FONCTIONS DE COUR ET PRIVILEGES
un repas quand le roi n allait par pays. 9 Vavertisseur suivait à cheval Sa Majesté, tant dans ses campagnes que dans ses voyages, pour savoir immédiatement l'heure choisie par le roi pour son dîner ou son souper et aller en prévenir les officiers de la bouche. A côté de cet avertisseur était le coureur de vin qui, soit à cheval soit en carrosse, devait porter à la chasse et partout oîi le roi se rendait, la collation de Sa Majesté dans un baudrier de drap rouge galonnéd'or. Le conducteur de haqumée faisait porter à travers la campagne, sur un cheval débats, du linge, du pain, des fruits, des confitures, une tasseà faire l'essai, c'est-àdire à goûter le vin pour s'assurer qu'il n'était pas empoisonné, un couteau, dusel et le couvert du dîner et souper de Sa Majesté, < de craintequeles sommiers charrois ordonnés à cet effet n'arrivent pas à temps. > Ces quatre cent'Six fonctions, vendues huit millions sept cent quatre-vingt-six mille livres, ne rapportaient que le deux pour cent de leur prix, si l'on ne tenait compte que des émoluments qui y étaient atla chés. Mais la plupart de ces serviteurs étaient nourris des dessertes des tables et se partageaient ces sortes de profits qui, dans les maisons riches, pou&~ sent parfois les dépenses jusqu'à l'extravagance '.
* I>ani les eomplei de la Chimbre aux denien, où h réglaient les dËpeniei de bouche de l« maison dn roi, on Iroave que dea huiuien de Mlle, ebargji d'accompagner les viandes, un flambcan de cire blaaclie i la main, ont la propriété de ce flambeau dès qu'il a été allumé. Lei buis* lien de l'antichambre aTaïenl droit aux bougies qui avaient été allaméea et aai tenluret d'étoITe violette qui tapissaient l'antichambie lots des deuiU. Le premier gentdbomme de la chambre prenait à la Qn de l'année possession des robea de chambre el de la toilette du roi, et le grand-maître de la garde-robe avait les babils, etc. On lit, à la date du 13 mai 1773, ATchivet nationaUt, 0i419, p. 199 : « Une oopiesUiion a'élant élevée la snjet des honeirs lU rnjipnriemcril de Madame Elisabeth, le roi il^cide Il U
ib,GoogIe
'eaprltd'ncl*mblMM, ITBO.
S70 UVRE DEUXIËUE.
Celte oi^anisation de la cour avait non seulement nui à la nation par des libéralités directement faites aux personnes, mais par l'extension de privilèges onéreux qui diminuaient le nombre des contribuables et augmentaient celui des oisifs que le peuple français devait entretenir.
Les roturiers acquéreurs de charges, quand ils n'étaient pas ennoblis comme M. de Maudoux, capttame-chef du vol pour com^iU à la grande fauconnerie^ obtenaient des exemptions d'impôt comme des nobles. Le ministre de ta maison du roi écrit à - Tintendant d'Amiens -D'uguay : « Le marquis de Sablé, capitaine des gardes de la porte du roi, vient de me porter plainte contre les habitants de Goiizy- Buleux, village de votre généralité, qui ont compris le fils du sieur Routier, garde de la porte de Sa Majesté, sur le rôle des jeunes gens qui doivent tirer  la milice... La compagnie des gardes de la porte du roi jouit de tous les privilèges de la hautenoblesse... Les simples gardes sont exempts du droit de frano- Qef ' . . . leurs domestiques sont exempts du tirage à la milice, i plus forte raison leurs flis. » Ce même ministre, donnant à Necker la liste de ses employés roturiers qui étaient exonérés, conmiele clergé, depuis 1777, du droit de franc-fief, console en ces termes le contrôleur général de la perte qu'il fait de
qii'ellM Rpptrtiendront aux première* remmes de cbimbre de li princeue. u A !■ dRle du 11 juillet 178!, Arct\ivn n'aiionaln, 0<237, hiu ttouTODB une autre décieion du roi encore relative 11 une alTaire du ratmc genre : a Le roi dfcide qu'on donnera aux garçons de la chambre de Madame Ëliubetli iroii milte lifres, deux bougies par jgur, pour Im indemnlaer de ce que lea remmai de chambre ttaient leanei de leur dooner inr te prodoil dei bangieg. n
I Le droit de frane-flef «wsialait ea une année de rcTenn, pajé toni Ici vingl ans. (EncifclopAIft nHhodique, Finances, arlisle : Frane-Fief.)
:dbvGoogIe
RECRUDESCENCE DE L'ESPRIT D'EXCLUSION. m
ces contribuables. « L'intention de Sa Majesté est de n'admettre à l'avenir que des nobles {dans sa maison)... Vous verrez que Texemption aura peu d'activité dans la maison du roi , parce qu'il s'y trouve beaucoup de noblesse, mais elle donnera du relief aux chargea, ce qui est très à désirer pour le bien du service. Actuellement, tous les gardes du roi sont nobles, ainsi que les chevau -légers. Il y a aussi beaucoup de noblesse dans les gens d'armes et les gardes de la porte, ce qui diminue encore de beaucoup cette exception. » A la même date, les gentilshommes ordinaires du roi demandaient que le généalogiste des ordres du roi fût chargé de l'examen des titres des sujets qui se présenteront pour les charges. Il y avait, du reste, à ce moment, comme une sorte de recrudescence dans le désir qu'avait la noblesse de s'isoler et de ne pas se confondre avec les familles de la bourgeoisie. Les membres du parlement de Bretagne avaient depuis longtemps résolus de n'admettre dans leur compagnie que des personnes justifiant quatre quartiers de noblesse. Cette décision, prise en secret à Rennes, le fut publiquement, en 1780, par le parlement de Bordeaux, qui déclara qu'à l'avenir personne ne serait reçu président sans prouver qu'il était noble ou qu'il y avait trois générations de magistrats dans sa famille. Un édit de la même année assurait l'avenir d'une maison fondée, dans cette province, pour l'éducation de jeunes Ailes qui auraient à faire preuve de noblesse et de pauvreté pour y être admises, et le parlement de Paris, dans unç question d'bôpital, insistait pour que les lits destinés par le roi à des militaires, te
ib,Goo<iIc
m LIVRE DEUXIÈME.
fussent à des gentilshommes. Mercy nous apprend que celle même année 1780, t la Reine et Madame, ainsi que madame la comtesse d'Artois, étaient convenues de ne plus admettre au nombre de leurs dames les femmes qui sont d'une extraction de finance. » fl raconte que la vicomtesse de Laval a été refusée pour une place de dame de compagnie de Madame à cause de celte résolution, que la famille de Montmorency en a été très blessée et ajoute : « les clameurs furent des plus vives, et si l'union de la Reine avec les princesses ses belles-sœurs n'avait pas inspiré de la crainte, il serait résulté de cette circonstance une infinité de tracasseries. » Mercy ne semble pas se douter, dans son récit, qu'il y aune nation en dehors de la cour et qu'on n'est plus au temps, suivant la parole de Turgot, oii les voix des roturiers n'étaient pas comptées.
Le mois même où Mercy nous signale l'affront subi par une fdle des classes moyennes alliée aux Montmorency, le ministre de la maison du roi, Amelot, exprimait son respect à des solliciteuses que l'antiquité seule de leur origine recommandait à ses déférences.
Dans un petit village de la Champagne se trouvait, vers 1750, un homme de formes athlétiques. Protégé par le souvenir d'une position occupée autrefois par sa famille, par la crainte qu'inspirait ses violences, il vivait des fruits de ses chasses et de ses vols, quand un jour il mourut, laissant trois enfants en bas âge dans le plus grand dénuement. Le curé pourvut à la nourriture de ces malheureux au moyen de soupes et d'aliments grossiers que chaque habitant de l'endroit leur apportait tour à tour^ et tes
:dbvGoogIe