sur la loierio
par suite de l'entente établie entre des banquiers et en des agents de change pour enlever un grand nombre p7omelMs^Iues de billets et provoquer un agiotage effréné, a Si vous *dVrÉtoi." avez rintention de vous intéresser à la loterie de 24 millions, lit-on dans une lettre du temps, vous serez privé de tous les avantages qu'elle. offre, car, dès ce midi, il n'y avait plus un seul billet à acheter. » L'édit portait, dans son préambule, l'empreinte de l'homme d'affaires qui s'attache à la réussite d'une opération du jour, sans prévoir les conséquences qu'elle aura le lendemain, et non d'un homme d'État dont les actes sont comme les anneaux d'une chaîne qui lie à la fois le passé, le présent et l'avenir. Le roi disait qu'il va augmenter ses revenus par des moyens qui « ne tomberont point
à la charge du peuple, qui ne contrarieront ni le commerce, ni l'agriculture, et qui non seulement subviendront, dès cette année, nux besoins, ••• mais donneront un excédant indispensable même dans les temps ordinaires y>. Il assurait les prêteurs qu'ils seraient fidèlement payés de leurs intérêts et que des mesures étaient prises pour que jamais leurs créances pussent courir des risques. Indépendamment du désir de conserver la paix, affirmait-il, « on a pour des temps extraordinaires des secours extraordinaires ». Ce langage fit dire qu'il fallait oc que M. Necker ait donné au roi le secret de la pierre pbilosophale ^ ».
Pendant cette sorte de retour vers les anciens errements du gouvernement, pendant cette tendance que montrait Necker à s'éloigner du principe de Turgot, qui, voulant extirper le mal, refusait de le perfectionner y c'est-à-dire de le rendre moins aigu, les craintes de ce grand ministre tendaient à se réaliser. Chaque jour des cris de colère
* Correspondance secrète inédile sor Louis XVI, Marie- Antoinette, U cour et la ville, de 1777 à 1792, publiée par Lescure. Paris, 1866, in-8, tome I, p. 2 et suiv., 4, 5, 7, 13, 14.— Recueil général des anciennes lois françaises^ par Isambert, tome XXIV, p. 280 et auiv., 264,325 et suiv.
— Archives nationales, 0M21, 18 juin, 16, 25 juillet, 15 uov., 1*» déc. 1776; 0*230. 21 mars, 21 sept., !•', 3 nov., 2 août, 22 déc. 1776;
— 0*232, 21 mars, 12 juin, 2 août, 21 sept., 15 jiovimb., 1" déc. 1776; 0*149, 15, 29 janv., 17, 18 juin 1777; 0«418, 15, 25 janv., 3 avril 1777; X 8558, 7 janv. 1777. — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy, tome II, p. 407, 414 — doUeciion complète de tous les ouvrages pour et contre M, Necker. Utrecbt, 1781, in-8 Csuite des Observations du citoyen), lome I, p. 25, — Mémoires sur la vie et les ouvrages de Turgot^ tome 11, p. 148. — (Suîfres de Turgot j tome I, p. 114 et sniv. — Mémoires secreu pour servir à l'histoire de la répui>lique des lettres en France, lome IX, p. 244, tome X, p. 54.
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L'ESSAI SUR LE DESPOTISIIË. i3
s'échappaient d'une société troublée, et les excès d*un pouvoir arbitraire faisaient sortir d'une famille noble et imbue des principes aristocratiques les plus opiniâtres un ennemi résolu des lois et des préjugés de son pays.
Le marquis de Mirabeau était» depuis 1770, aux prises avec sa femme à Toccasion de la succession le sa belle-mère, la marquise de Yassan. Son fils aîné, rentré dans la maison paternelle sous le nom de Pierre Buffière, n'avait pas encore obtenu de son père la permission de reprendre son nom au commencement de septembre 1770, car ce n*est que le 21 de ce mois qae ce père bizarre écrit à son frère le bailli : ce Entre eux tous (le gendre, comte du Saillant, et M'"'' du Saillant et leur famille) ils m'ont demandé de lui accorder notre nom, et j*y ai con« senti : c'est te dire que je m'apprivoise. Il est possible, en effet, qu'un esprit juste, un bon cœur et une âme forte se débattent dans cette enveloppe informe et grossière ; mais il faut que tout cela soit pétri^ réglé et macéré, d
Placé entre un père despote jusqu'à la cruauté et une mère aussi dépravée que folle, le comte de Mirabeau vivait tantôt dans le Limousin, s'occupant d'administration rurale, tantôt à Versailles, où il fut présenté à la cour et passa une partie de Tannée 1771. Revenu à la fin de cette même année au château de Mirabeau, il se maria en 1772, après d'assez romanesques aventures, du consentement de son oncle et de son père, qui était, suivant l'expression du bailli, <r fort entiché de postéromanie x>.
Il ne tarda pas à être de nouveau en discussion
LfVftK PRëMIEB.
V Essai sur le despotUmCj
du comte de Mirabeau.
avec son père, qui, malgré sôn a^rogance^ savftii se tenir en bons termes avec les ministre)^ S et obtint facilement une lettre de cachet pour ccMifiner son fils dans la pptite ville de Manosque^ Ce fut dans cet exil, datant du mois de mars 1774, deux années après son mariage» qu'il commença à écrire un livre intitulé Essai sur le despotisme^ dans lequel son âme ulcérée déborda tout entière. Ce livre, continué dans le château d'If, où le fit enfermer son père, an mois de septembre de la même année, puis au château de Joux, sur les frontières de la Suisse, fut imprimé à Neuchâtel et fit son apparition à Paris en 1776.
C'est « l'ouvrage le plus fier qui ait encore été écrit sur cette matière , dit un journal de cette époque, il est dédié à M. le dauphin ; il devait, selon l'avertissement d'un éditeur, s'imprimer à l'époque de la mort de Louis XV ; mais l'auteur, espérant que Louis XVI réparerait las maux du règne de son aïeul, avait suspendu ses projets. Il est daté de 1775... Le grand mérite de ce philosophe patriote consiste moins dans les choses qu'il dit que dans la manière
\ Le marquis de Mirabeau était fort lié avec le due de Nivaroais, beatifrère de Maurepas, et savait, de plus, se maintenir en excellents rapports avec les autres ministres. On peut lire, dans le Dossier Mirabeau^ Archives nat. K 164, ce qu'il écrit, le 1*' juin 1772, au eonirôleor générai Berlin, à propos du projet de mariage de son fils avec M"* de Marignan : a On me l'a, pour ainsi dire, demandé (son Dis).... Comme je le nomme à h substitution qui est dans ma maison, et qu'ayant un autre fila loil aaitrement posé et bien né, je ne veux pas confier le tout à un aussi frêle équipage.... Vos bontés pour nous me font une loi de prendre votre agrément avant tout autre. » Ce dossier des Mirabeau montre jusqu'où entrafne l'iinmii^tioB illégale d'un gouvernement, quand il se n^et au service des passions d'un père de famille pour punir des actions que les tribunaux ne seraient pas appelés à réprimer ou des actes sur lesquels ils devraient statuer.
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