PORTRAIT DE
CipilaiDc de grenadier! ta tégiaKi
ARTtJS DE BONCHAUP 11 u icrrc, tprtt \t rtvulte de ion rigimeni, fiat pu oabtier, en etfel, que ce ne fut p» ti ie cDDire II RépDbIJque, ce fui 11 démocratie louleva 11 Dobleise. Boachimp «[ reilé ctitbre pir ioq tilenl d'orginÎMleur et ion haminité, qui lui cllcher d'un coup jusqu'à cinq milte priionnieri itpubiicaint. Trail, fon >i<ii>iinl, d'une bonlt auiai irde qu'admirable, ilori dangereuac, puitqu'elle répandit dam le Bocage vendéen cinq mille loopi de , et inutile aujourd'hui encore, puisqu'elle n'empêche pu lei hitlorieui révolulionnilret de t'eilatier la crnantt de* Vendéens.
dans les yeux la fumée des pipes; tandis que mille tyrannies grandes prenaient la fortune, la vie, mille tyrannies petites torturaient les usages les plus logiques, essayaient de contraindre les Français aux habitudes les plus ridicules. On avait, pour se réjouir, les gaietés du
France sivoLUT. — LItt. 78.
6i8 LA CIVILISATION
calendrier républicain et un tribunal qui montrait pour président Salsifis Gras, et pour juges Betterave Davie, Tournesol Escudier, Raisin Peytal. On avait la folie des changements de noms des lieux et des personnes, et le vertueux vendangeur Libre-Petion Le Turc se promenait rue Lucrèce- Vengée^ ou rue du Faubourg-Nis ^ ou dans la commune de Brutus^ en causant avec un ci-devant noir de la stupidité des gens qui allaient aux ci-devant vêpres prier la ci-devant Vierge,
Cet autre se nomme Petion-National-Pique. Le ministre des Affaires étrangères, Lebrun, appelle sa fille Civilis-Victoire-Jemmapes- Dumouriez. Voici Jean-Henri Sans-Culottes, Charles Brutus Messidor. Brutus a des attraits vainqueurs. Sur quatre cents prénoms républicains, il y a trois cents Brutus. Mirabeau et Buzot ont eu quelques succès comme saints patrons, et Petion dont le nom fut « vénéré à régal de la Divinité ». Marat, le dieu Marat, l'emporte sur tout. Damiens sonne bien pour indiquer un ennemi des tyrans. Chalier, Le Pelletier,Lazowski, étaient bien portés. Véturie et Sempronie, Porcia, Tullia, Clélia, Cléopha et Cornélie, sont placées à la campagne. Un paysan nommé Leduc devient Sans-Culotte-Montagne, Lecomte n'est qu'un Pelletier-Patriote. Pour les fils des menuisiers et des savetiers, ils sont Libre, Ankastrom, Pierre Bayle, Tell, Publicola ; et toute la ménagerie des Décius, Régulus, Cincinnatus, est lâchée dans les faubourgs. Cette niaiserie jacobine, qui a aujourd'hui encore de notables représentants, s'abattit sur l'histoire et la géographie. On mit partout la Montagne^ la Liberté^ le Sans-culotte^ la République; un petit hameau de la Creuse est nommé La Raison; un village de la Charente, La Régénération; un autre dans le Rhône, Scevola; un autre de l'Allier, Thémislocle. Mais c'est par milliers que les noms baroques tombèrent sur les bourgades, sur les rues des villes. Quand un bosquet avait eu le malheur d'être connu pendant cinq cents ans sous le nom de Bois du Château, il n'échappait pas au Bois-libre ou aux Délices des Montagnards^ à moins qu'il ne se nommât Forêt de l'Indépendance, r Avenue de Brutus ou le Point-de-vue des Sans-Culottes. Les enseignes n'y échappèrent pas, et c'est à Angers que les Brutus de l'endroit se réunirent en conseil municipal pour décider que le Lion d'or serait nommé désormais le Citoyen magnanime d'or. Mais le Pointde-vue des Sans-Culottes est à encadrer.
Ce n'étaient pas seulement les portiers qui « s'honoraient de Tégalité et d'être appelés citoyens » ; M"' de Beauharnais se déclarait citoyenne sans-culotte montagnarde. Les sans-culottes avaient sans doute propagé le tutoiement, mais c'était Guadet qui, le premier, étant président de la Législative , avait tutoyé ses collègues. Ce malheureux, qui était intelligent et qui montra du courage, semblait parfois ou atteint de rage impie, ou préoccupé du désir de se faire pardonner ce qu'il avait d'honnête. C'est lui — et c'est Robespierre qui l'en accusa, — qui dénonça un individu parce qu'il avait employé le mot Providence.
La politesse avait commencé de bonne heure à être un signe d'aristocratie, et si la Révolution avait duré quelque temps encore en sa pleine autorité, « la nation entière », dit un républicain, enthousiaste pourtant, Paganel, « auroit parlé sous peine de mort comme le père Duchesne, et le style des halles eût été la langue de la philosophie ».
Sous peine de mort! c'était là ce qui relevait la platitude des inventions jacobines. Dans les banquets fraternels^ par exemple, l'idée de forcer le savetier et le banquier à porter chacun leur plat n'était pas sans bouflFonnerie. Mais, sous peine de mort, la matrone vénérable s^y asseyait à côté de la fille du ruisseau, et, sous peine de mort, il fallait s'y laisser rançonner et insulter.
On voyait, nous le savons, des milliers de gens, les enfants et les jeunes filles comme les vieillards, internés dans des villages désignés; là soumis, comme des forçats libérés, aux journalières tracasseries de la police, uniquement parce qu'ils appartenaient à certaines catégories de citoyens ; et on les envoyait casser les cailloux des grands chemins, sous peine de mort. C'était une fête pour les bons ivrognes sansculottes de venir, le matin, cuver leur eau-de-vie aux portes des villes, ou aux sorties des villages , sécher leur civisme en insultant les vieux officiers, les vieux gentilshommes, leurs femmes et leurs filles, portant la pelle et le marteau sur l'épaule pour aller empierrer les chemins du voisinage, toujours sous peine de mort. Cela était purement odieux. Mais l'on ne pouvait s'empêcher de trouver la République risible quand elle envoyait les hauts employés du ministère de la Guerre accomplir leur besogne tout en étant gardés à vue ; et quand Turpin, par exemple, agent général du Trésor national, dirigeait les finances
de la France, escorté d'un gendarme qui ne le quittait ni jour ni nuit.
II. — Qu'avait la nation française pour se consoler de ces tyrannies et de ces sottises, pour remplacer les usages antiques et sages de la religion chrétienne, pour tenir lieu de la tranquillité du foyer, ^de la dignité et de la sûreté de la vie ? Mais la nation française avait Tadmiration de la fille Théroigne et du prussien Cloots ; la satisfaction de payer les dettes de Danton et d'adorer Marat ; le règne de la valetaille et de Robespierre ; le droit de salir ce qui était pur et propre, la joie de voir en bas ce qui était en haut. Ce n'était pas complètement suffisant, il fallait des fêtes.
« Ayez des fêtes, s'écria Robespierre, dans son discours-sermon du i8 floréal, c'est le plus doux lien de la fraternité, le plus puissant moyen de régénération. » Elles devaient tenir lieu de prédication religieuse. On connaît les principales, la fête de la Fédération^ Venferrement de Le Peletier et de La^owski^ Vapothéose de Marat^ la prise de Toulon, la fête de la Raison^ la fête de V Être suprême; nous avons vu ces deux dernières. Quelques-unes d'entre elles, qui étaient purement patriotiques et guerrières, eurent un grand succès. Mais quand l'enthousiasme des premiers jours s'éteignit dans la brume fétide et sanglante, quand on parut se lasser d'entendre répéter des discours finissant tous par ces mots : Soyons tous des Brutus, ou par ces autres qui résumaient trop bien toute la doctrine révolutionnaire : Tout être qui a le pied sur le sol de la République doit être républicain ou cesser d'exister^ le comité de Salut Public se fâcha. Il déclara le 3o juin 1794 : « Ces productions bizarres, ces chants rauques, ces mascarades.... ont avili les fêtes nationales. » La Révolution, qui avait perdu pied, se lança dans un mysticisme philosophique; on eut les fêtes ennuyeuses et les fêtes ridicules. Il fallait y assister « sous peine cf être déclaré suspect ». On prononçait des discours contre la tyrannie et la superstition. On brûlait des mannequins représentant des monstres désolants^ VÉgoisme et la Fausse Simplicité. On voyait des chars de la Féodalité portant le pape et les cardinaux et traînés par des baudets mitres. Ces baudets, traînant quelque chose de l'Ancien Régime, paraissent être alors le dernier mot de la gaieté et de l'esprit
français. Ils traînaient aussi des trophées représentant — nous n'inventons pas — cinquante millions perdus au jeu par la ci-devant reine^ ^vec Lambesc^ Bouille, et autres esclaves.
Parfois ce qu'il y avait d'un peu propre parmi les républicains faisait la sourde oreille, et quand l'attrait de « la peine de mort » n'attirait plus, on craignait d'être bafoué. La fête de l'Indépendance