RUPTURE DES COLONIES AMÉRICAINES
notre séparation, et à regarder les peuples de la Grande-Bretagne comme nous regardons le reste du genre humain, c'est-à-dire comme ennemis dans la guerre et comme amis dans la paix.
(c Nous donc, représentants des États-Unis d'Amérique, assemblés dans un Congrès général, nous en appelons au juge suprême du monde de la droiture de nos intentions, et au nom et avec Tassentiment du bon peuple de ces colonies, nous publions et déclarons solennellement que ces colonies unies sont et doivent être de droit des États libres et indépendants ; que les liens d'obéissance vis-à-vis de la Couronne britannique sont rompus, et que l'union politique qui existait entre elles et la Grande-Bretagne est et doit être totalement dissoute; que, comme des États libres et indépendants, elles peuvent faire la guerre, conclure la paix, contracter des alliances, régler le commerce, enfin décider et régler toute chose permise à des États indépendants... C'est avec une ferme confiance en la protection de la Providence divine que nous engageons les uns envers les autres nos vies, nos fortunes et notre honneur sacré pour le soutien de cette déclaration '. »
Ces nouvelles, encore confusément connues, électrisent le peuple français. « Je vous ai toujours assuré, dit un observateur de celte époque, du désir de conserver la paix ; mais la nation, qui ne pense pas aussi sage^ment que le chef, ne rêve et ne parle que guerre. »
* Histoire de la guerre d'indépendance des États-Unis, par Botta, t. II, p. 123, 245, 258, 260 et suiv., 265, 271 et suiv., 295 et suiv., 301 et suiv., 345 et suiv., 353 et suiv., 358 et suiv., 371 et suiv», 383 et suiv. — The history of the United States, by Grahame, tome II, p. 463, 532, 534, 536, 540, 542, 547, 548, 551, 552 et suiv.
ateiotfl anglais L'entraînement était irrésistible : un navire an- "popui»i*orde glais, VArgo ayant, dans le mois d'octobre 1775, ûn*lYffo"rïdc^ visité de force des navires en rade de Saint-Pierre à rrSî^uî^ur I^ Martinique qu'il soupçonnait chargés de muniiî^7<^dêiT'^^^^ de guerre pour l'Amérique, la population se p*"*- souleva et poursuivit à coups de pierres ses matelots dans les rues de la ville. Le comte de Nozières, prévenu par le gouverneur de l'île, écrivit de suite à l'amiral Yung : a Cet acte de violence ne peut avoir votre approbation... Votre Excellence me fera connaître ses intentions à cet égard... Je ne dissimulerai pas qu'une récidive de cette nature me mettrait dans le cas de fermer tous nos ports aux bâtiments de guerre anglais et de repousser par la force ceux qui feraient quelque entreprise contraire aux droits et à l'honneur de la nation. » Le 27 juillet 1776, la frégate anglaise le Shark ayant donné la chasse à un vaisseau américain non loin de la rade, les canons de Saint-Pierre lui envoyèrent des boulets ; et quand l'amiral Yung voulut réclamer le vaisseau qui était venu se réfugier dans le port français, le comte d'Argout, commandant général de Ule, repoussa ses [prétentions avec dédain : a Jusqu'à ce que j'eusse reçu, monseigneur, écrivait-il à Sartines, des ordres précis de votre part, je m'étais fixé pour règle de conduite, dans de semblables conditions, le plan d'une neutralité et d'un secret impénétrable... mais, d'après la communication de vos instructions, j'ai d it à l'envoyé du Congrès que je favoriserais autant qu'il serait en mon pouvoir l'intérêt des insurgents.» Surpris de la déclaration si nelte du comte d'Argout, qui, quelques mois avant, avait fait livrer