LA I-0PUL4CE ENVAHIT LE CHATEAU DES TUILERIES, LE 20 JUIN I
Le Roi avait apposé lan vtio lur les décrcis qui prononfiient la diporutioa dei prctrca nanlaiiermenttt CI la fbrmaiion, soui I» mun de Pam, d'un camp de vingt mille hommo. Le minitlre Roland tcrivit k ce sujet au Monarque une leiire iniolenle, dans laquelle II osa dire que » la première de ces loii a'Ctail pas bientôt en vigueur, le peuple y suppléerait par de> eicts, et que le refus de la seconde lui ferait voir dans le Roi l'ami et le complice des conspiraleurs qui menaçaient les frontières. Louis XVI IndignC renvoya les ministres girondins, et le parti républicain, voulant venger leur disgrlce, dressa en hlle le plan d'une insurrection. Le lo juin, la populace du faubourg Sainl-Antaïne te rassemble en lumulte; niK longue procession d: piques traverse la ville, il ne s'agissait, disiieni les chefs, que d'une pétition relative lu renvoi des minisires el lui deux vélo. Deux pièces de canons étaient traînées i la tête du cortège, qu'accompagnait une immense quantité de femmes. Bientfil le rassemblement le porta vers le chlteau des Toileries : les grilles turent abattues, les portes enfoncées 1 coup de hacbe; un canon fui traîné jusque dans les appartements du Roi et la foule y pénétra. On exigea du Roi, en essayant de le piquer il coups de b^onnettes. qu'il cédât aux demandes des émcuilers, 11 leur tint lèle pendant trois heures, avec une tranquille fermeté. Le courage du Roi, le dévouement de Madame Elisabeth et de la Reine eu imposèrent i la populace. L'ussassinit de la famille royale c^I r;mis il un autre jour.
RANCE BÉÏOLUT. — Livr. 16.
lace. C'était bien l'idéal. On avait calculé que, jusqu'ici, le bon citoyen qui voulait remplir exactement ses devoirs parlementaires devait donner à cet exercice deux jours chaque semaine. Il en faudrait désormais beaucoup plus. Mais quel besoin le peuple avait-il de travailler, puisqu'il était le maître absolu ? Ses idées d'économie politique n'allaient pas au delà; il croyait toujours avoir tout gagné quand il avait brûlé les barrières de l'octroi et pendu les gens économes.
On envoya cette Constitution à l'acceptation du peuple français, qui fut censé l'avoir reçue avec admiration. Seulement, quand la Révolution eut ainsi prouvé son invincible amour pour la liberté, elle déclara que cette Constitution ne pouvait être prise au sérieux, et qu'il fallait se contenter du despotisme.
Le [4 frimaire an II (4 décembre 1793), fut promulguée une nouvelle Constitution. Elle donnait une puissance solennelle à une loi portée dès le 10 octobre et qui décrétait, en principe, le gonvet^ement révolutionnaire.
D'après le mécanisme de ce gouvernement, le peuple souverain et infaillible, représenté par les citoyens les plus violents de la ville la plus folle, confiait son omnipotence et son omniscience à l'Assemblée nationale, laquelle choisissait, pour leur déléguer ce pouvoir tout-puissant, vingt-quatre des hommes devant lesquels elle tremblait le plus; ces derniers, réunis en deux comités, obéissaient à leur tour à ceux d'entre eu^ qu'ils redoutaient davantage.
Ce gouvernement, on promettait qu'il durerait seulement jusqu'à la paix; mais il était clair que cette paix ne viendrait jamais. En effet, Ja guerre devait persister jusqu'à ce qu'il n'y eût plus en France, en Europe, dans l'humanité, un seul groupe dont les idées résistassent aux principes proclamés par la Révolution et à l'interprétation qu'en donnaient les plus exaltés ou les plus dépravés d'entre les révolutionnaires.
Ce gouvernement publiait qu'il avait pour « centre unique » de tout son droit, de tout son pouvoir, la Convention.
Qu'était-elle devenue, depuis ces journées d'août et de septembre, où nous avons indiqué comment elle fut engendrée, jusqu'au 3i mai, où nous avons vu comment Henriot la décapita ? Robespierre, peu de temps après l'adoption de la Constitution de 1793, assura aux Jacobins
LE GOUVERNEMENT ^ ao3
que la Convention était pure. Après la constitution du gouvernement révolutionnaire, on affirma qu'elle était vertueuse. A chaque nouvelle victoire que nos armées remportaient, on proclamait qu'elle était énergique, puis héroïque, et définitivement vénérable. Elle était l'Arche sainte et le concile infaillible.
Entrons, pour mieux nous renseigner, dans Tintérieur de ce concile. Les conventionnels doivent être sept cent quarante-neuf. On en peut enlever deux cent cinquante qui sont ou proscrits ou en mission. Il doit en rester cinq cents. Combien en voyons-nous dans la salle? Quatre-vingts, dans les bons jours. L'affaire du 3ï mai a été décidée par cent votants. Où sont donc les autres? que font-ils? Qu'ils le disent eux-mêmes. La parole est à la Montagne; elle n'est pas suspecte .
« En entrant dans l'Assemblée, chaque membre, plein de défiance, observe ses démarches et ses paroles, dans la crainte qu'on lui en fasse un crime. En effet, rien n'est indifférent, la place où l'on s'assied, un mot, un regard, un geste, un sourire. Le sommet de la Montagne passant pour le plus haut degré du républicanisme, tout y reflue. Le côté droit est désert depuis que la Gironde en a été arrachée. Ceux qui ont siégé avec elle et qui ont trop de conscience ou de pudeur pour se faire Montagnards se réfugient dans le ventre (la Plaine), toujours prêt à recevoir les hommes qui cherchoient leur salut dans sa complaisance ou sa nullité.
« Des personnages encore plus pusillanimes ne prennent pied nulle part, et pendant la séance changent souvent de place, croyant ainsi tromper l'espion et, en se donnant une couleur mixte, ne se mettre mal avec personne. Les plus prudens font encore mieux. Dans la crainte de se souiller et surtout de se compromettre, il ne s'asseyent jamais. Ils restent hors des bancs, au pied de la tribune. Dans les occasions éclatantes où ils ont de la répugnance à voter pour une proposition et où il peut y avoir du danger à voter contre, ils se glissent furtivement hors de la salle. »
C'est Thibaudeau, le Montagnard, qui nous dit cela.
Les gens de la Plaine — ceux que nous appellerions aujourd'hui les républicains modérés, la gauche et le centre-gauche — confesseront leur abaissement avec une candeur qui prouvera combien leur
lâcheté leur paraissait légitime. Ils diront que plus ils avaient été éloquents et remarqués à la Constituante et à la Législative, plus ils se taisaient et se cachaient dans une apparente imbécillité; ils ajouteront qu'ils votaient , contre leur conscience , tout ce que les chefs de la Montagne désiraient.
Ces lâches, les chefs et Texemple de ces lâches, c'était Féraud ! c'était Boissy d'Anglas ! La Révolution avait jeté dans cet avilissement ces hommes, qui furent courageux. Daunou explique comment : (( Réduits au silence dans la Convention, nous étions espionnés dans nos demeures, recherchés dans nos relations, environnés de terreurs et de perfidies. »
Les Montagnards, au moins, représentaient-ils la grandeur légendaire de la Convention ? « Nous avons vécu un an le cou sous une ignoble tyrannie, » s'écrie le Montagnard Fréron. Un autre, Poultier, dit que les conventionnels allaient faire antichambre chez Robespierre pour implorer sa faveur. Un autre encore. Boucher Saint-Sauveur, avoue que la présence de Robespierre produisait sur eux tous le même effet que la tête de Méduse. Le vaillant Merlin de Thionville écrira : « Tel fut l'avilissement de la France, qu'un homme sans talent et sans courage fit trembler tous les citoyens. L'Assemblée est nulle, le peuple esclave et avili. » Enfin, un autre conventionnel nous dira un mot, qui peint tout avec une couleur d'une vérité effroyable : a On s'efforçait de se dégrader soi-même^ pour faire oublier sa supériorité. Tout se rapetissait pour passer sous le niveau populaire. »
Telle était l'Assemblée qu'on nous donne comme le type grandiose d'un Parlement révolutionnaire et le produit le plus exquis du principe de la souveraineté populaire.
Le gouvernement dont elle était le centre dura jusqu'au 9 thermidor. A cette date, le respect de la Convention, qui avait cours forcé, comme 'les assignats, tomba comme eux et aussi bas, dès qu'il ne fut plus appuyé sur la peine de mort.
Mais comment tomba ce gouvernement de la Terreur, le plus obéi, le plus puissant qui fût jamais ? La Convention, à défaut de courage, montra de l'habileté le 9 thermidor de l'an II; elle sut profiter de la division qui s'était mise entre ses tyrans, entre Robespierre, les membres du Comité de Salut public et les autres Montagnards.
LA JOURNEE PARLEMENTAIRE DU g THERMIDOR
Dans la journée du 8 thermidor (26 juillet 1794), Robespierre a engagé le combat à la Convention. Il paraît n'y avoir remporté qu'un demi-succès. Néanmoins, pour lui, la victoire est complète; car, le soir,
LA DANSE MACABRE RÉVOLUTIONN AIKE (SuitS
IV. - I Liberté, Égilitt, Fntemitt ! • Ces cri> rouicat dans \» ville CDtitrs. • A l'Haicl de ville! •
— Silence '. — On jelle dei pierrei. i Vive li République! • — Tous mot muets corame le tombe. Et lui,
il lead une éptt; il la prflente lu peuple; c'est celle que la Riiic « votée 1 la Jvttict. 11 dit i • Peuple!
celte épée t'appartient! Qui peut juger î — Toi aetiH Dieu parle pir U bouche 1 Par ta bouche aculel ■
en rentrant chez lui, il a dit aux Duplay, ses hôtes, avec un sourire joyeux, très rare sur sa physionomie : « Je n'ai plus à compter sur la Montagne, mais la Convention m'entendra. » Aux Jacobins, la soirée a été, pour lui et ses amis, triomphale. Les rivaux ont dû s'enfuir, conspués, presque fustigés. A la Commune, tous les préparatifs sont faits pour la bataille.