‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 138 sur 177 · ENTREVUE DE ROCHAMBEAU ET DE WASHINGTON · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE ROCHAMBEAU ET DE WASHINGTON

d*évolutions produites, dans les esprits de certains peuples, au bout d'une période d'années plus ou moins longue.

Âinsi^ au moment où Rochambeau touchait le sol du monde nouveau pour y établir la paix, il laissait dans sa patrie les germes d'une guerre civile. Le gouvernement français venait de blesser la plus intraitable des passions humaines, l'orgueil, et la noblesse, tout en étant satisfaite de résolutions qui flattaient ses appétits égoïstes, acceptait, comme cela arrive à la plupart des hommes, les opinions de la foule.

L'armée française établie à Nevvport, capitale de Entrevue Rhode-Island, s'y était fortifiée en attendant le second ^^ Rochambeau convoi de troupes qui devait la compléter, quand la '^L^ê^f^nfbp" nouvelle de la venue prochaine d'une flotte sous les *78o. ordres du comte de Guichen, vint faire espérer à Rochambeau qu'il pourrait enfin satisfaire ses ardeurs de combat. Il demanda une entrevue à Washington et se rendit auprès du général américam à Hartford, dans le Connecticut, pour y régler les opérations mihtaires que pouvait permettre ce surcroît de forces.

Washington, revenant de cette conférence avec Lafayelte, voulut montrer à son jeune ami les fortifications faites en son absence à West-Point, ce fort construit sur la rive droite de THudson^ dont il domine le cours.

Le général chargé de la défense de ce Gibraltar des États-Unis, comme l'appellent des historiens, était Arnold. Marchand de chevaux au début de sa vie ; il avait, par son énergie et son indomptable

Le générai

Arnold,

WashïDgtun et La

Luzerne.

courage, promptement conquis uue brillante renommée parmi ses concitoyens et atteint aux premiers grades militaires ; mais sa passion de la gloire n'avait pas éteint chez lui l'amour des richesses et de l'ostentation. Entraîné par son désordre et le besoin d'argent, il avait abusé de son pouvoir et s'était vu condamné à une admonestation par une cour martiale siégeant à Morristown. Le 20 janvier 1779, chargé de lui faire part de cette sentence^Whasington lui dit, avec sa dignité tempérée par la bienveillance: ce Notre profession est la plus chaste de toutes. L'ombre d'une faute ternit l'éclat de nos plus belles actions. La moindre négligence peut nous faire perdre cette faveur publique si difficile à obtenir. Je vous réprimande pour avoir oublié qu'autant vous vous étiez rendu terrible à nos ennemis, autant vous devez être modéré envers nos concitoyens; montrez-nous de nouveau ces belles qualités qui vous ont mis au rang de nos plus illustres généraux, je vous donnerai moi-même autant que je le pourrai des occasions de recouvrer l'estime dont vous avez joui. »

Blessé dans son orgueil plutôt que touché de cette voix paternelle qui essayait de le relever et non de l'abaisser, Arnold continua ses dépenses excessives et ses concussions. Il se lia avec des armateurs en course, fit des pertes et présentant un mémoire au congrès sur les dépenses faites dans son expédition au Canada, s'irrita au dernier point de le voir repoussé à cause de son exagération. Mécontent comme les hommes de désordre qui s'en prennent à tout le monde plulôt qu'à eux-mêmes, cherchant partout de

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Targent, il vint en solliciter de l'envoyé de France, sous le prétexte spécieux que le dévouement d'un général américain pourrait être utile à cet allié des États-Unis et menaça de quitter le service militaire s'il ne trouvait pas le moyen de payer ses dettes. La Luzerne, surpris et peiné de voir un homme lui demander de le payer pour rester fidèle à sa patrie, imita dans sa réponse le chef de l'armée américaine : « Vous désirez, lui dit-il, de moi un service qu'il serait facile de vous rendre, mais qui nous avilirait l'un et l'autre. Quand l'envoyé d'une puissance étrangère donne ou plutôt prête de l'argent, c'est d'ordinaire pour corrompre ceux qui le reçoivent.,. Mais l'union formée entre le roi et les États-Unis est l'ouvrage de la justice; elle a pour principe une bienveillance et un intérêt réciproques. . . Il n'y a pas un seul des actes de ma légation qui ne puisse être connu de tout le monde. Jugez donc si je dois vous rendre un service mystérieux, à vous, un des hommes les plus illustres des États-Unis, à vous dont les qualités guerrières sont, pour ainsi dire, une partie de la fortune publique. » Il accompagna son refus de conseils paternels, essayant de calmer la passion violente du général. « Vous êtes Jeune, vous commencez pour ainsi dire votre carrière, la République est au berceau... Conservez votre ambition, puisqu'à votre âge et avec vos qualités, elle peut vous conduire à de grandes choses; mais qu'elle soit réglée par le devoir. C'est cette réunion qui constitue la véritable grandeur. »

Mais que pouvaient de pareils avis sur un- homme besoigneux, toujoure en quête de la fortune, toujours

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dissipant l'argent qui tombait dans ses mains. ÂHié, par son mariage, à une famille de Philadelphie qui appartenait au parti anglais, il épanchait ses mécontentements au milieu d'une société hostile au gouvernement de son pays, qui payait ses confidences en exoltant sa vanité par la comparaison qu'elle établissait entre ses propres qualités militaires et celles de son chef. Jugeant comme elle un général qui n'avait pas obtenu de la fortune un de ces faits d'armes qui surprennent par un résultat immédiat et soudain, Arnold se croyaitsupérieur à Washington et exaltait ses mauvaises passions en les justifiant par l'aveuglement et la prétendue ingratitude de sa patrie. Erreur des âmes vulgaires qui n'estiment, comme dans les rixes grossières de la populace, que les coups de force. Artioid se prépare Amold était incapable déjuger celui qui écrivait à Lafayette: a La route la meilleure et la seule assurée qui conduise à l'honneur, à la gloire, à la vraie dignité, est la justice »; mais il était facile au général anglais de comprendre, aux invectives de l'officier américain contre ses supérieurs, qu'il se trouvait en face d*un traître prêt à vendre ses services. Clinton chargea donc différentes personnes d'entrer en relation avec lui. Il s'agissait, lui disait-on, de devenir le pacificateur de son pays, de faire cesser une guerre désastreuse. L'Angleterre offrait à l'Amérique, sous son patronage, tout ce qu'elle pouvait désirer en fait de liberté. Arnold, qui ne demandait pas mieux d'être convaincu, chercha, après avoir réglé ses profits personnels, les moyens de correspondre sûrement avec le général ennemi. Il prit pour intermédiare un colonel anglais né en Amérique, Charles Beverley Robin-

à trahir sa patrie.

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son qui possédait des propriétés enclavées dans les lignes ennemies^ et promit à Clinton de faire les derniers «fforts pour obtenir de Washington un commandement important. À ce moment le bruit d'une intervention prochaine du cabinet de Versailles ayant couru, Arnold revint voir de nouveau La Luzerne et sut qu'une escadre partant des ports de France devait bientôt mettre à la voile. Il n'en fallait pas davantage pour lui apprendre que le moment de sa défection était venu , et les patriotiques efforts, la per- « sévérante sollicitude de Washington dans Tintérêt de sa patrie, lui indiquaient l'endroit où il pourrait faire le plus dé mal à son pays.

L'œil sans cesse fixé sur New-York, le chef de l'ar- west-poim. mée américaine avait vu facilement qu'il fallait à tout prix barrer le vaste fleuve qui portait les flottes anglaises et leurs soldats dans l'intérieur du continent. Des ingénieurs français parcourant les rives de l'Hudson, ne tardèrent pas à signaler, à un endroit nommé West-Point, d'immenses piles de rochers bizarrement amoncelés qui, s'avançant dans le fleuve, en rétrécissent la largeur et en approfondissent le lit. Ce point une fois connu, Washington se mit à l'œuvre et, en moins d'une année, des soldats dirigés par les ingénieurs couvrirent de fortifications les bords de THudson et les collines qui dominaient ces murailles naturelles élevées à fleur d'eau. Une forte chaîne de fer, rivée d'un côté aux roches de West- Point, de l'autre à l'île de la Constitution acheva de fermer tout passage aux vaisseaux.

Arnold pensa de suite au profit que tireraient les Anglais delà possession d'une place où les Américains

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avaient non seulement concentré tous les approvisionnements nécessaires à sa propre défense, mais à leur armée entière. Il fit demander à Washington le commandement de West-Point par Livingston un des membre du congrès, et, sur son insistance, le général Scbuyler quitta sa résidence d'Albany pour appuyer la demande de son ancien compagnon d'armes. Washington ne dissimula pas à Schuyler sa répugnance pour un homme qui n'avait rien fait pour eflacer une condamnation ignominieuse : a J'ai peine à donner une confiance, dit-il, à un homme d'une aussi mauvaise réputation. — Prenez garde répondit Schuyler, que, dans une révolution l'onn'est pas toujours maître de choisir parmi les hommes irréprochables. Ceux de la trempe d'Arnold, tout vicieux qu'ils sont, peuvent rendre de grands services, et il y a du danger à les laissera l'écart et dans l'oisiveté : il y aurait moins d'inconvénient à y laisser un homme de bien. — La campagne va s'ouvrir, répliqua Washington, notre armée doit s'avancer très près de New-York; nous laisserons West-Point derrière nous ; ce poste sera de médiocre importance... II me semble qu'un tel emploi ne convient pas au caractère actif d'Arnold. D'ailleurs la conliance n'a point de degrés; il faut, et surtout à la guerre, la refuser ou la donner toute entière. Je reconnais ses talents, et, si je consens à les mettre en œuvre, je désire que ce soit pour attaquer Tennemi et non pour l'attendre... cependant s'il persiste à demander que je lui confie West-Point, il n'éprouvera point de refus. » Arnold instruit de cette réponse dissimula sa joie, alléguant ses blessures pour persister à demander le coronian^

dément de West-Point. Washington obtempéra à ses désirs et la nouvelle en vint promptement à Philadelphie. A celte annonce Madame Arnold, qui était dans une assemblée nombreuse, se troubla et pertit connaissance. On crut que son indisposition était causée par. la joie et ce ne fut que plus lard, que se rappelant cet événement, on comprit qu'elle était au courant des projets de son époux . Le prix de la trahison d'Arnold était une promesse de trente mille Hvres sterlings et de la conservation de son grade de brigadier général dans Tarmée anglaise. Quand Arnold arriva à ce poste il y avait un mois que Rochambeau avait débarqué à Newport.

Clinton qui avait dû renoncer à des expéditions Reiauong

. -, . . . j -i. i- 't- ^ du major Andié

projetées et se trouvait dans une situation critique a eid'Amoîd. New-York, pressa Arnold de réaliser ses promesses. Clinton se servait de l'intermédiaire d'un jeune officier de l'armée anglaise, John André, qui s'était lié avec la famille de Madame Arnold lors du séjour des Anglais à Philadelphie. Clinton préoccupé du second envoi de troupes françaises qui était attendu, devint de plus en plus pressant, demandant le plan des forts et des instructions pour guider les troupes anglaises lors de la prise de Wcst-Point. Arnold, qui correspondait avec André sous les noms supposés de Gustave cl d'Anderson, répondit à celle sommation : « Notre maître quitte le logis le 17 de ce mois (septembre 1780). 11 sera absent pendant cinq à six jours : profilons pour arranger nos affaires du temps qu'il nous laisse. Venez sans délai me trouver aux lignes... cette entrevue est indispensable et doit précéder l'expédition de notre navire, d Clinton hésitait à laisser

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partir André, ne comprenant pas la nécessité d'une démarche qui pouvait mettre en danger son jeune ami, mais Arnold insista et André qui, dans ses ambitieux projets, avait rêvé de s'emparer du général Washington en même temps que des forts, pressa Clinton de le laisser faire, «r Va mon ami, finit par lui dire son chef, finis d'un seul coup cette guerre; ta famille est maintenant anglaise. Tu seras compté parmi les héros de notre pays, et célébré chez tous les peuples et dans tous les siècles. » Washington ne partant pas le 17 comme on l'avait pensé, Arnold instruisit Clinton de celte circonstance et il fut convenu qu'André ne partirait que le 19 de New-York pour se trouver, le 20, près des forts américains. André partit avec le colonel Beverley Robinson dont Arnold habitait la maison sur les bords du fleuve. Embarqués sur le sloop de guerre le VultuVy ils s'étaient arrêtés presqu'en face du fort Montgomery qui précède West-Point et est élevé sur la même rive. Le Vultur échoua à la marée basse et sa présence, ainsi que divers signaux ayant été observés par le colonel Livingstone qui commandait le fort Verplankspoint sur le rivage opposé, celui-ci sortit de son fort venant examiner ce navire ennemi. Il vit qu'il pouvait l'atteindre avec des canons de plus fort calibre que ceux dont il disposait, et les demanda à Arnold qui les refusa. Le refus surprit Livingstone, mais la discipline ne se conservant que par une obéissance muette, il dut accepter la mauvaise défaite de son général.

Deux jours s'étaient écoulés depuis le dimanche (17 sept.) qu'Arnold avait fixé comme celui du départ.

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de Washington pour Hartford. Les passagers du Vultur n'avaient pas encore communiqué avec la terre, quand croyant Washington parti pour la conférence d'Hartford, Robinson usa d'un prétexte concerté à l'avance, et demanda un rendez-vous au général américain Putnam pour régler quelques intérêts concernant ses terres et sa maison. Cette lettre enfermée dans une adressée à Arnold, lui fut portée dans un canot parlementaire qui aborda au moment où Washington arrivait à West-Point pour se rendre à la conférence. Washington apercevant le sloop anglais, prit une lunette pour observer ses manœuvres, et quelques instants après un officier s'étant approché, il lui donna quelques ordres à voix basse suivant sa coutume. Arnold, troublé par sa conscience, craignit que le général ne fût informé qu'il avait reçu un canot parlementaire, expédié par ce bâtiment et prit le parti de montrer les deux lettres qu'il avait reçues. Washington, en présence de plusieurs personnes, lui conseilla de ne pas voir Robinson, lui disant que ses afiaires particulières étaient du ressort de Tautorité civile, puis il partit pour Hartford avec sa diligence accoutumée. Ne pouvant, à cause de Tinjonction de son chef, faite devant témoins, entretenir André publiquement à la faveur d'un pavillon parlementaire, Arnold envoya le lendemain du départ de Washington deux passeports à bord du Vultur, l'un pour André, sous le nom d' Andersen, l'autre pour Charles Beverley Robinson, par un nommé Josué Smith, dévoué aux Anglais, quoiqu'il eût son habitation en dedans des postes de l'armée américaine. Il les pressait de venir

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le trouver. Ils furent surpris de ne pas voir Arnold, et Robinson déclara qu'il n'irait pas. Quant à André, plein d'anlcur et résolu de ne pis faire manquer l'entreprise par une prudence que ses envieux traiteraient infailliblement de lâcheté, il cacha son uniforme sous un manteau gris et descendit à terre. Ainold l'attendait au bord du lleuve, et le conduisit en causant, à la maison de Smith, lui faisant franchir, dans son inattention, la zone du territoire neutre. Arnold, qui tenait parce fait André en son pouvoir, commença par le sommer de l'informer des mouvemenls que feraient les détachements qui étaient dans le voisinage, puis après qu'il eût satisfait à ses demandes, il mit sous ses yeux les plans des forts et un mémoire, composé pour un meilleur usage, de l'ingénieur en chef Duportail, sur les moyens de les attaquer et de les défendre, ainsi que des notes détaillées sur ce que les Anglais auraient à faire pour les occuper lorsqu'il les leur livrerait. Calculant la durée probable de l'absence de Washington, Arnold et André supposèrent qu'il serait de retour dans trois ou quatre jours, c'est-à-dire le 25 ou le 26 sept. Ils arrêtèrent donc qu'André partirait de suite pour New- York, et que les troupes anglaises qu'on avait commencé à embarquer sous prétexte d'une expédition lointaine, feraient voile au premier ordre. Arnold apprit à André qu'un anneau de la chaîne qui barrait le fleuve avait été enlevé, sous le prétexte de le raccommoder, que le moindre choc suffirait pour la briser, et que les garnisons des forts seraient dispersées dans des postes qui ne seraient pas attaqués, et disposées de manière à être taillées en pièces, si elles

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ne se rendaient pas à la première sommation. Les signaux à faire aux Anglais, au moyen de feux allumés pendant la nuit, de coups de canon pour les avertir, .tout avait été convenu quand André dit à Arnold, qui croyait sa conférence terminée : « Washington doit, à son retour d'Hartford, loger chez vous avec plusieurs officiers et généraux. Nous pouvons disposer les choses de manière à les faire tous prisonniers, dans le moment même où nous occuperons les forts. Quand ils seront en notre pouvoir, des gens déterminés seront chargés de les conduire jusqu'au fleuve, il n'est qu'à cent pas, et ils seront embarqués et emmenés à New-York sans le moindre délai, »

A cette proposition Arnold parut interdit, il témoigna de la répugnance à violer les lois de l'hospitalité, il objecta avec plus de raison qu'il ne fallait par compliquer l'entreprise, qu'il n'était pas probable que le commandant en chef revînt à point nommé, une heure avant que les troupes anglaises eussent occupé les forts, que dans ce cas même il fallait s'attendre à une vigoureuse résistance des personnes qu'il voulait faire prisonnières, et que deux desseins si grands ne pouvant avancer de front, il était à craindre que l'un ne fit avorter l'autre. André, emporté par la passion, s'écria : « Je ne reconnais pas à ces terreurs le plus intrépide et le plus entreprenant des Américains. N'avez-vous donc de résolution que quand vous combattez contre nous? L*absence de Washington laisse quatre jours à notre disposition, ce temps suffit si nous sommes d'accord, il est trop court si vous tremblez, » Il traita avec

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raison la crainte de violer Thospitalité de frivole* a Quand Washington et tous ceu?^ qui l'accompagnent seront ici» c'est nous Anglais qui les feront prisonniers sans votre assistance. S'ils sont braves^ nous ne léserons pas moins. •• au reste, malheur à ceux qui résisteront. 7> Puis» prenant le ton de supériorité que l'infamie d'Arnold lui donnait sur sa personne, il ajouta : a Rien n'a transpiré ; vous seul parmi les Américains connaissez notre secret... mais ce mystère si bien observé, il ne dépend plus de vous, ni de moi de le garder plus longtemps. Nos troupes déjà en mouvement n'attendent que mon retour pour remonter le fleuve... moi qui sais au juçte le prix que vous mettez à ce que vous faites pour nous, moi qui sans l'avoir prévu, me trouve ici à votre discrétion, je vous déclare que je veux que Washington soit livré en même temps que les forts. » Emportant les mémoires et les plans, c'est-à-dire les seules preuves écrites qui pouvaient compromettre Arnold, il partit pour se rendre au canot qui l'avait amené; mais les matelots de cette embarcation refusèrent de le prendre à leur bord. Les mouvements dont ils avaient été témoins les avaient inquiétés et quoique habitués à transporter des passagers d'un bord à l'autre de l'Hudson, ils craignaient de se compro-mettre. Le sloop s'était du reste éloigné du point où l'avait laissé André, car le commandant deWerplankspoint, s'étant vu refuser par Arnold des canons d'un fort calibre, avait fait traîner des pièces de quatre sur le rivage et forcé ainsi le Vultur de descendre le fleuve au moment où la marée montante le remettait à flot. André revint à la demeure de

Robinson demander à Arnold de forcer le canot qui Tavait conduit à le ramener au Vultur^ mais celui-ci, déjà tourmenté par plusieurs contre-temps, n'osa pas donner un pareil ordre. André eut beau insister, alléguant le péril qu'il courait en quittant son habit militaire, ce qui, d'après les lois de la guerre, le ferait traiter comme un espion. Arnold prenant sa revanche de Tironie qu'il avait employée vis-à-vis de lui, répliqua : a Vous étiez déjà déguisé quand vous êtes venu, cachant votre uniforme sous un manteau, et vous ne le serez pas davantage en changeant maintenant contre un autre habit celui que vous ne laissiez pas voir.... au lieu de prévoir si soigneusement toutes sortes d'accidents contraires, comptons sur des chances imprévues qui nous seront favorables. II ne faudrait pas tant de courage et de résolution dans un dessein, tel que le nôtre, si l'on n'y rencontrait que des hasards ordinaires.... » Arnold voulait reprendre les papiers, trouvant du danger à les envoyer par terre, mais André qui tenait à les montrer à Clinton comme un trophée, ne voulut pas s'en dessaisir, a II ne peut plus être question de danger, dit-il à son tour à Arnold, si ce n'est pour témoigner que nous les méprisons également tous deux. »

André s'éloigna accompagné de Smilh qui avait André arrêté comme lui, un passeport signé par Arnold. Parti »« 23 septembre vers la fin du jour, le 22, à cause des patrouilles américaines qui rôdaient de tous côtés, ils durent passer la nuit à un endroit appelé Crompond, pour ne pas exciter les soupçons d'un officier des milices, qui les avait prévenus qu'il était trop tard pour atteindre un autre gîte. Le lendemain, 23, ils tra-

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versèrent THudson, au Bac-Ie-Roi, passant facilement à travers les postes américains, grâce à leurs passeports, et étaient arrivés au delà d'un petit village situé sur le Crolon. Ils se trouvaient encore dans les lignes américaines, mais apercevaient déjà le territoire occupé par les vedettes anglaises, quand Smith, regardant autour de lui et n'apercevant personne, dit à André, « Vous êtes en sûreté, adieu !» et il reprit seul au galop la route qu'il venait de parcourir. L'anglais pressa le pas, il revoyait l'Hudson, apercevait Tarry, village à demi anglais et à demi américain, quand un homme armé d'un fusil, sortant d'un bois, saisit la bride de son cheval et lui cria: ce Où allez-vous? » Au même instant, il est rejoint par deux autres hommes armés qui formaient, avec le premier, une des patrouilles de miliciens volontaires préposés à la garde des lignes. André, au lieu de répondre à leur question, leur demanda d'où ils étaient, ce Nous sommes d'en bas, d expression relative au cours du fleuve qui signifiait nous sommes du parti anglais, et moi aussi, dit André, induit en erreur par cette ruse et, prenant le ton du commandement, il ajouta : « Je suis officier anglais, chargé d'une alTaire pressée, je ne veux pas être retenu plus longtemps. — Vous êtes de nos ennemis, lui dirent-ils aussitôt, nous vous arrêtons. » Le passeport qu'il présenta à la suite de son étourderie, l'or qu'il promit, les perspectives de récompenses du gouvernement anglais, s'ils voulaient le laisser aller ; tout fut inutile. Us l'obligèrent de quitter ses bottes, trouvèrent les papiers qu'il y avait cachés, et le conduisirent au chef des avant-postes, le colonel Jamcson.

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JamesoD, prié par André d'avertir Arnold que le porteur d'un desespasseports venait d'être arrêté, avait, au premier moment, décidé l'envoi du prétendu Anderson à West-Point, mais récriture des papiers, qui était celle d'Arnold, ayantdonnéà réfléchir au colonel, il se ravisa, fit courir après son prisonnier^ qu'il or^ donna de diriger sur Old-Salem, et expédia, par un exprès, la saisie qu'il venait de faire, au général Washington à Hartford, avec un récit de ce qui était arrivé. A peine son messager était-il parti que Jameson, revenant de ses soupçons sur Arnold, crut devoir avertir celui-ci de la capture qu'il venait de faire- L'exprès, expédié à Washington, ne trouva pas le général qui retournait à West-Point par une route différente de celle qu'il avait prise pour le quitter, mais celui destiné à Arnold put remettre sa missive le 25 septembre, jour fixé pour la consommation de sa trahison.

Arnold, plein d'espoir dans la réussite de ses Washington projets, était à ce moment d une gaieté expansive iS8eptemb.i78o. causée^ disait-il à son entourage, par les bonnes nouvelles qu'il aurait à apprendre à Washington. Son front s'assombrit à l'ouverture de la lettre, mais, redevenant promptement maître de lui-même, il congédia tout le monde et se mit à réfléchir. Pensant que Jameson était le seul qui pouvait avoir conçu des soupçons, il roulait dans sa tête le moyen de mettre André en liberté et de profiter des derniers moments de l'absence de Washington, quand surviennent deux officiers américains qui lui apprennent que le général est à Fiskill, et qu'il va arriver. Le canon tonnait déjà, annonçant sa venue, quand

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Arnold entre chez sa femme et lui crie : ce Tout est découvert^ André est prisonnier; le commandant en chef va tout savoir !•••. Brûlez tous mes papiers, je m'enfuis à New-York! » Il l'embrasse, ainsi que Tenfant qu'elle tenait sur ses genoux et, ne songeant plus qu'à son propre salut^ il prend le cheval d'un de ses officiers, court à bride abattue vers l'Hudson, dont sa maison était peu éloignée, et se jetant dans la barque qu'il tenait toujours garnie de matelots, fit ramer avec la plus grande vitesse vers le sloop anglais. Son canot, portant le pavillon parlementaire» était encore en vue des hauteurs quand Washington arrive; il trouve deux officiers qui lui rendent compte de ce qui vient de se passer. Madame Arnold est muette, tremblante, désespérée devant le général en chef, qui court à West-Point où rien ne peut lui expliquer ce qui arrive, si ce n'est quelques ordres singuliers donnés la veille par Arnold. Il revenait pensif sur ses pas, quand le messager de Jameson l'atteint. Washington, à l'ouverture du paquet qui lui était remis, fût atterré. S'adressant comme à lui-même un reproche, il rompit enfin le silence qui régnait autour de lui, en ces termes : « J'ai cru qu'un officier habile, intrépide, qui avait versé souvent son sang pour son pays, méritait confiance, et je lui ai donné la mienne. Je reconnais aujourd'hui et pour toute ma vie, qu'il ne faut jamais se fier à ceux qui manquent de probité, quelques talents qu'ils puissent avoir. Arnold nous a trahi \ » Sans perdre

« Mémoires du due de Lauzun, p. 326 et suiv. — Le ôomU de Fersen et la cour de France, publié par le baron de KUnckowsirôffl* Paris, 1878, m-8, tome I, p. 36 et suiv. — Mémoires et souvenirs dti

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