A. • , de l'Allema
le stigmate de la conquête prussienne ; qu on compare etceue la situation de la Bavière, de la Saxe, du Wurtem- ^® ^*^"*'** berg, obligés de se soumettre a un pouvoir indépen-
dant d'eux ; qu'on compare Timpossibilité, pour cet empire, de grouper des peuples autour de lui sans les asservir, avec le gouvernement proposé par le Congrès d'Amérique, qui fait appel à toutes les nationalités, parce qu'il ne les absorbe pas, qui les associe au suprême pouvoir et n'exige d'elles aucun sacrifice matériel ni moral, et l'on verra la grandeur de l'instrument qui était né, dès le commencement de la guerre, par la nécessité d'une défense commune.
Ce gouvernement, proposé à l'approbation des colonies, était en résumé l'œuvre de tout un peuple, le produit d'une sorte de germination de l'esprit public, car Franklin, décrivant la manière dont étaient élaborées les questions politiques de son temps, écrit :
« Toute la science politique, dans sa signification la plus étendue, était discutée librement dans des assemblées publiques et privées, dont la presse propageait les débats en les commentant. Dans de pareilles conditions, il est difficile de voir subsister de ces préjugés qui embarrassent l'intelligence et prennent l'aspect d'un principe. Plus d'un auditeur ou d'un lecteur qui les avait reçus comme un dogme les rejetait avec mépris * . »
Ce premier projet d'une confédération des provinces ne fut pas accueilli ; la Caroline du Nord le
' The history of the United States, by James Grabame, tom. Il, p. 430, 508, 520. — Histoire de la guerre d*indépendance des États-Unis d'Amérique, par Botta, tom. II, p. 7, 12, U et sm'v., 22, 33, 39, 42 et 8uiv., 50 et suiv., 55, 60 et suiv., 70 et suiv., 75 et suiv., 81 et suiv., 96, 98, 100 et suiv., 106, 114, 120, 122, 124. — Mémorial de Sainte-Hélène, paj le comte de Las Cases. Paris, 1823, in-8», tom. VII, p. 244, 246.
MORT DE DU MUY, octobre i775. 431
repoussa même formellement. Mais les conseils du Congrès furent approuvés et exécutés, quoiqu'on n'eût pas reconnu légalement son autorité suprême. La guerre s'accentuait tous les jours de plus en plus; Boston, resserré par l'armée américaine, endurait les souffrances de la famine , et le ministère anglais, placé entre l'opinion qui lui reprochait la guerre et celle qui l'accusait de ne pas savoir la conduire, était résolu à écraser la rébellion par des forces militaires imposantes.
Des pétitions contre la guerre entreprise partaient de plusieurs grandes villes de l'Angleterre, comme Londres et Bristol. Les Américains étaient défendus dans une foule de harangués plus ou moins enflam* mées. Un officier anglais, le comte d'Effingham, qui avait soutenu la cause des colonies, voyant le ministère persister dans ses résolutions guerrières, donna sa démission pour ne pas trahir, disait-il, sa conscience. Londres, Dublin et d'autres villes lui envoyèrent des députations pour le féliciter , et beaucoup d'officiers suivirent son exemple. Les ministres , ne pouvant recruter en Angleterre le nombre de soldats qu'ils désiraient, s'adressèrent à des princes allemands, comme ceux de Hesse, de Brunswick, de Waldeck, pour obtenir des soldats à la solde de la Grande-Bretagne. Une pareille résolution, blâmée en Angleterre, causa la plus vive émotion en Amérique.
Turgot et Malesherbes, malgré leur profonde con- choixàiwre
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viction que la paix était nécessaire a la France, guerre à la i ne pouvaient se flatter qu'ils seraient toujours ® " "^ maîtres des événements. Turgot^ l'oeil sans cesse
fixé sur tout ce qui pouvait être utile à l'État, s'était occupé de l'armée; il regardait l'armée française comme une des plus dispendieuses de TEurope. 11 était convaincu qu'elle avait contribué à ruiner les finances du royaume, et par contre-coup à énerver ses forces militaires en forçant la France d'amoindrir le chiffre de ses soldats pour conserver un nombreux personnel d'officiers, La possibilité d'hostilités prochaines dans une pareille situation^ donnait à ses désirs de réformes une importance de plus en plus grande, quand le ministre de la guerre Du Muy vint à mourir, à la suite de l'opération de la pierre, le i 0 octobre 1775. Le choix à faire pour son remplacement devint, dès ce jour, une des principales préoccupations de Turgot. Il était aussi important que difficile ; car, si Ghoiseul avait opéré de grandes améliorations dans les troupes, il n'avait ni pu ni voulu extirper les abus de tous genres que la présence des grands seigneurs y avait introduits. Qui attaquerait les privilèges onéreux des grands dans une administration où étaient engagés à la fois leurs intérêts et leur orgueil ? Où trouver, en supposant qu'un militaire de leur caste voulût s'en charger, un sujet pouvant le faire, au milieu de la disette de personnes capables, surtout « dans la partie militaire, » avoue Mercy ? '
Turgot avait été frappé d'un projet de réforme de l'armée française rédigé par un ancien officier général dont la popularité parmi les soldats n'était pas oubliée. Essayant de réaliser ses plans, le comte de Saint-Germain s'était mis au service du Danemark, faisant, dans ses tentatives d'organisation, preuve de conviction et d'une audace qui ne pouvait déplaire à
LE COMTE DE SAINÎ-GERMAlN. 433
un ministre réformateur. Turgot avait du reste étudié, avec sa perspicacité habituelle, les systèmes militaires des premières puissances de l'Europe, interrogeant les officiers généraux les plus distingués, examinant la valeur réelle d'une foule de fonctions lucratives qui chargeaient le budget de la guerre, comme celles de gouverneurs et commandants de provinces, officiers qui n'avaient ni service à faire, ni pouvoir à exercer, et pouvaient être comparés aux ecclésiastiques pourvus de bénéfices. Parfaitement à même d'apprécier tous les détails d'une organisation militaire, quoi qu'en dise Besenval, avec cette fatuité inhérentes ouvent aux hommes spéciaux renfermés dans le cercle étroit de leurs attributions, Turgot approuva les vues de Saint-Germain. Il ne trouva pas sans doute son ouvrage parfait, ainsi que l'affirme Besenval, avec une certaine ironie ; mais il pensa que, si son système était établi sur d'assez bons principes, ainsi qu'en convient Besenval, en disant que Saint-Germain voulait a une subordination graduelle, exacte, un service ponctuel et suivi, » il n'était pas raisonnable de le repousser par la raison qu'en France « le militaire ne se soutenait que sur le préjugé qui existe dans la noblesse de ne pouvoir pas faire d'autre métier que de servir; que mille considérations nationales, mille habitudes de société, triomphent toujours de toute règle de discipline, » et que Saint-Germain, a qui ne connaissait que l'esprit de l'étranger et les garnisons françaises, » s'imaginait à tort pouvoir « changer celui des Français, et faire plier sous sa volonté des gens qu'un roi absoivi et tout-puissant aurait bien de la peincà réduire. »,
u comte Saint-Germain, né è Lons-le-Saunier en 1 708, s'était fait admettre dans Tordredes jésuites, qu'il abandonna bientôt pour entrer dans un régiment de dragons, et des dragons il était passé sous-lieutenant dans un bataillon de milice que commandait son père. Un duel, dans lequel son adversaire succomba, t*ayarit forcé de quitter la France, il servit chez l'électeur palatiQ, puis chez l'empereur Charles VI, père de Marie- Thérèse, et, à sa mort, il entra dans l'armée de Bavière, qui faisait la guerre à l'Autriche de concert avec la France. Le maréchal de Sne le rendit à sa patrie, et en 1748 il fut fait lieutenant général. Ileombattit avec ce grade sous les maréchaux d'Estrées et Soubise, et à la suite de la défaite de Rosbach, l'armée le réclama comme un chef capable de conjurer les revers qu'elle subissait depuis longtemps, mais la cour lui préféra Contades, puis de Broglic.
Mécontent, railleur, il continua à vivre réservé vis-à-vis de ses égaux , affable pour ses inférieurs, critiquant, devant ces derniers, les actes de ses chefs, et leur développant ses plans de réforme sur l'armée. Populaire par cette conduite, il s'acquit une renommée parmi les soldats, qui lui donna une certaine notoriété à l'étranger, et surexcita à la fois son orgueil et sa mauvaise humeur contre un gouvernement qui méconnaissait ses talents. Entré en négociation avec la cour de Danemark, qui croyait pouvoir profiter de ses connaissances, il quitta tout à coup l'armée française en 1760, deux jours après la victoire de Corbach, où il s'était engagé avec ses troupes, renvoyant au ministre le cordon rouge qu'il avait reçu pour ses services. Nommé feld-maréchal
LE COMTE DE SAINT-GEt^MAlN. 4âè
à Copenhague, décoré de Tordre de TÉléphaBî, il dirigea l'organisation dé l'armée de ce royaume jusqu'en 1772, époque où le gouvernement de ce pays fut troublé par la catastrophe du principal ministre, le comte de Struensée. Retiré d'abord à Hambourg, il y perdit, par une banqueroute, la fortune qu'il avait gagnée, et vint se fixer en Alsace, près de Cemay. Il y vivait presque dans la misère, quand Ifes régiments allemands au service de France se cotisèrent pour lui faire un revenu de seize mille livres. Le maréchal du Muy, prévenu, avertit Louis XVI, qui, sur l'avis de son ministre, accorda une pension de dix mille livres à Saint-Germain, et défendit aux soldats de donner suite à leur offre généreuse. Le général, cultivant son jardin et se livrant aux pratiques d'une dévotion exaltée , continuait à faire des projets d'organisation militaire : il en rédigea un pour l'armée française et l'envoya à Maurepas. Ce fut ce travail qui frappa Turgôt et attira son attention sur Saint-(îermain. L'appeler au ministère après la vie assez excentrique qu'il avait menée, après le mécontentement qu'avait excité son départ de Tannée, et la décision prise par le roi Louis XV de ne jamais permettre sa rentrée au service de France, était une tentative hardie ; mais Torgot et Malesherbes n'avaient pas à choisir. Ils trouvaient en Saint-Germain un militaire qui avait médité teute sa vie sur les réformes qu'ils désiraient accomplir ; ils trouvaient un officier qui était, comme eux, convjrincii que l'esprit des grands seigneurs en France était contraire à toute discipline; que <i les corps ^de faste fit à privilèges -» sont « ruineux pour le roi^ mor-
436 IJVRE TROISIÈME.
tifiants pour les autres troupes^ sur qui tombale fardeau des guerres, et qui se voient enlever les récompenses par ces corps privilégiés , sans aucun mérite particulier, i» Us ne pouvaient pas, après ces éloges faits par Besenval, arriver à conclure comme lui que le choix de Saint-Germain fût absurde et incroyable. Us avaient tout lieu de croire, du reste, que Saint- Germain, appelé par eux, seconderait leurs vues. Turgot et Malesherbes, parfaitement d'accord, cherchaient, par suite de l'inévitable enchaînement des faits, à constituer ce que Ton a appelé plus tard un ministère homogène, c'est-à-dire un ministère dont tous les membres s'entendraient pour atteindre un but déterminé. Dans ce moment, le but à atteindre était la réorganisation de la puissance de la France par le rétablissement de l'ordre et de l'économie dans toutes les parties de son administration, soit militaire, soit civile.
Intrigues pour Pendant Quc tous deux ne pensaient qu'au bien
faire nommer * ri
M. decastries dc Icur pays, Ics iutrigauts dc toutes sortes se met-
de la guerre; taicnt cu Campagne ; Besenval accourait à Fontaine
"icret gardé p la reine et Louis XVI.
"^"^laSine ***'^ blcau. Occupé, écrit-il, de tout ce qui pouvait être
avantageux à la reine, <k et persuadé qu'elle ne serait jamais rien^ si elle ne faisait des ministres imposants par leur étoffe... désirant d'ailleurs la relever du dégoût récent qu'elle avait eu de ne pouvoir faire donner la marine à M. d'Ennery, je pensai que M. de Castries était l'homme qu'elle devait porter au ministère de la guerre. » Rencontrant en chemin Maurepas, qui relayait à Ponthierry, Besenval lui parla de l'événement du jour, lui disant qu'il lui rendait a trop de justice pour croire aux bruits de Paris, »