LE COMTE DE SAINT-GERMAIN
qu'il avait poursuivie si longtemps, celle de l'organisation militaire de la France ' .
Turgot conduisit Saint-Germain auprès du roi saint-Gern après cet entretien; il était décoré de Tordre de iaguer« l'Éléphant de Danemark, et dans l'altitude d'un ^ homme pénétré de reconnaissance et de repentir pour la faute qu'il avait commise en quittant le service de la France. « Monsieur de Saint-Germain, lui dit Louis XVI, on m'a persuadé que vos talents pourraient m'être utiles; cette persuasion m'a fait oublier vos torts. Répondez à l'attente qu'on a de vous. Je vous rends votre ancien grade et l'ordre de Saint- Louis, en vous autorisant à garder celui dont vous êtes décoré. » Des larmes furent la réponse du vieillard.
Quelques jours s'étaient à peine écoulés que la reine écrivait, le 12 novembre, à sa mère : « M. de Saint-Germain est établi ici avec l'applaudissement de tout le militaire, si j'en excepte quelques grands seigneurs, qui craignent de ne pas trouver leur compte avec lui. » Et, un mois après, le 15 décembre, elle s'applaudit encore de la nomination de Saint- Germain, qui « commence de grandes réformes d^nns les troupes, dans la maison du roi, » et dont le projet
* Mémoires secrets pour servire à Vhistoire des lettres^ tom. Vïlî., p. 208, 220, 222, 225, 228, 264. — Œuvres de Twrgot, tom. U, p. 277. — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy, t. H, p. 384, 402. — Mémoires du baron de Besenval, tom. IF, p. 10, 16, 20 et suiv., 25, 29. — Mémoires sur la vie et les ouvrages de Turgotf tom. Il, p. 122 et suiv. — Dictionnaire historique de Chaudon et Delandine, 1804, in-8", art. Saint-Germain. -- Mémoires de Vahhé Georgel, tom. I, p. 433 et suiv. — Mémoires du prince de Montharrey^ tom. II, p. 136 et suiv. — Archives nationales, 0* 231, ann. 1775. — La France sous Louis JK, tom. V, p. 108, 113, 367. — Mémoires de M. le comte de Saint-Germain, minfetre de la guerre, écrits par lui-même. Amsterdam, 1779, in-8% p. 72, 74, 135, 137.
est « d'augmenter le militaire de quarante mille hommes sans qu'il en coûte rien au roi. »
Durant cette crise dans la compositfon du ministère - français, qui pouvait amener la création de ressources nouvelles pour un pays épuisé, les événements prenaient en Amérique une tournure qui rapprochait tous les jours davantage l'instant où la France serait contrainte de sortir ouvertement de la neutralité mensongère dans laquelle elle affectait de se renfermer. Boston aban- Prcssé d'cu finir au plus vite avec Boston, à Tap-
doBBé par l'armée , •,,, .•!•./ • m • i j i -i / • •
anglaise, prochc d hostilitcs qui allaient devenir plus décisives ' et plus dangereuses, Washington résolut de s'emparer d'une hauteur qui lui permît de dominer la ville et la rade . Après un conseil de guerre qui détermina le point de l'attaque, les Américains, profitant des ténèbres de la nuit, se mirent en marche le 4 mars, veille du jour où six années auparavant le premier sang versé dans une émeute avait coulé. Les soldats, pleins d'ardeur, élevèrent des fortifications et montèrent des canons au milieu des ténèbres, et quand le jour parut , les Anglais aperçurent au-dessus de leurs têtes des travaux qui pouvaient braver une première agression. Le général Howe groupa vainement ses troupes aux abords des vaisseaux de transport, la mer, furieuse ce jour-là, empêcha tout passage; et quand le temps se calma, le fort des Américains était devenu imprenable. Howe, pénétré de l'impossibilité de conserver la ville, et du danger qu'il courait s'il tentait de fuir avec son armée, rassembla les principaux habitants de Boston, et leur montrant que tout était prêt pour la destruction de leur cité, il les engagea à obtenir de Washington qu'il consentit