LA REINE ET MONTBARREY
malgré une obséquiosité que ses propres aveux nous montrent bien voisine de la bassesse^ n'échappait pas plus que son chef Saint-Germain aux colères qu'entraînait la contradiction la plus involontaire.
« Un jour de travail du mois d'avril, écrit-il, il scène wte était question d'une place de colonel en second, pour ^Vu p'riî^"* laquelle il y avait un grand nombre de concurrents, ^^JUTott!^* sur la totalité desquels M. de Saint-Germain en avait iSrie^iiSefto. extrait trois^ qui étaient fort jeunes, n'avaient d'autre titre personnel que leur naissance, les services de leurs parents... Le roi balançait entre les trois, et, incertain de son choix, il m'adressa la parole pour me demander mon avis. Je dis sur chacun des compétiteurs ce que je pensais, et me résumai en déclarant qu'à mérite égal, je croyais que le comte de La^al-Montmorency, dont le père avait été tué à la tête de son régiment à la bataille d'Hastemback, me semblait devoir obtenir la préférence. Cette observation décida le roi... J'ignorais que, parmi les deux autres prétendants à cette grâce, il s'en trouvait un . honoré delà protection de la reine... Ce travail eut lieu le samedi... Le lendemain^ dimanche, je reçus pendant mon dîner l'ordre de me rendre chez la reine... J'arrivai à l'heure fixée... Au premier coup d'œil que je portai sur la reine, j'aperçus une vive altération dans ses traits et un air qui me fit juger qu'elle était agitée par une passion violente... Elle me conduisit à la première croisée de sa chambre,... et là elle commença, avec le ton le plus animé, à me faire des reproches amers sur l'opposition que j'avais apportée à la grâce qu'elle avait désirée pour un protégé. Ces reproches, vu leur vivacité, auraient pu
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passer pour des injures; et Sa Majesté, s'échauffant de plus en plus, me fit éprouver le sentiment le plus embarrassant pour un sujet certain d'avoir déplu à sa souveraine. J'eus beau protester... que j'avais ignoré Tintérêt dont elle honorait son protégé^... rien ne put calmer sa colère, qui continua à s'edia- 1er avec tant de force, que je me vis contraint de répondre à Sa Majesté que j'avais besoin de ne pas oublier que j'étais en présence de la femme de mon maître et de mon souverain... Cette scène terrible dura plus d*une demi-heure... La reine y mit un terme en se retirant avec vivacité dans ses cabinets intérieurs... Au moment où j'allais me retirer, je dis à Sa Majesté) avec toute Ténergie d'une vive émotion, que j'allais rendre compte au roi de ce qui venait de se passer, et que lui seul pouvait et devait me juger. — a Vous le pouvez, Monsieur, » me dit la reine ; et ma réplique fut : ce Je le sais bien, et j'y cours )!>. Je ne perdis pas un instant, et je me rendis à la porte du cabinet du roi... Le roi, qui était dans son laboratoire, descendit aussitôt... et me fit entrer. Dès que nous fûmes seuls^... je me jetai à ses pieds et lui dis que je venais lui apporter ma tête. Il me releva avec bonté et me permit de lui rendre*, avec le plus minutieux détail, tout ce qui venait de se passer entre la reine et moi... En me jetant de nouveau à ses pieds, je finis par supplier Sa Majesté de vouloir bien, à l'heure même, prononcer mon jugement et la peine que j'avais méritée ; mais je lui rappelai que tout s'était fait en sa présence» que c'était d'après son ordre positif que j'avais donné mon opinion sur le choix du colonel en second, et surtout