NAISSANCE D'UNE PRINCESSE. 2RI
donniez des prières. » Il prévint le lieutenant de police, Lenoir de l'événement prévu, finissant par ces « mots: Les prières que l'archevêque ordonnera.... mettront bientôt le peuple en mouvement sur un événement aussi important et intéressant, n Le capitaine des gardes du gouverneur et un officier des gardes du corps du roi, venant ensuite simultanément, annoncèrent la venue au monde d'une princesse, et les présents, pour ce qu'on appelait l'ouverture du ventre, furent portés, suivant l'usage. La ville de Paris donna une botte d'or ornée du portrait de la reine à l'accoucheur Vermond. Des spectacles gratuits furent préparés pour le peuple, des jeunes filles pauvres furent dotées par la reine, et l'événement de leurs mariages, comme la naissance de la princesse, furent rappelés par des médailles frappées exprès pour consacrer ces souvenirs.
La joie naïve et désintéressée de la foule formait un singulier contraste avec la nature de celle qui régnait à Versailles. La perspective de la venue d'un enfant royal, en amenant des espérances de profits, y causait une émotion dont on annoblit trop souvent l'origine. Necker, témoin de cette sorte de liesse, renonça de suite à la singulière prérogative d'un contrôleur général « en suppliant » le roi de te décharger du soin de faire exécuter la layette du prepremier enlbnt qui lui était né. La princesse de Chtmay avait dû, sept mois à l'avance, s'occuper de « tout ce qui pouvait être utile au linge et dentelles delà reine pendant ses couches » et la princesse de Guéménée de tout ce qui avait rapport à l'enfant. Necker, d'accord avec le roi, fixa la somme dcsti-
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née à la layette à 110,000 livres ; mais madame de Guëmenée la fit monler à 187,000. La dépense de la garde-robe de la reine, fixée à 120,000 livres, qui avait été outrepassée de 37,106 livres, en 1777, le fut en 1778 de 64,521 livres et en 1779 de 106, lOS livres. Chacun cherchait à s'approcher d'une source de revenus qui étaient si bien distribués par un pur caprice, qu'ils s'appelaient grâces dans le vocabulaire de la cour. Le comte de Lacépède, colonel au service d'Espagne, s'était empressé de solliciter ta place de menin, c'està-dire de gentilhomme attaché à la personne du dauphin. Le ministre lui avait fait observer « qu'il ne serait pas question de sitôt de nommer des menins à l'enfant dont la reine était enceinte, j> et répondait au baron d'Espagnac, qui recommandait une personne pour une place de femme de chambre, qu'il en fallait huit pour l'enfant à naître et qu'il y avait quatre à cinq cents demandes.
Le 8 février, la reine devait venir à Paris pour assister au Te Deum chanté en action de grâce de son accouchement ; elle était joyeuse de ce voyage, disait à tout le monde de venir la voir passer. Le roi avait annoncé a qu'il avait commencé à partager de nouveau la couche de la reine » et il parlait de la venue prochaine d'un dauphin, a: Cette nou> velle, ajoute le journaliste, répandue exprès par les favoris de Sa Majesté, jette la joie dans le public et ne contribuera pas peu à procurer des : Vive le roi et la reine, s Les vingt-huit carrosses accompagnés de détachements de gardes du corps, chevaux-légers et des officiers de la fauconnerie, s'avancèrent dans
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tes rues au milieu d'une foule compacte. La mar- ,chai>de de mode de la reine, mademoiselle Berlin, qui jouissail, comme on disait, de a. l'honneur de travailler directement avec Sa Majesté pour tout ce qui concerne cette partie de sa garde-robe b était à son balcon, avec ses trente ouvrières, quand le cortège longeait la rue Saint-Honoré. « Ah ! voilà mademoiselle Berlin, dit la reine, en l'apercevant, et elle lui lit de la main un signe de protection. Mademoiselle Berlin s'inclina, en faisant une révérence; le roi se leva, applaudit des mains, autre révérence qui se reproduisit plusieurs fois, car toute la famille royale et les courtisans, imitant le matlre, saluèrent la modiste à qui ces politesses donnèrent un relief merveilleux en augmentant , comme dit le nouvelliste, la considération dont elle jouissait déjà.
Cette promenade entreprise avec cet entrain de gaité que révèle ce petit épisode, n'empêcha pas Marie-Antoinette de s'apercevoir que les cris de : Vive le m! vive la reine ! sur lesquels elle comptait, avaient été faibles et peu fréquents. Elle revint au château de la Muette d'assez mauvaise humeur et l'on crut, dans le public, que le lieutenant de police avait été réprimandé pour s'être trop fié sur le bon vouloir des Parisiens et de n'avoir point, suivant l'usage, distribué de l'argent pour ce qu'on appelle lesaboyeurs, destinés par leurs cris à mettre la populace en train, a Je ne dois point dissimuler à votre Majesté, écrit Mercy à l'impératrice, quelques jours .après cette apparition de la famille royale à Paris, ,je ne dois point dissimuler que, lorsque le roi et la
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reine sont venus à Paris, les démonstrations du public n'ont pas répondu tout à fait à ce que l'on aurait pu s'en promettre. Il y a eu des acclamations de Vive le roi et la reine dans certains endroits de la ville; dans d'autres, il a régné un grand silence, et on remarquait en général que l'empressement du peuple tenait beaucoup plus à la curiosité qu'à des mouvements d'affection. » Il ajoute ; « Cette tiédeur avait quelques causes accidentelles, entre autre le renchérissement des vivres. Quoique la reine n'entre pour rien dans de semblables motifs, cependant l'humeur du public le rend plus disposé à la critique. L'idée de la dissipation et des dépenses qu'elle occitsionne, enfin l'apparence d'un désir immodéré de s'amuser dans un temps de calamité et de guerre, tout cela peut aliéner les esprits et demande un peu de ménagement. »
Aveux précieux qui portent la lumière dans ces masses profondes où fermentent tant de passions ignorées. La jeune mère, entretenant de son enfant l'ambassadeur, lui développait ses projets d'un plan = sage et réfléchi d'éducation, a On a commencé à retrancher les harangues usitées ci-devant, écrit Mercy à Marie-Thérèse, et on veut éloigner des premiers regards de l'enfant royal foutes les images de grandeur.... Le roi, auquel un exercice habituel est devenu nécessaire pour la conservation de sa santé, n'a pas voulu sortir du château, pour faire la moindre promenade, pendant les huit premiers jours des couches. Au réveil de la reine, il se trouvait le premier au chevet de son lit... et partageait le temps de la journée à aller de che? la reine auprès de son
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PROJETS MAT^nNELS. 3g3
auguste enfant, auquel il marque la tendresse la plus touchante. »
La reine, dans le calme de la convalescence, ouvrant à Mercy et à l'abbé de Vermond « le fond de son âme, j> leur parlait de ses sociétés, des qualités et des défauts de chacun, a. Nous avons été dans le cas d'admirer la justesse d'esprit de cette auguste princesse, dit Mercy. Nous avons reconnu qu'il n'y a que sur la comtesse de Potignac qu'elle se fait illusion. 9 Marie-Thérèse répondait : o Je ne conviens aucunement qu'on doit rayer les étiquettes dans le plan d'éducation des enfants de notre naissance ; mais tout luxe, mollesse et service chargé. La mode d'à cette heure, selon Rousseau, oii on les rend paysans à force de liberté, ne me plaît pas... Sans les pousser au point de nourrir leur orgueil, il faut les accoutumer dès leur enfance à la représentation, pour obvier à tant d'inconvénients inévitables lorsque le souverain et sa famille ne se distinguent pas par la représentation de l'ordre des particuliers. — Dans le plan que la reine s'est formé, répliquait Mercy, pour l'éducation de son auguste enfant, je crois qu'elle ne s'est point éloignée des intentions deVotre Hiijesté. Il semble en effet que le projet de la reine n'est pas un retranchement absolu des étiquettes.... malgré le retranchement susdit, la maison de la jeune princesse est encore considérable et se montera à près de quatre-vingts personnes destinées au service unique de sa personne royale. »
Ces entretiens épistolaires, en faisant assister aux plus doux sentiments, aux plus exquises délicatesses du cœur dans l'intérieur de la famille, nous montrent
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les deux époux préoccupés aussi des pauvres, des enfants qui naîtront à la suite des mariages qu'Us ont , favorisés. Mais aucuns de ces correspondants n'a conscience des idées de la foute qui les enveloppe et peut les étoufTer en serrant ses rangs. L'impératrice, qui a aperçu, dans son existence agitée et laborieuse, quelques-uns de ces éclairs qui précèdent les orages, n'a eu qu'une appréhension fugitive des dangers possibles. Ses habitudes de vie ont empreint son intelligence comme ces marques faites sur le corps avec un fer rouge, qui ne s'effacent qu'en arrachant les chairs. Elle croit, d'une manière confuse, que les étages formés dans une société par les rangs, ne proviennent pas des circonstances et des aptitudes différentes des individus, mais de créations multiples comme celles qui diversifient les animaux entre eux et s'opposent à leur fusion les uns avec les autres. Elle croit en défmitive que les peuples sont semblables à des ruches d'abeilles qui s'amoindrissent et meurent si la reine, qui est un être à part, vient à disparaître. Elle est de l'avis de Louis XVI quand il écrit à Vergennes, à propos du mariage d'un Infant d'Espagne avec une femme qui n'était pas d'un sang royal : « Je ne parlerai pas du mariage de l'infant don Louis... Je trouve la consciencedu roi d'Espagne fort extraordinaire, car que faire des enfants qui en proviendront... J'aimerais mieux avoir des neveux qui puissent jouir du même rang que leur père que des êtres qu'on ne saura comment traiter '. »
< Corriipondance inédiU mr Louis XPI, Marie-AnloiiuUe, Ut eowr et la vilU, publiée par Lescure, tome I, p. 166, 367. — Corrtipondanee teerèle enfre Marie-Thérèie et le comte de Kercy, tome ni, p. 276 «t soît.,
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