‹ La France sous Louis XVI; (volume 3)Chapitre 8 sur 95 · MÉMOIRE DE TERRAI SUR LES FINANCES · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE TERRAI SUR LES FINANCES

qui, pour son plaisir ou par fainéantise^ ne perde au moins ces quatre journées dans Tannée ; il ne faut donc point considérer les impositions actuelles comme la cause de Texistence des pauvres. Si la cultare de la terre et les manufactures languissaient, on pourrait dire que, les gens aisés n'ayant pas de quoi faire travailler les indigents, leur infortune en est devenue plus grande... La culture augmentée, les manufactures en plein travail, démentent cette proposition, j^

Après avoir essayé de démontrer, au moyen du changement éprouvé dans la valeur du numéraire, que les impôts n'étaient pas beaucoup plus élevés que ceux qui se percevaient en 1680, Terrai continuait :

« N'est-il pas naturel que le montant des impositions suive l'accroissement numérique des revenus des particuliers. Et pour parler le langage d'un administrateur, ne faut-il pas que les revenus de l'Etat soient proportionnés à ses dépenses 7 Les dépenses ! voilà le mal, le véritable mal auquel le roi seul peut apporter du soulagement. La réduction des dépenses est l'unique moyen de diminuer les impositions. Je n'ai point voulu, dans ce mémoire, faire l'apologie des impositions : quelle gloire pour moi, si j'avais pu les réduire! Mais je vois qu'il est démontré, par le raisonnement et par l'expérience, que, puisqu'elles sont nécessaires, elles peuvent être continuées sans affaiblir la puissance du roi, sans altérer la force de l'État. En convenant de la nécessité de l'imposition, on proposera peut-être d'en supprimer plusieurs, telles que les aides et la gabelle, ou de les modifier;

on dira que les droits de Tintérieur * devraient être portées à l'entrée du royaume, et beaucoup d'autres idées. Je répondrai qu'il est peut-être possible de trouver des moyens moins coûteux dans la perception, et en cela moins onéreux aux sujets du roi... Mais j'ajouterai que ces projets ont été, avec beaucoup d'autres, présentés à tous les ministres des finances... Aucun, néanmoins, jusqu'à présent, n'a pensé pouvoir entreprendre des changements notables dans cette matière... 1® Le peuple, accoutumé à un impôt, n'en verrait la conversion en un autre que comme une charge plus forte ; 2"* on connaît le produit de celui qui existe, le remplacement en donnera peut-être moins ; 3^ le besoin d'une recette journalière ne permet pas de risquer de l'interrompre un seul jour . . . On risquerait donc de perdre beaucoup sans aucune certitude d*être dédommagé ; les inconvénients de l'état actuel sont connus... Un ministre vigilant peut trouver des moyens ; il doit les chercher... les employer avec circonspection; il doit surtout éviter les changements subits et absolus... et se dire souvent que ce qui subsiste depuis longtemps, quoique toujours critiqué, est sans doute meilleur que tout ce qu'on a proposé pour le remplacer, d mbarras de Maurcpas, qui acceptait volontiers le bénéfice des pStS; exactions de Terrai, c'est-à-dire la suppression sans md^Turgot. remboursement d'une partie de la dette^de l'État et l'augmentation des revenus; Maurepas, qui ne renvoyait Terrai que parce qu'il avait été associé à Mau-

* C'est-à-dire les droits de traites perçus sur les marchandises, à rentrée et à la sortie du royaume, ou dans le passage d'une province à une autre.

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