FONCTIONS DE COUR ET PRIVILÈGES
un repas quand le roi a allait par pays. » Vavertisseur suivait à cheval Sa Majesté, tant dans ses campagnes que dans ses voyages, pour savoir immédiatement l'heure choisie par le roi pour son dîner ou son souper et aller en prévenir les officiers de la bouche, A côté de cet avertisseur était le coureur de vin qui, soit à cheval soit en carrosse, devait porter à la chasse et partout où le roi se rendait, la collation de Sa Majesté dans un baudrier de drap rouge galonné d'or. Le conducteur de haquenée faisait porter à travers la campagne, sur un cheval de bâts, du linge, du pain, des fruits, des confitures, une tasse à faire l'essai, c'est-àdire à goûter le vin pour s'assurer qu'il n'était pas empoisonné, un couteau, du sel et le couvert du dîner et souper de Sa Majesté, « de crainte que les sommiers charrois ordonnés à cet effet n'arrivent pas à temps. » Ces quatre cent-six fonctions, vendues huit millions sept cent quatre-vingt-six mille livres, ne rapportaient que le deux pour cent de leur prix, si l'on ne tenait compte que des émoluments qui y étaient attachés. Mais la plupart de ces serviteurs étaient nourris des dessertes des tables et se partageaient ces sortes de profits qui, dans les maisons riches, poussent parfois les dépenses jusqu'à l'extravagance * .
< Dans les comptes de la Chambre aux deniers, où se réglaient les dépenses de bouche de la maison du roi, on trouve que des huissiers de salle, chargés d'accompagner les viandes, un flambeau de cire blanche à la main, ont la propriété de ce flambeau dès qu'il a été allumé. Les huissiers de l'antichambre avaient droit aux bougies qui avaient été allumées et aux tentures d'étoffe violette qui tapissaient l'antichambre lors des deuils. Le premier gentilhomme de la chambre prenait à la fin de l'année possession des robes de chambre et de la toilette du roi, et le grand-maître de la garde-robe avait les babils, etc. On lit, à la date du 23 mai 1778, Archives nationaleSj 0*419, p. 199 : « Une contestation s'étant élevée au sujet des bougies (]p. l'opparlcmcnt de Madame Elisabeth. le roi décide
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PriTilègeii onéreux; recni«
deicenee de l'esprit d'exelo-
sion de la DoblesM, 1780.
Cette organisation de la cour avait non seulement nui à la nation par des libéralités directement faites aux personnes, mais par Textension de privilèges onéreux qui diminuaient le nombre des contribuables et augmentaient celui des oisifs que le peuple français devait entretenir.
Les roturiers acquéreurs de charges, quand ils n'étaient pas ennoblis comme M. de Maudoux, capitaine-chef du vol pour corneille à la grande fauconneriôy obtenaient des exemptions d'impôt comme des nobles. Le ministre de la maison du roi écrit à l'intendant d'Amiens Duguay : a Le marquis de Sablé, capitaine des gardes de la porte du roi, vient de me porter plainte contre les habitants de Corizy- Buleux, viDage de votre généralité, qui ont compris le fils du sieur Routier, garde de la porte de Sa Majesté, sur le rôle des jeunes gens qui doivent tirer à la milice... La compagnie des gardes de la porte du roi jouit de tous les privilèges de la haute noblesse... Les simples gardes sont exempts du droit de francfief. . . leurs domestiques sont exempts du tirage à la milice, à plus forte raison leurs fils. » Ce même ministre, donnant à Necker la liste de ses employés roturiers qui étaient exonérés, comme le clergé, depuis 1777, du droit de franc-fief, console en ces termes le contrôleur général de la perte qu'il fait de
qu'elles appartiendront aux premières femmes de chambre de la princesse. » A la date du 11 juillet 1781, Archives nationales, 0>237, noni trouvons une autre décision du roi encore relative à une affaire du même genre : a Le roi décide qu'on donnera aux garçons de la chambre de Madame Elisabeth trois mille livres, deux bougies par jour, pour les indemniser de ce que les femmes de chambre étaient tenues de leur donner sur le produit des bougies. »
< Le droit de franc-fîef consistait en une année de revenu, payé tous les vingt ans. {Encyclopédie méthodiquej Finances, article : Franc-Fief.)
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RECRUDESCEiNCE DE L'ESPRIT D'EXCLUSION. 371
ces contribuables. <!c L'intention de Sa Majesté est de n'admettre à l'avenir que des nobles (dans sa maison)... Vous verrez que l'exemption aura peu d'activité dans la maison du roi, parce qu'il s'y trouve beaucoup de noblesse, mais elle donnera du relief aux charges, ce qui est très à désirer pour le bien du service. Actuellement, tous les gardes du roi sont nobles, ainsi que les chevau-légers. Il y a aussi beaucoup de noblesse dans les gens d'armes et les gardes de la porte, ce qui diminue encore de beaucoup cette exception. 3> A la même date, les gentilshommes ordinaires du roi demandaient que le généalogiste des ordres du roi fût chargé de l'examen des titres des sujets qui se présenteront pour les charges. Il y avait, du reste, à ce moment, comme une sorte de recrudescence dans le désir qu'avait la noblesse de s'isoler et de ne pas se confondre avec les familles de la bourgeoisie. Les membres du parlement de Bretagne avaient depuis longtemps résolus de n'admettre dans leur compagnie que des personnes justifiant quatre quartiers de noblesse. Cette décision, prise en secret à Rennes, le fut publiquement, en 1780, par le parlement de Bordeaux, qui déclara qu'à l'avenir personne ne serait reçu président sans prouver qu'il était noble ou qu'il y avait trois générations de magistrats dans sa famille. Un édit de la même année assurait l'avenir d'une maison fondée, dans cette province, pour l'éducation de jeunes filles qui auraient à faire preuve de noblesse et de pauvreté pour y être admises, et le parlement de Paris, dans une question d'hôpital, insistait pour que les lits destinés par le roi à des militaires, le
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Soperttitieoz respect dei originel anciennei.
37t UVRE DEUXIÈME.
fussent à des gentilshommes. Mercy nous apprend que cette même année 1780, c la Reine et Madame, ainsi que madame la comtesse d'Artois, étaient convenues de ne plus admettre au nombre de leurs dames les femmes qui sont d'une extraction de finance. » Il raconte que la vicomtesse de Laval a été refusée pour une place de dame de compagnie de Madame à cause de cette résolution, que la famille de Montmorency en a été très blessée et ajoute : «les clameurs furent des plus vives, et si Tunion de la Reine avec les princesses ses belles-sœurs n'avait pas inspiré de la crainte, il serait résulté de cette circonstance une infinité de tracasseries. » Mercy ne semble pas se douter, dans son récit, qu'il y a une nation en dehors de la cour et qu'on n'est plus au temps, suivant la parole de Turgot, où les voix des roturiers n'étaient pas comptées.
Le mois même où Mercy nous signale l'affront subi par une fille des classes moyennes alliée aux Montmorency, le ministre de la maison du roi, Amelot, exprimait son respect à des solliciteuses que l'antiquité seule de leur origine recommandait à ses déférences.
Dans un petit village de la Champagne se trouvait, vers 1750, un homme de formes athlétiques. Protégé par le souvenir d'une position occupée autrefois par sa famille, par la crainte qu'inspirait ses violences, il vivait des fruits de ses chasses et de ses vols, quand un jour il mourut, laissant trois enfants en bas âge dans le plus grand dénuement. Le curé pourvut à la nourriture de ces malheureux au moyen de soupes et d'aliments grossiers que chaque habitant de l'endroit leur apportait tour à tour, et les
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