EXALTATION DE PARIS. U
inquiètes donnaient lieu chaque jour â des nouvelles et à dea commentaires dans lesquels les personnes royales jouaient unlriste rôle. Les effets publics baissaient à la Bourse depuis qu'il était question de la retraite du Directeur général des finances, et lorsqu'on sût, le dimanche 20 mai, que la démission de Necker était acceptée de la veille» la consternation fut générale dans Paris. Un silence extraordinaire se manifesta dans les cafés et sur les promenades publiques qui regorgeaient de monde; on se regardait, on se serrait tristement la main et, dans ce peuple impressionable, plus d'une personne versa des larmes comme s'il s'agissait d'une douleur de famille. La partie de chasse de Henri IV re^résealée le soir à la Comédie française donna lieu à une explo« sion extraordinaire des sentinients ;qui impression* naient les spectateurs. A un mot de Henri IV qui di^ sait, en parlant des calomnies inventées contre Sully : « Les malheureux ils m'ont trompé », une voix du parterre répondit : Oui. Toute la salle l'appuya et la pièce se poursuivit au milieu des allusions bruyantes des auditeurs. Le Bailli du Rollet, auteur dramatique, ayant exprimé au foyer de l'opéra des sentiments hos* tiles à Necker, un vieux chevalier de St-Louis releva ses paroles imprudentes avec vivacité et l'eût frappé de sa canne sans Tinterposition de personnes plus calmes que lui. Un auteur d'une des critiques du compte rendu, M. deBoqrboulon, aperçu ati Palais- Royal quelques jours après, dut fuir devant la foule qui s'ameutait et le lieutenant de police reçut presque tous les jours des rapports sur des scènes de ce genre* Deux mois avant ces événements Turgot mourait
441 UVRB TROISIÈME.
MortdeTorgot, daiis h retraite. La province administrée par lui Tériubi^MDtf- n'avait pas oublié Tintendant habite et bienveillant naà^°i«TéiteVr qui nounît ses pauvres pendant des temps de disette, itormoiitei. ^j ^étTuisit choz elle Todieux impôt des corvées. Elle protesta, par un souvenir de reconnaissance pour le bim durable qu'il avait accompli, contre la renommée de rêveur si étrangement inventée pour un homme qui mena tant d'entreprises à terme. « Nous sommes affligés presqu'aux larmes de la mort de H. de Turgot 3 écrivit*on de Limoges à un journal répandu dans Paris, en appuyant ce cri de regret du récit rétrospectif de tout ce qu'il avait fait. Un écrit fait en faveur de Nedcer, vint, peu de jours après sa chute, accentuer les véritables tendances de la nation, en rappelant aux Français, à propos de ce ministre qu'ils regrettaient^ ce qui s'était passé autrefois dans une occasion semblable. M. Marmontel y disait-on « était à Versailles le jour de la retraite de M. Turgot; il observait dans un morne silence la joie tumultueuse des courtisans, des fiAanciers et de tous ceux qui espéraient profiter de cet événement pour leurs intérêts. Quelqu'un frappé de ce oontraste, lui demande sur quoi il médite si gravement, il répond en élevant la voix : Je me représente d'après tout ce que je vois ici, l*image d'une troupe de brigands rassemblés dans la forêt de Bondy, à qui l'on vient d'annoncer que le grand prévôt est renvoyé. » Les embtrru Tcllc était effectivement la pensée obscure qui agi- ■ontim^inaires; tait l'csprit dcs Frauçais. Les nuages qui l'envelop- 'to^tpritT** paient subsistaient encore au moment où Necker disd'vnn^iu^noae. paPôissait de la scène, mais un rayon de lumière avait commencé à pénétrer le chaos des passions qui fer-