NECKER DIRECTEUR DU TRÉSOR
tration deTurgot. Le conseiller d'État Taboureau des Réaux était nommé contrôleur général des finances, le 21 octobre, et Necker proclamé, le lendemain, directeur général du trésor royal, avec le titre de conseiller des finances.
Taboureau n'ayant charge que de la partie administrative et contentieuse, Necker fut de fait le vrai contrôleur général. Simple représentant de la ville de Genève auprès du gouvernement français, plébéien dans une cour où une foule de fonctions ne pouvaient être remplies qu'après l'attestation d'un généalogiste de la noblesse, il entrait au milieu d'un monde qui le redoutait et le méprisait tout à la fois, ce M. Necker, écrit le prince de Montbarrey, né à Genève, dans ce réceptable de la crasse de toutes les nations, oùtousles vices sont naturalisés, où l'agiotage et Tart de faire fortune aux dépens des autres, et par tous les moyens licites et illicites, font le caractère distinctif de tous les habitants... était arrivé à Paris fort jeune. . . Son génie genevois et ses talents analogues s'étaient développés, il y fit des profits. » Protestant et plébéien, dit à son tour le comte d'Hézecques, ce Necker était l'ennemi des deux premiers ordres de TÉtat, et le partisan des ennemis du trône et de la religion. » Augeard le traite d'aventurier, et M'"° Du Deffand, qui veut bien lui accorder sa bienveillance, raillant, avec la duchesse de Choiseul, l'ambition du banquier, s'est écriée, lors du renvoi de Turgot: <c Qu'elle joie aura le Necker en apprenant la nouvelle ! »
Necker est humble ; il affirme qu'il ne sera content que si le duc de Choiseul et M™' de Grammont
donnent leur approbation au choix que vient de faire le roi en sa personne. La nation n'a plus un ministre résolu, comme Turgot, à faire, quoi qu'il arrive, le bien du peuple et à conjurer les malheurs qu'il prévoit. Elle n'a plus un ministre qui a derrière lui un parti puissant, sinon par le nombre de ses membres, au moins par ses doctrines, par le but qu'il poursuit, et par la propagande de raison qu'il fait chaque jour dans une nation tourmentée d'ardentes aspirations vers des changements qu'elle désire, et ne sait pas encore formuler. Necker ne connaît de Torganisation des gouvernements que ce qu'en peut apprendre un homme du monde dans des conversations de salon ; c'est un banquier plein de probité, qui résume la science de l'homme d'État dans des questions de finance, et le mérite d'un contrôleur général dans un désintéressement personnel, que prouve son refus de tout traitement.
Necker n'a pas, comme Turgot, l'intuition que les formes d'un gouvernement ne sont pas plus à la disposition d'un homme que les sources de la vie, mais qu'elles jaillissent du sein de la société, par suite d'un instinct de conservation aussi puissant dans les foules que chez un individu isolé. Necker a tlatté un parti de prodigues, celui des Choiseuls, un homme sans consistance, Maurepas, moitié par le désir d'appliquer des expédients financiers, qu'il croit bons, moitié par la vaniteuse ambition d'exercer le pouvoir. 11 s'est posé, dans ses écrits, comme un défenseur des intérêts populaires, à la façon de Jean-Jacques Rousseau, jetant au loin une torche enflammée qui ne peut produire que des ruines. Il a saisi quelques