LA POLITIQUE
lâcheté leur parais5 quents et remarqtaisaient et se c qu'ils votaien* Montagne d
Ces 1^ c'était P
^flf
j^raées^ dès cinq heures du
^^^ ^.:/g et ignorant, dont les mou-
ces h (c R ' no
• " li^*^^' / 5^"^^"^ ^^ '^ victoire dans les
- \:tf^^ u0en^^^ ^\is\i évidemment vers Robespierre,
*.-^ ^^^' ///î^'^'^^^' ^^ P^^ menacer du geste les **"'^^*^^<^^^'^^ .^ ^flcun des partis en présence avait
'^*^i^' pfés^^^' \ç^ Nous voyons par Tinterrogatoire du
"^ \tf^ 0is ^ tardes du corps de Robespierre, que ceux-
i^'f ^n'M^f ^'^^ r inais sans y rester continuellement, obligés
^r/^ à I'^^ ^Jl'i^ les sections pour y entretenir Tamour de
^ ^^^/si^^ ^^ h^ne des conspirateurs, c'est-à-dire des Montagnards.
4^\^:^rr^ ^^ ..^noser que ces forces diverses, dirigées par des
B'^^^'lo"^ '"P^
^Piït "^ ^nffie, tendraient à s'équilibrer et à s'annuler. La cte^^^ ^^ • publique, l'opinion des modérés, avait ainsi, pour réci^^^^^^^ f 's depuis 92, quelques chances de prévaloir, au milieu
des
là p^^!^ A des tribunes conventionnelles. ]es ^^ , yfés, plus convaincus encore, aprè ^^^ bins qu'ils n'avaient plus de refug 1^ ^A ^ que dans la salle de la Convei
.a réglementaire, avec une exactitude fort rare.
iés plus convaincus encore, après la séance de la veille
^^^ "bins qu'ils n'avaient plus de refuge — ;-efuge précaire et
ju^ A^ que dans la salle de la Convention, s'y étaient rendus
V TS cett^ même heure, Didier et autres gardes du corps allaient pypiay, rue Saint-Honoré, 366, chercher les deux Robespierre. ^ j^ilien était mieux frisé, mieux poudré encore que d'habitude.
Quand il entra, un grand murmure se fit entendre, qui était formé ar l'applaudissement des tribunes et des couloirs intérieurs, par la haine des Montagnards, par la curiosité de tous. Robespierre put constater un triple sentiment, dès son arrivée : dans un groupe d'une yjngtaine de députés, qui tenaient les gradins supérieurs, une volonté déterminée; dans les rangs serrés de la Plaine, une gravité silencieuse, comme de gens qui se réservent; ailleurs, dans les partis intermédiaires, l'indécision, l'attente, un reste de cette humilité qu'on avait eue si longtemps en présence du dictateur.
Lui, pour montrer qu'il rompait avec la Montagne, s'était venu placer debout à côté de la tribune, comme auprès du trône de son prochain empire. De là, il lançait ses regards sombres et farouches
que nul n'avait soutenus jusqu'ici, tant on les croyait des arrêts de proscription.
Malgré cette odieuse présence, les députés se taisaient. La séance se déroulait fort calme au milieu des affaires courantes, et pendant la lecture de la Correspondance, par quoi la Convention débutait chaque jour. On semblait s'observer, attendre, hésiter, tant on sentait que l'attaque devait être décisive.
Quelques dpputés les plus compromis et les plus importants se promènent encore dans les galeries extérieures. Bourdon, de l'Oise, y rencontre Durand de Maillane, pour lequel, comme pour tout autre crapaud du Marais, il n'avait eu jusque-là que mépris et insultes. Il s'approche de lui, lui tend la main en disant : « Oh! les braves gens du côté droit. »
Durand de Maillane monte au salon de la Liberté, qui touchait à la salle de la Convention. Il s'y promène un instant avec Rovère, Tallien vient les rejoindre. Mais il voit Saint-Just à la tribune. Midi venait de sonner.
Tallien se précipite en disant : « Voilà Saint-Just à la tribune. Il faut en finir. » Il se croise avec Goupilleau, de Montaigu, qui sortait. « Rentre dans la salle, » dit-il. « Viens être témoin du triomphe des amis de la liberté. Ce soir Robespierre ne sera plus. »
Durand de Maillane les suit. Il va prendre sa place parmi les membres du côté droit, toujours silencieux, suivant obstinément rhabile conduite qui pouvait leur donner le gain de la journée, s'ils savaient garder jusqu'à la fin cette situation, non plus de victimes, non plus de témoins^ non pas de belligérants, mais de juges appelés à décider en dernier ressort sur le procès engagé entre leurs divers tyrans,
Saint-Just, plus froid, plus sombre que jamais, avait entamé son discours.
Ce discours eût été inutile, sans doute. On ne le lui laisse pas achever. Tallien l'interrompt dès la seconde phrase. Il trouve le jpiot de la situation. Il traduit adroitement l'impression générale, et demande qu'on sorte enfin de cet état équivoque, — absolument antipathique au caractère de l'esprit français, — où l'on tient toutes les imaginations emprisonnées depuis plusieurs jours. Saint-Just, encouragé par Robes-
2o8 LA POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE
pierre, toujours debout au pied de la tribune, par les applaudissements des quelques députés robespierristes, par les murmures des tribunes qui, au début de la séance, répétons-le, sont évidemment pour Maximilien, Saint-Just essaye de résister et de continuer son discours.
En le voyant monter à la tribune, chaque parti avait envoyé dans les bureaux des comités avertir les députés, qui arrivèrent en foule; si bien que jamais, depuis le jugement du Roi, séance n'avait été aussi complète.
A la suite de ces petits groupes des Conventionnels que les huissiers ont été chercher par tout le palais, les deux comités de gouvernement entrent dans la salle.
Billaud demande la parole. Il était midi et demi, dit Lecointre.
Ainsi commença cette séance, la plus grande dont les annales parlementaires aient conservé Thistoire, la plus merveilleuse scène qu'un dramaturge de génie puisse inventer, tant l'intérêt est puissant, habilement gradué, le cadre grandiose, tant les péripéties sont mouvementées et les détails nuancés.
Billaud monte à la tribune. Il ne parle pas encore de Robespierre. Il conquiert son auditoire en prouvant aux Conventionnels que, s'ils faiblissent un instant, ils sont perdus. Puis, avant d'en venir à l'ennemi, il commence ce mouvement grandement habile, que la peur et le prestige de Robespierre imposaient à la Convention, mouvement qu'elle suivit avec un instinct surprenant, et qui consistait i désarmer Robespierre pièce à pièce, à l'isoler, avant de l'assaillir personnellement.
Billaud pousse d'abord à l'ennemi extérieur. Il fait arrêter un Jacobin qui, au milieu d'une bande des siens, occupait les couloirs autour de la Montagne. Cette vive exécution en impose aux tribunes et permet aux partisans des Montagnards d'y tenir en échec ceux de Robesr pierre.
Billaud continue, et il s'adresse à Robespierre, mais sans lui porter de coups dangereux encore; on voit qu'il veut l'affaiblir plus que le blesser. D'ailleurs, soit qu'il désire conquérir le suffrage des Sans-Culottes des tribunes, après les avoir intimidés, soit que la fureur démagogique reprenne le dessus, le sombre septembriseur déclare qu'il n'a qu'un crime à reprocher à Robespierre : il le blâme de n'être pas assez révolutionnaire.
N-'élait-ce pas fait pour tout perdre, pour troubler la majorité des modérés et lui persuader que Maxîmilien est [e moins farouche de ses maîtres ?
Heureusement Tallien est là. Il pousse un cri qui va dominer tous
COMMÉMORATION DE LA PRISE DE LA BASTILLE, LE I4 JUILLET \jg2
Pour fiire oublier la [ournéc du sa juio, aa crul devoir organiiEr une troïiièmc Fédération qi rail rcathoutiiime. On espérait qu'elle illiil créer une misse coasidtnble de volonliires prêts la fronliere. Cette attente rtil irjmpée, la nouvelle Fédération ne fut marquée que par lés fanti
L'Atscmblée législative trouva qu'elle seule avail le droit de prononcer sur cette affaire. Elle ât le maire serait rendu i tes fonctions. Le jour de la (eu, Pction veniii d'i dt tui au champ de la Fédération comme un monarque vaincu 1 la suite
Fkancb BÉvoLtrr. — Livr, 17.
aai va verser l'ivresse dans tous les hle soanette que nous allons voir paraître pierre, nié que les derniers mots de Billaud ont
on. A bas, à bas le tyran ! u le mot qui était dans tous les esprits, sur le révélation. Révélation écrasante dont 'cr.
:s accusations, et il prend Robespierre .'un poignard, par un mouvement oraion effet sur la foule démocratique, et 'ser singulièrement l'énergie de Robes- , de Catilina ; mais, au milieu de cette irases simplement énergiques et lumi- Conventlon décrète la permanence de consules ; c'était le pouvoir arraché moissemblée reprenait la plénitude de son
arrière. Il suit son plan parallèlement à mde l'arrestation des partisans militaires ', des Dufraisse, après celle de Dumas, m état-major, de ses adjudants et aides
et Delmas.
lander la parole, i crie-t-on de nouveau.
:ux, des clameurs menaçantes recomsemblée n'était pas engagée dans cette itenu énergîquement que par dix ou :u tenus en échec par Le Bas et Robeslontagne murmurait, en indiquant des lation des opinions et la versatilité des
lards que la sympathie ou des engas faisaient pencher vers Robespierre, raison à donner de cette conduite que
la peur qui commence à saisir les amis de Robespierre et qui va se développer jusqu'à la plus révoltante lâcheté .
La Plaine gardait son attitude froide et recueillie de juge des coups, et nul ne pouvait savoir dans quel sens elle se déciderait. Les tribunes, qu'une partie des plus forcenés robespierristes avait quittées après avoir vu la tournure que prenaient les choses, étaient par là devenues plus accessibles aux accusations portées contre la tyrannie.
Pourtant il eût suffi à Robespierre d'un mot puissant, d'un geste éloquent pour les ramener, pour violenter les indécis de l'Assemblée, pour convaincre les réfléchis et courber les craintifs.
Mais il ne savait profiter de rien. Il ne trouvait que des gestes de colère, des cris menaçants, des paroles furieuses ; ne comprenant pas qu'il aidait ainsi la tactique de ses ennemis ; oubliant que la colère d'un adversaire entretient la fureur de l'autre, et qu'à ce combat de bruit il serait nécessairement vaincu, puisqu'il était seul contre plusieurs.
Enfin, il croit qu'il va pouvoir parler. Collot-d'Herbois, lassé, a cédé à Thuriot le fauteuil de président. Alors commence le dernier acte de ce grand drame révolutionnaire. C'est la lutte horrible entre Robespierre exalté, furieux, fou, et la sonnette que. Thuriot va agiter sans cesse, en répétant avec rage : « Tu n'as pas la parole ! tu n'as pas la parole! »
Au-dessus du bruit l'on entendait cette voix aigre doublée de quelques notes profondes, cette voix de Robespierre qui, depuis plus d'un an, faisait trembler la Convention. Mais on ne distinguait qu'un mot, une injure, un membre de phrase. Les hurlements de la Montagne et le bruit de la sonnette coupent et couvrent tout.
C'est vers cette Montagne que Robespierre regarde une dernière fois.
Il y avait beaucoup de courtisans ; quelques-uns tremblaient encore devant lui et, à cette heure même, n'osaient pas affronter ses regards. Quelques autres sincèrement enthousiastes, comme Soubrany par exemple, devaient craindre que le mouvement n'emportât la P.épublique. Plusieurs pouvaient ne pas croire Robespierre aussi atrocement coupable qu'on le disait. Mais, au milieu de cette fièvre et de cette lutte haletante, chacun perdait le sang-froid et ne voyait que le fait principal, que le mot dominant : la tyrannie, le tyran !
aiï IJV POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE
Quelques autres encore, qui voulaient tuer le despotisme des Comités en même temps que celui de l'Incorruptible, déclaraient qu'on devait accorder la parole à l'accusé, afin qu'il dévoilât ses complices. Il y a lutte à ce sujet entre Lecointre, Mallarmé et d'autres sur les hauteurs de la Montagne. Les uns trouvent odieux qu'on condamne un accusé sans l'entendre. Les autres veulent qu'on accorde à Maximilien une demi-heure qui lui permettra de révéler les crimes de Billaud, de Barère et des membres du Comité de sôreté générale. Mais les plus habiles font remarquer que si Robespierre peut parler en paix, il va entraîner avec lui la majorité encore indécise. Tout se perdit bientôt en un cri général de haine.
« Lâches ! » s'écria à son tour Robespierre en les menaçant du poing. Puis il se tourna vers la Plaine.
Il rompait avec ses anciens alliés, et il allait porter sa puissance du côté de la Droite. C'était bien ce qu'il voulait signifier par ce geste de menace. Il avait hésité jusque-là à employer ce moyen, bien que, selon lui, il dût nécessairement lui donner la victoire. On l'entendit qui disait :
a Députés du côté droit, hommes probes, hommes vertueux, donnez-moi la parole que les brigands me refusent ! »
C'était le moment suprême ! La Plaine, que va faire la Plaine? On remarque que cet appel la fait frissonner et osciller. Mais bientôt elle reprend son immobilité et elle restera désormais toujours muette, toujours impassible.
Alors Robespierre pâlit. On vit la sueur couler de son visage. On crut qu'il commençait à entrevoir sa perte dans ce silence solennel et effrayant.
La Droite ne voulait donner que pour décider la victoire, quand, après une longue escarmouche, les deux partis, épuisés par la lutte, constateraient qu'on ne pouvait vaincre sans la Plaine, et seraient prêts ainsi à lui abandonner une part de puissance, une portion de butin.
La colère reprit encore une fois Robespierre : ses joues se colorèrent, ses yeux se promenèrent partout comme pour chercher un appui. Ses lèvres bleuâtres s'agitèrent confusément sans laisser passer autre chose que des exclamations injurieuses. Il se tournait, furieux, contre le Président dont la sonnette et le cri monotone l'écrasaient.
« Président des assassins, hurle-t-il d'une voix rauque, une dernière fois je te demande la parole.
■ — Tu ne peux plus parler, lui crie Garnier, de l'Aube, le sang de Danton t'étoufTe!
LA DANSE KACABRE RÉVOLUTIONNAIRE (suitc)
— > Anx birricidti! • • Dci piTiil •
• Vous al-je bien ttna met promeiie* ? •
Ctli l'élève, a au •ommtl,
■ rrétes-TOui pu tous met igtaK ? •
Lm, qa'ili ont prii pour chef.
11 louItTe H» ïStemeni. ; i]> regardent.
11 ticDt ferme ■■i(eaa>rd MDglinl.
Leur «eur «t broyi d»ns un *liu;
Let coopi de fen écUteot;— Mut crique; —
Leor slng coule, ronge comme leur drapeau
lU tombent latonr dtlui. - Laf, il ril.
Ils ïoienl leur chef... c'eit la Miyrl.
— Ah I brigands ! s'écrie Robespierre, comme si une lueur fût venue l'cclairer tout d'un coup, c'est donc Danton !.., a
Mais la sonnette coupe sa phrase.
« Lâches! murmure-t-il, pourquoi ne l'avoir pas défendu ? «
Il oubliait que c'était à sa tyrannie révolutionnaire qu'était due cette lâcheté, et qu'après tout ils n'étaient pas plus les amis de Danton qu'il
ne l'avait été. Il avait abandonné son ami, comme ils l'avaient fait euxmêmes, et lui, de plus, avait trahi, pour l'accabler, les confidences de cet ami.
On dit qu'alors il bondit hors de la tribune et se précipita vers les bancs de la Droite :
« N'avance pas, crie Féraud, ne sais-tu pas que c'est ici que Vergniaud et Condorcet étaient assis I »
Il regagne la tribune, mais la terrible sonnette l'y poursuit.
Enfin, elle l'emporte. Il n'a plus de voix. Alors il est bien vaincu. Louchet,Loiseau, Charles Duval,proposenmn décret d'arrestation contre lui. Billaud ne veut pas que le Comité soit absent de cette mesure décisive.
Robespierre essaye de lui jeter un mot. Mais la sonnette n'est pas muette :
« Tu n'as pas la parole, » répète encore Thuriot.
Le côté droit , toujours muet, se lève tout d'un mouvement.
L'arrestation est décidée. Robespierre lance un dernier regard sur les tribunes, comme s'il ne pouvait croire qu'elles laissassent accomplir un si grand crime. Les tribunes se taisent. Il remuait entre les * doigts un petit canif ouvert en se demandant sans doute quel effet produirait sur ce peuple la comédie du suicide.
Après quelques hésitations des huissiers tremblant encore devant lui, et quelques essais de résistance de sa part, il est emmené avec "^Saint-Just et Couthon, avec son frère et Lebas, qui, seuls en cette lutte si grande et si misérable, trouvèrent un noble accent pour demander à partager son sort.
Couthon, dit un contemporain, était revenu en uii clin d'œil, à cette époque de 1792 où il trouvait que Robespierre était un scélérat. Il avait amené son chien avec lui, tant sa sensibilité avait besoin d'avoir toujours quelque occasion de se montrer. 11 gardait tendrement l'animal sur ses genoux, pendant tout ce débat. Quand on lui avait reproché de tendre à la dictature, il avait montré ses jambes impotentes, et quand il vit Maximilien écrase, il se retourna vers les Dantonistes :
« Eh I mes amis, dit-il, croyez-vous que je partage les crimes d'un pareil monstre. » Il était lâche comme tous les autres.
Le reste de la séance n'a plus d'importance. Les députés, après
LE GOUVERNEMENT aiS
avoir pris quelques mesures accessoires, étonnés, peut-être effrayés de leur courage, se séparèrent à cinq heures, laissant, par une funeste inspiration, le champ libre à la Commune.
Mais il ne sut pas non plus profiter des forces considérables que cette Commune, la société des Jacobins et les sections armées de Paris, mirent à sa disposition. La Terreur fut décapitée du mêmecoupque lui.
Toutefois la révolution n'était pas finie. La dictature révolutionnaire s'en alla vers l'anarchie, comme elle en venait, elle appela à son secours la dictature directoriale. Après quoi, la France revint à l'anarchie puis à d'autres dictatures. La révolution ne connaît que ces deux manières de faire vivre l'humanité : l'anarchie et la dictature.
§ 2 . — Le gouvernement populaire. — On a souvent comparé la monarchie à un chêne vigoureux qui défie et arrête les tempêtes sociales. Il ne les arrête pas toujours. La preuve en est ici même. Toutefois la comparaison est bonne. Elle nous servira à bien comprendre l'essence du gouvernement révolutionnaire. Ce n'est pas un arbre comme le gouvernement monarchique, c'est un taillis. Il ne présente pas un tronc, mais un buisson. Seulement à la différence des roseaux ordinaire, il plie et il rompt.
Le gouvernement légal, le gouvernement organisé a donc autour de lui un cercle mal uni de pouvoirs désordonnés, volontaires, fantastiques. La Presse, les Clubs, les Tribunes, la Rue, constituent une série de forces gouvernementales.
Elles naissent légitimement du principe de la souveraineté populaire, et comme elles sont aveugles, mobiles, violentes, inorganisées, elles sont plus chères à la Révolution que les pouvoirs légaux. Elle leur donna parfois une place dans la hiérarchie des pouvoirs officiels, comme elle fit à Paris pour le club des Jacobins, et dans les villes pour les comités de Surveillance, qui ne sont autre chose que des clubs.
La liberté de la presse doit sa naissance légale à un arrêt du conseil d'État du 5 juillet 1788, par lequel Louis XVI, voulant sincè-
2i6 LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE
rement s'éclairer et continuer le grand mouvement de réforme inauguré par lui, invitait tous les citoyens à donner les avis qu'ils jugeraient opportuns. C'était un appel auquel les Français du dix-huitième siècle ne pouvaient résister. Depuis cinquante ans les plus actives cervelles travaillaient sur le fondement des empires.
En 1761, à ce que nous apprend VAImanach des Gens d'esprit pour 1762, il y avait cent soixante-deux journaux en .Europe. En 1789, dans une seule semaine, la première de juin, on publiait à Paris quatre-vingt-douze journaux ou brochures, plus de la moitié de ce que nous offrait toute l'Europe en une année, vingt-huit ans auparavant.
Le 14 février 1789, le conseil du Roi avait bien pris un arrêté contre la licence de la presse; l'arrêté ne fut pas exécuté, et, peu de temps après, la pleine liberté reconquit son pouvoir sous la forme d'une autorisation accordée aux Parisiens de publier tout ce qu'ils voudraient à propos des élections.
Durant les quatre premières années de la Révolution, à partir de mai 1789, on compta un millier de journaux.
L'usage était d'en proclamer dans les rues le titre et le sommaire, que l'administration du journal livrait à Vaboyeur spécialement imprimés pour lui. Souvent celui-ci se livrait à mille fantaisies et arrivait, c'est Bailly qui nous le dit, à annoncer tout autre chose que ce qui était dans la feuille.
Il y eut aussi des journaux faits pour être affichés : journal-placard, journal-affiche. Citons le Chant du Coq^ royaliste, la Sentinelle^ de Louvet, payée par Roland sur les fonds de son ministère, et l'Ami des citoyens^ de Tallien, payé par le club des Jacobins.
Quant aux gazettes ordinaires, elles présentaient la plus grande variété d'apparence. La plupart étaient in-octavo, un petit nombre in-douze; la Galette de France^ le Patriote^ de Brissot, la Chronique^ de Condorcet, et quelques autres, avaient adopté Tin-quarto. Le Moniteur et r Union étaient seuls in-folio. Il y en avait bien peu qui parussent tous les jours, la plupart étaient hebdomadaires ou bi-hebdomadaires. Les Sottises de la semaine venaient tous les deux jours. Quelques-uns étaient imprimés tous les quinze jours, comme V Accusateur public^ de Richer-Serizy. D'autres s'intitulaient périodiques et
paraissaient irrégulièrement. Le Défenseur de la Constitution, de Robespierre, était dans ce cas. Les prix étaient aussi très variés. L'abon-
PRISE DU CAHP DE lALÈS SUR LES CONFÉDÉRÉS (jUrLLET I792) La FtdéralioD de Jilia cit une pTal«la1ioD dfiaocriiiqut. Les piysBni du Vivirait, ciaspfrta par la. Ijranaie révoluilannairt, las d'être blteelfs cl massacrêi par lea proieatant), ae réunirent pour défendre leor liberté, leur yie et leur Teligion. Lei prolsttaata avaient formé le^citnp de Boucoiran; îia Cbrmtrent ur camp au milica de la plaine de Jalta, dai» lie bltioienta d'une commanderic de l'ordre de Malle, dont le bailli de Suffren et le comte de Qnîaaanaa avaient t\i les dernierB commandeurs. Trahis une premUre foia par l'homme 1 qui l'on avait légircment donaf le conimaadeinenl de l'armée, les paillants paysans se rcfarmËreui. Attaqués par des troupes disciplinéea, ils furent définilÎTemeol vaincuien luitlet 1793, disper- •éi et matsacrti malgré le courage du comle de Saillant, qui les commandait alors. Deui personnage) doivcol étie mis hors de pair dana eette affaire dea Fédérations de Jalès, deux héros obscurs, puissants, «ulaai par une intilligence de premier ordre que par un dévouemeai et; une intrépidité que rien ne lassa, un petit gentilhomme- de ngbleaie rurale, Basiide de Malbas, et un Gis de paysan, l'abbé Allier, qiu fut un prftre pieux et an homme de génie.
FlANCB sivOLUT. — LJVT. l8.
rement s'éclairer et continuer le gr^
guré par lui, invitait tous les -' ,-^i.
raient opportuns. C'était ■, 'J'/a"*" dépenser pour établir un
siècle ne pouvaient rés' ', ■' jé' ^^ guerre^ coûter à Louis XVI
velles travaillaient si- . ''''"^^P^^^ P*"^ ^^ 35,ooo livres pour trois
En 1761, & ce ■ -l'/f^yalement. On accusait Roland d'avoir
pour 1762, il y •.'v'/'^'jouf^"''" '" Sentinelle pendant un an. Mais
dans une sev '■'"n''^-' t /' f^"' ^^^ tenir à une phrase que nous
quatre-vinr - '-^'\i ^".^ même Roland, et qui paraît signifier que le
que non- . *>JU' ^ iiiXf. juste le double des déboursés. L'abonne-
vant. '.t'^'i-it^" *na^i ^^ 4° francs par an, un numéro de journal
I z-^^' '"-la 3" '^^"^ annuellement.
<^ -^'y '"'aie que, dès le mois d'août 178J, il y avait en France
C"*''^ flUi qu's" Angleterre. Il était en Normandie, précepteur
1»^ '^'/mil'e de gentilshommes libéraux. Il nous dit que les plus
^los "" parmi les feuilles d'alors étaient : le Courrier de Versailles
^""'"'s P*'" Corsas; le Point du jour, de Barère; îe Journal poli-
■* ^/iortal, de l'abbé Sabaticr de Castres. Un mois plus tard il
citera le Journal de la Ville, de Brissot, et F Assemblée natio-
na!'-
Un homme moins célèbre, Pierre-Nicolas Chantrcau, qui, en 1790,
se cacha sous le nom de M. de l'Epithète, en compte quatre-vingts paraissant tous les jours ou au moins une fois par semaine; mais sa liste est incomplète.
La passion fanatique des Français pour les gazettes dura autant que la liberté monarchique. Après le 10 août, quand les révolutionnaires prirent décidément la prépondérance, les feuilles commencèrent à s'éclaircir, pour devenir rares quand ils furent absolument les maîtres, en l'an II.
Parmi les anciens journaux, deux s'étaient fait remarquer, dès l'ouverture des Etats généraux, par une vivacité nouvelle, deux journaux qui, comme la très grande majorité de la France d'alors, étaient réformateurs et royalistes : le Mercure et le Journal de Paris.
Le Mercure {monarchie tempérée, treize mille abonnés) eut pour principal rédacteur Mallet du Pan, le plus honnête et ïe plus ferme «es hommes, esprit lumineux et admirablement doué pour la critique
lue, écrivain, — quand il peut éviter la roideur, — qui enthouson lecteur par la sage concentration de la pensée, et qui .e, à force de pénétration, à prophétiser. Le propriétaire du Aferure^ Panckoucke, avait habilement pris ses précautions. Tout en conservant à cette feuille son allure monarchique, il avait créé, sur un plan large et tout à fait nouveau, la Gaiette nationale ou Moniteur universel (24 novembre 1789), qui se proclama hautement patriote, ce qui valut à Panckoucke le surnom de Janus, l'homme au double visage. Le Moniteur eut pour prote, au début, Tallien; pour rédacteurs principaux, Maret (duc de Bassano), Méjan, Thuau-Granville (celui qui signa G. dans la correspondance avec Robespierre) et Berquin, «l'ami des enfants». Il ne devint journal officiel que plus tard, en Tan VL
Le vieux Journal de Paris fit aussi peau neuve avec le tortueux Garât pour premier rédacteur; douze mille abonnés. En 1791, on essaya d'y mettre Condorcet, mais les douze mille abonnés se fâchèrent et le déclarèrent ennuyeux. On le renvoya à la Chronique^ où nous Talions voir. Regnault de Saint-Jean-d'Angely le remplaça. André Chénier devint le rédacteur du Supplément du Journal de Paris. Il y montra une intrépidité de caractère, une puissance d'intelligence qui nous le font juger plus grand publiciste encore que grand poète. Il y a là telles pages qui sont les plus sanglantes de la critique française, notamment l'article qu'il consacra à la nouvelle Déesse, apportée par le jacobinisme : la Peur.
Le 12 août 1792, le Journal de Paris fut saccagé. Il joua un grand
rôle sous le Directoire, et un rôle agréable sous l'Empire.
Dès l'ouverture de l'Assemblée encore, on voit paraître l'ennuyeux Courrier de Versailles à Paris^ qui devint l'intéressant Courrier des 83 départements^ par Gorsas, écrivain d'abord lourd comme le premier de ses journaux, puis incisif comme le second. Ce Courrier et ce Gorsas eurent une carrière typique. Gorsas était maître de pension à Versailles, un peu défroqué, ayant un foyer domestique philosophique, je veux dire assez gaillard; il était en bonne disposition pour donner la main aux héroïnes du 6 octobre, et devint un de nos pères de 89. Il le devint, disons-nous, avec pesanteur, comme il convient à son état ; il commence par admirer Bailly et « les princes de TEglise »
aao LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE
libéraux. Puis il s'émancipe, il admire le patriotisme des massacreurs de septembre. Mais il a quelques remords. Les Septembriseurs alors le traitent en royaliste; ils lui brisent ses presses le lo mars; le chassent au 3o mai, et le guillotinent, au 3o octobre 1793.
Même fut le sort du plus célèbre des collègues de Gorsas, Condorcet. Il n'y eut que des différences peu notables. Le journal de celui-ci s'appelait Chronique au lieu de se nommer Courrier: Condorcet fut turlupiné à propos de sa femme quand Gorsas Tétait à propos de ses chemises; et il eut le suicide en place de la guillotine. Cette Chronique de Paris était un journal quotidien, très complet, très bien fait, fondé en 89, au milieu d'août, par Noël, le Noël de «Noël et^Chapsal», et le naturaliste M illin (annonces, 6 livres les dix lignes; le Moniteur les faisait payer 26 sous la ligne). En novembre 1 79 1 , Condorcet vint prendre la rédaction au prix de 16 livres par jour.
D'abord très modéré, le journal suivit bientôt le train de la haute bourgeoisie révolutionnaire, qu'il représentait fort exactement. Il ne trouva pas un mot pour blâmer les massacres de septembre, mais beaucoup de phrases pour engager les démocrates à aller briser les presses royalistes. Il applaudit au supplice du journaliste du^Rosoi. Il attaqua toujours l'autorité jusqu'à ce que ses amis l'eussent en main. Alors il parla de l'anarchie et découvrit que Marat était un vilain être. Il était trop tard. Le 9 mai 1793, les démocrates se rappelèrent que Condorcet avait trouvé équitable qu'on brisât les presses des antagonistes et qu'on supprimât les contradicteurs. Ils lui appliquèrent à lui et à son journal le traitement qu'il avait approuvé et qu'il appelait la Liberté.
Les Constitutionnels avaient presque toute la presse à leurs ordres pendant la Constituante. Les feuilles mêmes que nous venons de désigner comme girondistes avaient commencé par être à eux, jusqu'à ce qu'ils fussent dépassés. Ce fut un Constitutionnel avancé, Lemaire, qui fit le premier Père Duchesne^ c'est-à-dire qui adapta à la politique ce type obscène que le théâtre avait déjà rendu populaire dans les faubourgs.
Les journaux purement royalistes n'étaient pas entrés en mouvement des premiers, mais ils se hâtèrent de regagner le temps et le terrain perdus.
Le caractère distinctif des journalistes royalistes, c'est la vivacité. Toutefois, s'ils commencent par employer l'arme de l'ancien Régime, la moquerie, le sarcasme, l'épée de l'esprit ; s'ils commencent par être gais et persifleurs, ils ne tardent pas à prendre le bâton révolution-
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naire. Ils se laissent gagner par les violences et le cynisme; ils hurlent, eux aussi. Il n'y avait pas moyen d'être entendu autrement. La Liberté avait haussé le ton général : on ne parlait plus, on criait; on ne s'entendait plus, on se battait.
Je ne citerai que le Journal de Monsieur Suleau, de Suleau, le plus aimable et le plus émouvant des excentriques; faible parce qu'il était voltairien, puissant parce qu'il était enthousiaste; aussi franc que
fin, aussi intrépide qu'intelligent ; celui qui, après Mallet du Pan, vit le plus clair dans la Révolution; le plus homme d'esprit des Gascons, le plus froid àes soldats, le plus insolent des avocats, le plus dévoué des politiques, le plus impertinent des chrétiens. Cynique et chevaleresque, critique et fanatique, jugeant froidement Louis XVI et, si j'ose le dire, alcoolisé de royalisme, il fonda son journal le lendemain de la mort de Mirabeau, et il le termina en avril 1792 par un dernier article repoussant de cynisme et incomparable de vigueur.
Nous arrivons à la presse révolutionnaire. « Les Révolutions de Paris^ dédiées à la Nation et au district des Petits-Augustins. » C'est là le titre d'une feuille publiée par Prudhomme, papetier homme de lettres, et qui est restée, avec ses qualités et ses défauts, l'organe officieux de la Révolution. Ce journal demeura le directeur de conscience en même temps que le porte-voix de la bourgeoisie moyenne, classe enthousiaste et badaude, envieuse et avide, que rien ne dégoûta de la Révolution, ni la ruine, ni la famine, ni l'abandon découragé des bourgeois libéraux, ni la brutalité aveugle et convoiteuse des prolétaires.
A Prudhomme il faut joindre les trois hommes qui restent comme les prototypes dès feuillistes révolutionnaires : Camille Desmoulins, Marat, Hébert.
Desmoulins commença la publication des Révolutions de France et de Brabant le 28 novembre 1789. Il devait avoir 2,000 écus par an, et 4,000 quand la feuille aurait trois mille souscripteurs. Elle promettait de paraître chaque samedi. Desmoulins la quitta après le quatre-vingt-sixième numéro. Dussaulchoy la continua jusqu'au numéro 104, après quoi il en changea la forme et le titre qui devint : la Semaine politique et littéraire.
En décembre 1793, Desmoulins fit paraître le Vieux Cordelier^ œuvre hybride, qui tient du journal, de la revue, du libelle, mais œuvre immortelle, vigoureuse par le style, puissante surtout par la vérité historique. Ce Vieux Cordelier^ ce doyen des jacobins, gratta publiquement la lèpre de la Révolution. Il en sortit mille vermines. Tout le gouvernement révolutionnaire s'y reconnut, et chacun voulut l'y voir. Jamais succès ne fut si spontané. On vendit, assure-t-on, cinquante mille exemplaires de cette feuille. Il faut citer la troisième et la quatrième lettre comme le chef-d'œuvre du journalisme.
La jeunesse, rétourderie de Camille Desmoulins, son amour pour sa femme, la leste et éloquente allure de son talent, le vigoureux soufflet qu'il donna à la Révolution, ont attendri l'histoire en sa faveur. Il ne faut pas aller trop loin sur cette pente. Si Desmoulins est louable d'avoir, au nom de la vérité, déshonoré la république, n'oublions pas qu'il avait contribué à la rendre puissante. Rappelonsnous qu'il s'intitula le « procureur général de la lanterne » ; qu'il offrait, pour décider le peuple à la Révolution, le pillage de quarante mille maisons et le partage des deux cinquièmes de la France. Il voulait qu'on fusillât tout soldat ennemi, et qu'on promît à tout déserteur apportant la tête de son officier quatre fois le prix d'une tête de loup. Son journal ne fut qu'une longue diffamation.
Son cerveau était vigoureux, et la réflexion y amassait une congestion momentanée simulant l'enthousiasme, mais il avait une de ces âmes de pamphlétaire à la fois audacieuses et lâches, où rien ne se peut graver avec quelque durée ou profondeur. Ne sentant en eux rien qui fasse croire à l'existence de la vertu, de la vérité ou de la dignité, n'admirant que la face miroitante et luisante des choses, de tels êtres ne voient dans les hommes et les événements que l'exploitation qu'on en pourrait faire. Insolents pour tout ce qui est faible, déclinant ou grave ; prosternés devant le droit du plus fort, ils paraissent braves parce qu'ils attaquent toujours et parce qu'ils cachent soigneusement le nom de l'homme ou de la chose qu'ils redoutent. Camille Desmoulins fut de ceux-là. Il alla de l'avant tant qu'il eut confiance en l'appui de Robespierre et dans la force de Danton. Quand il vit qu'il s'était trompé, il demanda pardon de son courage. La cinquième et la sixième lettre du Vieux Cordelier s'efforcent en vain de cacher la peur sous l'insolence; la septième lettre, il n'osa pas la faire paraître.
L'Ami du Peuple^ de Marat, parut le 12 septembre 1789. Le titre de cette feuille fut adopté par divers publicistes peu connus. Marat l'abandonna. définitivement, le 21 septembre 1792, pour créer, le 25, le Journal de la République française^ lequel parut jusqu'au lendemain du jour où le rédacteur fut tué.
Rien mieux que cet homme et ce journal n'a donné le dernier mot de la Révolution, rien n'a mieux représenté le peuple révolu-
donné. Personne non plus ne sut mieux plaire à ce peuple, mieux se faire comprendre de lui, le conseiller, le diriger. Marat le proclame : « Je ne suis pas naturellement sanguinaire ni menteur ; si je parais cela, c'est que je suis l'expression du peuple. » Marat se fait tort : il était bien cela, et c'est parce qu'il était cela qu'il eut une immense autorité. Il a résumé sa politique en demandant, dès 1789, six cents têtes au choix; le 17 décembre 1790, il en fallut dix mille; il se reprend le lendemain, et c'est vingt mille qu'il lui en faut, puis deux cent soixante-dix mille. « Peuple magnanime, crie-t-il sans cesse, soupçonne, dénonce, injurie, calomnie, insurge-t-oi ; extermine ! Soldats, assassinez vos officiers ! Comment n'a-t-on pas assassiné Judas-Lafayette, et Pilate-Bailly ? Pourquoi n'a-t-on pas encore été poignarder ou assassiner cette personne, puis cette autre ? Ignore-t-on leur adresse ? la voici ! Peuple, ne sais-tu pas que tel journaliste me combat? Comment n'as-tu pas encore brisé ses presses, et jeté ses colporteurs dans le ruisseau? Femmes républicaines, vos maris sont des lâches, c'est à vous à remplir leur office ; allons ! donnez la chasse aux ennemis de Marat ! Peuple, va brûler le roi dans son palais, fais périr sur le bûcher les juges qui menacent ton ami. Pendez, pendez! Ne voulez- vous donc pas partager les terres et les richesses? Pillez les magasins, mes chers amis, et pendez les marchands à leur porte ! Allons, un dernier effort pour sauver la Révolution : allez empaler les représentants. »
C'était la religion nouvelle; nous le disons sans ironie et sans exagération. La Révolution remplaça le Christ par Marat : son portrait fut mis partout à la place du crucifix; on lui éleva des autels, des chapelles; on chantait Cor Marat sacrât issimum... C'était le dernier dieu, le seul que le monde régénéré voulût désormais reconnaître.
L'humanité voulut s'adorer elle-même; elle s'adorait jusque dans l'homme qui représentait l'assassinat, le vol et l'espionnage. C'était logique et inévitable.
Mais voici le marowy/e, le vrai Père Duchesne, voici Hébert, garçon de théâtre chassé pour vol, et qui entra dans le journalisme en continuant ses exploits. Il prit son titre à Lemaire, ses vignettes à un autre Père Duchesne, et il se mit à rugir contre <i les vils plagiaires qui lui volaient son nom ». Il donna quelques numéros à la fin de 1790, mais il n'exista réellement qu'à partir de 179t. Ce n'était pas d'ailleurs
PROCLAIUTIDN DE LA PATRIE EN DinGER, LE 22 JUILLET 1 792
Le II jaillct, l'Aiumblée légiilatix anaonft que la patrie fiait en danger. Le tl, le broil du canon uiaoDfa t la capitale la publication de la lot, qui fut proclamée d'un bout de la France à l'aatrc. A Paria, lea officiera municipaai, diiiiéa ta deux corps, lorlireat de l'HAtel de ville, ayant au milieu d'eux une btuDÎtre tricolore ou fuient fcrita cea mon ; Citoytia, la patrie tit n danger! Deiani el derrière mar* choient plasitan canoni, «ccompagnéa de détachement! de gard» nationaui. La bannière tuil fiinqnte de quatre gnidona, >ur chacan detqueta ilail écrit l'un dea mata : Liberté, Egaillé, Publicité, Reiponaibililé, doDt 1» deux demlera ne aont pas habitués i tant de majesté. De vaates tentes étaient dressées lur des places publiques pour j recevoir lei noms des citoyens qui se proposaient pouf aller défendre le«
Malgré ta tournure emphatique et grotesque que les révolutionuaires donnaienl 1 tout» leura démons* tralions, cl quoique l'enthousiasme ait él* fort «agéré par lu journaliales du tempa, la Révolution n'avait pu encore élelndre rinstinct de rbonnearqui avait été le culle de la vieille France, ni diminuer le senlimeal du patriotiime que les pctita-GIs de» Jacobins essayent de détruire aujourd'hui; le spectacle donné pir cette proclamation fut grand, el l'émotion qu'il souleva fut, en ce premier moment, noble et généreuse.
Fkamcr KivoLtJT. — Livr. 19.
un journal d'une forme bien classique. Il n'avait pour titre que ces mots • Grande Joie^ Grande colère^ etc. Hébert employait dix ouvriers, et avait un collaborateur; il tirait quatre-vingt mille exemplaires, dont cinquante mille étaient distribués gratis, ou plutôt aux frais du gouvernement. Lie ministère de la guerre notamment lui en prenait un grand nombre et lui en payait jusqu'à six cent mille à la fois.
Que disait aux soldats, aux autorités, aux patriotes ce journal officiel? « La vertu de la sainte guillotine va délivrer peu à peu la République des riches, des bourgeois, des mouchards, des gros fermiers et des bons marchands comme des prêtres et des aristocrates. Ce sont tous des mangeurs d'hommes. » — « On dit qu'on va juger la tigresse autrichienne. Pourquoi la juger ? Elle doit être hachée comme chair à pâté, elle et sa race. » — « Ah! la grande joie du Père Duchesne, qui a vu de ses yeux la tête du Veto femelle séparée de son col de grue ! » On sait en quels termes immondes tout cela était écrit. Eh bien! il n'y avait pas une femme républicaine qui, au commencement de 1794, eût osé n'avoir pas cette feuille sur la table de son salon, pas un Conventionnel qui eût osé entrer à l'Assemblée sans avoir à la main cette gazette !
Nous avons donné les trois types suprêmes du journalisme révolutionnaire : Desmoulins, le farceur, qui abaisse tout ; Hébert, l'obscène, qui salit ce que le premier a dégradé; Marat, le féroce, qui extermine ce que les deux autres ont déshonoré.
En l'an II, il n'y avait plus de place que pour la lâcheté; on ne voit guère vivre que les feuilles officielles du Comité de Salut public. Elles avaient été huit, et on les distribuait dans les armées à raison d'un exemplaire par cent hommes et pour un million d'hommes. C'étaiemt le Journal militaire, V Anti-fédéraliste^ le Père Duchesne, le Batave, la Montagne^ le Rougyff^ le Journal des Hommes libres^ l'Universel. Au milieu de l'an II, ces quatre derniers étaient les favoris, surtout le Rougyff ou le Franc en vedette .^ rédigé par le conventionnel Guffroy (dont Rougyff anagrammisait le nom). Il avait, nous l'avons vu, le cynisme de répéter très haut les calculs que, si nous en croyons le plus impartial des contemporains, les révolutionnaires faisaient tout bas dès l'ouverture de la Convention : il s'agissait de savoir combien on pouvait assassiner de Fran-
çais sans détruire la France; les uns comptaient le tiers, les autres les deux tiers. Pougyff mettait à nu Tâme de la Révolution : « Que la guillotine soit en permanence dans toute la République, écrivait-il; la France aura assez de cinq millions d'habitants! »
En résumé, pour les gazetiers révolutionnaires, la liberté, c'est la violence exercée librement par ceux qui crient très fort : vive la Révolution, contre ceux qui n'ont pas de voix, qui sont exténués ou qui n'aiment pas les cris; et l'un des Pire Duchesne conclut : « La presse révolutionnaire n'est bonne qu'à mener des chiens au combat. » Il la connaissait bien, et nous pouvons nous en tenir à ce jugement.
Pour la presse, en général, Payen et Chabot, les enfants terribles de la République, nous dirons ce que la Révolution, au fond de son âme, pense d'elle : « Il faut réclamer la liberté de la presse tant qu'on n'est pas maître du pouvoir; après quoi il faut l'anéantir, car la liberté de la presse nuirait à la liberté. »