r, LA POLITÏQI'K RÉVOLUTIONNAIRE
Une autre partie de la foule, voyant la bonhomie des Invalides, %t précipita vers le grand pont-levis et essaya de briser les chaînes. \jt% Invalides leur crièrent que ce n'était pas eux qu'on attendait. Le drapeau, le tambour, avaient disparu. Les Invalides furent obligés de tirer pour éloigner la foule armée qui redoublait de coups.
Tout s'enfuît : le peuple qui regagna ses abris, la députation qui revint à l'Hôtel de Ville. Il devait être environ trois heures et demie
Ji 7. — I>es Électeurs commencèrent à réfléchir. Ils avaient été, jusque-là, tout au bonheur d'être « les maîtres de cette immense capitale » de signer des milliers d'ordres. Ils trouvent enfin le temps d'avoir peur. I-^s gens avisés disent que l'affaire ne va pas comme on pensait, et qu'on s'est mis dans un mauvais pas. Si la Bastille n'est pas prise avant le soir, — et il est déjà quatre heures, — le secours viendra. Cette foule, qui tiraille ridiculement depuis deux heures contre des gens qui ne répondent guère, mais qu'elle n'atteint pas non plus, cette foule se sauvera» Une partie de ces Électeurs solennels sera pendue par le peuple pour n'avoir pas pris la Bastille, le reste exilé pour avoir essayé de la prendre.
Kn ce moment entrait en scène un nouveau corps d'assaillants, qui se montra aussi prudent, qui ne fit ni plus de mal ni plus de besogne, mais qui entra dans la Bastille.
Jusque-là, le populaire seul avait donné, dirigé par ceux des siens qui avaient été soldats ou déserteurs.
Nous avons vu Tournay, Bonnemère. On nomme encore des per sonnages comme Théroigne, Maillard, Rossignol, Fournier l'Américain, qui, même dans la Révolution, représentèrent l'ignominie; comme Desmoulins, Bourdon de l'Oise, qui sont odieux mais célèbres ; comme Hullin, un homme énergique, qui fut célèbre sans être odieux; des grotesques comme Curtius et Palloy; d'obscurs comparses comme le le marchand de vins Cholat, le mercier La Réole, l'horloger Humbert, le brasseur Santcrre,Dellicou, Landrié, Romet, Pouplin, Rousselot, Thirion, Lau/.ier, La Martinière, à qui, malgré la compagnie des Théroigne et des Maillart, on peut laisser le bénéfice de « l'ivresse de laLiberté ».
Cette troupe était fort émue de l'obstination que mettaient les vétérans à ne pas ouvrir la porte. Comment triompher de cette trahison?
Le major parlait d'ouvrir la tranchée. (Ce major, je le confonds
volontiers avec un personnage enragé, un ex-officier des gardes françaises, M. de Valady, qui, depuis deux mois, parcourait les casernes en poussant les soldats à la révolte, et qui était à Tattaque de la Bastille, bien qu'il n'y paraisse pas officiellement.)
Santerre voulait qu'à Taide des pompes on envoyât de Teau dans les bassinets des fusils des Invalides. Il paraît même que cette artillerie, digne d'un pareil siège, fut essayée. Les Invalides qui étaient sur la plate-forme se trouvèrent subitement rafraîchis par une aimable rosée, et ils remercièrent la Providence qui faisait sortir cette brume salutaire d'un ciel sans nuage.
Un savant parla de catapultes. Cette fois, le bon peuple se fâcha, et le savant reçut assez de nasardes pour être inscrit au catalogue des Vainqueurs de la Bastille.
Il passa alors par la tête de ces héros une idée assez bizarre. Ils allèrent chercher des voitures de foin et de paille, les poussèrent jusqu'aux abords du grand pont, en face de la porte, et y mirent le feu.
Les historiens, comme les chroniqueurs contemporains, restent stupéfaits, et se demandent dans quel but les assiégeants entouraient les assiégés d'une fumée protectrice et obstruaient la seule entrée par où ils pussent espérer se jeter dans la Bastille. Un des témoins nous l'explique avec candeur. C'est que le tir des vétérans gênait les gens qui pillaient l'hôtel du Gouvernement. La même fumée qui protégeait les Invalides enveloppait les voleurs, et formait un voile à Taide duquel on pouvait déménager le mobilier.
Jusque-là, le service de l'artillerie avait été fait par le marchand de vins Cholat, qui, pendant ses nombreux loisirs, avait été se promener dans le voisinage des artilleurs, et par Georget, sergent d'infanterie de marine, qui utilisait son congé.
Tout à coup, les Invalides entendirent un bruit plus violent : de nouveaux canons se mettaient de la partie
C'étaient les Gardes-françaises qui prenaient part à l'aventure.
Il était, autant que nous pouvons voir, un peu plus de quatre heures.
Le régiment des Gardes-françaises comprenait six bataillons à six compagnies, l'une de grenadiers à 54 hommes, les cinq autres de fusiliers de 120 hommes, soit 664 par bataillon, 3,924 hommes pour le régiment.
Un de ces bataillons était à Versailles, les cinq autres à Paris. Ils étaient, depuis quelque temps déjà, indisciplinés. Dans l'une de