‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 24 sur 177 · LA REINB ET MONTBARREY · texte numérisé non relu

LA REINB ET MONTBARREY

qu'il n'avait point été question, pendant le travail, de h protection dont la reine honorait un des compétiteurs. Le roi m'écouta avec la plus sérieuse attention... Puis, me relevant avec bonté ; « Personne ne sait mieux que moi, me dit-il, comment la chose s'est passée. Tranquillisez-vous; je me charge d'en parler à la reine. Mais évitez pendant quelque temps de paraître devant elle... Je vous dirai quand vous pourrez et devrez vous présenter...» Six semaines s'écoulèrent sans que je visse la reine... Enfin, un dimanche matin, le roi eut la bonté de me dire dans son cabinet : a La reine vous enverra chercher cet après-midi... » J'arrivai... quelques instants avant l'heure indiquée... Dès que la porte eut été fermée, la reine s'avança... et me conduisit à la même croisée où s'était passée la scène des reproches.. . a Monsieur de Montbarrey, dit^elle, c'est dans le même lieu où il y a six semaines je vous ai fait de cruels reproches, et que je vous ai traité d'une manière qui . a dû vous indisposer contre moi et vous affliger, que je dois vous dire que j'ai reconnu que j'avais eu tort. Le roi m'a dit la vérité et comment s'était passé " ce qui avait motivé mon mécontentement. Je vous ai fait appeler pour reconnaître mon tort à la même place où je me le suis donné. J'en suis au désespoir , je vous prie de l'oublier; le roi et moi n'oublierons rien pour que vous en perdiez le souvenir. » A la suite de ces nobles paroles, dignes d'une jeune femme au cœur plein de droiture et de bonté, reparurent immédiatement les travers enfantins et ridicules d'une personne plus occupée des chimères de la vanité que d'objets sérieux. Marie-Antoinette,

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74 UVRB RRBWER.

après ftvofir efinpêche le ministre de se jeter à ses pieds pour loi témoigner sa reconnaissance, reprit : a Monsieur de Montbarrey , je veux vous donner une preuve de toute ma confiance... J*ai un objet auquel j'attache un très grand prix. Le comte de Laval a pris ce matin congé du roi pour aller rejoindre le régiment royal-dragons... Il doit peut-être partir ce soir. Je voudrais pour tout au monde qu'il ne partît que dans huit jours... Peut-être que la marquise de Fleury, sa sœur, pourrait le retenir... Je voudrais vous charger de faire cette négociation auprès d'elle. J'ai dit au roi avec quelle respectueuse fermeté vous m'aviez répondu. . . Je suis persuadée que vousne mettrez pas moins d'adresse pour me servir dans un objet qui m'intéresse vivement... » — J'eus beau repré-, senter à Sa Majesté que je regardais comme presque impossibles à exécuter les ordres qu'EUe me donnait, que je ne connaissais pas personnellement la marquise de Fleury,... qu'elle n'était pas la femme du monde avec laquelle il fût le plus facile de traiter. — <r Oui, me dit-elle, elle est folle ; mais le désir extrême que j'ai, et dont vous ne pouvez ni ne devez douter, doit vous engager à tout tenter pour me satisfaire. > c II n'y avait pas moyen de reculer, continue Montbarrey Je résolus de m'adresser à la comtesse de Château-Renaud, tante de M"* de Fleury. Elle envoya prier sa nièce de venir chez elle... M"* de Fleury arriva. Il serait difficile de i^endrele ton négatif et absolu avec lequel elle reçut d'abord ma proposition... Lorsqu'elle eut épuisé tous les reproches qu'elle croyait avoir à faire à la reine, notis l'amenâtfies dotfcement à avouer que ce qui la mortifiait le

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LA REIKE BT MONTBARREY. 75

plas était la manière indifférente avec laquelle cette princesse la traitait. Elle se radoucit enfin peu à peu, et finit par me promettre d'écrire à son frère de ne pas partir avant huit jours, mais à des conditions qu'elle dicta... Je les lui fit mettre par écrit... Les conditions étaient qu'elle irait avec M** de Château-Renaud au jeu de la reine après qu'il serait commencé; que la reine se lèverait et viendrait lui demander d'écrire à son frère de ne pas partir avant le jour marqué... Je me rendis chez la reine... Cette princesse courut à moi et me conduisit dans un coin pour savoir où en était ma négociation. Je lui rendis compte... et finis par remettre dans les mains de la reine le papier qui renfermait les conditions de la marquise deFleury... Dans mon for intérieur, j'étais très convaincu que Sa Majesté se désisterait de sa demande ;... mais je me trompais. La reine souscrivit à tout... On doit voir, dit en terminant Montbarrey, d'après tout ce que je viens de raconter, que rameur* propre de la reine avait été blessé de voir le comte de Laval remporter sur son protégé; on jugera que les personnes qui entouraient Sa Majesté l'avaient animée contre moi ; on ne doutera pas que la fin de cet intermède n'ait été amenée par la certitude de procurer à un protégé de la reine une place pareille, qu'on fit vaquer tout naturellement, et enfin que la satisfaction de l'amour-propre fut de rapprocher les deux compétiteurs, en s'assurant que celui qui avait d'abord été préféré n'arrivât pas à son régiment avant celui auquel on prenait un intérêt aussi marqué. »

La conclusion tirée par Montbarrey de cette étrange maiiièrié de peupleir l'armée d'officiers est bblle-ci :

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Montbarrey remplace Saint-Germain aa ministère de la guerre, 27 septembre i777.

76 UVRË PREMIER.

a J'ai cité cet exemple pour démontrer combien les plus grands personnages sont exposés à devenir les jouets, et souvent les victimes des personnes qui ont accaparé leur confiance, et qui font servir à leurs intérêts particuliers toutes les passions et même les défauts que leur surveillante intrigue leur a fait découvrir dans leurs maîtres* »

Un personnage aussi humble et aussi avisé pour son intérêtpersonnel, était en tout point digne du Mentor du roi et de la pléiade de gens médiocres qui lui faisaientleurcour. ocMonsieurdeMaurepas, écritMontbarrey, fut enchanté de ce qui m'était arrivé et de ce que j'avais fait pour la satisfaction de la reine. Je n'en parlai point à M. de Saint- Germain, qui n'en eût saisi aucun des rapports... Dès cette époque, mes actions à la cour haussèrent considérablement. »

Ce ministre de la guerre, que traite si lestement son subordonné, finissait dansle découragement et la tristesse la tâche qu'il avait entreprise. Affaibli par les années, découragé par les contradictions et le mauvais vouloir de son entourage, Saint-Germain voyait sa santé décliner. Le désir de faire des améliorations était passé autour de lui comme une affaire démode. Saint-Germain sentait qu'il fatiguait le roi, qu'il fatiguait Maurepas. Les plans qu'il présentait étaient accueillis avec défiance ; Louis XVI, impressionné par les plaintes des personnes intéressées à les voir échouer, les faisait examiner au lieu de les accepter avec confiance de son ministre, comme au début. Aussi Saint-Germain finit-il par perdre le sommeil d'inquiétude et de tourments, et, au bout de

MALVEILLANCE DU PUBUC CONTRE LA REINE. Il

quelques jours, se résolut à donner sa démission. Maurepas averti n'eut pas de peine à la faire agréer au roi, et, le 27 septembre, Montbarrey était ministre delà guerre. « A cette époque, écrit-il dans la joie de son triomphe, un nouvel horizon s'éleva pour ma fortune en tout genre, et jamais position ne fut plus agréable que celle où je me trouvais *. »

Au moment où le dernier ministre, nommé pour MaireiiuDce des réformes naguère admises comme nécessaires, se ^^ refi^ im^ retirait, laissant tous ses projets déjà compromis après avoir été à peine ébauchés, le public se montrait moins satisfait que Montbarrey. Dans Timpossibilité d'attaquer en face la souveraine, il saisissait, avec un entrain visible, tout ce qui pouvait l'atteindre dans sa considération, et la malheureuse reine était en butte à cet esprit de dénigrement qui est un des vices des inférieurs contre les supérieurs, sorte de vengeance souvent provoquée par le seul contraste de positions différentes. Les habitants du palais de Versailles ne lui étaient pas plus dévoués que ceux de la capitale. Apprenant que la femme d'un trésorier de la maison du roi s'est servi du nom de la reine pour emprunter de l'argent à des particuliers et a fabriqué et produit des lettres supposées de cette princesse, Mercy croit or que tout ce qui tient à la gloire de la reine doit être mis dans le plus grand jour, et propose de faire porter le procès en justice réglée », mais il trouve l'opposition de Maurepas. Ce premier ministre insiste pour que la

^ Mémoires du prince de Montbarrey, tome If, p. 193 et £aiv., 2^3 et suiv. — Correspondance secrète sur Louis IVI, Marie- éntçinette, la cour et la oiiZa, publiée par Lescure, tome I, p. 44, 101.

DépeoMt

extravagantes

en 1777. Gène.

do Trésor.

Le comte

de Polignac

nommé premier

écoyer.

n LIYRE PREIOBR.

connaissance et le jugement de cette affiure soient réservés à une commission extraordinaire. « Il se pourrait, ajoute l'ambassadeur en annonçant cette circonsr tance à Marie-ThérèsCi qu'il craignit que son neveu, le duc d'Aiguillon, nese trouvât impliqué dans lesmachinations de cette Yillers» laquelle a eu une grande part à rélévation de la comtesse du Barry. » Les nouvellistes profitent de la condamnation occulte de cette femme pour écrire : « M"* de Villers vient d'être renfermée à Sainte-PélagiCi... cela fait une vive sensation, parce que les gens instruits ne doutent pas que cette pauvre femme n'ait été sacrifiée. :» Une escroquerie punie vient ainsi donner une sorte de probabilité aux cent cinquante mille livres que Neeker, d'après le même journaliste, avait prêtés à Marie- Ântoinette, ce qui lui fait écrire : c La reine va partout disant : Ce Monsieur Necker est un homme charmant, je n'ai jamais vu un tel ministre. 2>

Malheureusement à ces histoires dépure invention venaient s'adjoindre des faits certains qui donnaient une apparence de réalité à des griefs imaginaires et grossissaient, par le mélange du vrai et du faux, le nombre des actes reprochés à cette princesse.

La reine, à la merci, comme l'écrit le comte de La Marck, d'une société « qui n'avait d'égards et de considération que pour les personnes qui avaient des rapports avec elle i>, se résolut de donner la survivance de la charge de premier écuyer au comte de Polignac. Â la nouvelle d'un pareil projet, Mercy s'empressa de faire observer oc qu'il était d'usage de ne donner de survivance qu'à la demande de celui qui remplit la place; qu'en forçant la volonté du propriétaire,

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