LAFAYETTE A PARIS. 4S
claquements de mains répondirent et plus de deux mille personnes accompagnèrent jusqu'n son caresse l'ancien contrôleur général. « Huit jours auparavant, dit le nouvelliste qui raconte cette ovation, tous nos ministres vinrent ensemble au salon, et n'eurent seulement pas les honneurs des coups de chapeau. »
Le général Lafayelte, parti d'Amérique les premiers jours de décembre, entra dans Paris à l'époque des fêtes que donnait la ville pour la naissance du dauphin. Il trouva en arrivant les poissardes qui l'attendaient et lut offrirent deux branches de laurier. La marquise, conviée avec la cour aux réjouissances de l'Hôtelde-Ville, allait regagner sa voilure, quand Marie- Antoinette, comprenant l'impatience qu'elle devait avoir de retrouver son époux, lui épargna le retard qu'aurait causé le défilé du cortège royal en la faisant monter dans un de ses carosses qui k déposa à l'entrée de l'hôtel de Noailles. Le public sut gré à la reine de son attention, et le favori du jour put comprendre, par l'accueil qu'il reçut de toutes les classes de la population, que l'enthousiasme qu'il produisait dépassait l'affection que pouvait inspirer sa personne pour s'attacher à la cause qu'il défendait, a J'ai été reçu parla nation en général, écrit-il le 31 janvier à Washington, par le roi, par mes amis, d'une manière dont vous auriez joui et qui a dépassé toute mon ambition. Le roi m'a parlé de vous dans les termes d'une si haute confiance, m'a tellement exprimé la considération, l'admiration et l'affection qu'il a pour vous, que je ne puis me dispenser de vous le dire. J'ai été l'autre jour invité â diner chez
FrsDce, jiDvlar 17».
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le maréchal de Richelieu a\ec tous les maréchaux de France. Votre santé y a été portée avec toutes sortes de respect... Tous les jeunes gens de la cour sollicitent la permission d'aller en Amérique. » Plein d'ardeur pour les intérêts d'un pays qui était pour lui une seconde patrie, Lafayette mandait à son chef : « On pense généralement ici que les efforts de l'Amérique n'égalent pas son pouvoir... Vous pouvez être certain que les Anglais sont déterminés à jouer un jeu désespéré... Je crois que l'évacuation de New- York et de Charlestown est aussi loin de leurs projets... que l'évacuation de Londres. Pour sortir de là, il faut qu'ils en soient chassés. » Chargé par une résolution spéciale du Congrès de correspondre avec tous les représentants des États- Unis, de donner son avis sur tout ce qui concernait les intérêts de la République, il se désespérait de l'indolence de l'Espagne, de son mauvais vouloir, et énumérant avec détail à Vergennes tous les mémoires, leslettres présentées à la cour de Madrid restées sans réponse, il s'écriait avec fierté : « Je vois, monsieur le comte, que les droits de la France à la gloire de cette révolution et à la reconnaissance des Américains ne pourront être justement partagés par aucune puissance de l'Europe. »
FriH La nation espagnole, étrangère au mouvement des
t férrieriSsii. csprits qui cxistait en France, subissait sans l'influencer l'impulsion de son gouvernement. Des pensées de vengeance contre les Anglais, des velléités ambitieuses de conquêtes comme celles de la Jamaïque, des Florides et de Gibrallar, résumaient toutes les aspirations de la cour de Madrid. Les ami-
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PRISE DE MINOBQUE. 491
raux des deux nations après avoii* vïdnement tenté plusieurs fois d'unir leurs forces dans le but d*une descente en Angleterre s'étaient enfin entendu pour la conquête de l'île de Minorque. Le fort Saint- Philippe, attaqué au mois d'août 1781, avait succombé au mois de février de l'année suivante.
Cette conquête qui venait à la suite de la capitulation de Gomwallis impressionnait vivement l'Angleterre, quand la défaite d'un amiral français vint relever un instant son orgueil.
Le gouvernement français, décidé â obtenir la supériorité dans les mers d'Amérique, avait fait partir de Brest, dans le mois de février, une flotte formidable sous les ordres du comte de Grasse, comprenant trente-sept bâtiments de guerre armés de 2,542 pièces de canon qui accompagnaient 134 bâtiments marchands. Cette flotte portait li,380 marins, 3,040 militaires des régiments de la marine et 2,318 soldats appartenant aux bataillons français déjà en Amérique, en tout 18,558 hommes. C'était une force imposante, qui était moindre cependant que celle désignée par les ministres, car si l'on compare le chiffre des soldats et des marins appelés dans le royaume à celui de ceux qui s'embarquèrent, on trouve cinq mille deux cent trente hommes qni n'ont pas rejoint leurs navires. Celte flotte aborda Port-Royal de la Martinique, les premiers jours d'avril, dans un état sanitaire déplorable, car, à peine était-elle dans le port, que plus de deux mille cinq cents malades furent débarqués et envoyés dans des ambulances.
Le désordre et l'incurie continuèrent de telle
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*9a LIVRE TROISIÈME.
sorte que, lorsque de Grasse voulut remettre à la voile pour envoyer à Rochambeau les renforts qui lui étaient destinés, les cent quatre-vingt-douze hommes et lessept officiers appartenant au régiment de Saintonge, qu'il avait pris à Brest, étaient réduits, h la sortie de Port-Royal, à vingt-neuf hommes et deux officiers. Royal- Vaisseau, qui avait tiré de ses dépôts sept cent quarante-six hommes et vingt-un officiers et n'avait embarqué à Brest que cinq centdix-sept hommes et quatorze officiers, ne retrouvait que cent quatre-vingt-dix-neuf hommes et quatre officiers. En moins de cent jours, sans combats, sans avaries de mer, un corps de troupes de huit cents hommes s'était diminué de cinq cent quarante-neuf hommes et de dix-sept officiers. Après quatre-vingt jours de traversée, dix-neuf cents hommes disparaissaient sur trois mille neuf cent-cinquante qui existaient au départ de France. Le 8 avril au matin, de Grasse, désignant deux de ses vaisseaux pour veiller spécialement sur les cent trente-quatre bâtiments marchands qu'il convoyait, donna le signal du départ.
Son arrivée avait été connue de suite de Rodney, ce Lion des mers, comme l'appelaient ses matelots. Marin intrépide, corsaire par nature, prêt à tout risquer, sa réputation et le sort de sa flotte pour arriver à son but, Rodney était allé se poster au gros îlot de Sainte-Lucie, l'île la plus proche de la Martinique, détachant deux escadrilles sous les ordres de Samuet Hood et de John Wallace, avec mission de surveiller la flotte française. A l'annonce de sa sortie, Rodney courut à pleines voiles à sa suite avec trente-six vaisseaux de ligne et dix-huit frégates. Le
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