‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 64 sur 177 · LAFAYETTE ET WASHINGTON · texte numérisé non relu

LAFAYETTE ET WASHINGTON

dépourvus des connaissances militaires entreprennent de vous juger, de faire des comparaisons ridicules. Ils sont infatués de Gates, sans songer à la différence des positions, et croient qu'il suffit d'attaquer pour conquérir. Ces idées sont entretenues par quelques envieux peut-être même par des amis secrets des anglais, qui cherchent à vous pousser, dans un moment d'impatience, à quelque téméraire entreprise... J'ai eu du goût pour Conway que je savais un brave et habile officier. Cependant, le talent des manœuvres qui paraît si merveilleux au Congrès, n'est pas chose bien difficile pour tout homme de bon sens qui voudra s'y appliquer. Je dois rendre au général Duporlail et à d'autres officiers français qui sont venus me parler, la justice de dire qu'ils m'ont paru tels que je pouvais désirer dans cettte occasion, quoique tout cela ait troublé bien du monde dans l'armée. Je voudrais que vous puissiez leur faire comprendre à tous combien vous êtes nécessaire; les engager à se tenir tranquilles, à faire semblant d'être unis; jusqu'au moment où ces petites querelles cesseront d'être dangereuses. Ce serait trop grande pitié que l'esclavage, le déshonneur, la ruine, le malheur de tout un inonde, fut le résultat de frivoles disputes entre quelques hommes. » — «Votre lettre d'hier, répondit Washington, me donne une nouvelle preuve de cette amitié... à laquelle je réponds par la plus pure affection... Je sais bien que vous êtes incapable de vues dont le succès s'appuie sur le mensonge, et que votre âme est.trop haute pour chercher la réputation par d'ignobles moyens et par Tintrigue. Heu-

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223 LIVUK DEUXIÈME.

reuscs, trois fois heureuses Tarmée et la cause, si tous ceux qui la servent étaient animés de ce généreux esprit! Mais un officier (Conway), dont vous avez dit le nom, a, j'en suis certain, des vues bien différentes; son ambition et son envie d'être cité comme un des premiers militaires du siècle, sont infinies comme les moyens qu'il emploie pour réussir; mais voyant que j'étais déterminé à ne pas sortir de la ligne de mes devoirs pour satisfaire l'une, à ne pas franchir les justes limites de la vérité pour flatter Tautre, il est devenu mon ennemi in* vétéré et il a, j'en suis convaincu, tout fait pour me nuire... Jusqu'à quel point peut-il avoir atteint son but, je ne le sais pas; et, si ce n'est pour la chose publique, je ne m'en inquiète pas. On sait que ni l'ambition, ni aucune vue intéressée ne m'a fait accepter le poste que j'occupe. Je m'y suis efforcé de suivre une inflexible et unique règle de conduite, et j'y persévérerai invariablement tant que j'aurai l'honneur de commander, sans m'embarrasser de ce que peut la malignité et de ce que dit la calomnie. La fatale tendance à la désunion est si visible, que j'ai exhorté, dans des termes pressants, les officiers qui m'ont exprimé leur mécontentement de la promotion du général Conway, à déposer toute chaleur et toute passion en prenant un parti. » Après cette appréciation sur l'incident du jour, Washington jugeait les hommes avec cette haute impartialité et cette indulgence qui est le fait du génie quand il est uni au noble amour de ses semblables. « Vos autres observations, continuait- il, ne sont que trop justes, et l'on doit déplorer que les choses ne soient pas

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