RÉVOLTE A DUNKERQUE
-1ère contre le gouvernement, puis tout à coup des marins, des pécheurs se jetant dans des barques, se dirigent à force de rames vers V Agile, l'escaladent et jettent â l'eau les soldats chargés de sa garde. A !a nouvelle de cet acte de révolte, d'Aiglemonl, perdant la tête, suspend la réunion du conseil des prises, appelle de nouvelles troupes et ordonne à son capitaine de pavillon deBauzée d'aller mettre l'équipage de V Agile aux fers.
Quand Bauzée se présente avec ses soldats, deux cents marins dunkerquois, grimpés dans les huniers de l'Agile, le reçoivent à coups de fusils, et il est contraint de s'éloigner en laissant une dizaine de morts. Au même moment, le smoglenr anglais est envahi par des furieux qui le découpent à coups de hache, abattent sa mâture, jettent à l'eau son équipage, le livrent aux flammes et ramènent le capitaine et son second pour les pendre aux mâts de l'Agile.
Pendant ces orgies sanglantes, une députalion d'armateurs et de capitaines de corsaires tentaient vainement d'obtenir, ne fût-ce que provisoirement, la liberté de Van Broëk. D'Aiglemont fut inflexible devant leurs sollicitations et celles du lieutenant-colonel de Biren, qui reçut l'ordre défaire nettoyer les quais. Biren, qui disposait au plus de sept cents hommes en face de plus de six mille révoltés, n'osait pas commander le feu, quand les soixante soldats suisses qui faisaient partie de ses forces et étaient détestés de la population, pressés et isolés par une suite de ces mouvements de flux et de reflux qu'impriment les foules, se servirent de leurs armes pour
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se dégager. A leurs coups de fusil répondit aussitôt un feu roulant partant des fenêtres des maisons voisines qui dura plus d'une demi-heure jusqu'à ce que Biren put faire rentrer ses soldats dans l'intérieur de l'hôtel. A dix heures du soir, te calme semblait être revenu dans la ville, mais la révolte, à ce moment silencieuse et maîtresse de certains quartiers, dominait en souveraine sur la rade. L'Agile était devenu une forteresse prête à ouvrir le feu sur les magasins de la marine et ta partie nord du port. L'appui des navires qui l'entourait lui était acquis et le mailre de l'équipage de VÀgile, Van Broëli, avait ^itjurer à ses compagnons de faire sauter le brick s'ils ne pouvaient pas le défendre contre l'artillerie des forte, après avoir causé à Dunkerque le plus de mal qu'il serait possible.
Quelle que fut la colère de d'Aiglemont, il fallut bien parlementer, et l'émeute ne cessa que sur l'assurance que Van Broek conserverait son commandement, que personne ne serait puni et que la corvette anglaise serait déclarée de bonne prise. La troupe avait eu vingt-sept morts et soixante-treize blessés ; il y avait eu cent blessés dans la population et il y eut trente-trois convois de victimes. L'émotion causée à Versailles par les récits de Biren et d'Aiglemont fut des plus vive ; le ministre de Castries voulait faire poursuivre Van Broëk et Ruysbroëk comme tes principaux auteurs de cette révolte ; il s'emporta contre Biren, dont il traita t'humanité de faiblesse, et si le roi n'eut pas été énergiquement pour l'indulgence, cette émeute, née des circonstances et que personne n'avait préméditée, eut eu des suites qu'il
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était impossible de prévoir. Le roi suivit l'impulsion de son caractère doux et affectueux et Castries crut bien faire en écrivant au gouverneur d'Aiglemont, le 14 juin, trois mois après ce terrible événement, a d'assurer comme par le passé toute protection aux fraudeurs anglais, quelques petits intérêts de particuliers ou de localités maritimes dussent-ils en être lésés. » M. de Castries, pas plus que le roi, ne comprit, à l'énergie de la' lutte, à l'universalité des plaintes, que les Français avaient perdu cette sorte de religion de l'obéissance qui subsiste longtemps vis-à-vis d'un gouvernement, et permet aux nations de supporter une suite nombreuse d'injustices ayant qu'elles ne cherchent à s'y soustraire.
L'ardeur passionnée avec laquelle le pays allait tenter de réparer les suites du désastre de de Grasse devait ajouter aux illusions des ministres et leur faire croire qu'ils dirigeaient encore les Français, au moment où ils tendaient chaque jour davantage à n'être plus, dans leurs mains, que les instruments B leur volonté '.
' Arehivts de la marine. Carien : Harseille. Carlan ilSî : Ordres el dépEcbes du miniitre, 28 détetùbte 17S2. Lettre de remerciemenl Rdrestée & M. de Cannes par H. et H'"" de Bouille, du 2 août 17S3. Cartont : Rochefort. RéiolleE à Rochefort et ï Bordeaux, mai et juin 1781. Correipondance générale. Extrait du |tl«n de campagne arrêté pour l'année 1782 par le conBCil du roi d'Angleterre et d'amirauté, i mai 1782. Correspondance du ministre. Proleclion accordée aux Traudeura anglan. Carton : Port du Havre. Lettres dee 13, 16, 18, 20 avril. Lettre MnfldeDlielle du ministre au directeur général du mouïement du port de Dunkerpe, U juin 1182. Lettre conHdepIielle du ministre à d'Aiglemont, 13 mars el 14 juin 1782. Bappori an misistre par d'Aiglemont, 13 mars. InËtruelion secrète du ministre, 16 mars. Deuxième rapport au minitlre, 17 mars 1782. Rapport de sir Wallace, 21 avril 1782. Rappon de Rodne;, 20 mal 1782.
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SOfi LIVRE TROlSiËHE.
Bipiori» A la nouvelle de la défaite de la flotte il y eut une
de Gnw«i explosion de colère dans le public, les épithèies les "oéo «0 c^i^" plus odieuses furent attachées au nom de l'amiral. nafirTowlrB. ^t Lafayctte, témoin de ces transports, écrivit au ministre américain Livingstone : « Le cri général est tel, que je ne crois pas qu'à l'avenir aucun amiral français osât, en aucun cas, rendre son vaisseau. B
Louis XVI fui vivement ému etVergennes dut le consoler et combattre te découragement qui s'était emparé de son âme. « L'événement est sans doute très malheureux, lui disait-il, mais il n'est pas irréparable, il ne change rien essentiellement au fond des choses, il ne peut avoir d'influence que sur Topi- Bion' toujours si utile à conserver, mais qu'il ne sera pas difflcile, j'espère, de rétablir et de fixer... si, faisant arme des ressources que Votre Majesté trouve dans l'abondance de ses moyens, dans l'afi'ection de ses peuples, et plus encore dans la fermeté et dans l'élévaiion de son âme, Elle ne se montre sensible â ce revers qu'en raison du sort malheureux de ceux de ses sujets qui en sont les tristes victimes, et que par des résolutions vigoureuses. Elle annonce la résolution décidée de ne rien épargner pour rétablir la fortune de ses armes... Les Anglais peuvent se féliciter de )a victoire, mais ils ne gagnent rien au fond... Le moment semble décisif, Sire, pour en imposer à votre ennemi et pour rassurer vos amis qui peuvent être ébranlés. .. Il n'y a pas un moment à perdre. Le parti que Votre Majesté prendra fixera l'opinion de son règne, b
Inquiets sur l'effet que l'annonce d'un pareil cvé-
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