LA REINE ET LA POLITIQUE
avec l'électeur du Palatinat et ses troupes entraient dans les pays cédés à l'Autriche.
Les craintes de l'impératrice se réalisèrent immédiatement par l'espèce de soulèvement que provoqua dans l'Europe entière ce procédé violent. L'annonce d'une guerre prochaine courut dans Paris ; plusd'unofficier pensa à la formation de ses équipages et la reine écrivit à la comtesse de Polignac : « qu'elle craignait bien, qn effet, que dans l'occasion présente, son frère ne fit des siennes », imprudentes paroles queMercy se hâta de relever a en lui représentant toutes les conséquences d'un propos de cette nature, puisque s'il était connu des ministres français, ils ne manqueraient pas d'en conclure que la Reine, loin d'adopter les vues de son auguste maison et de les soutenir, les craint au contraire et les désapprouve. » Je suis maintenant certain, ajoute Mercy à Marie-Thérèse, que la reine, dans l'occasion, «réglera ses propos d'après les intentions de Votre Majesté. »
Marie-Thérèse, qui avait jugé avec l'intuition du génie, l'immense changement qui se produisait dans l'esprit des peuples, quirepoussait, au début du règne, toute immixtion de sa fille dans les affaires politiques de la France, avait fléchi devant un danger présent et actuel, La perspective d'une guerre, d'une rupture de relations avec le cabinet de Versailles, lui faisaientoublierde sinistres pressentiments, et les intérêts de la France allaient subir la pression d'une mère qui veut à tout prix épargner à son fils les conséquences d'une conduite imprudente.
Les ministres étaient aussi vivement impressionnés que Louis XVI des embarras que pourrait faire sur-
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gir une guerre en Allemagne, au moment où les Français étaient engagés dans une lutte avec l'Angleterre. Aussi, quand Marie- Antoinette voulut reproduire à son époux les leçons de Mercy sur les affaires de Bavière, devant les manœuvres du roi de Prusse, insistant sur les dangers d'un refroidissement dans l'alliance, le roi lui répondit brusquement : a C'est l'ambition de vos parents qui va tout bouleverser ; ils ont commencé parla Pologne, maintenant la Bavière fait le second tome ; j'en suis fâché par rapport à vous, — Mais répartit la reine, vous ne pouvez pas nier, monsieur, que vous étiez informé et d'accord sur cette affaire de Bavière. — J'étais si peu d*accord , répliqua le roi, que l'on vient de donner ordre aux ministres français de faire connaître, dans les cours oiJ ils se trouvent, que ce démembrement de la Bavière se fait contre mon gré et que nous le désapprouvons. »
Quand le roi de Prusse eut pris la défense des droits de l'électeur de Saxe qui réclamait, pour des biens allodiaux ' situés dans la partie de la Bavière envahie par Joseph, une indemnité de quarante-sept millions de florins, quand il soutint les réclamations de l'électeur des Deux-Ponts, légitime successeur de l'électeur palatin, contre le traité conclu à Munich sans sa participation, Marie-Thérèse fut vivement émue. Découvrant ses craintes et ses ressentiments, elle écrivit à Mercy, en parlant du roi de
■ Une terre tllodiale est une terre dont quelqu'un a la propriété aliso' lae,.et pour niion de laquelle la propriétaire n'a aucun leignenr k reconnaître ni aucune redevance à pajer, (^Enci/eiopédie mélhodique, au root ; AUadiat.)
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