‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 63 sur 177 · WASHINGTON ET LE CONGRÈS · texte numérisé non relu

WASHINGTON ET LE CONGRÈS

réduits à la misère par la dépréciation du papiermonnaie et d'empêcher que leur exemple entraînât la désertion des soldats, pendant qu'il écrivait lettres sur lettres au Congrès pour obtenir les sacrifices nécessaires au maintien d'une armée à son pays, pendant qu'il observait, avec son ferme bon sens, que si l'amour de la patrie avait opéré de grandes choses, il était indispensable, pour maintenir et achever la révolution, d'exciter Tin térêt des hommes avec l'espoir des récompenses, pendant qu'il prodiguait son travail et ses soins dans les questions administratives et militaires et usait sans cesse de son influence personnelle pour exciter l'amour du devoir, l'intrigue ourdie contre lui se poursuivait.

La malveillance du Congrès se fit jour dans la création d'un bureau de la guerre qui devait être présidé par les généraux Gates et Mifflin, ce qui restreignait les pouvoirs précédemment donnés à Washington. Peu de temps après elle s'accentua d'une manière bien plus grave à propos d une lettre adressée par Gonway à Gates. Cette lettre, remplie d'attaques contre les mesures prises par le général en chef, lui ayant été communiquée par un aide de camp de lord Stirling, amena une explication entre Taccusateur et l'accusé, à la suite de laquelle Conway donna sa démission déclarant vouloir rentrer au service de la France. Le Congrès non seulement la refusa, mais nomma Conway, inspecteur général de l'armée avec le grade de major-général.

A la nouvelle de cette injure, Lafayette accourut au quartier général pour épancher les sentiments dont son âme était remplie. Ne pouvant

Les pooToirs de Washington

amoÎDdris

par le Coogrès,

Conway.

Lettre de Lafayette;

réponse de Washington.

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voir Washington au moment où il se présentait^ il lui écrivit une lettre qui, heureusement pour l'histoire, remplace le récit toujours incomplet d'une conversation fugitive : ce Je n'ai pas besoin de vous exprimer combien je suis affligé de tout ce qui arrive depuis quelque temps; c'est une suite nécessaire de ma tendre et respectueuse amitié pour vous... Ma peine, dans les circonstances actuelles, vient aussi de mes vœux ardents, peut-être enthousiastes, pour la liberté et le bonheur de ce pays. Je vois clairement que l'Amérique peut se défendre, si Ton prend de sages mesures... Lorsque j'étais en Europe, je pensais qu'ici tout homme ou peu s'en faut, aimait la liberté, et préférait la mort à l'esclavage... Je croyais encore qu'au moins tous les bons américains étaient unis, que la confiance du Congrès en vous était sans bornes. y> Après ces phrases où l'émotion du jeune homme se montre dans toute sa fougue, Lafayette prouve que le cœur sert souvent plus à éclairer la prévoyance et le jugement sur les hommes et les événements, que les passions égoïstes, car il ajoute : ce Mettez un instant de côté cette modeste défiance de vous-même qui, pardonnez ma liberté, est quelquefois trop grande (et je voudrais que vous puissiez juger comme moi la différence qui existe entre vous et tout autre homme), vous verriez clairement que si vous étiez perdu pour l'Amérique, personne ne pourrait maintenir l'armée et la révolution pendant six mois. Les dissentions qui existent dans le Congrès sont connues; les partis qui le divisent se détestent mutuellement autant que l'ennemi commun. Des hommes

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