LAUZUN ET VERGENNES
lations, mais ce ne fut qu'un éclair passager au milieu d'une sombre nuit. Rien ne changea dans l'administration des colonies, les populations n'obtinrent aucun de ces droits de contrôle et de défense qui étaient si vivement réclamés à la même époque par les colons anglais, et qui sont les seules garanties sérieuses et efficaces contre de déplorables et souvent d'odieuses exactions. Les Antilles furent toujours traitées, par les fonctionnaires de la métropole, comme un pays conquis, et la paix présente ne devait être qu'une courte trêve avant les troubles de l'avenir.
Vergennes, très-ému des perspectives de guerre qui se montraient de toutes parts^ aurait vivement désiré combiner un système d'alliance qui eût assuré au moins la paix sur le continent européen* Presque au moment où Beaumarchais prouvait avec sa vive imagination et^ il faut le dire, avec les plus irréfutables arguments, la nécessité, pour la France, de renoncer à ses vues pacifiques, le hasard offrait à Vergennes l'occasion de renouer des relations avec la Russie*
Le duc de Lauzun, ayant désiré, pour se rap- Tenuure procher d'une femme qu'il aimait, l'ambassade de J^J^T^ France à Varsovie, s'imagina, pour conquérir ce ^^"^ poste, (j^écrire sur les affaires de Pologne, de Prusse 8®°°®* et de Russie, et de faire part de ses élucubrations ])olitiques au résident russe à Varsovie. M. de Stakelberg envoya le mémoire du seigneur français à Saint-Pétersbourg, et l'impératrice, qui désirait ne pas rester isolée avec Frédéric pour seul allié, saisissant avec empressement ce qu'elle re- ^rdait iBômme une ouverture que lui faisait la 'France, écrivit trne lettre flatteuse à son auteur.
Yergennes, averti , manda Lauzun à Versailles, et chercha, dans la conversation, à obtenir des renseignements qui pourraient le guider. Lauzun, arrivé vers la fin de mars 1775, s'applaudit de la réception que lui fit le ministre, et affirme qu'il devait repartir sous peu de jours pour là Russie, où rimpératrice « semblait le désirer vivement. » Mais, dit-il , M. de Vergennes changea bientôt d'avis et ^ fit journellement des difficultés absurdes, voulant rompre cette négociation sans qu'il parût y avoir de sa faute, id et finit par décider que ce serait M. de Juigné, son ami intime, nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg, qui traiterait avec la Czarine. Lauzun est dans Terreur en croyant que le sage Vergennes a jamais eu l'idée de confier une aussi délicate mission à un seigneur présomptueux et débauché comme lui. Une circoAstance qui concerne cette ambassade, nous aide à comprendre les qualités que recherchait Vergennes dans les personnes qu'il employait. M. de Monteynard s'était blessé de la nomination de M. de Juigné, et avait voulu se plaindre au roi de ce qu'il regardait comme une injustice : a Je ne contesterai pas à M. de Monteynard ses prétentions, répondit, le 29 décembre, Vergennes à Louis XVI, ij tfurait des titres pour arrivera tout, si l'esprit léger et agréable suffisait; mais sa facilité à manier le sarcasme, qui ne Ta pas fait chérir à Cologne, ne servirait pas les intérêts de Votre Majesté à Saint-Pétersbourg, où Elle a besoin d'un ministre éclairé et d'un caractère paisible et modeste. »
Du reste, la prudence de Vergennes ne devait pas • tarder à être justifiée, car, à peine le roi de Prusse