‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 111 sur 177 · RECRUDESCENCE DE L'ESPRIT D'EXCLUSION · texte numérisé non relu

RECRUDESCENCE DE L'ESPRIT D'EXCLUSION

haillons qui les couvraient étaient le produit des quêtes qu'il faisait. Quand les enfants eurent grandi, il fut impossible de les maintenir dans une masure dont ils sortaient à peine, faute de vêtements, le curé, embarrassé, alla trouver Tévêque de Langres, de La Luzerne, et la marquise de Boulainvilliers. Il leur raconta que ses protégés étaient d'origine royale et venaient en ligne directe d'un bâtard de Henri II, le baron de Saint-Remy. Les personnes bienfaisantes auxquelles s'adressait le pasteur de Fontetle avaient peine à le croire ; elles se décidèrent cependant à habiller ces enfants, à mettre le garçon en pension à Bar-sur-Seine et les deux filles dans le couvent des Ursulines de Ligny, où la pension d'une fille de qualité coûtait alors cent vint livres par an. Les pièces constatant la filiation de la famille, qui étaient Tunique débris de la fortune passée de ces enfants, furent envoyées au généalogiste de la cour, Chérin, qui les déclara parfaitement en règle. Les faveurs royales furent sollicitées en conséquence dès 1776, «pour les deux demoiselles de Saint-Remy, qui tirent leur origine de Henri II y> et accordées pour « reconnaître, en leur personne, les services de cette famille, aussi ancienne qu'illustre dans son origine.»

Les égards du ministre vis-à-vis de mendiants Faibiesii» n'étaient pas seulement de vaines formules dépoli- "*" f^rlcrdeT"^ tesse. M. Amelot, en écrivant à celle qui devait être la grands seigneurs, comtesse de LaMothe, cédait évidemment aux habitudes d'esprit qui classaient alors parmi les maîtres de la France les hommes, non pas à raison de leurs facultés intellectuelles et morales, mais à raison de la date de création de leur famille. Le gouvernement était d'une

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singulière faiblesse vis-à-vis de loule personne appartenant à la haute noblesse. Amelot et le lieutenant de police se montrent hésitants quand il s'agit de faire exécuter soit aux ducs de Luxenibourg et delà Trémouille, soit au comtedeGamacheet autres, l'ordonnance qui défend le port d'armes aux domestiques. Ils prient presqu'avec excuses la princesse de Poix d'envoyer en prison des domestiques qui ont insulté la garde chargée de" la police de Paris et blessé un soldat. Les pages du roi vont troubler le théâtre de Versailles, insulter le parterre, cracher sur le public, et le ministre de la maison du roi, qui signale la turbulence de cette jeune noblesse au prince de Lambesc se plaint, sur une observation du duc de Coigny, que ces étourdis ne puissent pas entrer aux spectacles des boulevards sans payer, a II paraît, dit-il au lieutenant de police, que dans tous les temps ils ont joui de cet agrément... Tintention du roi est qu'il ne soit rien innové à cet égard. » S'il y a des vols d'argenterie faits au château de Versailles, le même ministre, embarrassé de faire des recherches dans la demeure d'un frère du roi, écrit modestement à son subordonné : « Je ne pense pas que le chevalier de Crussol fasse difficulté de laisser faire une perquisition au Temple, si vous la jugez nécessaire.» Quand des grands seigneurs, comme le marquis de Gouffier^ veulent ouvrir des maisons de jeu, le ministre leur expose, avec une politesse presque obséquieuse, qu'ils contreviendraient aux ordonnances, puis donne l'ordre à lieutenant de police Lenoir, non pas de punir le coupable, mais d'emprisonner et de pour-

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