LA REINE EN
de personnages vulgaires et démoralisés, compromettait les grâces d'une femme douée naturellement d'un sens juste et de qualités affectives, en se laissant entraîner, par le manque de réflexion, à ces attachements bizarres et frivoles qui naissent au milieu des plaisirs de la société, et empruntent souvent plus de force à Tesprit exclusif de coterie qu'aux vraies affections de Tâme.
Besenval ne vbit dans l'insistance que mit Turgot è déterminer Tacceptalion de Malesherbes que la crainte de la présence de M. d'Ennery au ministère. 11 parle de ses derniers efforts pour arriver à ses fins au moyen d'une pression exercée par la reine sur Maurepas, et, dépité de n'avoir pas obtenu de cette princesse les démarches qu'il lui conseillait et auxquelles elle s'était engagée, il s'écrie : ce Je ne fus pas sorti de son cabinet que cela fut oublié ! » Il fait dans sa narration, sincère au point d'être naïve, des convoitises du parti qu'il soutient, un portrait de la reine assez impartial pour nous apprendre à la fois ce qu'était cette princesse à ce moment de sa vie, et Tabsence de toute affection sincère qui existait chez les personnes le plus engagées dans son intimité.
a Sans être régulièrement ni belle, ni jolie, écrit-il,
® j Portrait de la
sans être bien faite, l'éclat du teint de cette princesse, reine en ms. beaucoup d'agrément dans le port de sa tête, une grande élégance dans toute sa personne, la mettaient dans le cas de le disputer à beaucoup d'autres femmes qui avaient reçu plus d'avantages de la nature, et même de l'emporter sur elles. Son caractère était doux et prévenant. Facilement touchée par les malheureux, aimant à les protéger, à lès secourir en
toute occasion, elle montrait une âme sensible et bienfaisante^ et réunissait deux qualités assez rares à rencontrer ensemble : celle de se plaire à rendre service et de jouir du bien qu'elle avait fait. Un grand attrait pour le plaisir, beaucoup de coquetterie et de légèreté, peu de gaieté naturelle, rempêchaient d'être aussi bien dans la société que ses qualités essentielles et son extérieur Tannonçaîent. Rien absolument de déterminé dans sa façon de penser. Sa familiarité nuisait à sa considération ; et le maintien que les circonstances et les conseils lui faisaient souvent prendre choquait dans la femme aimable, acception sous laquelle on avait trop accoutumé à la considérer. De là venait que chacun en était quelquefois mécontent^ et qu'on en disait souvent du mal ea s'étonnant d'en dire. j>
Portrait achevé de ce que l'on appelle une femme à la mode , de ces femmes que les sociétés oisives admirent, flattent, et, tout en les encensant, dénigrent par sentiment d'envie. Joyaux de brillantes réunions, leur action s'exerce inofifensive sur les parures, sur les frivolités de l'esprit ; mais lorsque, par suite de leur position, elles sortent des bornes de leur empire naturel, leur influence se pervertit en servant d'instrument à des sentiments et à des passions que leur cœur désavouerait si elles les comprenaient.
a Les bontés et la confiance qu'elle me témoignait, y> continue Besenval à la suite de ce portrait de Marie- Antoinette, <t m'attachèrent à elle sans réserve; en lui parlant le langage convenable à une femme de vingtans, Je ne m'occupai, sans prendre sur ses plaisirs, que j 0 sentais bien devoir toujours avo ir la préférence, je ne