NECKER DIRECTEUR DU TRÉSOR
erreurs, quelques exagérations chez les économistes, et n'a pas su découvrir en eux le grand parti national qui se développe sous ses yeux.
Comment pourra-t-il tenir tête à ces courtisans avrdes dont il a brigué l'appui ; comment pourra-t-il refouler le Parlement, qui veut forcer la nation à reculer; comment pourra-t-il contraindre les magistrats et le clergé à ne pas provoquer les sourdes et terribles haines des masses populaires, par Toutrage direct et sanglant qu'ils leur ont fait^ naguère encore, à propos de Timpôt des corvées? Il n*a d'appui nulle part, il n*a pas même conscience de son isolement; ce sera seulement après quelques années de ministère que, regardant autour de lui, il cherchera des alliés, comme il a mendié la popularité dans ses attaques contre Turgot et les économistes. Il n'aura préparé aucune des institutions que voulait établir Turgot pour amener l'intervention légale des citoyens dans la gestion des affaires du pays, et ouvrant, tout à coup, les livres de la comptabilité de l'État, il appellera la nation à son aide pour arrêter la dissipation des deniers publics.
Pendant que le gouvernement de la France revient en arrière, et se refuse aux vives aspirations de l'opinion nationale, les nouvelles qui arrivent du nouveau monde deviennent, pour tous les peuples, à la fois une leçon et un encouragement.
Le Congrès, convaincu que le moment de rompre les liens qui avaient uni jusqu'alors les Américains avec la mère patrie était venu, s'était adressé à chacune des colonies pour prescrire à celles qui ne l'avaient pas encore fait d'organiser un gouverne-
ment indépendant de celui établi par la métropole.
Toutes obéirent, et la plupart d'entre elles ne
lardèrent pas à donner pouvoir à leur représentant
dedécider la séparation des colonies de l'Angleterre.
chardLee La majorité des treize Colonies était acquise à ceKe^
îindépen- fésolution, quaud, IcS juin 1776, Richard Henri Lee,
iDC6 Q68 I 1/ à * 1 % "tr* •• •< /♦• i "a"
liesangiaises Ic dcputc dc la Virguue, vmt en faire la proposition r îiiTn^me. « Je ne sais, dit-il, si, dans les troubles civils dont l'histoire nous à transmis le souvenir. . . il se présenta jamais une délibération plus grave... il s'agit de la destinée future de ce peuple qui m'écoute, de celle de nos ennemis mêmes... Peut-être enfin s'agit-il du sort de toutes les autres nations du globe, attentives au grand spectacle que nous leur donnons : elles se promettent de notre victoire une existence plus libre et plus douce... La soif des conquêtes et des richesses n'a point armé nos bras ; la lutte que nous soutenons va décider si nous devons conserver ou si nous devons perdre la liberté qui nous fut transmise par nos ancêtres, que nous avons poursuivie au delà des mers. . . Ce n'est plus ici le privilège de quelques patriciens, c'est la propriété de tous ; ce n'est plus cette liberté souillée par l'injuste ostracisme et par l'effroyable décimation des armées... Celle que nous réclamons est douce et pure..', conforme à la civilisation de nos mœurs actuelles... Ne convient-il pas à une nation grande, riche et puissante, comme nous le sommes, d'avoir chez elle-même, et non chez autrui, le gouvernement de ses propres affaires?... L'Europe a les yeux fixés sur nous ; ellenous demande, au nom du bonheur de ses habitants, d'opposer le triomphe éclatant de la liberté à la tyrannie... Elle