‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 80 sur 142 · I.\FAYliTTIi: ET VERGENNKS. 3B'J · texte numérisé non relu

I.\FAYliTTIi: ET VERGENNKS. 3B'J

nourris dans l'esprit des peuples pour des fins coupables, méritent certainement l'attention des hommes d'état les plus sages, et comme l'extirpation de cespréjugésne saurait être l'œuvre d'un moment, il faut se conduire, à leur égard, avec une grande délicatesse. On répète trop souvent en France {où le préjugé contre les Anglais n'a pas été nourri d'autant de fiel, parce que la France n'a jamais eu autant à craindre de l'Angleterre que l'Angleterre de la France) que tes Anglais et tes Américains sont le même peuple. 11 est trop visible que cette manière de voir est, en France, un reste de préjugé contre les Américains. 11 en existe, il est vrai, en Amérique contre la France, mais très peu, et il est de l'intérêt et du devoir des deux nations de les diminuer le plus promptement possible, et d'éviter avec soin tout ce qui pourrait les faire revivre. »

Doué d'un caractère aimable, uni è une de ces vives affections pour ses semblables qui donne souvent une merveilleuse clairvoyance, pour apprécier leurs qualités et leur défauts, Lafayette savait se faire agréer par les personnages les plus opposés à ses projets et les moins susceptibles de se laisser entraîner vers le but qu'il poursuivait. Ses ardentes convictions donnaient à ses paroles une portée qu'elles n'auraient pas eues dans une autre bouche, et Vergennfâ était ébranlé, quand ce jeune homme, pressant l'envoi de troupes françaises dans le nouveau monde, lui écrivait : « Un tel détachement, rendrait de la vigueur à l'armée américaine... Je vous jure, sur mon honneur, que si la moitié de ma fortune était employée à envoyer aux Amé-

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ricains un secours de troupes , je croirais rendre à ma patrie un service plus que digne de ce sacrifice, s Désintéressé de toute prétention personnelle, il disait au même ministre, quand il était question de l'employer comme olBcier dans ce corps : a. Je désire être choisi dans le rapport de l'armée et non dans celui de la cour; je ne suie point de la cour, je suis encore moins courtisan, et je prie les ministres du roi de me regarder comme sortant d'un corps de garde... On dira sûrement, monsieur le Comte, que les français seront mal reçus dans ce pays et vus de mauvais œil dans son armée. Je ne peux pas nier que les Américains ne soient un peu difficiles à manier, surtout par des caractères français ; mais si j'étais chargé de ce soin, ou que le commandant militaire nommé par le roi s'y prît passablement bien, je répondrais sur ma tête d'éviter ces inconvénients, et de faire parfaitement recevoir nos troupes. Il y a tel excellent ofllcier, monsieur le Comte, qui plairait beaucoup ici, et que, d'après mon intime connaissance de nos alliés, je serais fâché de leur voir envoyer; mais il y en a beaucoup qui, je suis sûr, réussiraient parfaitement. 9

Le ministère français promit un secours de six mille hommes, qui ne fut en définitive jamais que de quatre mille. Le lieutenant général de Rochambeau devait, commander ce corps qui s'incorporerait à l'armée américaine comme une simple division. Lorsque deux officiers de même grade et de même ancienneté dans leur grade, se trouveraient en présence, Taméricain devait prendre le commandement. Après

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LES FINANCES riUNÇVISES m 1778 A 1781. 381

avoir réglé chaque chose de manière à éviter toute discuffîion future , Lafayette s'empressa d'aller reprendre son poste de général américain. Parti le 49 mars, il arriva le 27 avril à Boston. « Je suis ici, écrivit-il ce même jour à Whashington , demain nous allons à ia ville, et après-demain je partirai pour rejoindre mon bien-aimé et révéré ami et général. »

Les acclamations de la population accourue sur le port saluèrent Lafayette, qui fut conduit en triomphe chez le gouverneur Hancok. Whashington versa des larmes de joie à la réception de sa lettre. Les deux amis en présence s'entretinrent, après leurs premières effusions, des événements arrivés depuis leur séparation. Whashington lui parla du délabrement derarmée.del'impoBsibilitéde son recrutement faute d'argent; Lafayette lui raconta tout ce qu'il avait fait, et remplit de joie Tàme de son chef en lui annonçant les sacrifices pécuniaires obtenus des ministres de Versailles, et l'arrivée prochaine de troupes françaises '. .

Quand Lafayette écrivait gaiement à Whashington, à propos de l'argent qu'il sollicitait pour l'Amérique

■ Kémoim du général Lafayeltt. Pirii, t6S7, in-S ; tome I, p. 113, 349, 2^6 et idît., SIO, 313,321, 327 et taiv., 331, 449. — BUtoirê d* to guerri d« V iniiptndanct, pir BotU, lome III, p. 525 «1 suir,, 590 et tiiÎT.; tome IV, p. 2 et euii.^ 17 et suii., 28 et suit. — Bûtory of the rtign of Georae the third by Bai'nei, tome 1, p.278el >uit.,301el iult. — Uémoires militaint et hitloriquet de RitchiiiibeaD. Parit, 1824, in-8; tome I, p. 241 et loiT. — Comipondanix lecritt publiée par Letcure, tome 1, p. 458. ^Mimoires seereit pour sercir à Vhiitoire det letlrei, lome XX, p. 71 . ~ ÏAnotTM de Jf" Compon, tome J, p. 234. — inihtuM du miniilire de la marin; (guerre d'AnjÉriqiio, 1730). Lcllra de John Adaiiu 4 H. de SartinN, 13 juillet 178D.

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3tl2 LIVRE DEUXlEMIi.

« jti m'en suis bien occupé, et j'ai tellement insisté que le directeur général me craiut comme le diable;» il ne faisait qu'exprimer la situation d'esprit dans laquelle devait se trouver Necker.

ttintMtt Le trésor public s'alimentait par une succession 1776. 177», 17S0, d'emprunts faits tantôt au nom de l'État, tantôt par les provinces pour le compte de rÉtal. Quatre millions de rentes viagères, à dix pour cent sur une seule tête et à huit et demi pour cent sur deux têtes, étaient créées au mois de novembre 1778. En 1779, il était émis encore cinq millions de rentes aux mêmes conditions. Les États de Languedoc, ceux de la Provence, de la Bourgogne fournissaient, par des emprunts, en 1778 et 1779, un capital de plus de quarante millions. Un emprunt fait à Gênes donnait six millions, et Necker avait lui-même versé deux millions dans les caisses de l'État, moyennant un intérêt de cinq pour cent. Le directeur général provoquait toutes les provinces à voter des dons gratuits : capitaux qu'on n'aurait au moins pas à rendre comme les cinq millions cinq cents mille livres acceptés de la nouvelle corporation des carrossiers, qui attestaient la voie déplorable dans laquelle l'administration s'était engagée par le rétablissement des jurandes. Les cabaretiers, aubergistes, cafetiers et vendeurs de vins avaient été classés, lors de la résurrection des communautés, de manière que les derniers, autorisés à fournir des tables et des sièges, n'avaient pas le droit de donner v des comestibles sur plats et assiettes. » En 17S0, le nombre des perruquiers-coiffeurs fut fixé à six cents, avec défense de faire plus d'un apprenti tous les

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