‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 116 sur 142 · HAR1^E MARCHANDE NON PROTÉGÉE · texte numérisé non relu

HAR1^E MARCHANDE NON PROTÉGÉE

déclarèrent au ministre qu'ils ne fourniraient plus de bâtiments si les contrats faits avec lui n'étaient pas observés. Le ministre 6t de nouvellescirculaires pour recommander de veiller sur le retour des bâtiments marchands, mais n'en continua pas moins de favoriser les spéculations faites par les fonctionnaires de l'État. Nous trouvons une lettre de la marquise de Bouille qui, ayant éprouvé une avarie sur des sucres embarqués à bord de la fliite du roi la SemiblSt sollicite la remise du fret de cette marchandise. Le ministre refusa par la raison que « cette çrâcc purait tiré à conséquence pour tes autres chargeurs.» Mais la marquise s'adressa au roi lui-même, quifinil par la désintéresser. Le chef d'escadre de Bougainville s'était servi, pour le transport d'une cargaison de sucre lui appartenant, du vaisseau le Jason, q|ii tomba entre tes mains des Anglais quatre jours après la défaite que cet officier avait contribué ii ameijer.

Dans la guerre de corsaires que se faisaient le^ lw corwirm deux nations comme une sorte d'annexé de celle qui «t i«^riS^d«p. était engagée entre les flottes royales, le gouverne- "*'"'■ ment de Versailles favorisait souvent les smog|eiy's anglais, c'est-à-dire les contrebandiers de la Grantle- Bretagne, qui apportaient des marchandises dans nos ports. Le ministre de Caslries espérait-il obtenir de ces fraudeurs des indications utiles ou comptait-il sur eux pour fournir la France de marchandises rendues rares par suite de la fermeture des mers? Gela .est probable, car, dans une lettre à M. d'Aiglemont. commandant du port de Dunkerque, on lit : « Le commerce des fraudeurs anglais est des plus iraportapts sur les côtes de Flandre et de Picardie. On doit

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lui assurer toute protection et terminer â Tamiable toute contestation, l'intérêt des ports dût-il en souffrir. » It était impossible du reste que Castries fût renseigné sur ce qui se passait sur les côtes d'Angleterre sans que des indications semblables fussent fournies au ministère de Londres pour les préparatifs faits en France. Dans l'extrait du plan de campagne arrêté par le conseil du roi de la Grande-Bretagne, le 2 mai 1 782, il est formellement parlé de personnes employées à faire des observations et à lever des plans des diverses parties des côtes de France.

Mais en dehors de ces inconvénients, qui pouvaient être négligés en vue de l'approvisionnement de denrées nécessaires à l'alimentation d'un peuple, il y en avait d'autres bien plus graves. Le dévouement des Français pour leur roi et pour leur gouvernement était détruit;* la défiance qu'inspirait la cour, la réprobation qui existait, dans les classes éclairées, pour ses prodigalités, la conviction du désordre des finances que les banqueroutes de Louis XIV et de Louis XV, que les renvois successifs de Turgot et de Necker par Louis XYI, avaient fini par inculquer dans les esprits comme une sorte de dogme irrécusable, donnaient aux actes les plus naturels des fonctionnaires une empreinte de concussion et de partialité. EiToiioi Des révoltes récentes montraient à la fois la facilité

ù^auir* ^^s populations à s'insurger et l'étrange légèreté »™'' des fonctionnaires de tous ordres lorsqu'il s'agissait des intérêts du peuple. Il existait, en 1703, un tarif réglant le prix du pain à Rochefort et àLa Rochelle, tarif qui écrasait la population par la cherté mise à un aliment indispensable à la vie. Ce tarif, contre

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h Roehafort «t &

RÉVOLTE A ROCHEFORï ET A BORDEAUX. SO)

lequel s'étaient élevées les réclamations les plus vives, avait été abandonné, et chacun le regardait comme tombé en désuétude, quand tout à coup le Parlement, en 1780, en ordonna l'application par arrêt. C'était, au dire d'un des députés envoyé au ministre par la ville de Rochefort, décréter un impôt annuel de cent quatre-vingt mille livres (un million de nos jours). Le Parlement, auquel on en appela, ne prit aucune décision et^ laissant les pauvres et les ouvriers en proie à une misère que la cherté du blé aggravait,les poussa ainsi à une sédition dans laquelle des boutiques de boulangers furent pillées et incendiées. Un maître boulanger mourut par suite des mauvais traitements qu'il avait essuyés, et il fallut le déploiement de quatre mille soldats pour arrêter ce soulèvement, qui coïncidait avec celui de la ville de Bordeaux. Les Bordelais, victimes du même impôt et du même déni de justice de la part du parlement de la Guyeime, pendirent deux maîtres boulangers et forcèrent la garnison à se réfugier au Château- Trompette. Un nouveau tarif donna satisfaction aux réclamations des populations le 19 septembre 1781 , mais lai^a dans les cœurs de ces semences de défiance et de haine qui sont un danger incessant pour les gouvernements^

Les corsaires français, trouvant des concurrents irritation dans les smogleurs anglais, s'indignaient delà pro- '"S^mei" tection donnée par le cabinet de Versailles à ces 'néToTT*' fraudeurs étrangers, et dans les ports de l'Océan et ^mantm^ de la Manche il n'y avait qu'un cri de colère contre de pareilles faveurs. Au mois de janvier 1782, l'équipage d'un smogleur de Liverpool fut en pariie

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b02 LIVRE TROISIÈME.

massacré à Nantes. Le 6 février, te capitaine Le Hélic, de Sain t-Malo, trouvant non loin de Jersey un bâtiment anglais, le coula malgré le pavillon français qu'il avait arboré. ïl fut cassé de son grade de capitaine par les autorités maritimes, raais tous les corsaires français prirent son parli, et l'exaspération des esprits, entretenue par plusieurs faits de ce genre, élaii au comble, quand le 10 mars un brick corsaire de Dunkerque, VAgile, de douze canons, portant soixante- quatorze hommes d'équipage, rencontra à la hauteur de Grâvelines une corvette de charge armée en corsaire et naviguant sous pavillon anglais. Le capitaine de VAgile, Van Broëk, attaqua la corvette et, après un combat de deux heures, dans lequel il eut onze blessés et sept morts, l'Anglais amena son pavillon, et hissant la flamme conventionnelle des fraudeurs, voulut continuer sa route. Mais Van Broëk s'y refusa et, considérant la corvette comme une bonne prise, la conduisit le soir même à Dunkerque. Le lendemain, il se répandit dans la ville que le hardi capitaine avait été mandé auprès du gouverneur d'Aiglemont, qu'il avait été retenu, et que l'équipage de VAgile se trouvait consigné à son bord sous une garde de soldats. A l'instant, la population se rassemble et vient demander la liberté de Van Broëk et de ses matelots. Le gouverneur, qui a fait fermer les portes de l'hôlel et est protégé par un poste de soldats de la marine, essaye en vain de la calmer en annonçant, par des crieurs, la réunion du conseil des prises pour délibérer immcdialementsur la mesure qu'il a ordonné. La multitude se répand sur les quais, exhalant des cris de menace et de co-

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