‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 76 sur 177 · LE DUC DE CHARTRES ACCUSE · texte numérisé non relu

LE DUC DE CHARTRES ACCUSE

balcon pour recevoir des applaudissements qui se traduisirent, dans la salle, en un vrai délire. Les diffe-: rents théâtres rivalisèrent d'ovations, des vers y furent chantés ou déclamés pendant trois Jours, et, dans ses folles démonstrations, le peuple alla jusqu'à traîner dans le jardin du Palais-Royal, en face du prince et de la princesse, un mannequin représentant l'amiral Keppel qu'on maltraita, injuria, puis jeta à l'eau.

Quand cette effervescence se fut refroidie et que le public, comme les ministres, comparèrent les faibles résultats obtenus avec le déploiement de forces qui avait eu lieu, quand chacun considéra que les vaisseaux anglais avaient subi des avaries mais qu'aucun d'eux n'avait été pris ou détruit, le désapointement remplaça les vanités d'une prétendue victoire. Le comte d'Orvilliers avait écrit au ministère de la marine . (c J'ai lieu de croire que si la tête de l'escadre bleue, dans l'ordre renversé où nous avons combattu avait mieux répondu à nos signaux, la Providence aurait couronné nos travaux d'une journée bien glorieuse à votre ministère et au pavillon français. r> Une note envoyée d'Angleterre à Sartines, confirmait cette appréciation car elle porte a le Berwicky ce vaisseau, le meilleur voilier de la flotte anglaise, formait rarrière-garde lorsque le combat commença. Il a assuré que si les dispositions de l'a* mirai français eussent été suivies à propos par toute sa flotte, la division de l'amiral Harland aurait été coupée et forcée de se rendre. »

Cette phrase d'un amiral qui avait intérêt à se faire valoir et cette appréciation d'un journaliste étranger, suffirent pour faire rejeter sur le duc de

Chartres la mauvaise humeur d'un public trompé dans ses espérances. Honteux de son enthousiasme irréfléchi, il passa, sans transition, de l'admiration au mépris, accusa le prince d'avoir empêché par lâcheté une victoire vivement désirée et tit succéder aux odes louangeuses des satyres où il était dit:

Vous faites rentrer notre armée ; L'Angleterre, très alarmée,

Vous en louera :

Et vous joindrez à ce suffrage Les lauriers et le digne hommage

De rOpéra.

Quoi ! vous avez vu la fumée !

Quel prodige î La renommée

Le publiera.

Revenez vite, il est bien juste D'offrir votre personne auguste

A rOpéra.

Cette grande action de gnerre Est telle qu'il ne s'en voit gnèra

Qu'à rOpéra.

Grand prince, poursuis ta carrière, Franchis noblement la barrière

De l'Opéra.

Le duc de Char- Lc princc portait la peine d'un de ces comman- Lamothe. Piquet, dcmeilts dc paradc où le vrai chef, privé de l'honneur qui devrait lui revenir en cas de succès, doit assumer sur sa tête la responsabilité des échecs. Les nouvellistes les moins malveillants affirmaient, tout en ne contestant pas la valeur et l'intelligence du duc de Chartres a que s'il ne se fut pas trouvé au combat, M. d'Orvilliers eût été mieux servi. » Erreur que tout cela. Le chef réel de l'escadre bleue, le courageux marin Lamothe-Piquet, n'avait trouvé dans le prince qu'un soldat comme les autres.

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