‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 146 sur 177 · WASHINGTON ET ROCHAMBEAU EN VIRGINIE · texte numérisé non relu

WASHINGTON ET ROCHAMBEAU EN VIRGINIE

cher à York-Town, en faisant fermer le fleuve aux navires anglais pendant le siège qu'il méditait. Le manque d'argent, la difficulté de rassembler des vivres pouvaient rendre Texécution de ce plan incertaine, mais le désir de faire une campagne décisive, la passion qu'inspiraient aux chefs français les ardentes sympathies de leur nation pour la cause qu'ils soutenaient, triomphèrent de tous les obstacles. Le commandant de l'escadre ancrée à Newport, le comte de Barras, renonça à exécuter les ordres qu'il avait reçus en France sur la demande de Rochambeau^ et s'écria à la nouvelle de l'arrivée de M. de Grasse : «M. de Grasse est mon cadet, et vient d'être fait lieutenant-général. Dès que je le saurai à portée d'ici, je mettrai à la voile pour servir sous ses ordres ; je ferai cette campagne, je n'en ferai pas une seconde. » De Grasse, prévenu à Saint-Domingue du plan arrêté le 5 août 1781, promit sa coopération et, comme Rochambeau et Washington réclamaient de l'argent pour la solde des troupes françaises, il proposa, avec le chevalier de Charette, d'engager leurs fortunes personnelles pour obtenir les cent vingt mille livres dont on avait besoin.

Washington, averti que tout était prêt pour la réalisation de ses desseins, ordonna à ses corps d'armée de se mettre en mouvement le 19 août. Les Français de Rochambeau, marchant de conserve avec des troupes américaines, se dirigèrent sur l'Hudson depuis Newport, de manière à traverser ce fleuve sous le canon des forts américains de Kingsferry, Washington, après avoir laissé trois mille hommes derrière lui pour couvrir West-Point et les États du

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Nord, descendit les rives du fleuve jusqu'en face de Staten-Island, menaçant New-York d'une attaque, puis, tout à coup, il se jeta sur sa droite, passa les montagnes de Jersey et arriva à Trenton, sur la Oelaware. L'armée réunie traversa Philadelphie, défilant devant le Congrès, et, le 11 septembre 1781 Rochambeau et Washington, prenant les devants avec une avant-garde, arrivèrent à Wiiliamsbourg, dans le camp occupé par la division américaine du général Lafayette et les troupes françaises commandées par le marquis de Saint-Simon. L'amiral de Grasse avait ponctuellement amené ses vingt-six vaisseaux au rendez-vous, et l'escadre du comte de Barras était arrivée la veille avec les canons de l'armée française.

Le 28 septembre, l'investissement de York-Town d'York-Town, commcnça. Américains et Français rivalisèrent ^^ " * d'énergie et de discipline. Deux redoutes attaquées simultanément et séparément, l'une par des Américains commandés par Lafayette, l'autre par des Français dirigés par le baron de Vioménil, succombèrent le même jour, et, le 19 octobre, Cornwallis fut contraint de capituler. Les Américains firent huit mille prisonniers et trouvèrent dans la ville deux cent-quatorze pièces de canons. C'était le désastre subi par les Anglais dans le Nord qui se reproduisait dans le Midi des Etats-Unis, et cela au moment où, refoulés à Charlestown par Green, ils ne possédaient plus que cette ville et Savannah dans les deux Garolines et dans la Géorgie. A partir de ce jour, les idées de paix l'emportèrent dans les conseils de l'Angleterre, et la cité de Londres pre-

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PRISE DE YORK-TOWiN. 485

senta une adresse au roi où elle demandait qu'on cessât de vouloir réduire rAmérique à robéissance par la force.

Ivre de joie, Lafayette manda du champ de bataille à Maurepas : « La pièce est jouée, Monsieur le Comte, et le cinquième acte vient de finir, » Et il disait le même jour dans une lettre à Vergennes : « L'affaire du général Burgoyne a été renouvelée *. »

Quand le duc de Lauzun, chargé d'apporter cette ^"d!^"^*i„f "" grande nouvelle, arriva à Versailles, il y trouva le ^ octobre mi. comte de Maurepas mourant et le roi dans toute Teffusion de la joie par suite de la naissance d'un dauphin.

La venue de cet héritier si désiré, qui eut lieu le 22 octobre, avait été précédée et devait être suivie de cérémonies qui rappellent celles en usage dans les cultes religieux. Dès le mois de juin, des prières avaient été demandées à l'archevêque de Paris pour la grossesse de la reine, et l'Académie des Inscriptions reçut Tordre de présenter des projets de médailles en cas de l'arrivée d'tin prince. Lorsque le moment de la délivrance approcha, Paris en fut prévenu par un courrier venant de la cour. Le canon, les

* Histoire de la guerre de l'/nd^pendance, par Botta, tome IV, p. 165 et suiv., 184 et suiv., 187 et soiv., 190 et suiv., 273 et suiv., 282 et soiv., 326 et suiv., 333 et suiv., 336 et suiv., 345 et suiv., 352 et suiv., 409 et suiv. — Mémoires de Roehanibeau, tome I, p. 270, 275 et suiv., 277 et suiv., 281, 285 et suiv., 289 et suiv. — Mémoires de Lafayette^ tome I, p. 271 et suiv., 273 et suiv., 276 et suiv., 427, 441, 448 et suiv., 460 et suiv., 467, 470. — Archives dû ministère de la marine. Cartons Campagnes, 1781. Lettre du comte de Grasse au ministre de la marine, 22 mai. Lettre de George Bridges Rodney à lord Stephens, secrétaire de l'amirauté, 29 juin 1781. Séance tenue à bord du vaisseau \eDue de Bourgogne, 31 mai 1781. Séance tenue à bord du vaisseau le Neptune^ 8 juin 1781. - Bistory of George 111, by Baines, tome ï, p. 331 et suiv., 341 et suiv.

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cloches se firent entendre quand elle eut lieu, et le prévôt des marchands, sortant en ce moment en procession à la tête des officiers municipaux, fit le tour d'un feu de joie pendant que grondaient des salves multipliées d'artillerie. Paris dut être illuminé pendant trois jours, et les sonneries de THôtel- de-Ville et du Palais retentirent sans relâche. Les nouvellistes racontèrent avec détail les Joies intimes de la famille royale. « L'antichambre de la reine était charmante à voir, écrit à son roi rofficier suédois Stedingk. La joie était au comble ; toutes les têtes en étaient tournées. On voyait rire, pleurer alternativement. Des gens qui ne se connaissaient pas, hommes etfemmes, sautaient au cou les uns des autres, et les gens les moins attachés à la reine étaient entraînés par la joie générale ; mais ce fut bien autre chose quand, une demi-heure après la naissance, les deux battants de la porte de la Reine s'ouvrirent, et qu'on annonça M. le Dauphin. M"*deGuémenée, toute rayonnante de joie, le prit dans ses bras et assise dans son fauteuil, traversa les appartements pour le porter chez elle. Ce furent des acclamations et des battements de mains... C'était à qui toucherait l'enfant, sa chaise même. On l'adorait, on le suivait en foule. » Tous les corps et les particuliers rivalisèrent en démonstrations de zèle qui imprimeraient un cachet de ridicule sur leurs actessi, au milieu des mobiles de l'intérêt, ne se joignaient pas parfois des enthousiasmes sincères et respectables. Une dame de Montanclos fit une comédie appelée le Choix des Fées dont elle sollicita en vain la représentation. Un chevalier de Mouchy fut désolé de ne pas obtenir l'honneur de présenter au dauphin,

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