‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 76 sur 142 · OUVRAGE DE LE TRONE. 3S · texte numérisé non relu

OUVRAGE DE LE TRONE. 3S

bureaucratie dont les décisions n'offrent aucune garantie. Les combinaisons plus ou moins pratiques et réalisables sur la composition des assemblées qni devaient se réunir pour l'administration des différentes parties du territoire , ramenaient sans cesse l'auteur aux maux inQigés à la nation , à l'odieux impôt de la taille dont la « répartition donnait lieu à des intrigues, à des haines, à des ven> geancesqui se perpétuent et rendent les habitants des campagnes ennemis les uns des autres. > I) parlait des maîtrises et des jurandes qui venaient d'être rétablies après avoir été supprimées par Turgot, rappelant l'édit de ISSSoù le roi déclarait que la permission de travailler était un droit royal et domanial; et il mettait en présence de cette afHr» mation insensée, les réclamations d«8 États généraux de 161i, demandant formellement la suppression des maîtrises « de manière que lesdlts métiers, disaient-ils an roi, soient laissés libres è vos pauvres sujets. »

Il parlait des nobles avec le dédain à peine dissimulé qu'éprouvait alors la classe moyenne pour ces prétendus cbefs de la nation : « On pourrait, uroit-il, conserver les seigneuries des paroisses, qui ne font aucun mal, et fixer des arrondissements pour la chasse, qu'il serait peut-être dilBcile d'ôter à la noblesse, qui en est très jalouse, et qui souvent n'a pas d'autre occupation. » Il terminait son livre par une discussion sur la féodalité, sur son origine et ses transformations, qui avaient abouti à une s constitution monstrueuse qui, en démembrant la souveraineté, en rendit l'exerdce funeste à la nation, érigea

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en propriété perpétuelle âe Bimples usufruits et des fonctions publiques, qui procura l'usurpation de la puissance et des moyens de puissance, n II ne pouvait pas oublier, dans ce livre, ta nécessité d'étendre l'instruction publique, de la généraliser dans le peuple. K On ne peut être trop persuadé que le désordre social est principalement l'efTct de l'ignorance... Il est du devoir et par conséquent de l'intérêt du gouvernement de reméflier à l'ignorance par l'instruction générale et publique, et d'y chercher le plus feraie appui de l'ordre, n

Cet ouvrage, dont les idées contrastent ai vivement avec celles de Choiseùl, ne fut pas poursuivi par le Parlement comme l'avait été celui dé Boneerf sur les inconvénients des droits fîâodaux. Quelques exemplaires furent bien saisis, mais Le Trône, qui se déclara auteur du livre^ en obtint facileméiat la restitution du garde des sceaux. Il se j^aint, dit le jouniâliste qui nous apprend ce fait, « de la pasillsrnimilé de M. Necker qui, quoique ayant favorisé la distribution, abandonne aujourd'hui récrivain et son ouvrage pour ménager l'assemblée do clergé, avec laquelle il ne veut pas se brouiller. » Ce calme relata du Parlement est un indice de ta puissance exercée, par l'opinion publique, en moins de troisannées, sur la magistrature et, de-l'espèee. dedécouvageiDUit qu'imprimait aux fonctionnaires la persistance d'une opposition que rien ne rebutait.

La guerre qui forçait la France à attaquer l'Angleterre dans toutes les parties da monde, réveillait dans les cœurs de glorieux et enn^me temps de pénibles souvenirs. Les bases' du vaste empire

CLIVES ET LE COMTE DE CHaTHAU. 33t

que les Anglais possédaient daos l'Inde, avaient été non seulranent devinées, maia jetées par deux Frao* çais. Les héroïques exploits de Labourdonnais, te génie organisateur de Dupleix éclairèrent les hautes ambitions de Clives en lui montrant les moyens de les réaliser. Le matheur même de Dupleix avait servi doublement à la grandeur de l'Angleterre ep enlevant un cbef habile à sa rivale et en faisant comprendre à Gives que l'oeuvre à accwaplir dépassait lea forces et l'inlellig^ice d'une compagnie de marcbands.

Presqu'ao moment mêine où la destinée conduisait l> Lally à Pondichéry pour y voir périr les demies a»» traces de la puissance française daml'Inde, Clives pre-< nait la résolution d'attirer l'attoition de son. pays sur ces vastes contrées, qui étaient vouées, comoie le monde antique avant la conquête des Aomains, à des guerres incessantes, Â des dévastations et des égorger* menls quotidiens. Instruit par lea habitudes de disoufrsion et de liberté qui mettaient en lumière la valeur de&hoouneBchargés.degQuvernerrAngleterceetccklle desprojets qu'ils formaient, Clivea résout des'adrœser au chef du ministère. Les paroles tànùrativea qu'il avait prononcées à la Chambre des comisuBes sur le r^ des Anglais dans le Bengale, ses appréciatiooa qw les révolutions étoonantes arrivées dans ce pays avaient convfôncu Clives, qu'il trouverait dans loi un esprit capable de saisir i la fois la grandeur de ses conceptions et la possibilité de leur réa-> lisation.

' Son secrétaire Walah, chargé d'aller expliquer les affaires de l'Inde à PitI, lui portait un état exact

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des revenus et des dépenses de l'administration du Bengale et une lettre où il lui disait : « c La scande révololion qui a été effectuée en ces lieux par les armes de l'Angleterre, les vastes avantages obtenus pour la compagnie par le traité qui en a été la conséquence ont, ce me semble, attiré l'attention du public ; mais il me semble cependant qu'on pourrait faire beaucoup plus qu'il n'a été fait. Il faudrait feulement que les efforts de la Compagnie fussent en rapport avec ses possessions actuelles, avec les succès qu'il est permis d'attendre de l'avenir. J'ai représenté aux directeurs, dans les termes les plus forts, la nécessité d'envoyer et de maintenir constamment ici des troupes en nombre a^ez considérable pour leur permettre de ne pas laisser échapper la première occasion de s'agrandir encore... Une longue connaissance du gouvernement de ce pays, une profonde étude des peuples qui l'habitent... m'autorisent à parler ainsi. Le nabab régnant, que la bataille de Plassey a mis sur le trône, conserve encore son attachement pour nous ; probablement il en sera de même tant qu'il ne pourra compter sur aucun autre appui ; mais les Mogols sont tellement portés à l'ingratitude que, si le jour arrive où il puisse croire de son intérêt de rompre avec nous, lesobligationsqu'ilnonsa ne l'arrêteront nullement... Un petit Corps de deux mille Européens sefait suffisant pour nous délivrer de toute appréhension d'un eôté ou de l'autre... et permettrait à la Compagnie de se saisir de la souveraineté pour son propre compte... T^s indigènes n'ont aucune sorle d'attachement pour tel prince ou pour tel autre. Au con-

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