D'ORMESSON NOMUË CONTROLEUR GÉNÉRAL
pris au mot. s Le dé^r probable de la cabale eut été de substituer Calonne à Fleury, mais le roi n'avait pas encore oublié le dernier avis de Maurepas, qui lui conseillait de ne pas choisir Calonne pour celte fonction. Il accepta les vues de la reine sur la retraite de Joly de Fleury, mais jeta immédiatement les yeux suc un conseiller d'État, un des intendants des fmances supprimé par Necker, d'Orniesson, que ses fonctions de président du conseil d'administration de la maison royale de Saint-Cyr lui avait fait connaître. Âgé de trente-deux ans et riche, d'Ormesson avait, outre sa réputation d'honnête homme, une qualité que prisait Louis XVI : « C'est un homme qui a des mœurs, dit-il à la reine en le lui nommant. »
A la proposition qui lui fut &ite d'accepter ce haut poste, d'Ormesson opposa sa jeunesse. « Mais c'est indirectement un mauvais compliment, lui répliqua le roi, je suis plus jeune que vous. »
Le public reçut avec bienveillance te nom de d'Ormesson, mais les amis du nouveau contrôleur général et même prétendit-on, sa mère, le blâmèrent d'avoir accepté ce poste élevé où il était si difficile de se maintenir et de pouvoir faire du bien. Quant au roi, fier d'avoir eu une volonté personnelle, il s'écria en s'applaudissant de son choix : a Pour le coup on ne dira pas que ce soit la cabale qui ail fait nommer celui-ci'. »
Au moment oià d'Ormesson arrivait à un poste qu'il n'avait pas ambitionné, la question des empri-
< Ardticet niUionalei. 0' 124 : Namintlloi deVergcnnM, 33 f^'vrier 17S3. Q'23& : Ujtttes. Parc de ClismliorJ, 16 février, â miii. 7 na-
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^00 LIVRE TflOlSlËHË.
sonnements des citoyens, sans jugement, sans publicité, celle question toujours posée aux esprits qui ont quelque souci du sort de leurs semblables, et quelque prévision des catastrophGS qui peuvent les atteindre eux-mêmes, se ravivait dans les écrits indignés de deux victimes de l'arbitraire. LLngwi Le journaliste Linguet, arrêté au mois de sep-
"mm."""' lembre 1780 pour une lettre insolente écrite au ■^17^. maréchal de Duras, avait ' disparu du monde, et quelques histoires sur les causes de sa détention avaient à peine fait savoir au public qu'il vivait encore, quand au mois de mai 1783 les nouvellistes parlèrent de son séjour à la Bastille et de sa libération prochaine. A peine sorti il resta quelques mois dans le silence puis, tout à coup, les journalistes annoncèrent qu'il était en Angleterre. Il avait résisté aux instances qui lui furent faites de rester à Bruxelles, répondant qu'il ne serait tranquille que lorsqu'il aurait mis la mer entre la France et lui. A peine ' sur cette terre de liberté il poussa un cri de joie et de haine, et annonça au rédacteur du journal le Courrier du Bas-Rhin la relation prochaine de sa détention à la Bastille. La lettre dans laquelle il parlait des souffrances qu'il avait éprouvées et oiî il donnait le commencement de l'ouvrage qui allait paraître, trouva une multitude de lecteurs. Les
vembre 1783. 0'239 : Dut Je Berry, 15 juin 1783. 0'«3 : Pare de Ohanibord, 6 sfpieinlrï, U ectobrp, 31 décembre 1783. — Mémoirei d'Atigeard, p. 10^ 113, 113 et sniv. — Mémoiret stcreU pour «n-nrd VhUtoin iet iMirei, tome XXII, p. 97. 138,177,179, I8t, 188, 201, 217, 218. — HectKi'J général des aiciennft Inii françaitts, lome XXVll, p. ÎX et shIt ~ Hémoint du baron dt Betenval, tome II, p. 124 et suiv.
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MEMOIRES Sl'R LA BASTILLE. 1(61
exemplaires du Coutrier du Bas-Rhin, du l*' janvier 1 783, furent en un instant enlevés, et dix-neuf jours après, ceux qui restaient dans les cabinets de lecture étaient tellement mutilés, h force d'avoir passé de mains en mains, qu'il fallut les copier pour satisfaire la curiosité du public. Les mémoires de la Bastille se répandirent à Paris, dans le premier numéro des Annales, au mois d'avril, « Les bastilles françaises ont dévoré, elles dévorent journellement, des hommes de tous les rangs, et de toutes les nations : on pourrait graver, sur les avenues de ces gouffres, l'avis adressé aux passants sur la porte de quelques cimetières : Bodiè mt'At, crtu tibi. Qui peut, en effet, se promettre d'éviter un sort dont la qualité d'héritier présomptif de la couronne n'a pu préserver un Louis XU. . . ni les vertus ni la science un Sacy. .. ni les plus importants services un Labourdonnais; ni le droit des gens tant d'Anglais, d'Allemands, d'Italiens, etc., dont les noms sculptés par la rage de l'ennui sur ces funestes murs, y forment de toutes parts une espèce de géographie aussi variée
qu'effrayante Le despotisme qui fait du silence
un des tourments de la Bastille quand on y est, tâche d'en faire un devoir religieux quand on en sort : on force tous les Jonas qu'elle revomit à jurer qu'ils ne révéleront jamais rien, ni directement ni indirectement de ce qu'ils ont pu y apprendre ou y souffrir. C'est un magistrat, dans le costume consacré en apparence à la justice, ce sont des militaires- décorés du gage apparent d'un service pur et d'une vie dévouée à la défense des citoyens, qui président à ce dernier acte d'une oppression dont ils ont été les
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Mi LIVRE rnoisiËMc:.
instrumenis. On montre au demt-ressuscilé la porte qui seule peut le rendre à la vie, à demi-ouverte et prèle à se refermer s'il hésite : on veut ne lui laisser de choix qu'entre le silence, te parjure et la mort. » Il racontait pourquoi il avait dû revenir en Angleterre, il démontrait que sa détention n'avait eu aucun motif fonde; puis il expliquait le rrgime de la Bas- (illc, entremêlant son récit de quelques anecdotes sur des prisonniers, et faisant ressortir l'impossibilité où se trouveraient des malheureux de révéler leur existence, non seulement à leurs parents, mais même au ministre qui pourrait ouvrir la porte du tombeau où ils étaient enterrés vivants.
Ce mémoire, adouci, dans ses réflexions, par des éloges du roi Louis XVI et des princes ses frères, était précédé d'une gravure qui, en 1783, se trouvait une prophétie singulière.
Louis XVI rtpr*. Le roi.Louis XVI est représenté sur un piédestal aîhîlîfi'r^muL'u qui porte sur une denses faces : A Louis XVI svr ituimàt. l'emplacement de la Bastille. Le roi lient un sceptre d'une main, étend l'autre vers des personnages qui le remercîentîavec des gestes passionnés. Les murs delà forteresse qui entourent la statue sont en ruine, l'horloge que décrit Linguet, avec un homme et une femme enchaînés comme ornements, est frappée par la foudre et, sur les pierres fissurées qui la soutiennent encore, est imprimé : a Ces souffrances tnconnues et ces peines obscures, du moment qu'elles ne contribuent point au maintien de l'ordre, par la publicité et par l'exemple, deviennent viutiles à notre justice.
Déclaration du 30 août 1780. "
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