‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 137 sur 177 · GRADES MILITAIRES RÉSERVÉS A LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

GRADES MILITAIRES RÉSERVÉS A LA NOBLESSE

parla Ipi. La noblesse, après les humiliations que des généraux sortis de ses rangs avaient fait subir à la France, ne pouvait pas espérer la possession tranquille d'un pareil monopole. L'indignation publique s'exprimait trop brutalement à propos des officiers delà marine militaire qui faiblissaient devant les marins anglais, exaltait trop le courage des marins de la marine marchande qu'elle appelait les bleus^ pour souiTrirlongtempsque la conduite des armées du pays ne fût pas le lot des plus capables et des plus braves ' . Le maréchal de Duras, au moment de cet espèce d'outrage adressé à la portion la plus éclairée de la nation, rédigeait l'ordonnance des preuves dites des carosses, c'est-à-dire faisait décider que ceux qui voulaient monter dans les voitures du roi ou lui être présentés, devaient au préalable prouver qu'il n'y avait dans leur famille aucune trace d'annoblissement depuis l'année quatorze cent. C'était ce que Ton appelait posséder la noblesse de chevalerie, a C'est très bien, très simple, mais, dit un des habitants du château, pourquoi le publier à son de trompe et au son du tambour? Pourquoi faire un règlement tendant à prouver à la troisième partie de la noblesse du royaume qu'elle ne peut et ne doit pas être admise à faire sa cour au roi? n^ Son opinion sur la législation militaire du comte de Ségur est la même. Exiger, écrit-il, « quatre générations de noblesse dans l'individu qui voulait servir, c'était méconnaître la haute bourgeoisie et les anoblis,

* Voir dans les Mémoires secrets, tome XV, p. 197, la lettre du mois de mai 1780, adressée h M. Heclor, chef d'escadre, commandant de la marine k Brest.

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c'était interdire à une classe riche une carrière qu'il était juste de ne leur laisser courir qu'après que la noblesse {dont cest essentiellement le métier).., eût était placée. Mais il ne fallait jamais faire une loi '. Arrivée Par unc étrange bizarrerie de circonstances cette

'^ 'çSs\'''" noblesse si hautaine et si exclusive, courait en Amé- 'l^'J^Jmen^^^^ rique prêter aide et assistance à la nation qui répudiait tous les titres et proclamait l'égaMté des hommes. Parmi les officiers de la petite armée de Rochambeau qui abordait à Rhode-Island, le 11 juillet 1780, se trouvaient les premiers noms de Taristocratie française, tels que ceux du duc de Lauzun, du marquis de Laval, du marquis de Saint-Simon, du prince de Broglie, du comte de Loménie et d'étrangers, comme le comte de Fersen. Le fils du comte de Ségur ne tarda pas à y venir lui-même, tant était grand Tentraînement pour cette guerre qui allait réaliser au delà des mers le spécimen d'une société nouvelle. L'esprit d'aventure que crée h profession militaire, l'animadversion patriotique qu'avait inspiré le développement de la puissance anglaise, ne peuvent suffire à expliquer seuls l'inconséquence d'un pareil enthousiasme. En acceptant de vivre de pair avec des hommes qu'ils avaient dédaignés dans leur patrie, la plupart de ces nobles français obéissaient évidemment à une de ces sortes

* Archives nationales. 0'123, îil mai, juin, août, octobre 1781. P2741, année 1781. ~ Mémoires secrets pour servir à Vhistoire des lettres, tome XVJI, p. 186, 190 et suiv., 201 et suiv., 218, 287, 339; tome XVIII, p. 9, 11. — Correspondance secrète sur Louis XVl, Marie- Antoinette^ etc.^, publiée par Lescure, tome I, p. 399, 423, 433, 445, 457. — Recueil général des anciennes lois françaises, par Isambert, tome XXVII, p. 29, 46. — Mémoires du com4e Alexandre de Tilly, 1828, iîi-8, tome U, p. 306 et suiv.

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