‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 12 sur 112 · PORTRAIT DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA FAYETTE

u(, le pire du libtralitmc rival ut iann>ir«. Il invenu la maxime, mire de It c plut lainl itt devoiri. Par là il devint l'idole de> patsious, qui remplacèrent tout les aalres devoir! par celui-ci. La Fayette, qui ittit aussi honnête que privé de bon >ens, aussi brave que loquace. Husii soleoDei que rèroluliounaire, aussi aritlactate par rinilincl que petit bourgeoii par la rtUciion, combiliil toutes les insurrections dont 11 proclamait la taintetf. Il fut bientSl aussi eiicri par tti Jacobins qu'il en avait (t( idolltrd. Mais il tes combattit tonfourt mullemeut, et il resta suisi mtprist par 1rs royalistes qu'il <tait détesté par les dtmocrales. La Révolution ramena, lui qui était brave, il s'enfuir piteusement, et lui qui était honnête, i commettre le plus vilain des crimes, le crime pu général en chef qui abandonne son armée en face de l'ennemi. Rien ne l'Instruisit, nulle eipétleuce ne le fil réHéchir. 11 resta l'esclave de ce libéralisme révolu lionn a ire qui l'avait mené si bas. Il a dans rbialoire le raie que joue bu ihéltrf l'acteur chargé de dire le récit de Théramène. Il le sait à merveille, il le déUle dans la perfection: mais il est incapable d'en dire et d'en comprendre un autre. C'est le récit du Civisme. Mirabeau, qui avait deviné U nullité pompeuse et héroïque de La Fayette, lui donna un surnom qui peut lui servir de paaseport pour U postérité : Gilles César,

Fbahci KiroLi;T. — Livr. 4.

— spectable assez rare — le représentant de Tautorité royale. L'instinct de prudence et d'hypocrisie qui dirige toujours les premiers pas de la Révolution avait agi sur la bourgeoisie comme sur le peuple. De même que celui-ci avait voulu avoir des gendarmes pour escorte, au moment où il allait piller, de même celle-là avait voulu avoir à sa tête le Prévôt des marchands (nous dirions aujourd'hui le préfet de la Seine). De plus M. de Rulhîères était venu mettre à ses ordres la garde de Paris, qu'il commandait. Je n'ai pas encore pu savoir exactement si le Bureau des Echevins (le conseil municipal légal de la ville de Paris) fonctionnait à côté du Comité insurgent, s'il s'était fondu avec lui, ou s'il s'était dissous.

Mais le Prévôt des marchands, M. de Flesselles, était bien là. C'est lui qui continuait de donner des ordres; qui était censé les donner tous, et tout conduire, quoiqu'il ne fût guère que le contreseing du Comité, lequel servit bientôt lui-même uniquement à enregistrer les caprices de la plèbe.

Quel était, au fond, le but que poursuivait la bourgeoisie, le Bureau des Electeurs^ en compagnie de M. Flesselles, le i3 juillet 1789.

CoroUer du Moustoir, député de Bretagne et membre actif du club Breton, ne nous laisse aucun doute sur les projets et les préparatifs. « Nous étions sûrs de la défection des régiments; nous avions depuis longtemps des correspondances avec tous les régiments ; c'étaient nous qui faisions agir la populace parisienne. » Il ajoute que le renvoi de M. Necker les a surpris, mais que « ce renvoi n'a fait que hâter de deux jours l'exécution de notre projet. Nous étions sûrs d'armer Paris ^ et pour cela le feu devait être mis au Palais-Bourbon ».

Le mot révolutionnaire du commencement de Juillet, c'était la Garde bourgeoise. On voulait armer Paris, pour que Paris se gardât soi-même, et peut-être pour qu'il aidât à prendre la Bastille. Je dis peut-être, car la Bastille était la bête noire des Parisiens, et le premier effort de leur puissance devait se porter contre elle tout naturellement. Toutefois l'insuffisance des précautions prises pour la défendre tendait à prouver que le Gouvernement, fort averti des volontés tumultueuses des habitants de la capitale, ne redoutait pas un danger spécial pour « la sinistre forteresse ».

En tous cas, la première visée du Comité central des Électeurs, le i3 juillet, fut Tarmement des bourgeois, la Garde nationale. Le reste put venir du hasard.

La Garde nationale, une fois créée, en principe, il fallut des hommes, une cocarde, des chefs.

Des hommes! On décida qu'il y en aurait 48,000. Il s'en présentait 100,000. « Ils apparurent, dit l'imbécile Dusaulx, comme les montagnards de la Thrace. » On vit d'abord les compagnons de l'Arquebuse, <c dont la devise atteste l'intrépidité », les clercs de la Basoche : « Ils parlent et nous croyons entendre ces trois cents Spartiates qui se dévouaient aux Thermojpyles. »

Quelle cocarde ? La verte, adoptée par les bohèmes du Palais- Royal, manquait de gravité. De plus, les feuilles des arbres feraient aller le commerce moins que les rubans. Enfin, le vert était la couleur du comte d'Artois, exécré par les bourgeois, parce qu'il était prodigue, brave, et qu'il résistait fidèlement à l'enthousiasme révolutionnaire. On foula donc ^ux pieds la cocarde verte. On prit le bleu et rouge, qui était aux couleurs de Paris.

On commença par offrir le commandement général au duc d'Aumont, qui demanda vingt-quatre heures pour réfléchir, et qui refusa après avoir vu les premiers exploits de ses futurs soldats. On nomma à sa place un lieutenant-colonel, M. de La Salle, que Dusaulx appelle <( un ange de paix, un génie tutélaire », et dont peu de jours après « 80,000 citoyens demandaient la tête ». MM. de Sandrey, d'Hermigny de la Caussidière furent, sous ses ordres, nommés commandants en second et majors-généraux : anciens officiers, notés sans doute par leurs opinions libérales, mais bons gentilshommes.

Nos bourgeois cherchaient patriotiquement, en effet, à « avoir du fer pour épouvanter les séides du tyran ». Toutefois, ce noble idéal était momentanément au second plan. Il fallait avant tout sauver la bourse et la vie contre « cette multitude de particuliers », comme dit poliment le district du Petit-Saint-Antoine, sans-culottes de l'aube révolutionnaire, patriotes de la classe dirigeante de 94, qui, se trouvant en avance de quelques années, menaçaient, pillaient, incendiaient « les Pères de la Patrie ». Aussi en prenant pour chefs des militaires et des gens de condition, décida-t-on aussi qu'on n'admettrait, comme

soldats, que « les habitants domiciliés, les fils de domiciliés, les ouvriers payant capitation ».

Ce fut cette première milice bourgeoise qui ihit, un peu plus tard et pour bien peu de temps, quelque ordre dans Paris. Quand elle n'eut plus besoin de ces « particuliers » pour hurler sous la Bastille, elle les désarma, en leur achetant pour un petit écu les fusils volés, et en pendant quelques-uns de ceux qui lui avaient fait le plus peur.

On n'en était pas là le i3 juillet. La garde nationale avait peu d'armes ; la plèbe n'en avait pas assez. Tout ce monde en demandait aux Électeurs, qui n'en avaient pas du tout.

La situation n'avait pas, d'ailleurs, le matin du i3 juiljet, ce caractère sinistre qu'il prit plus tard. Le peuple était nombreux. Il occupait tcmte la place de Grève, assiégeait IrHôtel, pénétrait et s'entassait dans toutes les salles, dans tous les corridors. Mais il était plus exigeant et insolent que féroce, 8t se laissait encore berner aisément.

Le tocsin sonne' à toutes les églises depuis dix heures du matin, le tambour bat dans tous les districts, on dépave les rues; volontaires des Tuileries, volontaires du Palais-Royal s'assemblent des premiers. Des armes! c'est le cri universel.

Le populaire est convaincu que l'Hôtel de Ville possède une caisse fort bien garnie et un arsenal fort bien muni. Un historien contemporain assure qu'en effet les Électeurs trouvèrent 2,85o,66o livres, qui servirent à fomenter la révolte, puis à la désarmer. Mais des armes, il n'y en avait réellement pas. Les vieux canons, les vieilles arquebuses, dont le souvenir s*était conservé dans lea mémoires parisiennes, avaient disparu. La populace n'en voulut rien croire.

Les Électeurs, que, ce jour-là encore, ce les districts regardaient un peu comme leurs pères », furent écoutés patiemment par le peuple, pendant, toute la matinée, parce qu'ils parlaient, dit Dusaulx, le lan- ^ gage « des Grecs et des Romains des plus beaux jours ».

A partir de midi, l'éloquence de ces pères-conscrits baissa dans l'estime publique. A une heure et demie, il leur fallut recourir aux promesses. On annonça qu'on venait de commander 5o,ooo piques, hallebardes et autres « armes subalternes que le désespoir sait employer». Le peuple applaudit; puis il se dit que ces hallebardes étaient un peu démodées. On lui lut 'une prétendue dépêche de la manufac-

lure de Charleville, promettant 42,000 fusils sous peu de jours. Nouvel enthousiasme, nouveau refroidissement. Ces fusils étaient si loin I . On fit alors paraître des caisses sur lesquelles se trouvait écrit :

LES GARDES-FRANÇAISES SAUVANT M. DU CHATELET, LEUR COLONEL DANS UNE ÉMEUTE POPULAIRE, LE 12 JUILLET I7S9

Le duc du Chltelel, colonel des girdH-triii;iî>c9, était en butte k la haine du peuple. On lui eu voûtait iTaioir refusé de fermer les jeux lur lei elTorti faiii par le> rivolulionnaires pour débauchée ies gardei. Le jour mcmeou commenja l'iniiirreciiou, ijinl été recontiu et puuriuivi par uni: bande de révoltés, il dul chercber uu refuge au DépGt mfine des gardes- françaÎKi. Ceux-ci, obélsuut pour la dernière fais à l'hoDDéur militaire, le défeDdeut et le conduisent en lûreté lu quartier général.

Artillerie. Enthousiasme délirant! On ouvre les caisses : on y trouve des bouts de chandelles, « fausses ressources d'un luxe corrupteur »,

3o LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

1— ^B^— ^l^^l^i^—— ^^— »■ i» ■ ■ I I — I ■ I ■■ ■ I il^^M^i— ■ ■■-»M«.-IIII ■ 11-.... Il II I ■, I— ■ ^^l^M^^i^W^

dit Dusaulx, Cette fois, le peuple trouva la plaisanterie mauvaise.

Il fallut recourir aux vieux et grands moyens. On le lâcha sur le clergé. On l'envoya chez les Chartreux, en jurant que ce couvent regorgeait d'engins guerriers. Il y courut, pilla le couvent et les maisons du voisinage, ne trouva aucune arme, et revint exaspéré.

Heureusement on avait, comme je l'ai dit, trouvé quelques milliers de poudre. Les Électeurs se crurent sauvés. Leurs angoisses commençaient- L'Hôtel de Ville se changeait en volcan. Un contemporain, l'abbé Rudemare, qui devînt curé des BlancsrManteaux, à Paris, et qui était alors membre d'une députation civique à l'Hôtel de Ville, nous dépeint, avec une vérité' saisissante, la scène qu'il vit alors :

« Le matin du i3 juillet suivant, dit-il dans ses Mémoires manuscrits, les habitants s'assemblèrent dans' leurs paroisses respectives. L'assemblée de Saint-Germain-I'Auxerroîs crut qu'il fallait opposer aussitôt une garde bourgeoise à cette horde de spectres, tous plus hideux et plus "abominables les uns que les autres, et me députa avec neuf laïcs pour aller porter aussitôt son vœu à l'assemblée de la Commune et prendre son avis. Je partis en soutane, manteau et ceinture, environné de mes neuf codéputés qui eurent toutes les peines à empêcher la nation, qui s'était déjà emparée du pouvoir exécutif, de se saisir du calottin dont elle parlait déjà de purger la capitale. Il me fallut répondre tout le long de la route à leurs questions extravagantes. Si mes réponses né les contentèrent pas, au moins ne les aigrirent-elles pas davantage. De bonne foi, je me croyais à chaque instant à la veille d'être sacrifié, mais je pensais devoir accepter cette dangereuse mission pour savoir tout de suite ce qu'il y avait à attendre de cette populace effrénée qui lâchait à tort et à travers des coups de fusil.

« Arrivé à l'Hôtel de Ville, les satyres qui me hurlaient leurs interpellations au milieu du sifflement des balles de fusil me firent l'honneur de me porter en triomphe sur un bâton qu'ils prirent à deux, jusqu'en haut de l'escalier. Quand j'y fus, je demandai à paraître devant l'assemblée. Jusqu'à ce temps, le Corps municipal avait représenté les Communes, mais les membres timides enfermés dans une chambre voisine n'osaient paraître et avaient cédé la place à ce qu'il y avait de plus commun et de plus vil dans les plus viles communes.

LE GOUVERNEMENT 3i

« Je demandai à parler au prévôt des marchands, jusqu'alors chef du Corps municipal. Il vint à moi. Je lui exposai le motif de ma mission et la nécessité de prendre sur-le-champ un parti; il me répondit qu'il n'avait pas le droit de convoquer l'assemblée. Je lui représentai qu'il n'était pas possible que les choses restassent ou elles en étaient, et que je ne pouvais m'en retourner sans avoir rempli ma mission. Alors il rentra dans l'appartement d'où je l'avais tiré et en sortit un quart d'heure après, environné des membres qur composaient précédemment le tribunal; et tout le monde entra pêle-mêle dans la grande salle.

« Figurez-vous une pièce immense, décorée de grands tableaux et garnie de bancs disposées en amphithéâtre, et dans cette pièce une horde de scélérats à demi nus, ivres de vin et de fureur, tenant d'une main chancelante et mal assurée des piques, des fusils, de manière à nous laisser craindre à chaque instant d'être percés par la baïonnette, assommés par [la crosse ou tués par le contenu des fusils; mugissant comme des bêtes féroces, écumant de rage, se cherchant à tort et à travers des victimes, sans savoir ce qu'ils voulaient ni à qui ils en voulaient; assouvissant bêtement leur furie sur les êtres Inanimés qui tapissaient les murailles, comme pour s'exercer aux meurtres du lendemain et des jours suivants*; apostrophant les magistrats de îa manière la plus dégoûtante, me faisant la grâce de vomir contre moi et rhabit, jusque-là respecté, que je portais et contre le caractère auguste dont j'étais revêtu, les blasphèmes les plus horribles et les imprécations les plus affreuses, infectant l'air de la salle de leur haleine et de leurs déjections fétides; offrant enfin un spectacle dont je croîs qu'il n'y a que l'enfer qui puisse en être l'image, et vous aurez l'idée de l'auditoire devant qui j'allais avoir l'honneur de parler.

« Le prévôt des marchands, l'infortuné Flesselles qui fut massacré le lendemain, leur dit:

« Messieurs, nous n'avons jamais eu le droit de convoquer une « assemblée extraordinaire sans des ordres supérieurs, mais les circons- <c tances actuelles nous forcent à outrepasser nos pouvoirs, je convoque a donc l'assemblée. ^Mes fonctions sont remplies, nommez- vous un « président. »

« Aussitôt un jeune homme, montant sur une table, pérora l'assemblée pour prouver qu'on ne pouvait choisir quelqu'un plus digne de

la confiance publique que M. de Flcsselles, et M. de Flesselles fut nommé pour son malheur. li annonça alors une députation de Saint- Germain-l'Auxerrois et nous fit signe d'avancer. Nous avançâmes et je lui exposai le su)et de ma mission d'une voix assez mal assurée.

M. DE LAMBESC ENTRANT AUX TUILERIES AVEC UN DÉTACHEMENT DE ROYAL-ALLEMAND

Lea dragon* du priact de Lambcic — bciu-frère da duc d'Orliaai, — voyant qu'on teui construite une barricade i l'enlrte des Tuileriei, y arrivent au galop, re;oivcnt du coupi de piatoleli, dei pavts ei dei bouteille). Ils lireal en l'air. Une douiaiae de bourgeoia «nragtt le jellenl k la bride du cheval du prince el veulent le dfmonler. Il se dégage à coups de plat de aabre. Un lieur Chauvel, piua malin que les autres, a'eflbrce de fermer le Ponl-Taurnanl, ce qui eUt coupj la retraite aui dragoni. Le prince écarte cet babile stratégiate, et c'est alors qu'il lui traSe le front. Mail avoir toucht le front d'un membre du peuple Bouverain et l'avoir empêchi d'assassiner des dragons était un si grand crime q le, le soir venu, on affichait des placards deoiandant que le Néron Lambesc fllt icartelé ! ! J

LE COUVERNEHERT

parce que fc sentarâ qu^l ne dcraÎE pas être absottiinent da goût de l'assemUée. « Ces mttsîeurs, me dis-il', ne vous ont pas entendu, ils u TOUS prient de parler plus haut- TtmHez monter sur les gradins. »

PORTRAIT DE BxrLLT

Sarant UlaMrc, écririio tUgtal, il cul k muThcur de tomber dans la colcric phllolupUqae, OD on lui pcrwadk qu'a »*>it (oalw I» qwtiUK (U«iiab4» pour traiatiler à rtfMmci PEtat et rbonwB!. La *>• nit^, qoî <uil son graud d^iul cl qu'il poussait jusqu'à h candeur, lui periuidi qu'en eOet il était UQ pand biKninc d'Éial. Il fut un dei cor^pbées de U Rtiolution, qui le ridiculisa bieoiAi tooi le Bom de H. Coc», M qBi oa lui pirdanaa mènw pai ïattackemcat de ta femme. 11 itiit d'iillettrs ansai femc que pédant. On ne doit pas oublier que, seul, parmi les témoins appelés pour déposer contre la Rciae, il déclara qne lei aemaatioaB parties cnnlre cRe élaienl husiei. Nut n'ignore arec qneli nffinemcols de cruauté ses enfsais, les tévolulionnairci, le fircui aovtii « avec «giei luuliaat Uiolimc il sopporta tan long supplice.

1 Je montai donc au milieu des sauvages, et leur adressant très humblement la parole:

France RÉvotUT. — Livr. i.

a Messieurs, leur dis-je, le district de Saint-Germain-rAuxerrois « nous a fait Thonneur de nous députer vers vous pour vous présenter « l'assurance de son entier dévouement et vous prier de lui prescrire « vous-mêmes la conduite qu'il doit tenir dans les circonstances. Vous « avez pu vous convaincre par vous-mêmes des vexations que souffrent « tous les marchands, d'une foule de malveillants; il est d'avis d'engager « les bourgeois à prendre les armes, et vous demander un plan général « d'organisation. »

« Ils ne purent, heureusement, pas entendre, à cause du charivari qu'ils faisaient. M. de Flesselles me dit qu'on allait s'occuper sur-lechamp, et qu'il invitait mon district à lui envoyer son- plan qu'on ferait provisoirement exécuter.

i< Je n'en voulus pas savoir davantage, et quittant la salle avec mes co-députés nous descendîmes, puis traversâmes la place de Grève, assaillis par une pluie affreuse, arrêtés à chaque pas par les questionneurs, et étourdis par le sifflement des balles qui passaient sur nos têtes. Mes co-députés m'entouraient. J'arrivai encore entier à Saint- Germain. Je montai en chaire pour rendre compte de mon mesage et retournai chez moi, bien résolu de ne plus me charger de députation. »

Pendant ce temps, un des Électeurs, grand patriote, Tabbé Le Fèvre, s'improvise garde-magasin. Il distribue la poudre. Personne n'est satisfait. L'un croit que la poudre est mauvaise, et tire à coups de pistolet sur le distributeur, pour l'essayer. Un autre s'imagine que les tonneaux sont vides; il décharge son fusil dessus. On essaye de fermer la porte; le peuple la veut briser à coups de hache; la hadic fait feu sur les clous. Tremblement des Électeurs.

Un bon vivant allume sa pipe et va s'adosser en fumant à côté de ces tonneaux de poudre. Le Bureau des électeurs est épouvanté. Nulle phrase ne peut décider ce brave à s'éloigner. En vain lui dit-on que cette poudre « doit servir aux opprimés pour s'affranchir des oppresseurs ». Il s'en moque. On lui demande ce qu'il veut; il avoue qu'il est poursuivi de l'idée de vendre sa pipe extrêmement cher. On la lui acheta, sans trop lésiner.

Cet abbé Le Fèvre est un autre de nos pères de 89. Il échappa au volcan du 14 juillet. On lui tressa une couronne civique : il était un des sauveurs de la Liberté. A moins de trois mois de là, le 6 oc*

tobre, les femmes patriotes le pendirent à la cloche neuve de T Hôtel de Ville. On le dépendit un peu tard. Il se guérit, mais non de son civisme. Il avait pris goût aux choses de Tartillerie. Le i3 avril 1790, il se promenait rue Saint-Honoré, escortant un chariot de fusils. On le prit et on le hissa de nouveau à la lanterne. Je crois qu'on l'en sauva encore, qu'il garda son zèle patriotique, et que c'est lui qui os^ s'intituler citoyen parmi les Électeurs de 1791, section de la Bibliothèque. La persévérante sottise de ces gens-là explique la victoire du jacobinisme.

La pipe achetée et éteinte, le Comité permanent reprend courage. Il se félicite de voir accourir quelques désmeurs des régiments campés au Champ de Mars. Mais il tient surtout à savoir exactement à quoi s'en tenir sur les gardes françaises. Ceux-ci, dont les six bataillons n'étaient pas tous corrompus, avaient montré quelque hésitation. Ils avaient cédé, assurait-on, aux beaux discours d'un petit démagogue de ruisseau, de Gonchon, qui fut bientôt plus connu sous le nom de YOrateur du faubourg Antoine. Les Électeurs envoyèrent, le soir du i3, une députation composée de MM. Perîgnon, du Veyrier, Le Couteulx de la Noraye et Ganilh, a pour les inviter à s'unir aux insurgés ». Les gardes jurèrent, sur. l'honneur militaire, qu'ils déserteraient, et qu'on pouvait compter sur eux. Pendant ce temps, M. de La Salle recevait un plan d'attaque de la Bastille.

Le soir était venu, disons-nous. « Nous redoutâmes les ténèbres de la nuit. C'est pourquoi nous ordonnâmes des illuminations. » Ici, notre Duçaulx dépeint assez bien le contraste de ces « signes ordinaires de l'allégresse publique » avec l'aspect lugubre que présentait, cette nuit-là, le Paris insurgé.

Des pelotons armés traversent les rues, à la fois brillantes et désertes, car la plèbe est toujours maîtresse. Les pillards de l'Hôtel de la police se promènent aux flambeaux. Chaque bon bourgeois a barricadé ses portes, éteint ses lumières, et regarde, de derrière ses vitres sombres, ces aînés du jacobinisme. L'aspect de la place de Grève, de fantasmagorique, est devenu diabolique. Le campement des honnêtes gens, arrêtés aux barrières et changés en bohémiens de par la Révolution, prend, dans cette ombre coupée par mille lumières tremblantes, une physionomie violente et sinistre. La police révolutionnaire, cette police

LA POLITIQUE «.EVOLtTTICTNNAIRE

toute de hqsant fFoloutd, qui reaplaoe f ongomAtMO par fat dé&anœ et rcspionnage, ioBCtioniie âdmirablaiient contre les amtocraftes. Il B^est plus penms à £iU3e iThoonâte faonme de se préseutter aux portes de la vilk. On aaièDe par-devant lUL les âecteocs les mteax vsêtos de ces pfKHneneors. Le Gomîsé fcnnment est ^ié se coucher, «pciès «roir dâégné «s ^Mycrvoîrs k quatre des plus vigoui«ax d'entre les siens.

Ces <fuaiiie délégués oorainnent pendant cette nuit qni piFéoédait «in jour^ pour cux^ rempli de tant d'an^isses^ ce premier des fouTeroements révolutionnaires bourgeois. Gouvernements d'infatnés et de msés^ où les habitudes ii>éthodiques de Ja bourgeoisie sont en lutte ÎBcessame coamt la fantaisie des éreocmeixts et l'esprit anaichique de la populace, m surtout la faûiilesse dn gronpe est en si grand con* traste avec Je oourage de quelqties<inis des individus ^i le ccmiposent!

M. de Fleasdies, <pi'on a aodamé comme un père, sent qu'ail devient inspopulaire. Il perd pied dans cette position terrible qnV a prise, où le magistrat essaya de lutter contre les réfoltés en se finsant leur complice. Ses voisins constatent soc an^sse naissante. On dirait qu*il voit senir la fureur de ia plèbe, et l'assassin qui doit le leodemain lui mettre la teie au bost dune pique.

Pendant ce temps le Palaîs-Royai , plus jaloux que jamais de f importance de l'Hôtel de ViUe, molksime frénétiquement contre les Bourgeois. Vers deux beuces du matin^ tes plus hardis de ces enfants perdus de la France accourarent k la place de Grève. Ils s'y rencontrent avec «me bande des gens du faubourg Saint-Antoine qui trouvent, eux aoasi^ que œs bourgeois soiEt des aristocrates. Bohèmes et prolétaires se jettent dans l'Hôtel de Ville.

On les en voit ressortir comme une volée d*oiseaux effarouchés. Un des quaare délégués, un brave. Le Grand de Saint-ilené, a fait apporter un baril de poudre, en protestant que plntÊt que de leur ^abandonner l'Hôtel de Ville, il le ferait sattter.

La journée se termine par cette dernière viomre 4ts gros Bourgeois sur les dédassés et sur la canaille.

IM troisième journée {r 4 juillet). — La vanité et ia creduKté des Pariatess étaient depuis longtemps fort enflammées contre la BastiHe, assiégée pendant tout le dix-huitième siècle philosophique par Taroiéc

LE GOUVERN

des mots sonores. Elle était > l'antre du de lente tyrannie », la « demeure de l'ianoct couraient qui ne formaient pas un corpt

4CTI0N DBS SARDES-FRANÇAISES CONTRE ROVA LE 1 3 JUILLET 1789 t« «•rd«».frtnt»itei, qui «'iiiitnl iWcliréi pour lu émealicn, ittltat ccid«

i ooop. d'apiii d« ardrei •npCrkBN, an dftKhCBM

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Linguet, un des plus curieux de cette troupe de bourgeois vifs et hargneux, fourbes et ambitieux, méprisés et redoutables, qui furent à Tavant-garde de la Révolution et que la Révolution broya avec une sorte de satisfaction enragée, Linguet venait de réunir en un pamphlet tous les mensonges et toutes les légendes. Ce fut ce pamphlet qui sonna l'assaut.

Le marquis de Sade donna, non sans succès, sa note dans ce concert guerrier. Il était à la Bastille en 1789. Fréquemment il cherchait, par des placards qu'il jetait dans la rue ou affichait aux murailles de r (c antre », à intéresser le peuple en faveur de la vertu persécutée Ce fut donc un peu pour délivrer ce « vertueux » que la bourgeoisie se dirigea vers le repaire. (Il n'y était -plus depuis deux jours quand elle y vint le 14 juillet.)

Y eut-il d'autres excitations que les pamphlets de Linguet, du marquis de Sade et la haine traditionnelle de la badauderie parisienne contre, ce [monument croquemitaine ? Ceux qu'on nommait les « factieux », c'est-à-dire les bourgeois révolutionnaires, les gentilshommes déclassés, les démocrates, les francs-maçons, les gens du Palais-Royal et du Club-Breton, Mirabeau en tête, voulurent-ils utiliser cette haine pour donner au mouvement une impulsion définitive, pour mettre décidément la bourgeoisie en état de guerre déclarée contre l'autorité, et créer un état de rupture sérieuse entre le peuple parisien et la royauté ? Les contemporains graves le croyaient volontiers. Cela paraît vraisemblable. Mais nous aurons à revenir là-dessus.

Si. — En fait, au dix-huitième siècle, la Bastille était un monument très curieux de l'architecture militaire du Moyen Age. Comme forteresse, elle était à peu près inofFeosive et absolument indéfendable. Entourée de tous côtés, n'ayant que 21 mètres de hauteur, et dominée sur presque tous les points par les maisons voisines, elle était à peine à l'abri d'un coup de main. On avait cherché à l'y mettre. C'est à quoi tous les préparatifs de défense s'étaient bornés.

Il y avait sur les tours quinze pièces de canon, mais qui ne pouvaient servir qu'aux réjouissances publiques. Elles se trouvaient placées à quatre pieds de l'embrasure des créneaux, lesquels étaient de telle sorte que les canons n'y pouvaient entrer. M. de Launay avait fait tailler deux de ces créneaux, on en avait rapproché deux canons.

Mais on vit qu'ils ne pouvaient défendre les abords de la place. On n'en tira qu'un seul coup.

On avait fait placer dans la grande cour, en face de la porte d'entrée, trois pièces de campagne de 4 livres de balles. On les avait empruntées à l'Arsenal . Elles ne tirèrent pas. On avait aussi extrait du magasin de curiosités douze fusils de rempart qu'on nommait les Amusettes du comte de Saxe. Il n'y en eut qu'un seul qui voulût tirer.

M. de Launay avait établi des ouvertures dans certaines parties des murs. Elles ne servirent pas. Une 'seule fut utilisée, qu'on avait pratiquée dans le tablier du pont-levis en face du pont principal.

Les munitions ne manquaient pas. On avait transporté dans le château depuis peu de jours 2 5o barils de poudre, extraits de l'Arsenal qui paraissait, moins encore que la Bastille, en état de résister à un coup de main.

Les provisions consistaient en un peu de riz et deux sacs de farine. Pour quelques centaines de bouches, c'était peu. Il n'y avait d'diStre four qu'un four à pâtisserie, et d'autre eau potable que celle qui venait du dehors.

La garnison se composait de quatre-vingt-deux invalides, dont deux canonniers de la compagnie Monsigny.

Le saccage de la maison RevejUon, au faubourg Saint- Antoine, avait mis M. de Launay en éveil sur les dispositions peu pacifiques de cette partie de la population. ^H avait donc pris les précautions que nous venons de dire pour se mettre en défense. Au dehors, il avait fait réparer les pont-levis. C'était tout.

Il avait médiocre confiance en ses quatre-vingt-deux vétérans. Ils étaient fort mêlés à la population faubourienne, au milieu de laquelle vivaient leurs femmes, par là fort peu disposés à se battre et d'ailleurs à peu près corrompus par l'esprit révolutionnaire. Il avait demandé un supplément de garnison. On lui donna trente-deux Suisses du régiment de Salis-Samade, Ces braves gens étaient commandés par un lieutenant de grenadiers, dont je suis heureux de pouvoir dire le nom, Louis de Flue, parce que, seul, il se montra ferme, intelligent et fidèle.

Ajoutons quelques vieux tuyaux de poêle, chenets, vieux ferre-

ments, boulets, trouvés dans les fossés, que le gouverneur avait fait porter au haut des tours; constatons qu'aux yeux de M. de Launay, ces engins de guerre, très primitifs, constituaient une des principales ressources de la garnison ; et nous aurons une idée complète des moyens de défense.

PORTRAIT DE BABNAVE

BjrDiTc eu, ivcc L* Faytlte, 1 lu têt« du premier groupe, bruyant et reipcclable, de Not Pèrei de 8g. Tou* dïiu sinrirci, tout deux hanDclu, tout deux ardcDis, ils offrent pourtant dans leur vie un caniraslc uiibaaal. L'un, La Fayette, vaniteux et h<bét<, fuit la lumière que l'expérience lui apporta et il se laissa pous»r par la Révolution, de faute en faute, jusqu'l la disenioo en face de l'ennemi. Barnave, Ser et imptIucDi, mail loyal, rebrousse ïhcmm quand il voit ou la Révolution mine la France, 11 fait oublier 1 force de courage le mot firoce que lui avail dictii son aveuglement de la première heure, et il meurt, plus

■ani* triompbes. Il priscnle une des physionomies ks plus attachantes de l'époque. 11 fui l'un des ptua noblea orateurs de la tribune française, avec un itiilanBc rare de grice et de force, un rayonnement de dignîM luléiienre. une sagacité dans l'argument ai ion, et surtout une liablIcK dans l'analyse des idées et des faïii qui lui donnent sa place spi:i;ialc dans l'histoire de l'éloquence,

France révolut. — Livr. 6.

La Bastille n'était donc pas défendable.

C'était au fond l'opinion générale. Dusaulx constate avec désespoir qu'on raille les vainqueurs pour n'avoir enfoncé qu'une porte ouverte. a Notre Aristide moderne, Bailly », Bailly lui-même, Tavoue : la Bastille était une prison^ non une citadelle. Elle ne méritait pas d'être défendue.

S 2. — La prison était-elle plus haïssable que la forteresse n'était redoutable ?

La citadelle du despotisme et l'antre de la tjTannie se valaient.

Nous n'ignorons pas l'existence des Lettres de cachet. Nous savons que le principe gouvernemental de l'Ancien Régime les autorisait. On nous permettra d'assurer que nous ne les regrettons pas, bien que les divers gouvernements révolutionnaires qui se sont' succédé depuis tantôt cent ans aient inventé des procédés d'expulsion, d'emprisonnement^ de confiscation, de bannissement, de déportation et d'assassinat, auprès desquels les Lettres de cachet sont les caresses de la brise politique.

Nous voulons seulement dire que les mœurs, les usages, plus puissants que les lois, avaient peu à peu désarmé le pouvoir arbitraire*

La Bastille, la sinistre Bastille n'existait plus.

Depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle, ce n'était guère, qu'une Maison d'Arrêt de police correctionnelle, comme nous dirions aujourd'hui.

A partir du règne de Louis XVI on n'y enfermait, sauf des exceptions très rares, que des criminels de droit commun. La théorie absolutiste que la, Bastille était censée symboliser était abandonnée, en principe et en fait, quand le peuple se précipita sur Vautre. Il ne s'y précipita même que parce qu'elle n'avait plus la force de se défendre énergiquement.

Avant le règne de Louis XVI, la moyenne du nombre annuel des prisonniers, ne dépasse pas 40. On les y traitait si doucement qu'on arrêtait les sonneries de l'horloge quand ils n'aimaient pas ce genre de bruit. Pendant le règne de Louis XVI, on n'y enferma que 18 prisonniers par an, qui n'y furent détenus, toujours en moyenne, que six mois chacun ; de sorte qu'il n'y avait guère que 9 prisonniers à la fois dans le château. Pendant tout le règne de Louis XVI, on n'y compte en tout que 249 détenus, soldats, espions, émeutiers, fous, voire

12 prisonniers volontaires. Les plus intéressants de la bande sont les 24 pamphlétaires et les 38 imprimeurs et colporteurs leurs complices. De tous les ministres celui qui usa le plus de la Bastille fut le libéral Turgot qui y enferma 42 individus par an, et celui qui en usa le moins ce fut Tabsolutiste Galonné qui n'y mit annuellement que prisonniers, dépassant en clémence le philosophe Necker qui ouvrit 17 fois par an la porte de Vantre.

Quand on prit la Bastille le 14 juillet, on y trouva sept prisonniers, quatre faux-monnayeurs, trois fous. Nous avons les noms. Un citoyen vertueux voulut adopter une de ces victimes de la tyrannie, « un vénérable vieillard ». Il accourut le lendemain, affolé, traînant ce père adoptif à THôtel de Ville. Le vénérable vieillard avait voulu étrangler le citoyen vertueux. Il le restitua aux Electeurs qui se hâtèrent de l'envoyer à Charenton.

« On n'y trouva point de cadavres, point de squelettes, point d'hommes enchaînés. Ce sont des bruits populaires dénués de fondement. » Qui parle ainsi ? C'est la Bastille dévoilée^ publiée par les révolutionnaires pour célébrer la mémorable victoire.

Mais on vit bien porter des chaînes en triomphe ? c'étaient les chaînes de l'horloge. Mais on promena lugubrement des tibias? c'étaient les pièces anatomiques. Mais on convoqua solennellement le peuple à visiter un cachot effroyable ? C'était la glacière. On torturait les victimes du despotisme au point de leur donner des sorbets quand il faisait très chaud.

S 3. — Cette forteresse avait la forme d'un carré long, légèrement renflé dans son côté oriental et orné de huit grosses tours, une à chaque encoignure, deux au milieu de chacun des grands côtés.

Ces grands côtés regardaient, l'un l'Est et le faubourg Saint- Antoine, l'autre l'Ouest et la rue Saint- Antoine. Ils avaient 210 pieds de long sans compter les tours de coin.

Les petits côtés avaient 70 pieds. Ils regardaient au Nord la rue Jean-Beausire, au Sud le Petit-Arsenal, et par-delà, la Seine.

La Bastille n'était pas située, comme on le croit communément, à l'endroit où est la place actuelle. Ce qui était là, c'était le bastion chargé de défendre la forteresse contre une attaque venant de l'extérieur, quand la Bastille faisait partie de Paris et protégeait la porte Saint-Antoine.

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46 LA POLITIQUE RÉVOLUYiONNAIRE

ci s'ouvrait sur la grande cour de 120 pieds de long, entourée des murailles intérieures du fort. »

Nous demandons qu'on n'oublie pas le Passage Coudée la petite Cour de rOrme^ le Pont-Levis de l'Avancé, la Cour du Gouvernement^ le Grand'Pont Jixe^ le Pont^-Levis de la Porte.

N'oublions pas non plus la situation de M. de Launay. Besenval, qui le vit le 12 au soir, constate qu'il est fort troublé. La même observation est transmise par Thurîot de la Rozière qui le visite le 14, au milieu de la journée. Toutes ses démarches portent la marque de ce trouble. La théorie de la souveraineté du Peuple — surtout quand elle était exploitée par la Franc-Maçonnerie — mettait l'hésitation dans ces cerveaux et leur enlevait les conseils énergiques d'une conscience tranquille. La faiblesse de l'autorité supérieure les achevait. On en revenait toujours là : les soldats avaient des armes pour ne pas s'en servir.

M. de Launay n'eut pas d'abord volonté de trahison. On assure même que, le 5 juillet, accosté, vers dix heures du soir, par des individus qui le questionnèrent sur ce qu'il ferait en cas d'une attaque, il répondit hautement que « sa conduite était réglée par ses devoirs » et qu'il se défendrait. Mais, comme le remarque finement la Bastille dévoilée^ la forteresse était si peu défendable qu'on avait choisi un homme fait pour être geôlier, non un chef militaire. Quand Launay se sentit pendant plusieurs jours en butte à l'animadversion violente de cette nouvelle reine du monde, l'opinion, il commença à faiblir. Quand, le 14 juillet, il vit sa ridicule citadelle et sa débile garnison entourées par ces cent mille têtes hurlantes, haineuses, il perdit ce qui lui restait de sang-froid et tout bon sens.

Il savait d'ailleurs, — rappelons-le-nous aussi, — qu'il ne pouvait même pas compter sur cette mince garnison. De ces 82 invalides, les uns avaient été conquis avant le commencement du bruit. Les autres avaient été gagnés; « au moyen de certains signaux, ils apprenoient aux chefs de colonne quand ils pouvoient avancer »; le reste, qui ne s'était pas vendu à prix débattu, était ou énervé par l'âge et sans volonté de résister ou déjà avili par les influences révolutionnaires dont le faubourg était empesté. Ils avaient perdu le sens de l'honneur militaire et avaient remplacé la discipline par l'insolence démocratique.

« L'état-major engageait le gouverneur à ne pas faire "de résis-

tance. Mal secondé par ses officiers, mal obéi par ses soldats, qui ne voulurent se rendre à leurs postes qu'après les plus fortes menaces et qui ne firent un simulacre de résistance qu'après avoir vu leur ^quartier saccagé, leurs effets pillés, un de leurs camarades tué malgré les signes de paix qu'ils faisaient... » Ce sont encore les auteurs de la Bastille dévoilée qui parlent ainsi, gens peu suspects, avons-nous dit, et qui commencent leur récit en affirmant qu'on a bien fait d'assassiner M. de Launay.

Ils constatant aussi que Louis de Flue, le commandant des 32 Suisses, dut prévoir le cas où il serait obligé de tirer sur les Invalides pour leur imposer une ombre de discipline. Nous verrons qu'il n'y parvint pas.

Ajoutons que M^ de Launay était franc-maçon, que M. Thuriot de la Rozière, autre maçon, alla lui porter, selon toute vraisemblance, un ordre de la secte qui lui imposait la trahison, trahison à laquelle, les circonstances aidant, il consentit, après une courte lutte entre l'honneur et la franc-maçonnerie.

A la suite de la visite que lui avait faite Besenval, et en constatant le grand trouble qui régnait, dans la soirée du 12, Launay avait fait rentrer les Invalides et. les Suisses dans l'intérieur de la forteresse.

On n'y admettait généralement qu'une garde restreinte. Les invalides vivaient dans les quartiers que nous avons signalés, à l'entrée du Passage coudé.

C'est à trois heures du matin, dans la nuit du 12 au i.3, qu'ils reçurent brusquement l'ordre de les quitter. Ils y abandonnèrent tous leurs effets et n'emportèrent aucune provision. On laissa dehors deux des invalides désarmés, qu'on chargea de veiller à la grille donnant, sur la rue Saint-Antoine et à la porte menant de la cour de l'Orme au Petit-Arsenal.

§ 4. — La journée du i3 se passa assez tranquillement. Chaque groupe de patriotes qui descendait du faubourg raillait ou insultait les faaionnaires . Ce fut tout. Vers onze heures du soir, on tira, des maisons voisines, sur les factionnaires placés au haut des tours. Aucun

ne fut blessé.

Il est waisemblable que, le 14 au matin, la populace n'avait

48 L\ POLrTIQUE RÊVOLUTIONN AIHi;

d'autre but que de continuer à piller. De son côté, la grande masse du peuple honnête voulait avoir des armes, d'abord pour pouvoir contenir cette populace, puis pour obéir au mot d'ordre de la Révolution commençante, mot qui était: Bourgeoisie annéef nous l'avons dit.

Le peuple et la petite bourgeoisie, ceux-là justement qui, quelques heures plus tard, vont se jeter sur la Bastille, y étaient fort indifTé'

l<'armeuent de la boursboisie, i3 juillet 1789

Rivolulion de crter une force irmée qui fût pour eux une torte de garde prtlorienne, une armie qu'on pûl oppo»r BUK troupes de ligne. Ce loutivement factice dei coquins qui pullulaient à Paris fut 1c prétexte

L'inveutlon des Brigands, de ces mysl^HeuK brigands qui, en une journée, furent signalés sur tous les pointa de la France cl que personne ne vit, produisît en province l'cflel que les incendiaires du |3 iulllet — ceux-ci réels, — avaient produit i Paris. L'organisation de la franc-iniçonnerie avait permis à cette ranl»Riagorie de brigandage de paraître instanlanémcnl dans chaque province de France, comme l'argent du Palais-Rojal servit 1 soulever et 1 discipliner Ici pillards parisiens, de telle sorte qu'ils brQlissent ce

rents. Comme forteresse ou comme prison, elle ne s^adressaîl pas à eux. Les gros bourgeois, les gentilshommes libéraux, les Électeurs, s'en préoccupaient plus. Dans leurs Cahiers ils demandent qu'on la rase,

SIéyès comptil« l< irio des hommti soldil, Siiyii le docteur. 11 fui le pr Duag» du C«DtvoiB, Celte formule o le Hot d'uiopies am»sit depuis cinqu:

1 qui façonnère ophite du dieu

mie ans par le< rds. La earrièr

une briKliare et fin il par une pairie. Tiers iDcarûf, il (ut coDtlîtuiQl. conv

178g le irouTC eu,ionne1,dépu

PORTRAIT oc SIÉYES

la Rdioluliun. Mirabeau fui le tribun, Lu Fayclle le an-Jacquea. Il condensa en une formule praltqueles le de l'Ancien RfRJme une briche par oA se prfclpila

anoine; illi5 le montre cotnie. Ou connaît le tiite de ! doit-il iirt? Tout! C'est lui qui fin toui. 11 fut le aux Cinq-CenW, am b as lade 11 r, directeur,™ ni ul, lénateur, comie, membre de l'tnalilul, grand-of licier de la Ltgion d'honneur, grand. croix de l'ordre de la Biu- Dioo, pair. Être tout, c'est ce que Siéyis el beaucoup de nos pires de 89 appellenl la RJToluiian. Ce n'était pas l'aiii de Robespierre qui en guillolina un certain nombre, ni de Napokon qui envoya presque tous les auir» dans son Staal ou djRS sa police. Comme SiiyCs avait été réellement iris puissanl, el, pendant longtemps, un directeur de coatcieiice politique pour les hommes parlemenlaires de la République. Na- , poléon l'écrasa tout spécialemenl : après l'avoir nommé léaaieur el comte, il lui ofFril une maison de campagne, que le fougucai démocrate re;ut avec une entiire gratitude cl qui lui permit d'être un royaliste aisé sous la Restauration.

Fbancb livoLUT. — Livr. 7.

5o LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE

mais ce n'est qu'un vœu. Le 1 3 et le 14 au matin, enhardis par le succès, ils poussèrent leur ambition jusqu'à vouloir que la forteresse fût aux mains des Parisiens, c'est-à-dire à la Garde nationale.

Leurs meneurs maçonniques voulaient la Révolution, c'est-à-dire la rupture violente et sanglante entre la Bourgeoisie, le Peuple et la Royauté. Le conseiller Guy Sallier nous nomme le duc d'Aumont comme le porte-paroles des francs-maçons dans le camp des grands seigneurs, et Moreau de Saint-Méry du côté des grands bourgeois. Ce sont eux qui entraînèrent la Commune du 14 juillet vers les mesures extrêmes.

Dans le courant de l'après-midi du 14, les Électeurs, sous l'impulsion de ces meneurs, ont fait encore un pas, le dernier pas, en avant. Ils l'avoueront et ils s'écrieront, quand on viendra leur annoncer que M. de Launay promet de rester bien tranquille si on ne le tourmente pas trop: Ce n'est pas là notre compte. Il leur fallait la forteresse à tout prix, c'est-à-dire au prix du sang des autres. Comme le dit le duc d'Aumont, « c'est le peuple que nous chargerons de briser les résistances. >> C'est lui qu'on jeta contre la forteresse « afin qu'il donnât des gages à la Révolution », et il s'y précipita avec sa candeur habituelle. Mais au début, le peuple se dirigeait sur la Bastille parce qu'il croyait qu'il y avait beaucoup de fusils et de munitions.

Quelle trahison lui apprit que ces fusils avaient été transportés aux Invalides? Vint-elle des Gens du roi, attachés à la Ville, ou des Invalides habitant l'Hôtel l La question est douteuse. La Révolution venait d'émanciper l'espionnage et la délation, qui entraient vivement dans cette carrière où nous les voyons prospérer à chaque explosion nouvelle de l'esprit révolutionnaire. La nation commençait à fureter partout. Mais bien que nous trouvions à la tête de la tourbe qui va se précipiter vers l'Hôtel des Invalides le premier de ces Gens du Roi. Ethis de Gorny, procureur du Roi et de la Ville, il nous déplairait de voir en ce chevalier de Saint- Louis et de V ordre de Cincinnatus un traître.

Les invalides de l'Esplanade étaient plus corrompus encore que ceux de la Bastille, et en plus grande communauté d'idées avec la canaille qui habitait les quartiers environnants. La trahison doit venir de là. En tous cas, si l'on ne sut point par eux que vingt^huit mille

LE GOUVERNEMENT 5i

— d'autres disait trente-deux mille — fusils, venaient d'être transportés à l'Hôtel, c'est par eux qu'on sut que ces armes avaient été déposés entre des lits de paille, dans les caves sous le dôme. Ils racontaient que le gouverneur, M, de Sombreuil, se défiant, très justement, de leur fausse loyauté, avait demandé du renfort qu'on ne lui avait pas accordé; qu'alors il avait voulu mettre ces armes hors d'état de servir-, mais ils avaient montré une si mauvaise volonté qu'en six heures ils avaient enlevé seulement vingt chiens et vingt baguettes.

On était très renseigné aussi, par les déserteurs, sur les ordres donnés aux troupes de ne pas se servir de leurs armes. L'expédition était donc sans danger. Aussi, en peu d'heures, une armée considérable — on dit quarante mille hommes en comptant les citoyennes commandées par Théroigne — se rassembla. Cette multitude se lança vers l'Esplanade. Elle avait à sa tête — car la folie était partout comme la trahison — non seulement le Procureur du roi, mais un curé, le curé de Saint-Etienne du Mont, Secrée de Penvern.

Vers neuf heures, cette troupe se mit en mouvement. Elle arriva quelque peu inquiète. Mais on ne l'avait pas trompée. Les troupes qui occupaient le Champ-de-Mars ne bougèrent pas. Ce n'était pas tout. Il fallait pénétrer dans l'Hôtel, qui pouvait se défendre quelque peu.

Ce fut la première fois, croyons-nous, que les révolutionnaires employèrent la tactique qui leur est propre et qu'ils essayèrent, à plusieurs reprises, en face de la Bastille, dans le courant de la journée : le coup du Parlementaire. Il consiste simplement à envoyer, en guise de parlementaire, un personnage qui ouvre les portes toutes grandes à la foule laquelle se précipite derrière lui, extermine la garnison sans défiance, et en pend le chef désarmé.

Le 14 juillet, ce coup gagna la partie et l'Hôtel. Ajoutons que la garnison aida les parlementaires à tenir les portes ouvertes; et M. de Sombreuil, qu'on voulut en effet pendre à la grille, échappa pour cette fois. Les fusils furent pillés. Le camp voisin continua à rester fort tranquille, ce qui surtout contribua à « la fière contenance des Parisiens », comme dit Dusaulx.

Outre les fusils, ils emportèrent les canons servant à tirer les salves aux jours de fête. Ainsi munie, l'armée parisienne ne connaissait plus d'obstacles.

Elle revint vers THôtel de Ville avec son Procureur du roi; son Penvern a échappé à nos recherches. De là, il ne fut pas difficile de la diriger vers la Bastille, où Ton espérait encore trouver des recrues, -et où un premier triomphe que nous allons raconter et des pourparlers déjà entamés avec le gouverneur faisaient supposer qu'on pourrait exécuter avec plus de facilité encore le jeu du Parlementaire.

S 5. — Vers le milieu de la matinée du [4, les indiscrétions, sans doute calculées, de la politique bourgeoise, en indiquant que le moment paraissait venu de réclamer la forteresse pour la garde nationale, rassemblèrent la foule aux environs.

C'était le Longchamps de la Liberté. Les rues, les fenêtres et les jardins des maisons voisines, de l'Arsenal surtout, regorgeaient de monde. La curiosité dominait encore. On savait qu'il devait se passer là quelque chose, mais plus intéressant que dangereux. Les femmes, les belles dames ne manquaient pas au spectacle.

Il n'est pas très facile de restituer, heure par heure, la suite des cent incidents qui composèrent cette journée. Son caractère bouffon lui nuit par-dessus tout. Chacun le sentait instinctivement et essayait de noyer la drôlerie dans les fanfaronnades.

Dusaulx, au nom des Électeurs, déclare qu'ils avaient à peu près perdu la tête et qu'il ne sait plus comment se passèrent les choses. 'Moreau « notre roc » se rappelle seulement qu'il a signé « trois mille ordres» et qu'il était fort bousculé. Ils mouraient d'angoisse; « heureusement, disent-ils, ils n'avaient pas le temps de le montrer, tant ils étaient menacés, battus, entraînés », forcés d'obéir à leurs sujets. Ils n'avaient pas le temps non plus de regarder l'heure à leurs montres .

Les autres acteurs mentent d'une façon désordonnée, pour essayer ou de cacher leur lâcheté^ ou de prouver qu'ils furent héroïques et qu'ils ont tout fait à eux seuls.

Essayons de voir clair au milieu des contradictions et des hâbleries.

Entre 9 et 10 heures, tandis que le gros de l'armée conquérait l'Hôtel des Invalides, et qu'un petit détachement s'en venait chercher quelque chose à piller dans l'Arsenal, trois personnages sortirent de cette foule badaude qui attendait gaiement le spectacle annoncé et

Lt: GOUVERNEMENT

assiégait de quolibets « l'antre et ses invalides ». Ils se présentèrent à la grille, s'annonçanl comme "députés de la Ville auprès du gouverneur.

PILLAGE DES ARMES AU GABDE-HEtlBLE, LE l3 JUILLET l/^Ç

Pr*mi«r exemple du double mouveimnl qui v» signaler loule la période révolution mire ; révolte p tiqoe de 1i bourgeoiiie comre le pouvoir ilibVi. suivie immjdiatemeni du déchaînement de ti populici

L» électeur!, nomméi uniquemeut pour choisir Ici députés de la ville de Paris, se proclament loul-f ■lala et l'empareul de l'adminiiiraiion. Ils chae<cnt la Conlinune légale, en nommeot ui populace ae loulive tout eutiére. On pille les buuliqucs, paniculii boulangers et des armuriere. Une bande va piller le Garde-Meuble, cl s'arme avec i le* anliquei aalades et les arquebuses i mèches qu'on y trouve. Un savetier bosi d'Henri IV, en criant : Vive la Liberté: et la revend pour un ccu en criant : A D'autres patriotes arrachent lei boucles d'oreilles aux bourgeoises, en criant : Vive la mcnfa ji connaître cette vérité aufourd'hui évideste. c'est que tous les révolution néCMuirtment volenra, mail que tous les voleurs sont volontieri révolutionnaires.

Etaient-ils réellement députés par les Électeurs? Dusaulx l'admet. Mais son récit est, à cet endroit, absolument incohérent ; les faits sont évidemment hors de leur temps, et la rédaction porte nettement des traces d'arrangement laborieux. J'aime mieux m'en fier aux pièces originales sur lesquelles s'est faite la rédaction du procès-verbal des Électeurs. Elles n'indiquent pas cette mission.

Le principal personnage était un sieur Bélon, officier de l'Arquebuse, qui parait être de cette race d'importants, toujours prêts à s'entremettre et à prendre effrontément la tête des entreprises mal définies. Il était accompagné de deux muets que Dusaulx nomme des Électeurs, mais qui devaient l'être à la façon du célèbre Grelet. Les rédacteurs de la Bastille dévoilée pensent que c'étaient deux sergents, l'un aux gardes de la ville, l'autre aux gardes-françaises.

On envoya prévenir le gouverneur. Il ne résista pas. Il vint au premier pont, celui qui est au bout du Passage Coudé et qu'on nomme (on ne l'a pas oublié) le Pont-leins de V Avancé. M. de Launay fait baisser le tablier du pont.

On devine que le bon peuple ne manque pas de commencer le jeu du Parlementaire. Il se précipite à la suite de l'officier de l'Arquebuse. Mais Launay fait prestement relever le pont. Il déclare qu'il veut bien recevoir trois personnes, mais point 40,000 hommes. La canaille, furieuse, déclare à son tour que, puisqu'on manque de confiance en sa vertu, elle ne consentira pas à envoyer les représentants de la Patrfe dans la caverne de l'Ogre. Celui-ci, toujours débonnaire, consent à donner en otage quatre bas officiers. Il est vraisemblable que c'étaient quelques-uns des soldats qui l'accompagnaient ; car, si nous en croyons le récit de l'officier suisse, Louis de Flue, on n'eut pas connaissance de cette première ambassade dans Tintérieur de la citadelle.

Les trois porte- voix de la Patrie entrèrent dans l'Hôtel du Gouvernement. L'Ogre leur offrit à déjeuner. Ils acceptèrent.

Pendant ce temps le peuple commençait ses conquêtes. Il conquit d'abord les deux invalides désarmés qui gardaient les grilles de Saint- Antoine et de l'Arsenal, et qui, si nous en croyons un contemporain, passèrent immédiatement dans les rangs du civisme .

Après quoi le Peuple se mit à recueillir les vieilles armes, le mobilier des soldats et les provisions des boutiques.

Ainsi commença Théroïque batailie : les braves avaient conquis quelques vestiaires qui ne se défendirent pas, mais qu'ils se partagèrent et quelques cantines dont ils se rafraîchirent.

Avant midi — à midi, dit Louis de Flue, — vint un autre représentant de la Patrie, Thuriot de la Rozière. Il réclamait la Bastille comme Bélon. Comme Bélon aussi un ardélion, mais de la grande race.

L'Arquebusier représentait la moyenne bourgeoisie. Le bonheur de s'être mis en avant lui suffisait presque et il voulait bien trinquer avec les tyrans. Thuriot, l'homme de la haute bourgeoisie, voulait lea utiliser. L'effronterie était égale des deux parts ; seulement, d'un côté, elle finissait en une fusée de fanfaronnades, de l'autre, elle durait et servait d*assise à l'ambition. Le premier était sincère, il voulait bonnement la réforme des abus et la liberté. Le second avait le mot de la maçonnerie; il lui fallait la Révolution; il voulait pêcher en eau sanglante.

Quand l'avocat Thuriot de la Rozière, premier électeur du district de Saint-Louis-de-la-Culture, sur le territoire duquel était située la Bastille, entra au Château, l'arquebusier Bélon était encore à table. L'avocat le constate avec dédain. Il était, lui aussi, escorté de deux acolytes, gardes nationaux de nouvelle formation qui accomplissaient ce devoir protecteur avec une austérité civique sur le visage et une hallebarde sur Tépaule.

Thuriot se montre moins débonnaire que l'autre. Il demande à entrer dans l'intérieur de la forteresse, à constater le caractère 4noffensif de l'armement, à causer par-dessus les remparts avec le peuple assiégeant, à haranguer la garnison. Launay lui accorde toutes ces demandes, si exorbitantes qu'elles fussent. L'avocat profite de cette débonnaireté pour corrompre un peu plus les invalides. Il les sermonne civiquement, les somme au nom de Vhonnetir de trahir leur serment et leur commandant. Celui-ci, non seulement ne jeta pas l'insolent à la porte, non seulement il ne protesta pas, mais il continua de lui faire constater la faiblesse du Château. 11 lui fit même remarquer, ainsi que le rapporte Louis de Flue, que non seulement il avait éloigné les canons des embrasures, mais que, pour rassurer les citoyens, il avait fait boucher ces embrasures avec des planches. Bref, les officiers

et les soldats jurèrent qu'ils ne tireraient que si le peuple voulait les exterminer. Le gouverneur demanda une garde bourgeoise pour occuper la Bastille avec ses soldats.

Il était environ deux heures. Notre Électeur sortit en disant qu'il

PRISE DB Lil BASTILLE, LE I4 JUILLET I789] La Bastille était une vieille fortereise qui aviii lervi autrefois i itStnirt Paris, puis i eafertner ceruina coupables dont les lois et les maurs du lemps autorisaient la déteoiion priventiie. Sous 1c rtgae de Louis XVi, on n'y metlail plus guire que des eicToea, des espiaas, des voleurs de b\é, den insulteara publics. Le nombre moyeu des prisonniers élail de neuf par année. Ils y reliaient beaucoup moins longtemps que s'ils eussent itt condamnés par ta législation actuelle. Le 14 Juilletlkle peuple de Paris, excité par la bourgeoisie rtvolulionnaire, veul assiéger celte forleresae. Elle est bienlêt entourée par un nombre

La garnison se composai! de Sa Invalide* qui déiiraieil ne pas se défendre, cl de 3i Suisses qui llrti^nt

quelques coups de fusil.

«lait content. Thuriot était content. Il ne doutait pas que le peuple ne le fût aussi. Le gouverneur et les soldats, rassurés, attendirent l'arrivée de ia garde bourgeoiEC. Louis de Flue seul restait en défiance.

ASSASSINAT DE H. DE LAUNAY, GOUVERNEUR DE LA BASTILLE LE 14 JUILLET I7S9

Le gauiemcar de la Bistilk, Jourdan d« Liunay, jtiit un franc-ni;on, à itmi corrompu par l;> lii rivolulionnaïrcs. Il n'jv«it d'aillturs ai énergie, ni ung-froid, ni armes. Les canons d« la Baslllle, air que les fusils de remparl itiien) hori de service. On ae lira qu'un seul coup de canon et on ne pul utills qu'un seul de ces fusils. A la première d<charg«, la canaille parisienne s'enfuit. Une bande de plusieu milliers de soldais tralirei, de gardea-françaises ichcléi, corrompus, enivtis par les agents de la Rfvol' lion, vint avec de l'arlillerie devant le chlteau. M, de Launay, perdaiil léle et oMissant aux ordr

e tellement dtbaui

58 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRK

Il avait remarqué que le personnage — qu'il croit être Ethis de Gorny, mais qui est bien Thuriot — était parti assez mécontent, malgré ses protestations contraires. Ici commence ce que les historiens révolutionnaires appellent la première trahison de Tinfâme Launay. Il fallait essayer d'expliquer ainsi pourquoi on Tavait assassiné. Mirabeau n'y manqua pas. Sur le récit fort vague que lui apportèrent les envoyés du Bureau des Électeurs, il déclara que le gouverneur avait tiré sur le peuple paisible, sans provocation, et que cela criait vengeance au ciel et aux hommes! Ainsi commença ce chapitre de la légende.

Il est aussi absurde, aussi faux et plus odieux que le reste.

Launay, nous venons de le voir céder en tout, accepter tout, les insolences et les exigences les plus insoutenables, pour avoir la paix ; il démontre à ses adversaires Timpossiblité où il est de résister ; désarme lui-même ses soldats, lesquels, à vrai dire, n'ont aucune envie de se battre, et sont ou complices des assaillants ou affaiblis par Tàge ou corrompus par la Liberté ; et c'est cet homme, ce sont ces hommes qui, sans raison, se seraient mis à tirer sur une foule inoffensive ! Launay, dont toute la politique, en dehors même de sa timidité hésitante, consistait à gagner du temps et à attendre le soir qui devait lui amener du secours, du renfort, Launay aurait engagé brusquement la bataille! Cela serait absurde.

Nous disons que ce n'est [pas moins faux et nous en donnons seulement cette preuve: quelques instants après celui où les Invalides auraient tiré sur le « peuple innocent », nous allons voir forcer le Pont'lepis de l'Apancé. En ce moment les invalides ne tirèrent pas — cela est unaniment reconnu. — Ils auraient donc, après avoir fusillé, sans raison, les assistants, laissé prendre, sans les défendre, les premières de leurs fortifications! C'est impossible.

Il faut en revenir au récit de la Bastille dévoilée. Rappelons, sans nous lasser, que les auteurs de cette publication (on a nommé Charpentier, Manuel, Carra) sont des ennemis avoués de 1' «antre», des apologistes effrontés du meurtre de Launay, des révolutionnaires décidés. Ils déclarent, en outre, qu'ils ont confronté les témoins de toute sorte, forcé Thuriot et les autres fanfarons à avouer leurs erreurs. Ce récit, le voici :

Une demi-heure après la sortie de Thuriot, une bande armée de

fusils, de piques, de sabres, se jeta sur le pont de l'Avancé en criant : «A bas la troupe! Qu'on nous livre la Bastille. » Les invalides, qui attendaient un corps de milice furent étonnés. « Ils prièrent aussi honnêtement que possible ces divers particuliers de se retirer. » Cette honnêteté eut TefiFet ordinaire : ces divers particuliers s'enhardirent. L'un d'eux, le charron Tournay, ancien soldat du régiment Dauphin, grimpa sur le toit d'un corps de garde vide, et voyant que tout était désert, il se mit à coups de hache à briser verrous et serrures. Après avoir vainement cherché dans ce corps de garde les clefs du pont'levis de VAvancé il parvint à baisser ce pont, tandis qu'Aubin Bonnemère, ancien soldat de Royal-Comtois, enfonçait la porte qui accompagnait ce pont.

Les sous-officiers de vétérans continuaient de haranguer paternellement la foule. Ils lui assuraient qu'elle s'exposait à quelque danger.

La foule, constatant qu'il n'y avait aucun soldat derrière le pontlevis de T Avancé^ voyant les cours désertes et encouragée par les bénins discours des défenseurs de la citadelle, crut qu'elle avait ville gagnée. Tandis que les hommes positifs commençaient le pillage des bâtiments qu'ils rencontraient au delà de ce premier pont, les héros se lancèrent sur le large Pont de pierre qui était, on se le rappelle, entre l'hôtel du Gouvernement et la grande porte de la citadelle.

Ils se jetèrent sur le pont-levis qui défendait cette porte et se mirent, comme ils l'avaient fait pour le premier, à essayer d^en casser les chaînes. En même temps ils tirèrent sur les débonnaires harangueurs.

« Alors, dit la Bastille dévoilée^ ces soldats qui n'avaient voulu se rendre à leurs postes qu'après les menaces les plus fortes (et que le duc d'Aumont assure avoir été achetés et être absolument vendus aux factieux), ces soldats voyant leur quartier saccagé, leurs effets pillés, un de leur camarade tué à leurs côtés malgré les signes de paix, ripostèrent. »

Voilà la trahison : les invalides ne s'étaient pas laissé prendre et assassiner.

Ce n'était pas le compte du vaillant peuple.

La troupe héroïque se sauva en si grand effroi qu'il y eut plusieurs citoyens écrasés. Ce furent, avec quelques individus atteints

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par la fusillade des vétérans ou écrasés par le pont de l'Avancé qui retomba, les premières victimes.

Le vétéran que nous venons de voir assassiner pendant qu'il parlait « honnêtement » à la foule fut le seul tué pendant la défense du Château. On peut commencer à juger par là de la vigueur de l'attaque.

La bande effarouchée s'enfuit donc, écrasant, bousculant ceux qui suivaient. Les pillards quittèrent momentanément leur besogne. Tandis que la masse qui était entrée dans le passage coudé était refoulée dans la rue Saint-Antoine et dans les jardins de l'Arsenal, les braves allèrent s'abriter sous les deux voûtes de la cour de rOrme et de la Grille. De là ils se mirent à brûler de la poudre la plus inoflfensive du monde, pendant une heure environ.

Nous parlions de la masse qui encombrait le passage et les cours. Il ne faut pas que l'imagination des lecteurs cherche dans ces divers endroits cette foule de plus de cinquante mille individus dont la curiosité assiège la forteresse. Cette foule est dans les rues, les maisons, les jardins du voisinage. Dans les communs de la Bastille que nous avons indiqués : passage Coudé ^ cour de l'Orme, Cour de V Avancé^ (devant le pont-levis), cour du Gouvernement (entre l'hôtel du Gouverneur et le large pont fixe qui mène à la porte de la citadelle), il n'y a pas place pour plus de 4 à 5oo personnes.

Nous venons d'assister au commencement de la bataille. Mais pourquoi commença-t-elle ? Comment la situation, jusque-là presque pacifique, changea-t-elle si brusquement? Bélon partait repu, Thuriot déclarait solennellement qu'il était content. On va chercher les soldats citoyens pour garder la torieresse, concurremment avec les invalides. Tout est à la paix. Instantanément tout change. C'est une bande indisciplinée qui se présente et qui réclame la citadelle à coups de fusils !

Notre prudhomme Dusaulx et le député breton Coroller nous fournissent l'explication. Répétons-le, la Révolution voulait brûler ses vaisseaux. Ce n'était pas notre compte^ dirent les Électeurs, quand on vint annoncer les dispositions pacifiques de Launay, Il fallait la Bastille, et la Bastille ensanglantée.

Les vainqueurs de l'hôtel des Invalides revenaient ivres de gloire

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et remplis d'une généreuse audace. Ce sont eux qu'on envoya à la rue Sainte-Antoine. Ils vinrent se mêler à la foule jusque-là uniquement curieuse, et lui donner une ' tout autre teinte. Ce sont là ces n divers particuliers », armés de fusils, de piques et de sabres, et qui, sur l'ordre de la Commune insurgente, vinrent crier : A bas la troupe ! A nous la Bastille ! .

ASSASSINAT DE M. DE FLESSËLLl!:, PREVOT DES MARCHANDS DE PARIS

LE 14 JUILLET 1789 M. lie FlesHilc, privât de) (n>r>;luiil« cl prftideni du ComiU pcrmancni de l'Hûicl il ville, ittit devenu ■ujpcct an peuple depuis quelque* jours ; on l'iccusait d'être d'inielligence avec M. de l.xunay ei en correspondince avec les ennemis de la nation. Dénoncé publiquement, il se défend avec priseuce d'espril et fermeté. Ij lecture de deux billets interceplii.par lesquels M. de Bezenv il promettait du secours au gouverneur el tu major de la Bislille, réveilla taules les passions. Elles devinrent folles i la nouvelle de la prise de U Bastille, ï li vue de ses clefs, à l'arrivée des vainqueurs, des vaincus, des prisonniers. Les meneurs dirigcreul celte eifer%'esceDce contre M. de Flessctie qui n'élaii pas asseï Hexible. Les uns disaient qu'il devait être retenu comme otage, conduit au Châlelet. d'autres enfin criêicni qu'il devak aller au Palais-Royal pour ilrejugê. ■ Khbienl Messieurs, répondit M. de Fleisellc, d'un air asscï tranquille, allons au Halais-Royal. ■ Il se lève, ou l'environne, on le presse, il traverse la salle, il élail déjà en bas de l'escalier lorsqu'il refait un coup de feu qui Tabal, La foule se précipiie sur soi corps -■! le déchire. Enfin on lui tranche la tète, que

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Ils se précipitèrent d'autant plus lestement que les invalides de garde, les récits de Belon et de Thuriot affirmaient qu'il n'y avait nul défenseur derrière le pont-levis de F Avancé^ que la place n'était pas défendable et que la garnison n'avait nulle envie de se défendre.

Au moment où cette troupe héroïque, trompée dans ces espérances, s'enfuyait, deux invalides s'en revenaient de la ville. Voyant ce'pontlevis baissé, ils essayèrent de le relever. On les conquit — ils étaient sans armes — comme on avait vaincu les deux gardiens des grilles. Encouragés par ce succès, l'armée parisienne se jeta dans quelques cabarets du voisinage. Elle y recueillit trois autres invalides qui buvaient avec des citoyens à la santé de la liberté. On les saisit, on les envoya à l'Hôtel de Ville, où l'on eu grand'peine à les sauver, et où on les garda comme otages.

Ce fut le second trophée de l'héroïque bataille;

§ 6. — En remettant aux Électeurs ce trophée composé de trois vieux ivrognes, le Peuple ajoutait quelque chose de plus intéressant : il venait donner au Comité permanent l'ordre d'exiger que la Bastille se rendît à la nation. «Comme si cela dépendait d'un ordre de notre part, » dit avec désespoir un des notables. Mais il fallait obéir. La situation pour les Bourgeois avait bien changé depuis la veille. A mesure que la Révolution qu'ils favorisaient grandissait, leur position empirait. On eût dit que la Providence voulait décourager leur ambition à ses débuts et leur donner quelque sage prévision de l'avenir. Ils devenaient les esclaves de la populace.

La garde de Paris, en comprenant les 71 hommes du Guet, comptait 1,022 hommes dont une compagnie de cavaliers de i32 maîtres, et 890 hommes de pied. Cette garde s'était mise, avec son commandant M. de Rulhière, à la disposition de la Commune insurgente. Mais quelle défense pouvait fournir cette troupe, dont [une partie, suivant la pente historique, après avoir trahi le roi pour les bourgeois, trahissait les bourgeois pour la populace.

D'ailleurs, la foule est innombrable. Les Électeurs quittent une salle pour l'autre, la grande salle des Élections pour le cabinet du Prévôt, dans Tespérance d'un moment de liberté. Mais ils ont i,5oo hommes attachés à leurs pas. Ces i,5oo hommes veulent se loger dans le cabinet comme ils ont cherché à se loger dans la grande

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salle. Ces i ,5oo sont à leur tour pressés et jalousés par 5o,ooo autres qui veulent leur place dans le cabinet. Ils tentent de s'y introduire en étouffant les i,5oo qui étouffent les Électeurs. Ils leur demandent des ordres, qu'ils leur dictent avec des menaces féroces. Moreau de Saint-Méry en écrivit trois mille « sans quitter son siège ». Nos bourgeois «n'ont le temps ni de réfléchir ni d'avoir peur ».

Tantôt on les embrasse, on les nomme les Pères de la patrie. Tantôt on leur annonce que la «Grève veut leur tête». Ils tremblent, ils se sauvent dans d'autres pièces. Là, ils voient les banquettes garnies de citoyens, « armés comme des sauvages » qui hurlent et menacent. « Quels citoyens ? De ceux qu'on ne rencontre jamais au grand jour ! » Qui les avait fait quitter leurs réduits ténébreux ? se demande Dusaulx. Au lieu de répondre que c'est l'espoir du pillage et la folie de l'ivresse, le rhéteur libéral répond : a Qui sait ? C'est peut-être l'amour de la Liberté, N'en doutons pas. Elle est si féconde en phénomènes! » Puis il montre «80 Brutus, sourds à toute représentation, prêts à immoler les pères de la Patrie». M. de la Salle, acclamé la veille « comme un ange tutélaire » a cent baïonnettes dirigées contre sa poitrine. Un des Électeurs dit à son voisin qu'ils «assistent au Jugement dernier ». «J'ai cru, en effet, assister reprend notre historiographe, à la décomposition totale de la société. » Il nous montre cette multitude de gens nus, ou vêtus d'habits étranges, ne sachant ni où ils sont ni ce qu'ils vculçnt, dictant des ordres qu'ils ne comprennent pas, qu'on ne comprend pas, mais qu'il faut rédiger, auxquels il faut obéir. Puis vient un homme qui parle « avec le visage de Saturne irrité ». Puis reviennent « ces i,5oo hommes pressés par cent mille autres qui s'efforcent d'entrer».

Les barrières craquent, les banquettes se renversent, l'enceinte du bureau est repoussée jusque sur le siège du président. On met nos triomphants bourgeois en joue, on les menace du sabre, des piques. « L'Hôtel de Ville est plus dangereux qu'un champ de bataille. » Dusaulx voit égorger; on lui offre du sang à boire; on l'insulte «parce qu'il n'aime pas le sang», il tombe évanoui. On l'emporte, et il revient à lui... pour composer l'apologie de la Glorieuse Semaine II!

Il faut lire ces scènes de la première Commune insurrectionnelle. Malgré l'hypocrite et solennelle phraséologie de l'écrivain, elles sont

Vivantes, effrayantes. Elles sont comiques aussi. Nous voyons un des grands bourgeois, M. de Leutres, se mettre à la tète d'une bande qui veut aller achever de saccager et incendier les Invalides. A force de

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