JOSEPH II ET MARIÊ-THÉRÈSE
avait-il connaissance d'une entente possible entre la France et la Russie qu'il essayait de troubler la négociation avec son impudence habituelle. « Sa Majesté m'a renvoyé hier, mande Vergennesà LouisXVI, le 17 avril, une lettre interceptée du roi de Prusse, elle semble être l'ouvrage du délire. C'est vouloir outrer la méchanceté de nous imputer la nouvelle absurde du soulèvement des janissaires ; son ressentiment était vivement allumé par la découverte des insinuations de M. de Lauzun. Le roi de Prusse est un amant jaloux et furieux ; il a séduit et fasciné Timpératrice de Russie, et il ne pardonne pas de vouloir réclairer et la ramener dans une meilleure voie. Vu la tournure empoisonnée que ce prince sait donner aux choses les plus simples et les plus honnêtes. Votre Majesté daignerait-elle me permettre de communiquer à M. le baron de Breteuil la démarche que j'ai faite en dernier lieu, par M. de Lauzun, en lui recommandant.de n'en faire usage que lorsqu'il ea verrait la nécessité? »
11 était effectivement très-nécessaire que l'ambas- L'empera sadeur de France à Vienne pût savoir ce qui se pas- '^ «Îh sait entre sa cour et celle des deux États qui confi- ^gt^té^lfMi naient l'Autnehe. Le nouvel empereur d'Allemagne '^^^^^ était loin de donner à la France les garanties de bon sens et de jugement qu'elle trouvait dans les relations établies avec sa mère. Vaniteux et jaloux de la gloire du roi de Prusse, il se laissait aller aux rêves de son imagination : <c II est inconcevable, écrit sa mère à Mercy, qu'avec tant de talent et d'esprit, avec tant de morale pour sa propre personne, l'empereur se laisse entraîner par des mauvais garnements, qu'il
les protège, et qu'il se défie des gens de mérite, et qu'il les tourne en ridicule. A la longue il nese trouvera entouré que de ces sortes de flatteurs... 11 court trop après l'esprit et la flatterie, et surtout la nouveauté, n'approuvant rien de ce qui est fait avant lui et par d'autres, et l'application manque entièrement... C'est ce qui fait le malheur de la monarchie et le mien, d'autant plus sensible qu'il n'y a de remède. . . J'ai sacrifié trente-cinq ans au public ; je suis si abattue, si troublée, que je fais plus de mal que de bien. La dernière émeute de Bohême, qui est supprimée, mais bien loin d'être éteinte, est une de ces circonstances qui hâtent mes résolutions, non pas par crainte, je ne connais pas ce sentiment, mais nepouvant y obvier, et faisant grand mal par ma présence. L'empereur, qui pousse trop loin la popularité, a trop dit... tant sur la liberté de la religion que sur la leur vis-à-vis des seigneurs... Ce n'est pas le paysan de la Bohême seul qui est à craindre, c'est celui de Moravie, de Styrie, de l'Autriche. »
Cette lettre, qui montre le mouvement des eprits^ entraînant à la fois les peuples et les princes, fait ressortir en même temps la valeur réelle de cette croyance en la stabilité des États, quand leur gouvernement repose sur une famille royale. Vergennes ne s'y trompait pas plus que Marie-Thérèse ; car, à l'annonce mensongère d'une maladie de l'impératrice, vers la fin de 1774, il écrit au roi qu'il a demandé des renseignements sur le bruit qui a couru et ajoute : a II ne peut être que très-utile d'envisager l'événement qu'il nous présage comme pouvant être assez prochain. Il n'est que trop à craindre, Sire, que le