‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 46 sur 142 · WASHINGTON ET LE CONGRÈS. 22D · texte numérisé non relu

WASHINGTON ET LE CONGRÈS. 22D

réduits à la misère par la dépréciaiion du papiermonnaie et d'empêcher que leur exemple entraînât la désertion des soldats, pendant qu'il écrivait lettres sur lettres au Congrès pour obtenir les sacrifices nécessaires au maintien d'une armée à son pays, pendant qu'il observait, avec son ferme bon sens, que si l'amour de la patrie avait opéré de grandes choses, il était indispensable, pour maintenir et achever la révolution, d'exciter l'intérêt des hommes avec l'espoir des récompenses, pendant qu'il prodiguait sou travail et ses soins dans les questions administratives et militaires et usait sans cesse de son influence per- Bonnelle pour exciter l'amour du devoir, l'intrigue ourdie contre lui se poursuivait.

La malveillance du Congrès se fit jour dans la u* pomrdn création d un bureau de la guerre qui devait être nDoindr» présidé par les généraux Gates et Mlfflin, ce qui '"'c^n™*'**' restreignait les pouvoirs précédemment donnés à Washington. Peu de temps après elle s'accentua d'une manière bien plus grave à propos d'une lettre adressée par Conway à Gates. Celte lettre, remplie d'attaques contre les mesures prises par le général en chef, lui ayant été communiquée par un aide de camp de lord Stiriiog, amena une explication entre l'accusateur et l'accusé, à la suite de laquelle Conway donna sa démission déclarant vouloir rentrer au service de la France. Le Congrès non seulement la refusa, maïs nomma Conway, inspecteur général de l'armée avec le grade de major-général.

A la nouvelle de cette injure, Lafayette accou- LtH" mt au quartier généra! pour épancher les sen- riponw liments dont son âme était remplie. Ne pouvant '" "*""'

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voir Washington au moment où il se présentait, il lui écrivit une lettre qui, heureusement pour l'histoire, remplace le récit toujours incomplet d'une conversation fugitive : s Je n'ai pas besoin de vous exprimer combien je suis atBigé de tout ce qui arrive depuis quelque temps; c'est une suite nécessaire de ma tendre et respectueuse amitié pour vous... Ma peine, dans les circonstances actuelles, vient aussi de mes vœux ardents, peut-être enthousiastes, pour la liberté et te bonheur de ce pays. Je vois clairement que l'Amérique peut se défendre, si l'on prend de sages mesures... Lorsque j'étais en Europe, je pensais qu'ici fout homme ou peu s'en faut, aimait la liberté, et préférait la mort à l'esclavage... Je croyais encore qu'au moins tous les bons américains étaient unis, que la confiance du Congrès en vous était sans bornes. i> Après c«s phrases où l'émotion du jeune homme se montre dans toute sa fougue, Lafayette prouve que le cœur sert souvent plus à éclairer la prévoyance et le jugement sur les hommes et les événements, que les passions égoïstes, car il ajoute : & Mettez un instant de côté cette modeste défiance de vous-même qui, pardonnez ma liberté, est quelquefois trop grande (et je voudrais que vous puissiez juger' comme moi la différence qui existe entre vous et tout autre homme), vous verriez clairement que si vous étiez perdu pour l'Amérique, personne ne pourrait maintenir l'armée et la révolution pendant six mois. Les dissenttons qui existent dans le Congrès sont connues; les partis qui le divisent se détestent muluellejnent autant que l'ennemi commun. Des hommes

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